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17 novembre 2009 2 17 /11 /novembre /2009 01:29




     -Mesdames, Messieurs, veuillez accueillir sur la piste l'un des derniers concurrents de l'épreuve, crachaient les hauts-parleurs. Il s'agit de Spunk Of Troy, monté par Mikaël Blowsworth. Et je vous rappelle que d'ici une petite demi-heure, à 9h30 pétantes, commencera la reconnaissance du parcours d'obstacles du concours complet.

Peter et Stefen arrivèrent juste à temps en haut des tribunes pour voir Mikaël galoper quelques foulées en attendant que la cloche ne sonne. Ils avaient réussi, difficilement, à obtenir une petite pause en ce début de journée, et se trouvaient maintenant face à la grande carrière d'obstacle. Ils descendirent de quelques rangées dans les gradins, et s'installèrent sur deux sièges libres à côté des escaliers.

-Dis, tu vois Nathaniel? Il m'a dit qu'il serait dans ce coin là des gradins.
-Appelle-le, proposa Peter.

Stefen ne se le fit pas dire deux fois et au bout de quelques sonneries, son compagnon décrocha. Après quelques explications, les deux inspecteurs l'aperçurent tout en bas, au troisième rang, les saluant d'une main. Ils lui rendirent son salut puis se concentrèrent sur la carrière: la cloche marquant le début du parcours venait de sonner.

-C'est avec ce cheval là qu'il y a eu un problème, tu m'as dit? demanda Stefen.
-Oui, c'est ça, confirma son ami. C'est Gabriel Doscientos qui devait le monter, mais il ne voulait pas, parce que le cheval est dangereux. Donc c'est Mikaël qui l'a récupéré.
-Et il accepte de monter des chevaux dangereux ton copain? Il est pas bien! s'étonna Stefen. Ah oui putain, je comprends mieux maintenant, rajouta-t-il aussitôt.

Les deux premiers obstacles venaient d'être franchis avec une facilité déconcertante, alors que le second, un vertical en sortie de courbe serrée, avait fait des ravages parmi les concurrents précédents: barres, refus et dérobades s'y étaient enchaînés. Les autres obstacles furent sautés de la même manière, comme s'il ne s'agissait que de soixante petits centimètres, alors qu'en réalité ils oscillaient tous entre 1m10 et 1m20. De plus, la rapidité était au rendez-vous et les courbes entre les obstacles se faisaient au plus court. Il ne restait plus que le dernier obstacle, un triple, combinant un vertical et deux oxers, avant la ligne d'arrivée, une trentaine de mètres plus loin. Peter croisa les doigts pour que tout se passe bien, et se mordit la lèvre inférieure, craignant que le cheval ne devienne fou à la moindre occasion. Les obstacles a et b furent passés tranquillement, mais Mikaël fut un peu près du c et dut user de toute son expérience pour tenter de le franchir sans faire tomber la barre. Spunk répondit très bien à ses aides, et ne fit que toucher la barre du deuxième plan de l'oxer avec ses postérieurs. Alors, dès la réception, un tonnerre d'applaudissements s'éleva du public, félicitant le couple pour l'une des meilleures performances de l'épreuve. Et l'étalon, par joie, par peur, ou peut-être même par vice, participa à l'euphorie générale en projetant ses postérieurs le plus haut possible à plusieurs reprises. Mikaël, ne s'y attendant absolument pas, et ayant relâché sa vigilance comme il atteignait la fin du parcours, se retrouva à cheval sur l'encolure de Spunk, glissant inexorablement sur le côté.

Peter avait applaudi avec les autres, mais dès qu'il vit Spunk faire des siennes, il arrêta et porta, anxieux, ses mains à sa bouche. Il s'était levé pour mieux voir la scène, et il regarda avec angoisse Mikaël passer la ligne d'arrivée accroché comme il le pouvait à son cheval. Puis se laisser tomber sur le sol, faire un roulé-boulé et se relever comme si de rien n'était. Il crut même le voir rire et faire de grands signes pour dire qu'il allait bien, avant de s'épousseter. Un soupir de soulagement s'échappa de ses lèvres.

-Waow waow! C'est un sacré numéro ton Mikaël! s'exclama Stefen qui s'était également levé pour observer la scène. Il se scratche et il se relève en riant!
-Ouais, je sais. J'ai toujours pas compris comment il...
-Voilà une belle démonstration de Mikaël Blowsworth! les coupa la voix déformée des hauts-parleurs. Un sans-faute avec un temps excellent, ce qui le place en troisième position provisoire, à quelques centièmes derrière le second. Et pour tous ceux qui se le demandent, tant que le cavalier et le cheval passent la ligne d'arrivée ensemble, c'est valide, peu importe la position!

Des rires s'élevèrent des gradins, et Peter et Stefen ne purent s'empêcher de s'y joindre.

-D'ailleurs, très belle chute Mikaël! Tu nous refais ça quand tu veux! plaisanta la voix. Et d'après ce qu'on vient de me dire par talkie-walkie, Mikaël Blowsworth va très bien, et ne s'est absolument pas fait mal. Il est juste un peu poussiéreux pour les prochaines épreuves.

De nouveau des rires se firent entendre tout autour de la carrière de sable, tandis que de nombreuses personnes avaient envahi le terrain pour essayer de récupérer l'étalon, qui profitait allègrement de sa liberté. Au bout de plusieurs échecs, on fit entrer d'autres chevaux, appartenant au club organisateur, qui, après maintes manœuvres, réussirent à coincer Spunk dans un coin. Il fut récupéré par un ramasseur de barres, et quelques mètres plus tard, Mikaël remontait dessus. Il quitta la carrière au petit trot, sous de nouveaux applaudissements. Quelques coups de cul firent leur apparition, mais cette fois-ci, il les encaissa sans problème. Dès que le cavalier fut hors de vue, les deux inspecteurs quittèrent les gradins pour retourner travailler.



     Nathaniel déambulait tranquillement parmi les différents stands installés dans les allées du club hippique, prenant tout son temps pour observer divers articles, parfois plus farfelus les uns que les autres. Il était bientôt huit heures du soir, la lumière déclinait doucement et des spots puissants s'allumaient peu à peu pour éclairer la foule grouillante qui ne semblait pas vouloir quitter les lieux. Il avait entr'aperçu son amant et son collègue le matin même, lors du passage de Mikaël Blowsworth sur Spunk Of Troy, mais depuis, il n'avait pu ne serait-ce deviner leurs silhouettes. Vers l'heure du déjeuner, il avait tenté de se rendre dans la zone où travaillaient les policiers, pour déjeuner avec eux, mais celle-ci était interdite d'accès à toute personne non autorisée. Et malgré ses sourires, il n'avait su apprivoiser la jeune femme qui s'occupait de la régulation des entrées.

En désespoir de cause, il avait acheté un hot-dog et une barquette de frites hors de prix, et avait mangé seul, contemplant depuis une petite colline le ballet d'hommes et de chevaux mêlés qui se déroulait sous ses yeux. Il avait alors découvert qu'un club hippique ressemblait bien plus à un village qu'il ne le pensait. Il ne manquait que des noms de rues, et on aurait pu s'y croire. Il s'amusa à enlever tout le modernisme des installations et à imaginer ce que le club aurait pu être quelques siècles plus tôt. Et il eut un fou rire solitaire lorsqu'il posa son regard sur le parking à camions, soudain transformé en camps de roms, avec des tentes rapiécées au milieu desquelles évoluaient des hommes élégamment vêtus.

Après avoir englouti sa dernière frite, un peu trop salée à son goût, il essaya tant bien que mal de suivre Mikaël sur ses différentes épreuves. Heureusement pour lui, le cavalier n'était engagé que sur un seul cheval, Jéricho, pour le concours complet du jour, d'un niveau légèrement moindre que celui du lendemain. Mais les difficultés se révélèrent lorsque le jeune homme découvrit que d'autres épreuves, hunter et dressage notamment, étaient organisées en même temps, et que Mikaël participait à plusieurs d'entre elles, sur différents chevaux. Et c'est en cavalant entre les différents terrains qu'il se demanda comment Mikaël réussissait à tout enchaîner sans le moindre problème apparent. L'après-midi passa donc rapidement, et il n'eut pas vraiment l'occasion de penser à son compagnon, ni à son absence. Ce n'est que le soir venu qu'il en ressentit un grand vide, d'autant plus grand qu'il avait été très occupé durant les heures précédentes. Alors surgit dans son esprit une idée qu'il jugea lumineuse.



     -Coach, j'ai vraiment pas besoin que tu me fasses un compte-rendu et une critique complète de mes épreuves de la journée, soupira Mikaël en essayant d'attraper avec sa fourchette les dernières spaghettis qui se battaient en duel dans son assiette. Je suis crevé, j'ai encore Jéricho à m'occuper, et je voudrais vérifier quelques petits trucs sur les autres. En plus, je ne monte pas les mêmes chevaux demain. Donc tous les conseils que tu pourras me donner ne feront que m'embrouiller, et je ferai une moins bonne performance.
-Et tu veux faire ça quand alors?
-Lundi, en début d'après-midi, par exemple, proposa Mikaël avant de se lever. Bon, moi je vais voir mes chevaux. Salut, dit-il à la petite assemblée réunie pour le dîner.

Il déposa son assiette vide à l'endroit prévu pour la vaisselle sale, puis rejoignit, les mains dans les poches et la tête dans les nuages, l'endroit qui leur avait été attribué pour leurs chevaux: un petit bout de pré, bien plus agréable que le parking à camions où ils avaient évolué toute la journée. Il était à une grosse cinquantaine de mètres de ses chevaux lorsqu'une voix le héla.

-Hé! Blowsworth! Y'a quelqu'un qui veut te voir à la grande salle!

Le cavalier tourna la tête et reconnut sans difficulté l'une des personnes qui s'assuraient que le concours se déroulait correctement. Ils avaient plusieurs fois eu l'occasion de discuter, mais ça n'avait jamais été plus loin que des conversations de travail.

-C'est qui? cria-t-il, ne voulant pas se déplacer jusqu'à son interlocuteur, trop fatigué.
-Aucune idée! Il m'a dit qu'il était fan de toi et qu'il voulait te voir!

Mikaël hésita un instant, n'aimant pas particulièrement rencontrer des personnes se disant fan de lui lors des concours. Il avait peur que cela le déstabilise si jamais quelque chose ne se passait pas bien. De plus, la plupart du temps, il ne s'agissait que de lèche-bottes qui ne connaissait de lui que ce que disait le programme du concours. Rien de bien intéressant ni excitant en somme. Mais ce soir, une petite voix lui dit qu'il s'agissait peut-être d'une autre ruse de Peter, pour qu'ils se retrouvent seuls tous les deux: toute la journée, ils n'avaient fait que se croiser, et ce uniquement dans le cadre de l'enquête. Jamais ils n'avaient pu discuter librement. Et ce fut cette petite voix qui dicta sa réponse.

-Ok! Dis-lui que je suis avec mes chevaux. Au pire, s'il me fait chier, je demanderai à Jéricho de me le jarter! plaisanta Mikaël.
-D'accord! rigola l'autre en retour, avant de repartir vers la grande salle, où le fan attendait depuis suffisamment longtemps une réponse.

Mikaël, quant à lui, rejoignit tranquillement ses chevaux, songeant avec un sourire à Peter. Cela lui ferait du bien de le voir après une journée aussi rude que celle qu'il venait de passer.  Certes, il adorait monter à cheval, et faire des concours pour repousser ses propres limites et celles de ses chevaux l'enchantait, mais il y avait de nombreux inconvénients. A commencer par tous les hypocrites qui venaient lui graisser la patte alors qu'ils ne l'aimaient pas. Avec le temps, il avait appris à les éviter, et il restait essentiellement avec les gens qu'ils connaissaient bien, mais ça n'en restait pas moins épuisant de toujours faire attention à ce qu'il disait. Surtout maintenant que le scandale du dopage éclaboussait le milieu. Tout le monde se soupçonnait mutuellement, au lieu de ses serrer les coudes. Chacun voulait sauver sa peau, et l'ambiance était de plus en plus détestable. Il espérait franchement que toute cette histoire se finisse au plus vite, et il maudissait les imbéciles qui avaient eu l'idée complètement inconsciente de doper leurs chevaux. Il fallait être fou, ou très irrespectueux de l'animal, pour faire une telle chose. Et rien que cette pensée le mettait en rage.

Mikaël commença à s'énerver tout seul, et ce fut un mouvement brusque de Spunk qui le sortit de ses ruminations. Il était arrivé sans s'en rendre compte dans le pré, où Ithaque flirtait un peu trop avec Spunk, de l'avis de ce dernier. D'un pas rapide, il arriva derrière les deux chevaux et se glissa entre eux, les empêchant de se toucher. Il vérifia rapidement que Spunk était bien pansé et qu'il n'avait aucune blessure, avant de constater que sa groom, Mary, avait fait du bon travail. Puis il changea l'étalon de place, le trouvant trop nerveux pour rester au milieu des autres chevaux. Ensuite, il vérifia l'état de ses chevaux du lendemain: Ithaque et Jewel étaient propres, nattés et piontés. Des bouts de coton avaient même été mis dans leurs mortaises à crampons. Mary avait été très efficace sur ce coup-là également: ils étaient fin prêts pour le concours complet, à condition qu'aucun n'ait l'idée de défaire ses pions durant la nuit. Il leur tapota amicalement l'encolure et la croupe avant d'aller voir son cheval. Jéricho brillait aussi de propreté, mais Mikaël avait envie de s'en occuper: ça leur ferait du bien à tous les deux. Il alla donc chercher un cure-pied, un bouchon et un pot de graisse: s'occuper de ses sabots ne lui ferait pas de mal. Il commençait tout juste à nettoyer la paroi externe de l'antérieur gauche qu'il entendit une voix l'appeler.

-Monsieur Blowsworth?

Le cavalier se releva, repéra l'inconnu et l'appela, un peu déçu qu'il ne s'agisse pas de son petit ami. Il s'était trompé: Peter ne risquerait pas de tout foutre en l'air en le voyant en privé dans de telles circonstances.

-Monsieur! Par ici! cria-t-il tout en faisant de grands signes de la main.

L'inconnu arriva rapidement à la hauteur du cheval et les deux hommes se serrèrent la main par dessus le dos de Jéricho.

-Bonjour, Mikaël Blowsworth. On m'a dit que vous vouliez me voir.
-Oui, je suis Nathaniel Lancaster, se présenta-t-il.
-Et? demanda le plus jeune, ne comprenant pas où son interlocuteur voulait en venir. Suis-je censé vous connaître?

Pris de court, Nathaniel balbutia avant de se reprendre et de compléter sa présentation.

-Ah... euh... oui, pardon. Je suis le compagnon de Stefen... Stefen Lashon, vous savez le collègue de Peter Mac Lean, votre...
-C'est bon, j'ai compris, l'interrompit-il, l'interdisant d'un regard de finir sa phrase. Et qu'est-ce que vous me voulez?

Le ton était sur la défensive: Mikaël se méfiait de lui, et il le lui fit bien comprendre.

-Je voulais faire votre connaissance. Peter nous a tellement parlé de vous, lorsqu'il est venu à la maison, que je suis devenu curieux. C'est tout.
-Et qu'est-ce qui me prouve que vous ne mentez pas?

De nouveau pris de court, Nathaniel ne sut quoi répondre à la paranoïa, qu'il trouvait peu justifiée, du cavalier. Heureusement, le silence gênant fut interrompu rapidement par une sonnerie de portable. Le jeune homme y répondit, indiquant à son interlocuteur où il se trouvait, sous l'œil suspicieux de Mikaël. S'ensuivit une dizaine de minutes où Nathaniel tenta d'expliquer tant bien que mal au petit brun qui lui faisait face que non, sa démarche n'avait rien d'intéressée, qu'il s'agissait uniquement d'un peu de curiosité envers quelqu'un qu'il avait l'impression de connaître sans l'avoir rencontré. Et que non, il n'allait pas vendre ce qu'il savait au chef de Peter, ni à des journalistes. Peu à peu, les doutes de Mikaël s'estompèrent, mais ce ne fut pas pour autant qu'il se laissa aller. Ainsi, l'ambiance était toujours assez tendue lorsqu'ils furent rejoints par deux autres personnes.

-Peter! Qu'est-ce que tu fous là? s'exclama Mikaël dès qu'il le reconnut.
-Ah! Stefen! Te voilà enfin! fit en même temps Nathaniel. Mikaël est assez réticent à me croire, mais je crois que maintenant que t'es là avec Peter, il va comprendre.

Les deux hommes, qui s'étaient apparemment concertés auparavant, emmenèrent chacun de leur côté leur amant sans prononcer un seul mot, ou presque. Tandis que Peter et Mikaël restaient dans le pré avec les chevaux, Stefen et Nathaniel s'éloignèrent sur le chemin qui y conduisait. Lorsqu'ils furent assez loin de l'autre couple, ils s'arrêtèrent et le plus âgé commença à sermonner son compagnon.

-Mais qu'est-ce qui t'a pris d'aller le voir comme ça, tout seul, sans même prévenir?
-J'étais curieux, je te l'ai déjà dit, il me semble, rétorqua-t-il, prenant assez mal le ton de reproche employé.
-Oui, mais tu peux pas débarquer comme une fleur comme ça. Tu comprends? demanda-t-il en se radoucissant, sachant qu'il ne servirait à rien de s'énerver.
-Non, je ne comprends pas, fit Nathaniel, de façon butée.

Stefen souffla puis prit son courage à deux mains, comptant sur la discrétion habituelle de celui qui partageait sa vie depuis si longtemps.

-Tu sais qu'ils ont une relation un peu compliquée, étant donné qu'ils sont tous les deux impliqués dans cette histoire de dopage, mais chacun d'un côté de la barrière. Donc ils sont très méfiants, et ils font très attention dès lors que le sujet vient sur la table. Ils n'en parlent pas avec n'importe qui, d'accord?
-Oui, oui, je sais tout ça. Mais rien ne permet de me relier à Peter, alors je ne vois pas où est le problème si je parle à Mikaël.
-Euh... à tout hasard, il y a moi qui permet de te relier à Peter, corrigea Stefen, plus blessé qu'il n'en laissa paraître.
-Oui, mais personne n'est au courant que tu sors avec moi à ton boulot, à part Peter.

Le silence se fit pendant quelques secondes, le temps que chacun prenne conscience de la portée de ces paroles.

-C'est un reproche?

La voix de Stefen était serrée, comme s'il se retenait de pleurer, et il détourna le regard lorsque Nathaniel essaya de le capter. Finalement, le plus jeune l'enlaça et posa sa tête au creux de son épaule. Au bout de quelques secondes, Stefen l'enlaça à son tour et Nathaniel prit la parole.

-On en a déjà parlé plusieurs fois. Tu sais bien que je ne t'en veux pas pour ça. Du moment que ta famille et tes amis proches, en dehors de tes collègues, le savent, ça me va. Et puisqu'ils le sont, c'est bon... Tu sais, le plus important pour moi, c'est que tu ne me renies pas. Que tu ne fasses pas comme si je n'existais pas. C'est tout ce qui compte. D'accord?

Stefen acquiesça avec empressement et resserra son emprise sur lui, avant de s'excuser et de lui murmurer à quel point il l'aimait, et à quel point il avait rendu sa vie merveilleuse.

Après de longues minutes tendrement silencieuses, Nathaniel reprit la parole.

-Dis, c'est si grave que ça que je sois allé voir Mikaël?

L'inspecteur se détacha de son compagnon et le regarda dans les yeux avant de le rassurer.

-Si tu parles du risque qu'ils soient découverts, je ne pense pas que ce soit grave. Comme tu l'as dit, il y a peu de chances qu'on fasse le lien entre toi et Peter, si jamais on s'intéresse à toi. Par contre... il hésita un instant avant de reprendre. Du point de vue de leur relation, je ne sais pas. Je ne crois pas que ça ait beaucoup d'incidence, parce que leur couple est plus fort que ça il me semble. Mais on ne sait jamais. Mikaël est quelqu'un de très fragile, et le fait que tu sois en quelque sorte intervenu dans son histoire avec Peter alors qu'il ne te connaît ni d'Eve ni d'Adam...
-Il avait pas l'air si fragile que ça pourtant, vu comment il se défendait face à moi. Verbalement j'entends, commenta Nathaniel.
-C'est vrai qu'il n'en a pas l'air comme ça, mais je t'assure qu'il vit sur un fil. Ou tout du moins, il a vécu tellement longtemps sur un fil que ça ne peut qu'avoir eu des répercussions sur comment il est aujourd'hui.
-Qu'est-ce que tu veux dire?

Stefen lui sourit avec amusement avant de mettre fin à la conversation en quelques mots.

-Tout ça, je l'ai déduit de que j'ai appris avec son dossier, vu que c'est moi qui m'occupe de son cas. Alors je n'en dirais pas plus: secret professionnel, tu comprends? termina-t-il sur le ton surjoué d'une confidence de la plus haute importance.

D'abord surpris, Nathaniel finit par en rire, et ils repartirent direction la sortie du club, puis de l'hôtel où ils avaient loué une chambre pour la nuit: Peter les rejoindrait plus tard.



     Peter avait attrapé le bras de Mikaël et l'avait emmené un peu plus loin à l'intérieur du pré. Mais aussitôt qu'il le lâcha, le cavalier retourna auprès de Jéricho, arguant qu'il devait s'en occuper. En réalité, et Peter le devina très vite, c'était pour se rassurer que Mikaël avait besoin de se trouver à côté de Jéricho. Jéricho qui avait été l'élément le plus stable de sa vie ces dernières années, et dont il avait eu besoin à plusieurs reprises depuis qu'il avait rencontré Peter. Et dont il aurait à nouveau besoin ce soir-là après l'intervention de Nathaniel.

-Eh Mikaël, ça va? demanda doucement Peter alors que le cavalier s'était assis par terre à côté des antérieurs de son cheval.

Il avait empoigné son bouchon et s'apprêtait à frotter le sabot avec lorsque Peter le lui prit délicatement des mains. Il s'agenouilla ensuite à ses côtés et l'attira contre lui, posant son nez dans ces cheveux bruns qu'il aimait tant et les parcourant de ses doigts. Mikaël, d'abord raide face à ce geste affectueux peu habituel hors du cocon que constituait l'appartement new-yorkais, y répondit avec retard. D'abord timidement, puis de manière plus franche, agrippant à l'en déformer le T-shirt de son amant et en y enfouissant sans pudeur son visage, y séchant des larmes qui commençaient à couler. Des larmes de rage, de frustration, d'impuissance face à leur situation, mais aussi et surtout des larmes de fatigue.

Après une bonne demi-heure à s'étreindre et à se murmurer des mots rassurants et pleins d'amour non dit, Mikaël se redressa et regarda de ses yeux rouges un Peter souriant tendrement.

-Ce Nathaniel Lancaster, c'est vraiment le mec de Stefen Lashon, l'ami dont tu m'as parlé? l'interrogea-t-il sans détour.
-Oui, je l'ai rencontré quelque fois. Et il m'a bien aidé lorsque je m'emmêlais dans mes propres sentiments.
-Tu veux dire: avant qu'on ne sorte ensemble?
-Oui, c'est ça.
-Ok... Et on peut lui faire confiance?
-Je pense.
-Peter... souffla Mikaël, mécontent de la réponse apportée.
-Ok, ok, j'en suis sûr, se reprit Peter avec un sourire, comprenant l'angoisse du cavalier: trop de choses étaient en jeu pour se contenter d'un "Je pense". Il est tout à fait capable de garder un secret et il est conscient de la situation dans laquelle on est.
-Tant mieux, fit-il, rassuré.

Il se leva et invita Peter à faire de même. Le temps que celui-ce se dégourdisse un peu les jambes, ankylosées à être restées pliées trop longtemps, il ramassa ses brosses et son pot de graisse, glissa quelques mots à l'oreille de Jéricho et se dirigea vers une grande malle en fer posée quelques mètres plus loin. Il y déposa toutes ses affaires, attrapa ce qui semblait être quelques couvertures et des pulls et revint aussitôt vers Peter. Il lui tendit la main et l'inspecteur ne se fit pas prier pour la prendre: ils étaient seuls dans ce coin-là, hormis les chevaux qui leur tenaient compagnie, et aucun spectateur indésirable ne serait témoin de leur ballade nocturne. Mikaël l'entraîna alors beaucoup plus loin dans le pré. Tellement loin que Peter finit par s'interroger.

-Dis, on va où comme ça?

Le jeune homme ne répondit pas mais s'arrêta quelques mètres plus loin, devant une minuscule colline sculptée par l'homme, avec un tronc posé en travers dessus.

-Ca, c'est un piano, suivi d'une banquette avec un tronc, puis un autre piano, expliqua Mikaël en levant la tête vers celui qui venait de l'enlacer par derrière, par besoin de chaleur mais aussi par envie. Il y a quelques années, on le sautait lors du cross du complet, mais depuis trois ans, comme ils ont rénové et ré-aménagé tout leur ancien parcours, l'obstacle n'est plus utilisé. Ce qui fait que plus personne ne vient par ici. Depuis le haut, continua-t-il en essayant tant bien que mal de monter les marches du piano, avec Peter toujours accroché à son dos, on voit tout le club de ce côté-là. Et de l'autre côté, on ne voit que la forêt. Y'a rien d'autre. Lorsque j'ai envie d'être tranquille dans ce club, je viens toujours ici. L'an dernier, je m'y suis même endormi sans faire gaffe. Mais je me suis réveillé en pleine nuit parce que j'avais froid.
-D'où les couvertures et les pulls, compléta Peter, une lueur d'amusement passant dans ses yeux à l'idée d'un camping improvisé avec l'homme qu'il aimait.

Mikaël acquiesça doucement avant de grimper sur le tronc, où il avait déposé leurs vêtements pour la nuit. De là-haut, il observa le visage calme et paisible de son amant, qui, lorsqu'il saisit son regard, monta à son tour pour se retrouver à ses côtés. Marchant avec prudence sur les aspérités nombreuses du bois, ils se rapprochèrent pour se toucher du bout des lèvres, puis du bout de la langue, avant de s'embrasser entièrement. Les bras passèrent derrière la nuque de l'un, autour des hanches de l'autre, et les corps se collèrent l'un à l'autre, se réchauffant mutuellement. Puis, les mains, en coquines exploratrices, s'aventurèrent sur la peau de l'autre, d'abord sur le T-shirt, puis dessous, jusqu'à descendre au niveau du pantalon et à s'y introduire. Les caresses se firent de plus en plus osées, semblant ne jamais pouvoir répondre à l'insatiabilité des deux hommes, lorsque soudain Peter dérapa.

Se raccrochant à Mikaël, il l'entraîna dans sa chute et les deux hommes se retrouvèrent cul à terre, l'un à côté de l'autre. Relevant la tête, le plus jeune remarqua qu'ils étaient tombés du côté de la forêt, et non du club, et étendant son bras, il attrapa les couvertures et les pulls pour les faire tomber à côté de lui. Il prit l'une des couvertures et l'étendit sur le sol, avant de s'y allonger. Enfin, il fit signe à Peter de le rejoindre, et sous la bienveillance de la lune, les deux amants découvrirent ensemble un monde déjà frôlé du bout des doigts, mais prudents, un peu inquiets et angoissés aussi, ils n'osèrent aller jusqu'au bout, et s'interrompirent à mi-chemin.

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commentaires

Merlin 19/11/2009 14:24


au fait, comme tu suivais cette histoire, la suite de paris a été postée ^^


Skorpan 24/11/2009 15:02


Merci de l'info! J'ai lu et j'ai bien aimé, même si c'était trop court, et que ça faisait un peu transition comme suite. :-)


Merlin 17/11/2009 18:15


ha quand mêmmmmme ! une semaine sans suite gmrbmrbmr
=B
mais je t'aime quand même xD
sonia est morte ? ou elle va réapparaitre ? parce que ça m'inquiète, un chapitre sans en entendre parler, c'est louche
mais ça m'a fait bizarre de voir quelque scènes du point de vue de Nathaniel, vu qu'on ne voit pas beaucoup ce personnage
mais c'est vrai que j'aimerais bien voir un peu plus son couple avec stefen...
bisous


Skorpan 17/11/2009 22:20


Bah quand même! on peut les laisser profiter de la vie sans cette peste de Sonia sur le dos, nan? :o Espèce de sadique (ou maso, ça dépend du point de vue XD) qui veut voir Sonia dans chaque
suite!

Effectivement, Nathaniel, on ne le voit pas beaucoup. Mais j'ai bien envie de lui donner, à lui et à son couple, une certaine importance dans l'histoire. D'ailleurs, ils l'ont déjà cette
importance. Donc, peu à peu, il risque d'y avoir quelques points de vue avec eux. Pas souvent, mais une fois de temps en temps, pour varier. ^^ Dire qu'au départ, ils existaient même pas, ni l'un
ni l'autre...

Bisous


Lilie 17/11/2009 14:26


YAAAAAAAAAA trop bien =D que dire, j'adore la fin :) C'est trop beauuuuuuuuu XD !
Et bien merci poru cette super suite et euh...toujours hate de voir arriver l'autre MDR ^^ Sinon et bien....euh...non, vraiment, rien à dire, super comme d'hab et particulièrement la toute fin que
j'apprécie beaucoup =D

Un gros bisous pour toi et à la prochaine ^^


Skorpan 17/11/2009 16:27


Bah merci beaucoup! =D Je suis contente qu'elle t'ait plu, et je suis désolée pour le temps que j'ai mis à la poster. :s J'étais en plein dans l'écriture d'une autre suite donc j'avais oublié. Mais
promis, je ferai mieux la prochaine fois.


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