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28 septembre 2008 7 28 /09 /septembre /2008 13:48

Désolée, ce n'est pas une suite de "Crampons et autres fantaisies hippiques" mais j'ai eu une semaine avec le moral proche du zéro. Donc j'ai pas pu écrire une ligne.
Pour me faire pardonner de ne pas avoir écrit de suite, j'ai décidé de poster un OS qui me tient particulièrement à coeur. Pour moi, il fait partie des meilleures choses que j'ai jamais écrites.
Pour la petite histoire, je lisais "Paris brûle-t-il?" (un livre que je conseille à tous ceux qui aiment la période de la Seconde Guerre Mondiale) et l'une des scènes décrites dans le bouquin m'a beaucoup marquée.Je dirais même qu'elle m'a hantée pendant plusieurs mois. Donc j'ai fini par écrire cet OS, en intégrant un passage du livre dedans.
Je dédicace cet OS à tous les libérateurs de Paris, quelles que soient leurs nationalités, et surtout à cette jeune fille.






     Claire était heureuse. Heureuse et inquiète. Depuis samedi, un vent de révolte soufflait sur la capitale : l'insurrection qui avait débutée à la préfecture de Police avait rapidement gagné tout Paris et ses banlieues. Les Parisiens se battaient enfin contre l'occupant allemand. Mais la peur tenaillait le ventre de la jeune femme : son fiancé se battait rue Lafayette sur l'une des nombreuses barricades qui s'étaient élevées une nouvelle fois dans les rues séculaires de Paris, et elle savait que les armes et les munitions manquaient. Lui aussi le savait, tout comme ses compagnons de combat, mais ils étaient décidés à lutter jusqu'au bout, à ne pas se rendre, une deuxième fois, à l'occupant : ils se refusaient à subir de nouveau la honte de 1940. Cette fois-ci, ils vivraient libres ou mourraient.


     En désespoir de cause, le jeune homme avait demandé à sa fiancée, qui s'occupait du ravitaillement de la barricade, de trouver de quoi faire une bouteille incendiaire : il voulait essayer de déclencher un incendie autour des tanks allemands qui les assiégeaient. Alors que la jeune fille allait s'élancer à travers les rues de Paris pour une mission qu'elle savait quasiment impossible, il la retint par le bras et l'entraîna un peu à l'écart. Il enleva son brassard FFI aux couleurs françaises et le lui tendit.

"Une balle a dû t'arracher le tien alors prends le mien. Comme ça, en plus, tu penseras à moi."

Quand elle l'eut mis, il la serra fortement dans ses bras et lui murmura quelques mots à l'oreille.

"J'aime bien le rouge de ta jupe, alors s'il-te-plaît, ne l'abîme pas avec du sang."

Puis il l'embrassa et se retourna, rejoignant d'un pas calme la barricade. Elle le regarda s'éloigner, puis elle-même partit dans la direction opposée.


     Après avoir visité plusieurs pharmacies qui s'étaient révélées vides, Claire trouva son bonheur dans un laboratoire souterrain abandonné. Celui-ci, la porte béante, avait déjà été pillé mais dans un coin de la pièce, il restait de quoi confectionner une bouteille de ce qu'on appellerait plus tard un cocktail molotov. Emportant avec elle sa précieuse bouteille, elle sortit rapidement du laboratoire. Cependant, malgré son désir, elle ne se mit pas à courir. Les rues étaient jonchées de débris et les pavés enlevés formaient de nombreux trous : elle avait peur de tomber et de lâcher la bouteille, qui aurait alors explosé au sol, devenant totalement inutile. Alors qu'elle marchait le plus vite possible sur le quai de Gesvres, elle déboucha sur la place de l'Hôtel de Ville. Ce qu'elle vit l'effraya et elle recula précipitamment, serrant contre elle la bouteille qui avait contenu pendant un temps du bon champagne. Du coin de l'immeuble où elle s'était cachée, elle observait la terrible scène qui se déroulait sous ses yeux : plusieurs tanks allemands venaient d'arriver sur la place et assiégeaient l'Hôtel de Ville, dont les résistants s'étaient emparés le plus tôt possible lors de l'insurrection. Elle se doutait que les Panthers allaient donner l'assaut d'une minute à l'autre, et que les insurgés seraient massacrés. Elle sut alors ce qu'elle devait faire, même si son instinct lui criait le contraire.


     Tout en regardant le ciel, elle remercia le jeune chimiste dont elle ignorait le nom mais qui avait permis aux Parisiens de se doter de cette terrible bouteille incendiaire.* Puis elle déposa celle-ci délicatement sur le sol. Elle retira son brassard, l'embrassa et ferma les yeux en se laissant envahir par l'odeur de l'homme qu'elle aimait qui était imprégnée dans le morceau de tissu. Quelques secondes plus tard, elle rouvrit les yeux et son image s'imposa à elle : il était là, debout devant elle, sur le quai. Il lui souriait. Elle lui murmura quelques mots.

"Pardonne-moi : je ne t'apporterai pas ce que tu m'avais demandé de trouver. Mais je sais que tu me comprends et que tu m'approuves. … Enfin non, je sais plutôt que tu ne m'approuves pas parce que tu veux que je vive, mais au fond de toi, tu sais que tu aurais fait la même chose. Pardonne-moi pour tout que je n'ai pas fait. De toute façon, la vie aurait été trop courte pour tous nos projets. Au moins, on aura réalisé le plus important de ces projets : celui de s'aimer et d'être heureux."

Claire marqua une pause : des larmes coulaient le long de sa joue et elle avait de la peine à parler. Enfin, au bout de quelques secondes qui lui parurent une éternité, elle exprima ses dernières volontés à l'illusion qui s'était rapprochée de quelques pas.

"Ne m'oublie pas mais ne vis pas avec mon souvenir."

Elle essuya alors ses larmes, puis ses mains glissantes de transpiration sur sa jupe. "Ca serait bête de lâcher la bouteille avant d'avoir atteint un tank" pensa-t-elle avec une pointe d'humour. Alors qu'elle s'apprêtait à parcourir les derniers mètres qui la séparaient des tanks allemands et de sa propre mort, elle se retourna et lança d'un ton qui se voulait joyeux.

"Quand tu retrouveras mon corps, jure-moi de me dire si les insurgés de l'Hôtel de Ville ont survécu. Tu me le jures, n'est-ce pas ?"

En guise de réponse, elle sentit un souffle chaud lui effleurer les lèvres. Satisfaite, elle se mit à courir vers le tank le plus proche.



     « Tandis qu’il expliquait le maniement d’une mitrailleuse à un groupe d’adolescents, André Tollet vit quatre tanks apparaître sur la place de l’Hôtel de Ville. D’une fenêtre, Tollet lui-même se mit à tirer. A cet instant, une jeune fille armée d’une bouteille surgit du quai de Gesvres. Tollet la regarda courir, sa jupe rouge gonflée comme une corolle, vers un "Panther" embusqué au coin du quai. Stupéfait, il la vit atteindre le char, escalader les chenilles, lever le bras, et jeter sa bouteille dans la tourelle ouverte. Tandis qu'elle sautait à terre, il vit un geyser de flammes jaillir du char. Bientôt, "comme un coquelicot coupé d'un coup de cravache", la jeune fille s'écroula et sa jupe fit une tache rouge sur l'asphalte. Mais les chars se retirèrent. » **


     Rue Lafayette, le jeune homme qui combattait farouchement sur sa barricade eut l'impression de recevoir une balle en plein cœur, la même que lorsque ses parents et son grand frère avaient été fusillés pour acte de résistance. Assommé, il se réfugia à l'abri d'un porte cochère. Pendant une minute, il ne tira pas : il semblait complètement détaché du furieux combat qui se tenait quelques mètres plus loin. Puis il revint dans la bataille, plus déterminé que jamais. Il ordonna l'exécution du plan qu'il avait imaginé en dernier recours. Après plusieurs heures de combats acharnés et de nombreux morts, il ne restait des Allemands que des morts et des tanks calcinés criblés de balles.


     Le soir même, vagabondant dans les rues de Paris, l'esprit ailleurs après cette éprouvante journée, il se retrouva devant l'Hôtel de Ville. Il reconnut immédiatement la jupe rouge, même si, contrairement à ce qu'il avait espéré le matin même, elle était tâchée de sang. Il se précipita vers le corps de la jeune fille. Enjambant les nombreux autres corps allongés sur la place, il arriva rapidement à sa hauteur. S'agenouillant à côté d'elle, il lui prit la main et la porta à son visage, qui se mouilla de larmes.

"Vous la connaissiez ?"

La voix de l'homme le fit sursauter. Il le dévisagea pendant de longues secondes: couvert de sang et de poussière, il semblait tout aussi fatigué de lui.

"C'était ma fiancée."
"Je suis désolé. Je me suis occupé de la nettoyer."

Le visage était effectivement propre, contrastant étrangement avec ses vêtements.

"Merci. Excusez-moi : je vais peut-être vous paraître grossier mais qui êtes-vous ? Pourquoi avez-vous fait cela pour elle ?"

Tendant la main au-dessus du corps froid depuis plusieurs heures déjà, geste quelque peu incongru dans ce décor macabre, il se présenta.

"Je m'appelle André Tollet. Je suis l'un des résistants de l'Hôtel de Ville. En fin de matinée, quatre Panthers ont surgi et se sont postés devant le bâtiment. J'ai immédiatement commencé à tirer mais c'est à ce moment là qu'elle est apparue. Elle a escaladé un char et calmement elle a lâché une bouteille incendiaire dans sa tourelle. Elle est descendue assez vite pour éviter de brûler avec mais elle n'a pas pu éviter les balles allemandes."

Tous deux restèrent silencieux pendant plusieurs minutes. Soudain, le jeune homme releva la tête et demanda.

"Vous vous en êtes tous sortis ? Vivants je veux dire ?"

Pris au dépourvu, l'autre bredouilla.

"Oui…euh non non…enfin ça dépend du point de vue. Grâce à elle, les chars se sont retirés sans tirer un seul coup, ce qui nous a tous sauvés. Mais d'autres gars sont morts dans l'après-midi lorsqu'on a essuyé d'autres attaques."

Le jeune homme hocha la tête et se pencha vers celle de la jeune fille. Il lui murmura pour la deuxième fois de la journée quelques mots à l'oreille.

"Ils ont survécu. Tu les a sauvés."

Puis il l'embrassa. Enfin il se leva et partit, laissant sa fiancée seule avec l'un des hommes qu'elle avait voulu sauver, au lieu de rester en vie avec lui. Après quelques pas, il se retourna et lança à André Tollet.

"Comment fait-on pour qu'un corps ne soit pas mis dans la fosse commune ?"



* Il s'agit de Frédéric Joliot-Curie, le gendre de Pierre et Marie Curie.
** Paris brûle-t-il ?, La bataille, chapitre 20, de Dominique Lapierre et Larry Collins

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Published by Skorpan - dans One-shot
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commentaires

Clemzy 04/06/2010 18:54



Mmmmh, ce n'est pas vraiment le genre de lecture que j'aime lire. En général, je ne supporte pas les récits de guerre (imagine comme je dois me faire ch*** en cours d'histoire...). Mais je dois
reconnaître que c'est très bien écrit! ^^


J'aime bien tes différents styles et thèmes, ça divertit et laisse du choix!


Continue comme ça, ne change rien!



Skorpan 06/06/2010 00:08



Moi la guerre au contraire, c'est un thème, une période qui m'inspire beaucoup, même si je n'ose pas encore trop écrire là-dessus. (cet OS n'était qu'une auto-thérapie) Ca me passionne vraiment,
surtout la Seconde Guerre Mondiale. C'était une époque formidable en ce sens qu'elle a réveillé le cœur et le courage de centaines, de milliers d'hommes qui ont combattu pour un monde plus juste,
pour la liberté, pour leurs idéaux, et je trouveça magnifique (même si j'aurais préféré qu'ils n'aient pas à le faire). Et franchement, je doute qu'on réussisse à soulever le même élan d'envie de
se battre, de combattre pour de telles choses aujourd'hui. Et ça m'a ttriste profondément.


 


En tout cas, merci de tes encouragements!



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