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19 mai 2009 2 19 /05 /mai /2009 16:55
Désolé pour le retard, j'ai complètement oublié de poster hier! :s Mea culpa!





     Cela faisait plusieurs heures que William conduisait en direction de New-York l'imposant camion qui transportait une dizaine de chevaux. Depuis Norfolk, les embouteillages, habituels pour un lundi, n'avaient eu de cesse de le ralentir et lui permettaient d'affirmer sans trop de crainte de se tromper qu'il atteindrait le club en soirée. Il avait bien envie de passer le volant à Mikaël, qui se trouvait être son unique passager, pour pouvoir se détendre un peu. Mais ce dernier dormait comme un loir, et de plus, il n'avait pas le permis poids lourd. Il n'avait même pas le permis tout court. Il était donc hors de question d'échanger les rôles. Cependant, le trajet de plus en plus douloureux pour ses lombaires lui fit considérer plus sérieusement la proposition de son coach, et de celui de Mikaël, d'engager une autre personne, avec la condition expresse qu'elle soit détentrice du permis poids lourd.

Soudain, pour la quatrième fois de la journée, la sonnerie du téléphone de Mikaël, la fameuse sonate au Clair de Lune de Beethoven, s'entendit dans la cabine, rompant ainsi son silence fait des ronronnements du moteur. Cette fois-ci, William se décida à remuer le jeune homme, sans égard pour sa personne, et ce fut donc à coup de tapette à mouche que Mikaël émergea de son sommeil.

-Gnein? … Kesskisspass? baragouina Mikaël, encore ensommeillé. On est arrivé?
-Non, mais il y a ton téléphone qui sonne.
-Ah bon?
-Oui, c'est la quatrième fois, donc tu as intérêt à décrocher.

Mikaël sembla soudain entendre la sonnerie de son portable, et avec des gestes lents, il se mit à le chercher dans les nombreuses poches de ses vêtements. Mais alors qu'il mettait la main dessus, la sonnerie s'arrêta. Pas plus perturbé que ça d'avoir manqué un appel, Mikaël plaça le téléphone sur le siège du milieu, pour pouvoir le trouver plus facilement, et se recala dans son siège pour dormir.

-Tu ne rappelles pas? fit William en lui jetant un bref coup d'œil.
-Nan, si c'est important, ils rappelleront. Maintenant, laisse moi finir ma nuit.
-Mikaël, ça fait déjà quatre fois qu'ils appellent, objecta le plus vieux avant que la sonnerie ne reprenne. Tiens, ça doit être eux, réponds.
-Je dors Will.

Agacé par cette attitude digne d'un gamin de dix ans, William attrapa le téléphone, décrocha et tendit l'appareil à
Mikaël, qui n'avait rien remarqué de ce petit manège, ayant les yeux fermés.

-J'ai décroché, donc maintenant tu réponds.

Le temps que Mikaël, toujours le cerveau embrumé par le sommeil, n'intègre ce qui venait d'être dit, un silence entrecoupé de "Allô?" tantôt interrogateurs, tantôt colériques, prit place dans la cabine. Finalement, ce fut lorsqu'un faible "Si vous vous foutez de ma gueule, c'est franchement pas drôle!" se fit entendre à travers le combiné, que Mikaël prit conscience de la situation. Il arracha le téléphone des mains de William, le fit tomber à terre, plongea pour le récupérer, se cogna la tête, émit un plaintif "Aïe", se frotta la tête, allongea son bras sous son siège, tâtonna de la main la moquette, toucha le téléphone, le ramena laborieusement vers l'avant de la cabine, le saisit, le colla à son oreille droite, et souffla un "Allô?" exténué.

-Allô Mikaël?
-Lui-même… souffla-t-il à nouveau, essayant de mettre un nom sur cette voix légèrement déformée par le téléphone.
-Salut! Ca va? fit la voix joyeusement.
-Ouais, et c'est qui en fait? demanda Mikaël avec son tact légendaire.
-Je suis vexé, là, ria la voix, apparemment pas vexée pour un sou.
-J'ai le cerveau en compote, alors les devinettes, ça sera pour plus tard, grommela-t-il, tout prêt de se mettre définitivement de mauvaise humeur, après ce réveil mouvementé et le sérieux coup qu'il avait pris sur la tête.
-C'est Peter, répondit la voix, qui avait flairé le danger.
-Peter qui?
-Là, je vais vraiment me sentir vexé, Mikaël!

La voix semblait agacée, peut-être même en colère, et pourtant, Mikaël n'arrivait toujours pas à mettre un nom dessus. Il avait beau rechercher dans les tréfonds de sa mémoire, il ne trouvait pas. Cependant, il ne s'en étonna pas plus que ça: le matin, il pouvait être désespérément lent, en particulier après avoir passé une mauvaise nuit. Le tout était de le faire comprendre à son interlocuteur; mais dans l'état actuel de son cerveau, qui fonctionnait comme le métro parisien un jour de grève, cela allait être difficile. Fort heureusement, William, qui connaissait les imperfections du génie, l'aida à éclaircir la situation.

-Monsieur, cria-t-il bien trop fort pour les oreilles de Mikaël, mais suffisamment pour que Peter entende vaguement quelque chose. Je suis vraiment désolé pour vous, mais quand Mikaël est réveillé brusquement après une mauvaise nuit, il a la tête dans le cul pendant longtemps, et très profond! Alors soyez indulgent s'il vous plaît!

Satisfait, William se re-concentra sur la route, et Mikaël continua sa conversation téléphonique comme si de rien n'était.

-Alors? Vous êtes qui?
-Peter MacLean, un des inspecteurs qui s'occupent de l'affaire de dopage dans le monde hippique. Je suis venu te voir monter ce week-end, mais j'ai dû partir précipitamment à cause d'un imprévu. Et l'autre soir, t'as dîné chez moi avec My.
-Peter, Peter, Peter, répéta Mikaël, comme s'il appelait ses souvenirs associés à ce prénom. Aaah! s'exclama-t-il soudain. Ce Peter là!
-Oui, ce Peter là, reprit l'inspecteur, légèrement découragé: décidément, être ami avec Mikaël Blowsworth n'était pas de tout repos.
-Je suis vraiment, vraiment, vraiment désolé de pas t'avoir reconnu. Mais…
-Le matin, t'as la tête dans le cul, l'interrompit-il, pendant longtemps, et bien profond, c'est ça? finit-il en reprenant en riant les mots de William.
-Exactement, et encore, tu m'as pas vu dans mon pire état.
-Ah bon? s'étonna-t-il, car il avait jugé l'état de Mikaël assez catastrophique, même pour quelqu'un qui venait juste de se lever.
-Oui, une fois, je me suis cogné à tous les meubles et à toutes les chambranles de porte de chez mes parents pendant une bonne heure, avant de me réveiller complètement. Je t'explique pas les bleus.
-J'imagine, pouffa Peter, tentant vainement de réfréner un éclat de rire. Mais dis-moi, il est 14h passés, et tu viens de te lever?
-Disons qu'on est sur la route, qu'il y a des embouteillages monstres, et que moi, en voiture, je m'endors. Mais comme je dors très mal, j'ai besoin de beaucoup plus d'heures de sommeil. Au fait, tu m'appelais pour quoi?
-Euh… juste pour te féliciter. J'ai vu sur le net que t'étais arrivé premier au CSO et au cross, et qu'avec les points du dressage, ça faisait que t'étais premier au classement général. Donc, voilà, je voulais juste te dire bravo!
-Bah merci, fit Mikaël, terriblement gêné, comme à chaque fois qu'un de ses proches le félicitait. Mais ça a été un véritable coup de chance.
-Ah bon? Pourquoi?
-C'est un peu technique, mais pour faire simple, j'ai dû garder le même cheval entre le CSO et le cross, alors que la plupart des cavaliers ont changé. Donc moi j'avais un cheval crevé alors que les autres en avaient un tout frais. Le coup de chance a été que tout le monde a au moins fait une faute sur le parcours, alors que moi, aucune. C'est là que je vois que mes entraînements paient.
-Et pourquoi t'as pas pu changer?
-Le coach n'a pas voulu emporter trois chevaux pour moi, pour emmener plus de cavaliers. M'enfin, tout ça c'est des considérations qualité vs. quantité que même moi j'ai du mal à suivre de temps en temps. Donc je vais pas te faire chier avec. Sinon, quoi de beau pour toi?
-Pour moi, tout va bien. Sonia m'a un peu fait chier samedi, rapport au fait que je sentais le cheval. D'ailleurs, c'est aussi ça que je voulais te dire! Je suis désolé d'avoir dû partir comme ça.
-T'as intérêt! J'ai failli mal le prendre, plaisanta Mikaël.
-En fait, Sonia a appelé mon chef pour savoir où je travaillais, expliqua Peter. Apparemment, elle avait dans l'intention de me rejoindre. Heureusement, le chef est sympa: il m'a couvert en disant qu'il n'aimait pas trop quand privé et professionnel se mêlaient. Mais il lui a promis de m'appeler pour me dire que j'avais le reste de la journée de libre et que je pouvais rentrer chez moi. Et c'est ce qu'il a fait. Il m'a posé aucune question, et m'a juste très fortement conseillé de rentrer chez moi fissa, finit-il en souriant. Je crois qu'il a cru que j'étais dans un bordel ou quelque chose du genre.

Mikaël rigola légèrement à cette évocation, mais son esprit resta focalisé sur une autre partie de la longue tirade de l'inspecteur, qu'il répétait sans cesse dans sa tête, et qui finit par franchir ses lèvres sous forme de murmure.

-Ton chef n'aime pas quand privé et professionnel se mêlent, hein?

Pris au dépourvu, n'ayant pas pensé aux conséquences de cette phrase, Peter balbutia quelques instants, avant de sortir un cliché peu convaincant.

-Mais, ça nous concerne pas, ce qu'il a dit.
-Bien sûr, fit Mikaël du tac au tac, d'un ton amer.
-Mais non! s'enfonça Peter avant de marquer une pause, pour prêter l'oreille à ce qu'on disait derrière lui. Bon, je dois y aller Mikaël, on m'appelle. Rentre bien, et repose toi. Et je t'assure que tout va bien se passer, conclut-il, laissant volontairement dans le vague ce que représentait le "tout": cela nécessitait encore quelques éclaircissements de son côté.

A l'autre bout du fil, Mikaël raccrocha, puis murmura un autre "Bien sûr" désabusé en fixant le téléphone. Ensuite, il déposa l'appareil sur le siège d'à côté, et tenta de se rendormir.


     -Stefen! On a reçu les résultats du labo pour le concours de ce week-end? cria Peter, sortant un instant sa tête des montagnes de papiers qui avaient établi domicile sur son bureau.
-Non! lui répondit le dit Stefen de l'autre bout de la pièce.

Ce dernier était un homme de trente-quatre ans, à la carrure imposante, due à son court passage dans la ligue de football américain. Les cheveux châtains, et le teint mat, il portait une chemise blanche retroussée jusqu'au niveau des coudes, et un pantalon de toile noir. Après avoir fini de ranger quelques feuilles dans des dossiers, il rejoignit son bureau, qui était à côté de celui de Peter.

-Le chef t'a déjà dit de ne pas crier à travers la pièce, soupira-t-il en se laissant tomber sur sa chaise, qui émit un grincement de mécontentement. Tu mets tout le monde au courant quand tu fais ça, même ceux qui sont pas concernés.
-Je sais, mais là on est seulement tous les deux.
-C'est pas une raison, répliqua Stefen, assez à cheval sur les ordres de leur chef.
-Rabat-joie, va! Au fait, il est quelle heure?
-Quasi sept heures. T'as pas une montre toi?
-Si, mais la flemme de regarder. Bon, sept heures, on aura pas les résultats du labo ce soir. Je crois que ça sert vraiment à rien qu'on mette urgent dessus.
-Tu l'as dit…
-Bon, j'arrête là moi. Je reprendrai demain. Et toi?
-Pareil, je suis un peu mort.
-Même pour aller boire un verre? Je t'invite! proposa Peter d'un ton enjoué.
-Si tu me paies un verre, c'est ok, accepta Stefen avec un petit sourire en coin.

Les deux collègues rangèrent rapidement leurs quelques affaires qui traînaient puis se dirigèrent vers les ascenseurs. Les portes s'ouvrirent immédiatement pour celui de droite et ils s'y engouffrèrent. Le trajet jusqu'au rez-de-chaussée se fit dans le silence le plus complet, et ce ne fut que lorsqu'ils se trouvèrent tous deux dehors, sur le trottoir, rafraîchis par une petite bise, que Stefen reprit la parole.

-Ca te dit d'aller chez O'Neil? Il a de bonnes bières et à cette heure-ci, il ne doit pas y avoir trop de monde.
-Ca me va, prochain carrefour à droite, c'est ça?
-Yep!

Mains dans les poches, ils se mirent à marcher en direction de ce fameux bar, tenu par un vieil irlandais, toujours bourru mais néanmoins sympathique, tant qu'on payait comptant. De nouveau, le chemin qu'ils parcoururent se fit en silence. Peter réfléchissait à l'enquête et essayait de trouver de nouvelles pistes, parce que pour l'instant, celles qu'ils exploraient se trouvaient être assez infertiles. Mais il avait beau se creuser la tête à l'aide d'une pioche, cela ne le menait à presque rien, et ses réflexions étaient peut-être encore plus stériles que l'enquête actuelle. Quant à Stefen, il essayait de deviner pourquoi son collègue l'avait invité à boire un verre. Il était en effet assez rare que Peter invite quelqu'un à boire – Stefen était l'un des seuls à bénéficier de ce genre d'invitations – et en général, cela se soldait par une demande de la part de l'ange du service, comme Peter avait été surnommé par ses collègues féminines, à cause de sa chevelure blonde qui auréolait dans la lumière. Cependant, son cerveau était à peu près dans le même état productif que celui de Peter, alors il se résigna à attendre que celui-ci veuille bien lui exposer sa demande. Après un petit quart d'heure de marche, ils se trouvèrent devant le bar, et Peter ouvrit la porte pour laisser passer Stefen. Ils saluèrent l'homme légèrement bedonnant qui se tenait derrière un coin du bar, lui commandèrent deux bières ainsi que des cacahuètes, et s'installèrent à une table du fond, où l'ambiance était plus calme. Les boissons furent rapidement apportées et après avoir bu quelques gorgées pour se détendre d'une longue journée de travail, Peter entama la conversation.

-Alors t'en penses quoi de l'enquête Stefen?
-Comment ça?
-Disons que pour l'instant, pour toi, c'est qui le coupable?
-A vrai dire, j'en sais rien du tout, soupira-t-il. Les résultats du labo correspondent une fois sur cinq, ou sur six, aux résultats des concours, c'est assez perturbant. Et ça continue même si on a changé notre méthode.
-Hein? On a changé notre méthode? s'étonna Peter, ne comprenant pas ce que son collègue voulait dire.
-Bah oui, maintenant on fait les prélèvements après les concours, en fin de journée, alors qu'au début, on les faisait avant. Ceux qui se dopaient pouvaient toujours le faire juste après avoir subi les tests: c'était moins efficace, mais au moins ils ne se faisaient pas prendre. Alors que maintenant, soit ils se dopent pas, et tant mieux, soit ils se dopent, et on le voit. Parce que même s'il s'agit d'un produit qui disparaît en quelques heures, il reste toujours plus longtemps dans les urines que dans le sang.
-Ah oui, j'avais pas vu les choses sous cet angle là.
-Et tu les avais vu sous quel angle?
-En fait, c'est moi qui ai demandé au chef de faire les prélèvements après les épreuves. Mais c'est parce que j'avais remarqué que certains compétiteurs avaient du mal à supporter les piqûres et la vue du sang. Donc je me suis dit que certes, on devait faire note enquête, mais pas au détriment des cavaliers. Et puis, si on fausse les performances des cavaliers avec nos prises de sang, on ne trouvera jamais le coupable.

Stefen émit un sifflement admiratif et surpris devant l'explication de Peter, avant de rigoler franchement.

-Quoi? Qu'est-ce qu'il y a? se froissa le plus jeune.
-Rien, je me disais juste que t'étais pas vraiment fait pour être inspecteur de police.
-Comment ça? J'adore ce boulot! s'offusqua Peter, ne comprenant pas où Stefen voulait en venir.
-Regarde-toi: tu penses d'abord au bien-être des suspects avant de penser à l'avancement de l'enquête. Même si le résultat est le même, ça devrait être dans l'autre sens: d'abord l'enquête, et ensuite les suspects.
-C'est pour ça que tu dis que je ne devrais pas être inspecteur? T'es vraiment trop con! s'exclama Peter, avant d'avaler une énième gorgée de bière. L'idée de déplacer le moment des prélèvements m'est venue comme ça, je sais pas pourquoi, elle s'est imposée à moi. Ensuite seulement, j'ai réfléchi à ce que ça pourrait nous apporter, et j'ai trouvé les deux explications que je t'ai données. Mais pas forcément dans cet ordre.
-Ok, ok, je retire ce que j'ai dit, concéda Stefen. T'es plutôt bon dans ton genre. Très intuitif. D'ailleurs, je l'avais déjà remarqué, à force de travailler avec toi. Mais j'ai tendance à l'oublier.
-Ah bon?
-Bah oui, moi je travaille pas du tout de la même manière. Je suis beaucoup plus déductif que toi, donc c'est assez perturbant de travailler avec toi. Surtout quand t'assommes des trucs que j'ai mis des heures à trouver comme des vérités évidentes, se lamenta-t-il avec une pointe de mauvaise foi.
-Moi je trouvais qu'on faisait plutôt du bon travail ensemble, commenta Peter face à ce qu'il ressentait comme un reproche.
-Ah! Mais j'ai pas dit qu'on faisait pas du bon travail! C'est justement parce qu'on travaille pas de la même manière et qu'on se complète, qu'on est si bon. Je veux absolument pas changer de partenaire! conclut-il en levant sa bière et en trinquant avec celle de Peter.
-Tant mieux! Parce que moi non plus, je ne veux pas changer de partenaire. Je me sens vraiment bien avec toi. Mais c'est pas tout ça, t'as toujours pas répondu à ma question: qui est le ou les coupables selon toi?
-Mais si! Je t'ai dit que j'en savais rien. On a trop d'incertitudes pour pouvoir avoir une idée un peu précise de qui se dope.
-Mais fais marcher ton instinct deux minutes…
-Hum, si tu le prends comme ça, alors je dirais les cavaliers les plus talentueux. Donc il y a Monterez, Krant, Hudson, Andersson… Et aussi Blowsworth, mais comme il est parti en Europe, on a vraiment pas grand chose sur lui comparé aux autres.
-Donc toi tu paries plus sur les jeunes, c'est ça? résuma Peter.
-Non, sur ceux qui raflent le plus de podiums.
-Mais ce sont presque tous des jeunes, et donc, potentiellement, ce sont eux qui ont le plus à perdre. Imagine que le scandale rejaillisse sur eux, leur carrière est finie. Ils seront exclus je ne sais combien de temps du circuit, et puis après, il faudra qu'ils retrouvent quelqu'un pour les coacher etc. Vraiment, pour un jeune, la balance bénéfices/risques penche beaucoup trop en faveur des risques, selon moi.
-Ok, admettons. Donc, c'est quoi ton opinion à toi?
-Perso, je pense que ceux qui se dopent sont ceux qui sont en fin de carrière, avança Peter. Ils n'ont plus rien à perdre, et tout à gagner.
-C'est pas con, mais ça reste à prouver, objecta Stefen, toujours très terre à terre.
-Je sais… Eh! Puisque que ça n'avance pas du côté de l'équitation, pourquoi on chercherait pas du côté des réseaux de drogue? s'exclama-t-il, le visage illuminé et en frappant du poing sur la table.

Stefen resta interdit quelques secondes avant d'émettre un long soupir, et de le regarder dans les yeux.

-T'es désespérant Peter… Y'a déjà une autre équipe sur le coup. Mais tu sais comme moi qu'à chaque gros coup de filet dans le milieu, comme celui qu'on a fait il y a quelques mois, ils ne laissent plus rien filtrer, changent toute leur organisation, et on n'a plus qu'à tout recommencer. Donc à mon avis, il n'y a rien à espérer de ce côté là, sauf si on leur donne une piste à exploiter.
-Mmm, ça m'était sorti de la tête.
-J'avais remarqué.

Ils replongèrent chacun dans leurs pensées, en sirotant tranquillement la fin de leur bière. Peter repensait à ses hypothèses concernant l'enquête. Il ne croyait pas s'être trompé, mais il avait peur d'être influencé par la relation amicale qu'il entretenait avec Mikaël. Dès que ça le touchait, il n'arrivait plus à être totalement objectif, il le sentait bien. Cependant, son instinct lui disait que Mikaël ne pouvait se doper: c'était un garçon bien trop droit et talentueux pour s'abaisser à faire ça. Alors pour l'instant, il laissait les choses telles qu'elles étaient; et si jamais un jour, son jugement venait à être trop obscurci par sa vie privée, il prendrait les dispositions nécessaires pour cela cesse. Du côté de Stefen, on était plus intéressé de savoir comment aborder la véritable raison de cette invitation à boire. Discuter de l'enquête ne l'était assurément pas: ils pouvaient faire ça à n'importe quel instant de la journée. Alors autant poser la question de façon directe, se dit-il, Peter résistait rarement face à ce genre d'abord. Il reposa donc son verre vide sur le dessous de verre à l'effigie de la célèbre marque de bière danoise, Carlsberg, attendit que son collègue en fasse de même, puis entama la conversation sans détour.

-Alors, Peter, pourquoi tu m'as invité à boire?

L'interpelé baissa rapidement les yeux avant de les relever pour regarder Stefen dans les yeux et sourire.

-Pour passer du bon temps, et discuter un peu.
-Et pas uniquement de l'enquête, je suppose.

Cette fois-ci, Peter rougit et garda les yeux baissés plus longtemps. Puis son visage se releva lentement, mais son regard resta fuyant. Comme il ne répondait toujours pas, Stefen se fit plus insistant.

-Alors? On n'a pas toute la soirée devant nous: il y a quelqu'un qui va m'attendre à la maison si je ne rentre pas bientôt, et toi aussi.

Peter tressaillit légèrement en entendant cela, puis accrocha son regard à la table, où ses mains jouaient avec son verre vide: elles s'amusaient à faire bouger la mousse qui était restée au fond.

-Peter…

Il attendit encore quelques secondes, puis se lança, et en rougissant, il débita tout à trac ce qui le préoccupait.

-Stefen, est-ce que tu t'es déjà posé des questions sur ta sexualité?
-Hein? fut la première réaction de Stefen face à ce sujet de conversation plutôt inattendu.
-Est-ce que t'as déjà été attiré par des hommes? précisa Peter.
-Oui, répondit-il après l'avoir longuement sondé pour voir s'il pouvait lui faire confiance, et il avait estimé que oui: c'était son partenaire depuis plus de cinq ans, et jamais il ne l'avait trahi durant toute cette période. Mais c'est vraiment pas à un sujet à aborder ici. J'ai pas envie que l'un de nos collègues soit au courant de notre petite discussion, et toi non plus je suppose.
-Exactement, c'est pour ça que j'ai attendu que tout le monde soit parti du bureau, et que je t'ai invité à boire un verre.
-Oui, mais tu sais comme moi que ce bar est trop près du boulot, et pas mal de flics sont des habitués. Alors ça va finir par se savoir, forcément.
-Tu proposes quoi?

Stefen réfléchit quelques instants avant que sa bouche ne se fende d'un large sourire et que ses yeux ne pétillent de malice.

-On paie nos bières, on se casse d'ici et tu viens chez moi. Je t'invite à dîner!
-Mais…
-Pas de mais! T'appelles ta futur femme, ou ex-futur femme peut-être après cette soirée, et…
-C'est pas drôle, Stefen, l'interrompit Peter.
-Désolé, c'était de mauvais goût. Bon tu l'appelles et tu la préviens que tu ne rentres pas ce soir. J'ai une chambre d'ami et tu pourras dormir là ce soir. Parce qu'avec tout ce qu'on va boire, je ne pense pas que ce soit une bonne idée que tu reprennes le volant cette nuit.
-D'accord, je l'appelle. T'habites où?
-T'auras qu'à suivre ma voiture. C'est une Volvo noire.

Peter acquiesça et tout en sortant, il pianota sur son téléphone, pour ensuite le coller à son oreille. Quelques minutes plus tard, la conversation était finie et il confirma à Stefen qu'il venait.

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commentaires

rafa 08/06/2009 19:11

Qui tu traites de ptite, ma ptite!!(Commentaire inutile, je sais)

Skorpan 08/06/2009 19:38


Pô grave! XD


rafa 08/06/2009 16:36

Ho voilà qui devient interessant! J'adire comment il est suspicieux, genre faut brouiller les pistes pour que personne les voit. Et apres faudra vérifier si il y a pas des micros dans la maison, attention hein! enfin bon, tres bien!

Skorpan 08/06/2009 16:44


Rooh! Les micros, comme tu vas loin! Mais... Mais... pourquoi pas? XD

Je suis sûre que tu vas adorer la suivante, ma p'tite! =D


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