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21 février 2010 7 21 /02 /février /2010 15:58
Et voilà la suite qui met fin à votre attente insoutenable (bah quoi? On a bien le droit de rêver, nan? XD). Plus longue que la précédente, j'espère que vous apprécierez!

Bonne lecture! =D




Crampons-58.jpg


"Non... Non... James... Pas ça... James... James... James... S'il te plaît... JAMES!"


De nouveau, Mikaël s'éveilla en sursaut et sans un regard vers Peter, il courut se réfugier dans la salle de bains, qu'il verrouilla. Le blond, pris au dépourvu, n'eut pas le temps de réagir face à l'attitude étrange de son petit ami, et après avoir repris ses esprit, il ne put rien faire d'autre que d'essayer de lui parler à travers la porte fermée à clef. Mais le jeune homme, encore pris dans ses cauchemars, n'entendait rien de ce que son amant lui racontait. Assis entre la cuvette des toilettes et le mur, il se bouchait les oreilles et murmurait inlassablement "Non, non, non, non, non...".

Dans le couloir, Peter s'était agenouillé devant la porte, le front posé sur celle-ci, ne sachant plus que faire. Il entendait vaguement le murmure continu de Mikaël, et il avait compris que quelles que soient ses suppliques, celles-ci n'atteindraient pas le cavalier, plongé dans son monde. A court d'idées, il envisagea d'appeler Stefen. Lui saurait peut-être quoi faire, ou alors Nathaniel. Mais alors qu'il prenait son portable, une autre idée vint lui effleurer l'esprit. Il attrapa le sac à dos de Mikaël, fouilla dedans et trouva enfin son téléphone. En quelques pressions du pouce, le numéro de My s'afficha et il le tapota sur son propre portable. Il respira un bon coup, et appuya sur le petit téléphone vert. Après quelques sonneries, la voix de la jeune fille, pas très réveillée, se fit entendre.

-... Allô?
-Allô My? C'est Peter! Mikaël a fait une crise et il s'est enfermé dans la salle de bains. Il ne m'écoute pas du tout et je ne sais pas comment faire pour le sortir de là. J'ai peur qu'il fasse une connerie, débita-t-il sans même reprendre son souffle.

Un silence de quelques secondes envahit la ligne avant que Peter ne reprenne la parole, d'une voix suppliante.

-My...?
-... Est-ce que tu veux bien reprendre tout depuis le début? J'ai rien compris à ce que tu m'as raconté, Peter, demanda-t-elle après avoir enfin saisi qui était à l'autre bout du fil.
-Mikaël a fait un genre de crise tout à l'heure, recommença-t-il d'une voix aussi posée qu'il le pouvait, mais qui tremblait quand même. Il avait l'air de faire un cauchemar, il arrêtait pas de répéter "James, James, non, non", et puis il s'est réveillé en sursaut. Il m'a même pas calculé et il s'est précipité dans la salle de bains. Il a tourné le verrou et depuis tout à l'heure j'essaie de lui parler mais il ne m'entend pas. Je sais plus quoi faire, conclut-il, réprimant difficilement un sanglot au fond de sa gorge.
-D'abord, il faut que tu te calmes, lui recommanda la jeune femme. Ca va stresser encore plus Mikaël s'il voit que tu es dans cet état, et je t'assure que c'est pas une partie de plaisir d'avoir à faire à Mikaël version bombe à retardement.
-Ok, ok, je me calme. Enfin, je vais essayer.

Il renifla deux ou trois fois, et My continua à parler.

-Est-ce que tu peux ouvrir la salle de bains de l'extérieur sans défoncer la porte?
-Attends, je regarde...

Il se releva et étudia le mécanisme du verrou. Il avait l'impression qu'il y avait un genre de pas de vis à découvert, et que s'il y glissait une lame de couteau ou autre chose, il pourrait faire tourner le verrou.

-Oui, je crois. Il faut juste que je trouve un truc qui ressemble à un tournevis.
-T'as pas un vrai tournevis? Ca ira sûrement plus vite.
-Ouais, mais il est trop grand celui que j'ai. En attendant, est-ce que tu peux me dire pourquoi il fait ce genre de crises?

My préféra éviter la question et en posa une autre à la place.

-Est-ce que c'est la première crise qu'il fait?
-Non, il m'a dit qu'il en avait déjà fait d'autres, et qu'il avait toujours un peu de fièvre avant.
-Ca je sais, mais je veux dire récemment? précisa-t-elle.
-Oui, hier soir. Quand je suis rentré, il était déjà là, en train de dormir. Et puis il a commencé à avoir un peu de fièvre et il s'est réveillé. Quand il s'est aperçu que j'étais là, il s'est jeté dans mes bras, et il a commencé à pleurer et à trembler comme pas possible. J'ai mis plus d'une heure à le calmer... Ah! C'est bon, j'ai trouvé!

Le bruit de tiroirs qu'on ouvre et qu'on referme brutalement que My entendait en arrière-plan cessa et elle devina que Peter retournait devant la porte de la salle de bains.

-My, tu ne m'as toujours pas dit: pourquoi il fait ces crises?

Elle hésita puis dit d'une voix mal assurée.

-Je ne suis pas sûre que ce soit à moi de te le dire...
-Je sais, c'est à Mikaël. Mais je sais aussi qu'il refusera de m'en parler, et j'ai besoin de savoir. Et puis ça m'aidera certainement à le calmer dès que j'aurais ouvert cette satanée porte.

Apparemment, Peter avait un peu de mal à défaire le verrou de la salle de bains, et en soupirant, My abandonna. Elle aurait sûrement à subir quelques remontrances de Mikaël, mais après tout, il devrait bien prendre ses responsabilités face à Peter à un moment ou à un autre.

-D'accord, mais évite quand même d'y faire allusion devant Mikaël.
-Pas de souci, j'ai pas très envie qu'il m'engueule pour avoir fouiné sur lui.

My eut un petit rire en imaginant le grand Peter MacLean subir sans pouvoir réagir les insultes et les reproches cinglants du petit Mikaël Blowsworth. Car quand il s'y mettait, le cavalier pouvait devenir sacrément blessant.

-En fait, Mikaël est extrêmement stressé par les changements d'environnement. Ca réveille de très mauvais souvenirs en lui, et ces souvenirs déclenchent ses crises.
-Quel genre de souvenirs?
-Je sais pas. Mikaël refuse toujours de m'en parler. Tout ce que je peux te dire c'est que ça s'est passé quand il était très jeune, vers ses dix ans. C'est à partir de ce moment là que les crises ont commencé, d'après ce qu'on m'a dit.
-D'après ce qu'on t'a dit? releva Peter. Je croyais que c'était ton meilleur ami.
-Oui, mais ça n'empêche que je l'ai connu après cet épisode, quand il est revenu au club.
-Revenu? Comment ça? Il a arrêté de venir au club à un moment? Pourquoi?
-J'en sais rien Peter! cria-t-elle. C'est quelque chose de tabou au club. On n'en parle pas, point final. A moins de vouloir finir en pâtée pour chiens!

Une fois de plus, le silence se fit sur la ligne téléphonique, avant que Peter ne prenne réellement conscience qu'il venait de blesser la meilleure amie de son copain, après lui avoir demandé désespérément de l'aide.

-Désolé My...
-... C'est pas grave, tu pouvais pas savoir. Alors, ça en est où avec la porte?
-Elle me résiste, la garce! Donc, tu disais que c'étaient les changements d'environnement qui stressaient Mikaël. Donc les déménagements en font parti.
-Tout à fait. Et... hésita-t-elle avant de continuer plus fermement, pensant agir pour le bien de son ami. ll y a aussi autre chose qui le stresse beaucoup. Ce sont les armes à feu.
-Les armes à feu?
-Oui. Me demande pas pourquoi, je ne sais pas. Mais quelques fois, il a vu le directeur sortir son fusil de chasse pour aller tirer quelques lapins en forêt, et à chaque fois, il a fait une crise. Donc s'il te plaît, ne montre jamais ton arme devant lui.
-D'accord. Merci de me le dire.
-De rien.
-Ah! Ca commence à venir, j'ai senti que ça tournait, s'exclama-t-il, joyeux, avant de retomber dans le même état d'inquiétude qu'auparavant. Je peux te poser une dernière question My?
-Dis toujours, on verra bien si je réponds.
-C'est qui James?
-James?
-Oui, il arrêtait pas de prononcer ce prénom avant de se réveiller. C'est qui? Son ex?
-Arrête, c'est pas possible, c'est un mec, James, rigola-t-elle, venant du même coup de comprendre de quel James Peter parlait.
-Et alors? Moi aussi je suis un mec. Ca l'empêche pas de sortir avec moi! Putain de saloperie de porte!

My supposa que verrou faisait des siennes et préféra ne pas énerver encore plus Peter, de peur qu'il ne se calme pas avec Mikaël.

-Oui, mais toi, tu es son premier mec, ce n'est pas la même chose. En plus, James, ça ne pourra jamais être son mec, c'est son grand frère.

Un silence ahuri lui répondit.

-... Son... son grand frère? bégaya-t-il sous la surprise. Je comprends pas...
-Tu ne comprends pas quoi?
-Il avait l'air d'en avoir tellement peur quand il prononçait son prénom en dormant.

My soupira avant de reconnaître une fois de plus son ignorance.

-Je ne l'ai jamais vu alors je ne peux rien te dire sur James. Tout ce que je sais, c'est qu'ils ont des relations très compliquées, et que Mikaël le hait. En tout cas, c'est pas un sujet à mettre sur la table...
-D'accord... Ah, c'est bon, c'est ouvert! Merci My, merci beaucoup! Je te revaudrai ça!
-Si tu veux, mais n'oublie pas: reste calme avec Mikaël. Pour l'instant, il doit être plongé dans ses mauvais souvenirs, alors c'est pas sûr qu'il capte réellement ce qu'il se passe dans le présent.
-Ok, merci, merci mille fois.

Le jeune homme raccrocha, et My espéra de tout cœur que tout se passerait bien. Mikaël était quelqu'un d'imprévisible, et elle croisait les doigts pour que Peter puisse faire face aux changements d'humeur de son meilleur ami. Elle voulait croire que ces deux-là pourraient être ensemble pour longtemps.

Dans l'appartement new-yorkais, Peter prenait une grande inspiration, et son courage à deux mains avant de descendre la poignée de la porte de la salle de bains. Doucement, il la poussa et avec précaution il entra dans la pièce. Il aperçut immédiatement Mikaël, toujours prostré au même endroit, entre les toilettes et le mur. Il était recroquevillé sur lui-même, se balançant d'avant en arrière de temps en temps, les mains encore posées sur ses oreilles, comme pour se couper du monde extérieur. Peter entendit plus distinctement la litanie qu'il murmurait sans cesse: toujours ce même mot à trois lettres, comme pour nier tout ce qui l'entourait.

Le plus silencieusement possible, l'inspecteur s'approcha de lui, et s'accroupit devant lui sans susciter aucune réaction de la part de Mikaël. Celui-ci n'avait pas dû se rendre compte que la salle de bains avait été ouverte. Les deux hommes restèrent ainsi pendant de longues minutes, l'un observant l'autre replié sur lui-même, ne sachant pas comment le faire sortir de sa coquille sans déclencher une troisième guerre mondiale au sein de leur couple. Il finit par se décider et avec lenteur, il tendit le bras droit vers Mikaël, et du bout des doigts, il lui toucha le genou gauche. A ce contact, Mikaël sursauta violemment et releva la tête, voulant savoir qui avait osé entrer dans son monde par effraction. Mais il ne sembla pas voir Peter: son regard le traversait comme s'il n'avait été qu'une vitre transparente et se fixait un peu plus loin derrière lui, sur une illusion. Ses yeux s'agrandirent sous la terreur, et Mikaël recula autant qu'il put. Mais il était coincé par le mur. Il était coincé et James se rapprochait inexorablement de lui.

-Non... Non... James s'il te plaît, pas ça... S'il te plaît...

Peter fut touché de plein fouet par le ton tout à la fois enfantin et terrifié de son amant, et sans réfléchir plus avant, il s'avança vers lui. Il lui attrapa les poignets pour écarter ses bras de son corps, rapprocha leurs torses, et enfin enroula ses bras dans son dos, enfermant ainsi le corps de son homme dans un cocon qu'il voulait rassurant. Evidemment, Mikaël ne le comprit pas comme ça, et affolé, il se mit à se débattre. Il s'agita violemment. Il tapa de toutes ses forces Peter. Il asséna ses poings sur son dos, de plus en plus fort. Et il hurla. Il hurla sa terreur. Il hurla sa frayeur. Et il pleura son angoisse.

Pourtant, Peter ne lâcha pas prise. Il ne la resserra pas non plus. Il resta juste là, dans la même position. Lui caressant doucement le dos. Lui murmurant des mots apaisants. Lui chuchotant des mots doux. Lui disant que tout allait bien. Qu'il n'avait plus à avoir peur. Qu'il était là pour lui. Qu'il pouvait compter sur lui. Et que tout cela n'était pas près de changer, car il resterait avec lui, coûte que coûte. Peu à peu, les poings de Mikaël se firent plus mous, les coups moins violents, plus hésitants, et finalement les mains de Mikaël se posèrent, comme vides de toute volonté, sur le dos meurtri. Sa tête glissa jusque sur l'épaule de son compagnon, et ses pleurs se tarirent. Il avait usé de toutes ses forces et maintenant à bout, il rendait les armes. Il avait perdu.

Peter fut heureux lorsque l'accalmie arriva. Il ne savait pas combien de temps ils étaient restés ainsi, ni combien de temps il aurait pu continuer à tenir. Mais c'était fini. Il espérait juste que cela soit de façon définitive. Il se détacha lentement du corps de Mikaël et s'aperçut alors que celui-ci réagissait comme un corps sans vie. Comme une poupée de chiffon, il se laissait faire, sans volonté propre. Inquiet de cette apathie nouvelle, il refoula néanmoins ses larmes et entreprit de soulever le corps quasi-inerte du cavalier. Une fois dans ses bras, Mikaël, étonnamment, s'agrippa à son cou et murmura dans son oreille quelques mots qui vinrent s'inscrire douloureusement dans son cœur.

-James... S'il te plaît... Dis-moi que tu ne me détestes pas.

Puis les bras relâchèrent son cou et retombèrent pour l'un sur le ventre de Mikaël et pour l'autre dans le vide: le jeune homme s'était rendormi. Peter le déposa dans leur lit, et remonta précautionneusement la couette sur lui. Puis il quitta la chambre. Il récupéra son téléphone, qu'il avait laissé tomber devant la porte de la salle de bains, et rappela My. En attendant qu'elle décroche, il s'installa sur le canapé du salon et respira fortement, s'empêchant de pleurer.

-Peter? Alors? Comment il va?
-Il s'est endormi, alors je l'ai recouché.

Elle sentit les tremblements dans sa voix et se douta que la crise n'avait pas été sans douleur pour lui non plus.

-Comment ça s'est passé? demanda-t-elle d'un ton doux, estimant ainsi respecter son intimité s'il ne voulait pas parler, mais en même temps, lui laisser la porte ouverte s'il voulait s'épancher.
-C'était... horrible. De le sentir souffrir dans mes bras et de ne rien pouvoir faire, absolument rien. Rien du tout du tout... Je ne pouvais rien faire pour lui...

Cette fois-ci, il ne chercha pas à se retenir et se laissa finalement aller. Les larmes coulèrent hors de ses yeux le long de ses joues, jusqu'aux coins de sa bouche, pour dévaler ensuite son cou, et venir s'échouer sur les bords de son T-shirt.
My, devant les pleurs de cet homme qu'elle connaissait si peu au final, ne dit rien en premier lieu. Mais comme cela semblait sans fin, elle se décida à essayer de le consoler, comme elle le faisait avec Mikaël.

-Byssan lull, koka kittelen full, där kommer tre vandringsmän på vägen. Den ene, ack så halt, den andre, o så blind, den tredje säger alls ingenting.

La berceuse suédoise, chantée par My comme une mère à son enfant, réussit à calmer Peter, et il ne tarda pas à s'endormir à son tour, épuisé moralement.

Vers onze heures, Mikaël s'extirpa du sommeil, et un peu plus tard, du lit. Il avait l'impression d'avoir fait un mauvais rêve, où James revenait le hanter, mais où il y avait aussi, à sa propre surprise, Peter. Il se dirigea un peu à l'aveuglette vers la salle de bains pour mettre un terme à une envie pressante, et alors qu'il se soulageait, son regard fut attiré par l'étroit espace qu'il y avait entre la cuvette et le mur. Il avait la désagréable sensation de se voir à cet endroit précis, recroquevillé sur lui-même. Et soudain, il se souvint.

Il se souvint de tout ce qu'il s'était passé le matin même. Il réalisa aussi que Peter n'était pas dans la chambre quand il s'était levé tout à l'heure. Serait-ce possible qu'il soit parti? L'abandonnant, car il n'avait rien du petit ami parfait dont Peter rêvait sûrement? Pressé, il se lava les mains en éclaboussant tout le pourtour du lavabo. Mais il s'en foutait. Une seule chose importait: retrouver son amant. Courant presque, il arriva dans le salon, et poussa un soupir bruyant de soulagement en apercevant l'homme endormi dans le canapé. Il s'affala à ses côtés et cela suffit à le réveiller. Les deux hommes se contemplèrent un instant, incertains de l'attitude à adopter. Mikaël, le premier, bougea.

-Bonjour, dit-il avant de se pencher et de lui claquer un baiser sur les lèvres.

Peter sourit: après un premier réveil aussi violent, un peu de douceur pour le second ne faisait pas de mal.

-Bonjour, répondit-il. Comment tu te sens?
-Bien, ouais, plutôt bien, à part un petit mal de tête. Et toi?
-Ca va. J'ai un peu mal au dos, mais ça va passer.
-Désolé, marmonna Mikaël, conscient que c'était de sa faute si Peter avait mal.
-C'est pas grave. C'est pas comme si t'avais vraiment voulu me faire mal.

Peter lui ébouriffa les cheveux et lui fit un sourire chaleureux, et le plus jeune se sentit pardonné.

-Par contre, je voudrais en savoir un peu plus sur ces crises, si tu es d'accord, dit-il avec douceur, pour ne pas le brusquer.

Mais Mikaël tressaillit quand même à l'entente de ces mots, et commença à se replier sur lui-même. De suite, Peter lui attrapa les mains, l'entoura de ses bras, le rassura de ses mots apaisants, et le brun se sentit étrangement en sécurité. Ses craintes s'apaisèrent et il se dit qu'avec ce qu'il lui avait fait subir quelques heures plus tôt, Peter était en droit de savoir. Peut-être même qu'avec lui, ses démons intérieurs se tiendraient tranquilles.

-D'accord, finit-il par murmurer au creux de son cou, avant de se détacher de ce corps agréablement chaud pour pouvoir le regarder dans les yeux. Mais une seule question alors.
-Ca me va, accepta le blond avec un sourire.

Peter réalisait l'énorme effort consenti par Mikaël: même My n'avait pas eu droit à ce privilège, d'après ce qu'il avait compris. Alors il choisit sa question avec soin, sans pour autant tenir compte des conseils de la jeune femme.

-Est-ce que... Est-ce que tu peux me parler de James? S'il te plaît?
-James? Comment tu connais James? fit Mikaël, soudain sur la défensive.
-C'est toi qui a prononcé son prénom ce matin... Quand tu dormais... T'avais l'air d'en avoir peur. Et aussi quand tu t'es rendormi, après ta crise, expliqua-t-il peu à peu.

Peter préféra passer sous silence les quelques mots qu'il avait prononcés ensuite, sentant qu'ils feraient sortir Mikaël de ses gonds, en plus de le blesser. Déjà qu'ils les avaient blessés, lui, même s'il n'y avait pas de réelle raison pour qu'il se sente blessé par une demande d'amour fraternel.

-Merde, pourquoi je parle en dormant moi? dit le plus jeune, dans une maigre tentative de plaisanterie.

Il n'arrivait pas à se résoudre à parler de son frère. C'était toujours quelque chose de douloureux, et surtout cela montrait des côtés peu reluisants de lui-même. Mais peut-être que s'il ne disait pas tout, il pourrait encore garder la tête haute face à Peter. Être digne de lui. Il lança un dernier regard au blond, qui attendait patiemment, avec quand même un peu d'angoisse au fond des yeux, qu'il prenne la parole.

-Bon, puisque j'ai dit que je le ferai... Alors, par où commencer?

De gêne, il passa une main dans ses cheveux bruns en bataille, puis il commença son récit.

-James... James Blowsworth... C'est mon grand frère. Il a six ans de plus que moi. Il est né par accident, mes parents étaient très jeunes à l'époque. Même pas majeurs. Enfin, je dis ça, mais pour moi, c'est pareil. Ils étaient peut-être majeurs à l'époque, mais toujours aussi cons. Et moi j'ai aussi été un accident. Sauf que mon père l'a moins bien pris que la première fois. Une bouche de plus à nourrir, alors qu'il venait d'être viré. C'était vraiment pas l'idéal. Il s'est barré lorsque ma mère en était à son quatrième mois de grossesse. Il est revenu lorsque j'ai eu un peu plus de deux ans. Jamais compris pourquoi d'ailleurs. Il dit que c'est parce qu'il aime trop ma mère, mais franchement j'en doute.

Mikaël marqua une petite pause dans son histoire, comme s'il se remémorait certains souvenirs, puis il reprit, la tête baissée, le regard fixé sur le canapé.

-Ces deux ans et demi où il était pas là, moi je m'en souviens plus. Mais James s'en souvient très bien. Ca l'a beaucoup marqué je pense. Il m'a toujours tenu responsable de cette rupture, du fait qu'il n'ait pas eu de père pendant toute période. Et de fait, il m'a toujours détesté. Mais moi, comme un con, je m'en rendais pas compte. Je l'aimais comme un petit frère peut aimer son grand frère. Je l'adorais même. Et je voulais qu'il m'aime aussi. Inconsciemment, je devais savoir qu'il me haïssait. Alors je faisais tout pour lui plaire, tout pour qu'il m'aime. A chaque fois qu'il me demandait quelque chose, je le faisais, en bon petit chien obéissant. Même quand il est allé trop loin, je l'ai suivi.

Mikaël déglutit avec difficulté. Apparemment, il atteignait la période qu'il voulait oublier.

-J'étais jeune. Je comprenais pas trop ce que je faisais, et il en a bien profité. Quand j'ai commencé à comprendre, il était déjà trop tard. Il m'avait déjà fait mal pour le reste de ma vie. Toutes ces crises, c'est à cause de lui. A cause de ce qu'il m'a fait. Et je suis sûr qu'il doit être content de me faire souffrir comme ça.

De nouveau, le silence envahit le salon, et Peter osa, après de longues minutes d'indécision, poser la question qui lui vrillait l'esprit.

-Est-ce qu'il...? Est-ce que James t'a... violé?

Mikaël releva brusquement la tête. L'étonnement qui était apparu sur son visage céda très rapidement la place à un sourire sans joie.

-Non... Non, il ne m'a pas violé. Un homme n'a rien à faire avec un autre homme, voyons Peter! ironisa-t-il sans conviction. Plus homophobe que lui, tu meurs. Donc non, il ne m'a pas violé... Mais parfois je me dis que ça aurait peut-être été mieux... Bref, quand j'ai réalisé les conneries que j'étais en train de faire à cause de lui, j'ai commencé à me détacher de lui. Il a pas apprécié de perdre son chien, et on s'est battu pas mal de fois. Comme il était le plus grand, il gagnait à chaque fois, et je me suis mis à le haïr. Je le haïssais un peu plus chaque jour qui passait, et encore plus lorsque je faisais mes crises.
-Et tes parents? Ils ne sont jamais intervenus pour empêcher James de te faire du mal?
-Tu parles! s'exclama-t-il amèrement. James, c'était le chouchou de notre père. Il avait beau être né par accident, c'était l'aîné. Il était beau et fort. Il avait tout pour contenter un père. Moi je n'étais que le second. Celui qui se faisait toujours battre dans les bagarres, parce qu'il est moins baraqué que les autres. Celui qui foutait la honte à son père en pratiquant un sport de fillette. James a été l'accident qu'il a appris à aimer, moi j'ai été l'erreur qu'il a détesté. Et ma mère a suivi parce qu'elle ne sait pas faire autre chose que dire d'accord à mon père.

Le ton désabusé et froid de Mikaël attrista Peter tout autant que ce qu'il venait d'entendre, et n'y tenant plus, il prit son amant dans ses bras, l'enlaçant avec tout l'amour dont il pouvait faire preuve. Le plus jeune profita de l'étreinte comme il se devait et passa à son tour ses bras dans le dos de Peter et posa sa tête sur son épaule.

-C'est fini tout ça maintenant, murmura Peter. Je suis là, et tu n'as plus aucune raison de faire ces crises. James ne pourra plus jamais te faire de mal. Et si jamais il t'en fait, tu me le dis, que j'aille lui botter le cul. Et pareil pour ton père. Si jamais il fait un pet de travers, j'irais lui remettre les idées en place à ma façon.
-D'accord.

Ils restèrent accolés l'un à l'autre jusqu'à ce qu'un bruit caractéristique d'un estomac en famine se fasse entendre. Les deux hommes rigolèrent de concert.

-C'était toi?
-Ah non! C'était toi il me semble, répliqua Peter.
-Ah bon? J'ai rien senti.
-Bah, on s'en fout, j'ai faim aussi. Ca te dit qu'on sorte se faire un brunch, ou un truc du genre?
-Ca me dit même beaucoup!
-Génial! Mais euh... Ca va pas poser de problèmes avec le cheval? T'es pas censé bosser au club?
-T'inquiète, lui sourit Mikaël. J'ai pris mon weekend off, dit-il en se relevant pour aller se doucher.

Le sourire de Peter s'élargit jusqu'aux oreilles et il sauta dans les bras de Mikaël.

-Merci, merci, merci! T'es un mec génial, tu sais? Je pouvais pas tomber mieux comme petit ami! Je suis vraiment heureux comme tout!
-Arrête, c'est moi qui ait de la chance de t'avoir trouvé.

Mikaël lui planta un baiser sur le bout du nez avant de lui murmurer, les yeux dans les yeux, un merci des plus sérieux. Peter cligna lentement des yeux pour lui montrer qu'il avait compris: c'était un merci pour son soutien et son écoute sans jugement ni reproche de ces dernières heures. Satisfait, Mikaël repartit vers la douche, énumérant tout ce qu'il voulait pour son brunch.

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commentaires

Merlin 22/02/2010 18:42


décidément il a pas eu une vie facile notre cher mickael...
mais une fin mignonne ça rattrappe ^^


Skorpan 22/02/2010 19:19


Ca a forgé son caractère, et c'est ce qui fait tout son charme. ;-)


Raf 21/02/2010 22:51


Cool! Bonne suite! Evidemment que t'allais pas nous reveler tout d'un bloc, on a déjà beaucoup appris! Enfin j'espere juste pour peter que c'est pas comme ca toutes les nuits ou il risque de maudir
le jour où il lui a donné les clefs de son appart'!


Skorpan 21/02/2010 23:09


Tiens, c'est une idée ça, de rendre leurs nuits infernales! XD Nan mais t'imagines, une crise par nuit! Ca serait invivable pour Mikaël! (bah oui, c'est mon petit chouchou, alors c'est à lui que je
pense en premier! ^^)
En tout cas, j'suis contente que ça t'ait plu. J'avais du mal à doser le nombre juste de révélations à faire ou à ne pas faire.


Lilie 21/02/2010 17:40


Oh ! Je me demande bien ce que son frère à lui à fait faire !!!! Enfin, je suis qu'on le saura un jour ou l'autre XD

J'suis contente, deux chapitre en un même trop cool XDDD (bon le premier date un peu mais j'avais pas vu ^^) Ca me met encore plus l'eau à la bouche =D Hate d'avoir la suite, j'adore ^^

Enfin voilà =D
Encore bisous et merci :p


Skorpan 21/02/2010 18:08


Oui, vous le saurez un jour ou l'autre. Probablement l'autre, d'ailleurs. *sors*

J'suis contente de t'avoir rendue contente pour aujourd'hui! Par contre, l'eau à la bouche, tu vas devoir l'avoir encore une semaine, parce que la suite, c'est dimanche prochain! ;D

Bisous et merci à toi de me lire encore!


Så Här Är Det!

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