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16 juin 2009 2 16 /06 /juin /2009 17:00
Et voilà, le voile du mystère est levé dans cette suite! Mais c'est pas pour autant que le suspens retombe! XD

Bonne lecture! =D








     Peter et Mikaël traversèrent le sas menant aux urgences et débarquèrent dans une salle d'attente aux dimensions modestes. Plusieurs personnes étaient assises sur de vieux sièges recouverts de faux cuir marron, feuilletant un magazine ou se tournant les pouces. Mikaël n'y prêta guère d'attention et se dirigea directement vers l'accueil, alors que Peter le suivait de près, de peur que sa jambe gauche ne le lâche à un moment inopportun. Le cavalier se laissa tomber sur la chaise vide en face du bureau et adressa un sourire un peu crispé par la douleur à l'infirmière, ou secrétaire médicale, peu lui importait, qui pianotait sur un ordinateur. Elle lui jeta un vague coup d'oeil, un sourire poli, puis plongea sur le côté de son bureau pour ressortir des feuilles d'un quelconque tiroir. Elle allait commencer l'interrogatoire lorsqu'elle sembla remarquer la présence de Peter. Elle lui jeta un regard circonspect, avant d'en jeter un plus interrogatif à Mikaël. Celui-ci fit la moue, hésita quelques instants, puis se tourna sur sa chaise.

-Peter, tu veux bien aller m'attendre là-bas s'il te plaît?
-Mais...
-S'il te plaît, réitéra Mikaël.

Peter rechignait à laisser Mikaël: il avait l'impression que le jeune homme était à sa charge. Puis ses yeux tombèrent sur un papier de couleur verte collé au bureau: "Pour des raisons de confidentialité, veuillez attendre derrière la ligne jaune.", ligne jaune qui se trouvait trois mètres derrière lui. Alors il se résigna, serra légèrement l'épaule de Mikaël, recula, attrapa un journal people sur la table basse, puis s'assit sur l'un des sièges. Cependant, le journal ne l'intéressait nullement et ses yeux revenaient constamment sur bureau d'accueil et le dos légèrement courbé de son ami.

Mikaël posa ses yeux sur les feuilles qu'avait sorties l'infirmière et reconnut une fiche d'admission, ainsi que le questionnaire qu'il fallait remplir à chaque fois.

-Bonjour, vos nom et prénom s'il vous plaît, entama-t-elle, stylo dans une main, prête à écrire.
-Blowsworth Mikaël. Mais je suis déjà venu plusieurs fois ici, j'ai un dossier.
-Bonne nouvelle! s'exclama-t-elle. Vous pouvez m'épeler votre nom s'il vous plaît.
-B-L-O-W-S-W-O-R-T-H...
-Mikaël c'est ça? vérifia-t-elle en affichant sa fiche sur l'écran de l'ordinateur.
-Oui.
-Vous êtes venu assez souvent ces derniers temps, non?
-Oui, je crois bien que je vais finir par prendre une carte d'abonné à vos urgences, plaisanta-t-il.

Elle lui sourit, puis continua son travail.

-Votre dossier doit être aux archives, mais vu qu'il est souvent utilisé, il ne devrait pas être trop difficile à retrouver. Je vais envoyer quelqu'un le chercher, expliqua-t-elle avant d'interpeller un cinquantenaire en tenue d'aide-soignant qui passait par là. Harry! Tu veux bien aller me chercher le dossier avec ce numéro aux archives?
-Ok Katie, accepta-t-il en prenant le post-it tendu.

Une fois Harry parti, l'interrogatoire commença réellement. Elle fit tout d'abord confirmer toutes les informations personnelles: date de naissance, adresse, mode de vie; puis s'attaqua aux éventuels traitements pris par le patient -heureusement pour elle, il n'y en avait aucun-, avant de de passer au problème principal: la douleur à la cheville gauche. Elle lui demanda de décrire les circonstances de l'accident, le type de douleur ainsi que son intensité. Avec un EN à 4/10, elle estima que des antalgiques s'imposaient et le nota sur l'une des feuilles. Après encore plusieurs questions et de longues minutes, Mikaël fut autorisé à retourner s'asseoir avec son ami dans la salle d'attente, emportant sa fiche d'admission et ses étiquettes. Il s'installa dans le fauteuil à côté de Peter et soupira.

-Reste plus qu'à attendre. Mon dossier ne devrait plus tarder.
-Ton dossier?
-C'est pas la première fois que je vais à l'hôpital Peter, soupira-t-il de nouveau, plutôt de lassitude que d'exaspération. J'espère que l'interne qui m'avait vu la dernière fois est toujours là. Il était plutôt doué. Par contre, il ne faut surtout pas que je tombe sur le big boss. C'est un vrai connard, si c'est toujours le même.


     Après presque deux heures d'attente, un homme d'une petite trentaine d'années entra dans la salle d'attente avec un dossier assez conséquent en main.

-Monsieur Mikaël Blowsworth?
-Oui! répondit ce dernier en se levant, avant de se rasseoir immédiatement: il avait un instant oublié sa cheville douloureuse et celle-ci venait de se rappeler à lui.
-Veuillez me suivre, votre ami peut vous accompagner si vous le voulez, continua l'homme en blouse blanche, ayant noté que les deux hommes étaient ensemble.

Mikaël acquiesça, se releva plus doucement en s'appuyant sur Peter, et toujours en prenant appui sur son ami, il suivit le médecin vers un box de quelques mètres carrés. Là bas, il s'installa sur le lit d'examen, et Peter se tint debout à côté de lui. Ils étaient tous deux face au médecin, assis sur la seule chaise de la pièce, le dossier posé sur la petite table à côté.

-Bien, M. Blowsworth, si vous me disiez pourquoi vous êtes aux urgences.
-Je me suis fait mal à la cheville gauche en tombant de cheval.
-En tombant comment?
-J'ai fait un soleil, du moins ce qui devait ressembler à un soleil, vu que je me suis coincé le pied dans l'étrier. Et puis après mon cheval est parti au galop, et je me suis fait traîner pendant, je sais pas, une ou deux minutes, c'est ça Peter?
-Je crois. En tout cas, ça m'a paru beaucoup trop long, dit l'inspecteur, se remémorant avec frayeur ces quelques secondes où Gallium avait galopé totalement libre dans la carrière.
-Bien. Avant de vous examiner M. Blowsworth, je vais vous poser quelques autres questions, qui vont me permettre d'avoir une vision plus globale de la chose.
-N'avez-vous pas les réponses dans mon dossier?
-Probablement, mais comme vous le voyez, il est assez gros, et ça me prendrait beaucoup de temps. De plus, il est toujours bon de vérifier auprès du patient ce qui est écrit dans le dossier.
-Je comprends, dit Mikaël lentement, comme s'il réfléchissait à autre chose en même temps. Avant de commencer, est-ce que Peter pourrait m'aider à me déshabiller, au moins le bas? Ca me fait un mal de chien d'avoir la cheville pressurée dans mes boots.
-Bien sûr, accepta l'interne, qui se dit que comme ça au moins, il ne risquait pas de se prendre une droite de la part de son patient si celui-ci avait mal lors du déshabillage.
-Merci. Peter, tu m'aides?

Peter, quoiqu'étonné par la demande de Mikaël, s'agenouilla sans problème à ses pieds et commença à tirer doucement sur la fermeture éclair de la chaps droite qui lui était présentée. Quand il l'eut enlevée, il s'attaqua à la bottine, qu'il retira d'un coup sec. Mikaël grimaça un peu et Peter s'excusa. Ensuite, vint la partie la plus difficile: défaire ce qui couvrait la cheville gauche. La chaps fut retirée délicatement mais rapidement. Quant à la boots, ce fut une toute autre paire de manches. Mikaël se crispait à chaque fois qu'on la bougeait et lors d'un mouvement un peu plus brusque de la part de Peter, il lui asséna un coup assez violent dans les côtes avec son pied valide.

-Putain, ça fait un mal de chien! s'exclama Mikaël.
-Tu l'as dit! rétorqua Peter en se massant les côtes.

Mikaël lui lança un regard étonné avant de comprendre: le coup avait été un réflexe de défense et il ne s'en était pas vraiment rendu compte.

-Désolé...
-Bon, on va pas y passer 107 ans non plus, intervint l'interne. Je vais demander à ce qu'on m'apporte de quoi découper cette chaussure et...
-Découper?!? s'écria Mikaël, apparemment pas du tout d'accord avec cette idée.
-Vous voyez une autre solution? Vous refusez qu'on vous touche.
- ... Ok, c'est bon, découpez tout ce que vous voulez.
-Merci. En attendant, on va commencer l'interrogatoire. Alors, depuis la dernière...
-Excusez-moi, l'interrompit Mikaël avant de se tourner vers Peter qui s'était redressé. Tu peux sortir s'il te plaît?
-Mais Mikaël...
-Monsieur, puisque c'est le souhait du patient, je vais vous demander de sortir, appuya le médecin.

Peter ouvrit la bouche pour protester, puis se ravisa et sortit sans un mot, en claquant la porte.


     Une heure et demi plus tard, Peter était toujours dans la salle d'attente. Il avait cédé son siège à une personne qui avait l'air de ne pas aller très bien, et maintenant, il était debout, appuyé nonchalamment sur le mur. Il n'avait rien à faire et commençait sérieusement à s'ennuyer. Aucun des magazines de la table basse ne l'intéressait, même si au début, il avait réussi à en feuilleter quelques uns. Il n'avait pas pensé à amener un livre à lire, et jouer sur son portable l'exaspérait à force de ne pas pouvoir battre le record que Stefen avait instauré quelques semaines auparavant. Cependant, il n'osait sortir chercher un kiosque à journaux, une librairie ou quoi que ce soit d'autre, de peur que Mikaël ne revienne pendant le laps de temps où il était absent, et qu'il croit qu'il l'ait abandonné.

Cet ennui imposé eut au moins l'avantage de le faire réfléchir. S'il avait mal pris que Mikaël le rejette du box, comme lorsqu'il avait demandé à ce qu'il quitte le paddock, il pensait comprendre pourquoi il l'avait fait. Le médecin allait l'interroger, et ainsi forcément faire référence à ses antécédents, qui semblaient nombreux au vu de la grosseur du dossier. Or ç'aurait été avouer ses faiblesses que de lui laisser voir tout ceci. Et Mikaël n'était pas vraiment du genre à se montrer faible devant les autres, même si exceptionnellement, Peter avait eu accès, pendant quelques instants, à cette partie fragile de l'être complexe qu'était le cavalier.

Peter comprenait et le pardonnait pour son attitude, pour son rejet, mais cela l'effraya tout en le rendant plus serein. C'était une sensation des plus étranges, et le fracas de ces différents sentiments en son sein commençait à lui donner le tournis. Il avait chaud, ses doigts tremblaient et sa vue s'assombrissait. Néanmoins, il réussit à percevoir un mouvement sur sa gauche. Attiré, il tourna la tête et reconnut Mikaël. Tout sentiment de malaise disparut soudain pour laisser place à une plénitude rarement ressentie ces dernières années.

-Salut! Comment ça va?
-Fatigué, et toi? demanda en retour Mikaël.
-Pareil. Alors qu'est-ce que t'as?
-Entorse, avec étirement des ligaments. Ils ont fait des radios pour voir s'il n'y avait aucune fracture et a priori, c'est tout bon. Ils m'ont juste prescrit des antalgiques et une semaine d'immobilisation complète pour ma cheville.
-Ils t'ont plâtré?
-Non, juste strappé, dit-il en soulevant un peu sa cheville, effectivement enrubannée dans une bande de tissu blanc.

Peter remarqua alors que Mikaël ne portait ni ses chaussures, ni sa culotte d'équitation, mais un bas de pyjama d'hôpital et des protège-chaussures bleus.

-Elles sont où tes affaires? interrogea-t-il.
-Dans le sac, dit-il en montrant un sac en plastique. Tu m'excuses deux secondes, je vais appeler mon coach.

Mikaël sortit le premier, le téléphone déjà accroché à son oreille, et Peter le rejoignit quelques minutes plus tard. En arrivant à sa hauteur, il remarqua immédiatement que le cavalier était énervé: sa main serrait nerveusement le téléphone et ses yeux étaient plissés à en devenir de simples fentes.

-Qu'est-ce qu'il se passe? demanda Peter. T'as parlé à ton coach?
-Ouais, il ne veut plus me voir de la semaine. Il ne veut même plus que je foute les pieds au club! Il m'a dit de revenir vendredi en huit pour faire le point, voir si je peux participer au concours du week end!! Il a fumé le vieux! C'est tout vu: je participe! se mit-il à crier de plus en plus fort tout en s'agitant sur une seule jambe.
-Fais gaffe, tu vas tomber, le sermonna gentiment Peter en le rattrapant pour la deuxième fois.
-De toute façon, ça peut pas être pire que maintenant! Alors que je me casse la gueule ou non...
-Si tu le dis... Mais perso, j'ai pas envie de passer encore deux heures dans cette salle sordide à t'attendre juste parce que tu seras tombé sur le bitume.
-Désolé, s'excusa Mikaël après avoir réfléchi quelques secondes. C'est gentil de m'avoir attendu.
-C'est normal. Au fait, t'as un endroit où loger?
-Bah oui, au club.
-Où tu n'as plus le droit de mettre les pieds pendant une semaine, rappela-t-il.
-Shit! Shit, shit and shit! C'est génial! En plus d'être blessé, interdit de cheval, je me retrouve SDF. Merci mon Dieu! Je ne sais pas ce que je ferais sans tes interventions divines pour foutre ma vie en l'air! finit-il très ironiquement.
-Tu ne crois pas en Dieu? s'étonna Peter, qui même s'il ne pratiquait pas souvent, était croyant.
-Plus depuis que j'ai accepté de regarder en face ce qu'il se passait dans mon quartier.
-Ton quartier?
-Je préfère pas en parler. Bon, faut que je me trouve un toit. Ca va être chaud de loger chez My, je crois qu'elle a un nouveau mec. Je peux pas aller chez William et les déranger encore...
-Si tu veux, tu peux t'installer chez moi pour la semaine, proposa généreusement Peter.
-T'es tombé sur la tête ou quoi? C'est hors de question! réagit vivement Mikaël.
-Pourquoi?
-Sonia va me pourrir la vie à la moindre occasion, et j'ai pas envie. Dois-je te rappeler que ta compagne, ta future femme même, me hait?
-Hein? Ah non, je te parlais pas de venir habiter chez Sonia et moi, mais dans mon appart'.
-Ton appart'?
-Oui, mes parents m'en ont acheté un au début de mes études, avant que je n'emménage avec Sonia. Depuis, je le leur ai racheté et j'ai pas  eu le courage de le vendre. Y'a pas mal de souvenirs dedans, et puis c'est pratique quand je bosse trop tard le soir pour rentrer.
-Il est où?
-Dans New-York même. T'auras aucun mal à te faire livrer la bouffe et tout, vu que t'as pas le droit de bouger.
-Ouais. Et c'est quoi comme appart'?
-C'est un deux pièces d'une cinquantaine de mètres carrés. Y'a un super grand salon cuisine américaine qui fait vingt, vingt-cinq mètres carrés. La chambre fait un peu plus de quinze. Et la salle de bains, je sais pas. C'est super lumineux, au 7ème étage, sans vis-à-vis direct.
-On dirait que t'es en train de me le vendre ton appart'! ria Mikaël.
-Presque! répliqua Peter. Alors qu'est-ce que t'en dis?
-J'en dis que ça me tente beaucoup, mais je me tâte encore.
-Alors tâte-toi bien!

Ils se lancèrent un regard complice avant d'éclater de rire, se sentant étrangement sur la même longueur d'onde.

-Juste un truc, reprit Mikaël. Pourquoi tu fais ça?
-Pour aider un ami.
-Que tu ne connais pas super bien. Je pourrais détruire ton appart', te voler ou je ne sais quoi d'autre.
-Je te fais confiance Mikaël, affirma Peter en posant ses mains sur les épaules de son interlocuteur et en le regardant droit dans les yeux. Je sais qu'on se connaît pas depuis des années, même pas des mois. Mais y'a un truc entre nous, qui fait qu'on s'entend comme si on s'était toujours connus. Tu ne peux pas le nier. Maintenant, est-ce que toi tu me fais assez confiance pour loger dans mon appart'? Dans l'appart' d'un flic qui enquête sur toi?
-S'il te plaît, parle pas de ça Peter. C'est déprimant.
-Mais c'est la réalité. Alors, tu acceptes ou pas? Avec tous les risques et les obligations que ça comporte?
-C'est à dire? voulut savoir Mikaël.
-Tu vas devoir rester enfermé dans ce deux pièces presque H24. Et pas seulement parce que l'appart' est à moi, mais aussi à cause de ta cheville. Je ne veux pas que tu sortes et que tu ailles te blesser.
-Et qui d'autre sait que cet appart' est à toi?
-Mes parents... Et Sonia.
-Forcément, soupira Mikaël.
-Mais elle sait qu'elle n'a pas le droit d'y mettre les pieds, le rassura Peter. C'est mon domaine privé, tout comme la cabane dans notre jardin est le sien.
-Qui d'autre?
-Stefen, un collègue. Mais il sait à propos de nous, enchaîna Peter alors qu'il sentait que Mikaël allait refuser. Je lui en ai parlé, et on ne risque rien avec lui. Alors toujours tenté ou pas?
-Toujours, admit Mikaël, qui devait reconnaître qu'il n'avait pas non plus énormément de choix: une semaine dans un hôtel ou même une auberge de jeunesse allait lui coûter une fortune, en plus d'être démoralisant à souhait. Mais j'ai peur que ça ne soit trop risqué.
-Qui ne risque rien n'a rien, professa Peter avant de continuer sur un ton rassurant. Les risques, je m'en occupe. Toi tu dois te reposer.
-Tu t'occupes de tout alors? demanda Mikaël d'une petite voix, les yeux devenant brillants au fur et à mesure.
-Oui, répondit-il d'une voix ferme, sûre, un sourire définitivement accroché à son visage.
-Merci!

Et Mikaël lui sauta au cou. Les bras enlacés derrière sa nuque, il s'y tenait fermement, ses pieds ne touchant presque pas terre. Sa bouche contre son oreille, il lui murmurait sans s'arrêter: "Merci, merci, merci, mille fois merci. Je sais pas ce que j'aurais fait sans toi." Au bout d'un moment, il se détacha lentement de lui et il trouva approprié de le remercier encore une fois, d'une façon inattendue mais qui lui plairait, il en était sûr: il l'embrassa sur la tempe. Puis il se recula, lui adressa un sourire débordant de joie et lança d'un ton enthousiaste.

-On va me chercher des affaires au club, et ensuite tu me fais visiter ton super appart'!!
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10 juin 2009 3 10 /06 /juin /2009 11:55
Inauguration d'une nouvelle catégorie, pour vous parler des BD qui m'ont marquée, et a fortiori, influencée. Attention, dans cette catégorie, il ne s'agit que de BD, et non de mangas, et cela regroupe tous les styles, yaoi et non yaoi, de Sambre à Thorgal en passant par Le Troisième Testament ou Finkel. Ce sont des BD que je vous recommande, bien évidemment, de lire tellement elles sont bien! ^_-

Aujourd'hui, je m'attaque à une BD qui a fait très forte impression sur moi, à tel point que j'ai dû la relire un minimum de dix fois depuis que je l'ai acheté, il y a quelques mois.








Titre:
Muchacho
Scénariste/Dessinateur: E. Lepage
Tomes: 2 - Terminé

Fermez les yeux et imaginez la forêt tropicale. C'est bon? Alors là vous êtes au Nicaragua, dans un petit village où tout le monde se connaît. Où on est loin des turpitudes du pouvoir et de la capitale. Ici, la dictature de Somoza se traduit par les militaires qu'on voit constamment, qui font des contrôles à la moindre occasion. Et qui recherchent les rebelles.
Parce que oui, la révolution gronde dans le pays, dans la forêt humide où les opposants se cachent. Où, pour marquer leur opposition au pouvoir, ils utilisent un briquet pour allumer leurs cigarettes.
C'est dans cette ambiance survoltée que vous vous trouvez, et que vous rencontrez Gabriel pour la première fois. Gabriel, un tout jeune homme, entré dans les ordres, mais n'ayant pas encore prononcé ses voeux. Gabriel, le fils d'un des pontes du pouvoir. Gabriel, ce peintre extrêmement doué. Mais surtout Gabriel qui apprend et découvre la vie, et qui peu à peu "soulève la peau des choses".
Vous le suivez à la trace dans les rues boueuses du village, dans l'église où il peint, sur le marché, dans les champs. Et c'est avec lui que vous tombez sous le charme de deux yeux bleux. Seulement deux yeux perdus au milieu d'un masque cachant le reste du visage. Un rebelle. Un briquet. S+R. Fausto.

L'histoire, prenante, haletante, superbement écrite et construite, est servie par des dessins magnifiques. A chaque page, à chaque case, on dirait un véritable tableau. On se sent véritablement plongé dans la forêt tropicale. L'ambiance est retranscrite non pas fidèlement, non pas bien, elle est juste .
On est aux côtés des personnages. On ne peut pas être autre part. C'est tellement beau que c'est impossible à décrire!

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Published by Skorpan - dans BD-Manga
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8 juin 2009 1 08 /06 /juin /2009 16:06
Aha! Vous êtes impatientes? Vous avez envie de savoir ce qu'il s'est passé? Ou plutôt ce que Mikaël a? Et comment les autres vont réagir? Vous voulez savoir hein?
Et ben rappelez-vous d'une chose: je suis une grande sadique! =D

Sur ce, bonne lecture! =D







     Les yeux fermés et les mains crispées sur les rênes, Mikaël était allongé sur le sable de la carrière, passablement sonné. Il sentait que son pied gauche était encore pris dans l'étrier, et tirait toute sa jambe vers le haut, alors qu'il ne souhaitait que la poser à terre. Mais il n'osait pas ouvrir les yeux de peur de découvrir son membre avec une forme non physiologique. Grâce aux voix qui se faisaient pressantes autour de lui, il devina également que tout le monde s'était regroupé autour de lui. Mais il ne répondait à aucune question, ce qui inquiétait fortement ses camarades. En réalité, ce n'était pas qu'il ne souhaitait pas leur répondre, ou que sa tête était trop confuse pour le faire, c'était juste qu'il était terrifié de ce que le cauchemar puisse recommencer s'il faisait quoi que ce soit. Pour l'instant, il était certes dans une position inconfortable, mais au moins, ça s'était arrêté. Brusquement, il perçut une présence à sa gauche, et une main se posa sur son épaule, accompagnée par une voix douce et rassurante.

-C'est bon, Mikaël. Tu peux lâcher les rênes, Charlie les tient. Voilà, c'est bien, approuva la voix alors que le cavalier desserrait lentement ses doigts. Maintenant, essaie de te calmer, respire lentement, comme ça, continua-t-elle en mimant une respiration exagérément lente et bruyante.

En entendant ces paroles prononcées par cette voix, qu'il reconnut comme étant celle de son coach, il réalisa que le choc quand il était tombé lui avait coupé le souffle, et que depuis, il respirait difficilement. Il avait l'impression de s'asphyxier et de rien pouvoir faire face à cette sensation de mort imminente. Cela le fit paniquer et il ouvrit les yeux d'un coup, en s'agitant fortement.

-Oh là! tout doux, reprit Edward. Les autres, écartez-vous! Laissez-le respirer, dit-il à l'adresse des cavaliers inquiets. Et toi, calme-toi, tu dois respirer lentement, calmement. Doucement, voilà, comme ça, c'est bien continue.

Peu à peu, l'air revint envahir ses poumons et le spectre de l'asphyxie s'éloigna de Mikaël. Il tourna lentement la tête vers son coach et l'interrogea du regard.

-Bon, maintenant que tu es bien calme, je vais essayer de retirer ton pied de l'étrier. Si je te fais mal, tu me dis, d'accord?

Mikaël hocha la tête et d'une main mal assurée, il remonta le bas de son T-shirt jusqu'à sa bouche pour avoir quelque chose dans quoi mordre si cela faisait trop mal. En même temps, Edward se releva, s'approcha du flanc du cheval et prit délicatement la cheville de Mikaël en mains. Il entreprit de dégager le pied de la structure en métal qui le retenait prisonnier avec des mouvements très doux, mais cela n'empêcha pas Mikaël de serrer les dents à plusieurs reprises et de laisser quelques larmes s'échapper de ses yeux. Puis enfin, le pied fut dégagé et la jambe posée à terre. Alors soudainement, le stress retomba et Mikaël se laissa aller: les larmes jaillirent sans restreinte et des spasmes agitèrent son corps. Edward s'accroupit au côté de son cavalier, et le visage compatissant, lui demanda si ça allait.

-Oui, oui, c'est juste… c'est juste le stress, assura Mikaël, un sourire rassurant sur ses lèvres mouillées de larmes.
-Tant mieux. Bon tu restes allongé le temps de te remettre, et je prends Gallium, ok?
-Ouais.
-Très bien. Les autres, dit-il en se relevant et en s'adressant aux cavaliers toujours à cheval, vous pouvez sortir.

Ils se dirigèrent tous vers la sortie, en faisant néanmoins un crochet par Mikaël pour savoir comment il allait. A chaque fois, il souriait et les rassurait même si une douleur lancinante commençait à apparaître dans sa cheville gauche. My fut la dernière à s'enquérir de sa santé, et ils discutèrent un peu plus longuement. Lorsqu'elle allait partir, Mikaël lui demanda une dernière faveur: aller rassurer Peter, qui ne devait pas en mener large, peu habitué qu'il était à ce genre de péripéties.


     My s'approcha rapidement de l'inspecteur et celui-ci se releva d'un bond, effrayant quelque peu le jeune cheval. Elle lui flatta l'encolure pour le calmer puis adressa un sourire chaleureux à Peter.

-Ne t'inquiète pas, il va bien. Il a juste besoin de reprendre son souffle, et de faire un peu le point. Ensuite, il pourra se relever.

Soulagée, Peter poussa un long soupir en plaquant sa main contre son cœur, et ses traits se détendirent ostensiblement. Mais il enchaîna rapidement, ne se laissant pas le droit de souffler une seule seconde avant de connaître toutes les circonstances de l'incident, qui ressemblait plus à un accident grave qu'à un incident dans sa tête.

-Qu'est-ce qui s'est passé?
-Genesis, le cheval de Joe, a fait un peu le con en passant à côté de Gallium. Il a levé le cul, comme il le fait assez souvent, et Gallium a vu là l'opportunité de s'amuser. Donc, il a fait le schéma classique qu'il fait à chaque fois: départ au galop, arrêt, coup de cul. Tu tombes à chaque fois, c'est inévitable. Sauf que là, je sais pas ce qui s'est passé, Mikaël a eu son pied gauche coincé dans l'étrier et il s'est fait traîner. C'est pour ça qu'on a speedé pour essayer de coincer Gallium tout de suite. Parce que d'habitude, on l'approche pas avant qu'il ait fait dix tours de carrière.
-Il s'est fait traî-traîner? bafouilla Peter, blême.
-Oui, traîner, sur le sol, avec le pied accroché à la selle, expliqua My en mimant avec les mains. Ca arrive, tu sais.
-Mais mais… Mais il aurait pu mourir! Imagine si Gallium lui avait marché dessus! s'écria Peter, qui de blême était devenu rouge de colère devant l'attitude nonchalante, quasi non-concernée de My.
-Faut pas exagérer non plus. Et puis tout s'est bien terminé, alors vaut mieux pas y penser. Sinon, tu ne montes plus à cheval.
-Mais! tenta une nouvelle fois le jeune homme, de plus en plus ulcéré et s'agitant en proportion.
-Peter, arrête de voir les choses négativement s'il te plaît. Ce genre de trucs arrive assez souvent, mais c'est notre métier, notre passion même, alors on accepte sans rechigner. Mikaël te dira exactement de la même chose, et crois-moi, il est plus casse-cou que moi. Maintenant, tu te calmes parce que sinon, va y avoir un autre accident. Tu fais peur à Manifesto, le sermonna-t-elle avant de murmurer des mots doux à son cheval. Bon, je vais devoir te laisser. Mikaël m'a dit que tu l'attendais?
-Ouais, c'est ça, fit-il, sa colère légèrement refroidie, mais pas éteinte.
-Bah tu vas attendre longtemps. Il faut encore qu'il remonte à cheval, qu'il…
-Il va remonter à cheval!?! la coupa Peter, sa colère remontant en flèche. Après ce qui vient de lui arriver!?!
-Bien sûr, rétorqua My. Peter, faut vraiment que t'arrêtes de t'exciter pour un rien et que t'apprennes à observer. Ici, tu ne connais rien à rien, même si Mikaël t'a un peu initié à quelques trucs. Alors t'as une seule règle à respecter: te taire, regarder et apprendre. Tu vas pas tout connaître du cheval en un claquement de doigts, ça se fait sur des années. Mais je vais être sympa avec toi, et te dire autre chose: une des bases de l'équitation se résume à cette phrase: "Qui tombe remonte." Donc, à moins que tu ne pisses le sang de partout ou que tu te sois déplacé des vertèbres, quand t'es tombé de cheval, tu remontes dessus tout de suite après. Sinon, tu ne remontes jamais. D'accord?
-D'accord, fit-il, soudain penaud face au ton catégorique, limite agressif, employé. Excuse-moi.
-Non, c'est moi, se reprit My. Je sais que tu connais pas grand chose, et que t'as envie d'apprendre, et limite je t'engueule. Bref, tout ça pour dire que Mikaël remonte sur Gallium. A mon avis, il va pas faire grand chose. Puis après, il descend et il s'en occupe. Ensuite, il doit encore nourrir les chevaux qui ne l'ont pas été, balayer les allées et vérifier tout un tas de trucs. En gros, t'es pas sorti de l'auberge, rigola-t-elle amicalement. Sur ce, moi j'y vais, je suis attendue. Salut Peter, et à la prochaine!
-Salut!

Il agita vaguement la main et dès qu'elle fut sortie de la carrière, il se re-concentra sur Mikaël, qui était en train de se relever difficilement.


     Le bleu du ciel, un joli bleu, pas tout à fait uniforme, avec de légères nuances, et le blanc des nuages, qui filaient à toute vitesse sous l'impulsion du vent, s'imprimaient profondément dans la rétine de Mikaël. C'était vraiment un spectacle magnifique que ce ballet de nuages blancs sur fond bleu, un tableau apaisant, en particulier si c'était celui qu'on devait voir en dernier lieu, juste avant de trépasser. Mais heureusement, se dit-il, ce ne serait qu'une image parmi toutes celles qui lui restaient à voir: il était vivant. Vivant et passablement mal en point. Sa douleur à la cheville gauche ne faisait qu'augmenter, et maintenant, une douleur diffusant à partir de toute sa colonne vertébrale venait s'y ajouter. Il décida donc de bouger avant d'être complètement ankylosé et roula sur le côté droit. La moitié du visage collé contre le sable, il pouvait en observer tous les petits monts et vallées, et les moindres aspérités. Il resta quelques secondes dans cette position avant de prendre une grand inspiration et de se relever sur son coude. Une fois assis, il fit une petit pause et en profita pour palper sa cheville. Avec la bottine et par-dessus la chaps en vachette, c'était assez dur de se rendre compte si c'était tuméfié ou non, mais la moindre pression lui faisait mal. Il valait mieux ne pas forcer dessus pour l'instant -il l'assouplirait un peu plus tard, au fur et à mesure- et il se mit debout en prenant appui sur sa jambe droite et ses deux mains. Puis il se dirigea clopin-clopant vers C, où Ed l'attendait avec Gallium. Son coach, qui discutait avec Charlie, s'avança prestement vers lui lorsqu'il constata qu'il s'était relevé. Ils se rencontrèrent environ à mi-chemin, et Ed s'enquit immédiatement de la santé de son cavalier.

-Ca va? Tu boîtes?
-Ouais, j'ai un peu mal. Mais ça va passer, comme d'habitude. Je vais pas forcer dessus, et d'ici quelques heures, je pense que ça ira. Dis, je crois que je me suis égratigné le dos, tu peux regarder s'il te plaît?
-Ouais, deux secondes.

Il confia les rênes à Mikaël puis fit le tour du jeune homme avant de soulever son T-shirt.

-Oulà! s'exclama-t-il.
-Quoi? Qu'est-ce qu'il y a? s'inquiéta Mikaël.
-T'as plein de sable partout! Je vais t'enlever le plus gros, déclara Ed avant de balayer le dos de Mikaël de sa main, essayant de ne pas être trop violent. Voilà, c'est fait. T'as aucune égratignure du tout, t'es juste très rouge. Je pense que tu devrais passer une crème apaisante, ou un truc du genre ce soir après la douche.
-Biafine?
-Par exemple. Et fais voir tes mains.

Mikaël, obéissant, enleva ses gants et présenta ses mains nues à son coach.

-Bon, c'est bon, c'est juste rouge, mais tu t'es pas arraché la peau. C'est une bonne nouvelle ça. T'as mal autre part?
-Non, enfin, un peu aux poignets, aux hanches, et au genou gauche, mais ça va passer. Tu m'aides à remonter? Je le sens pas de monter tout seul.
-Sans problème.

Une fois à cheval, il écouta attentivement les quelques conseils que Ed put lui donner avant que son portable ne sonne. Il décrocha, adressa un rapide "Tu fais ce que tu veux" à Mikaël avant de se concentrer sur son interlocuteur au téléphone. Rapidement, il comprit de quoi il retournait et fit signe à Mikaël qu'il devait partir. Celui-ci acquiesça et regarda son coach, ainsi que celui de My, quitter la carrière. A présent, il ne restait que Peter et lui-même. Cependant, il n'était pas encore en état d'aller lui parler, pas avant d'avoir repris confiance en lui, en son cheval, et en son équitation. Parce qu'il était certain que Peter allait lui adresser des reproches, le prier d'arrêter ce sport, comme toute personne sensée. Et face à une argumentation de poids mettant en avant la dangerosité de l'équitation, Mikaël n'était pas de taille, et encore moins actuellement, affaibli physiquement et psychologiquement.

Il partit tranquillement au pas, laissant Gallium décider de la trajectoire. Il se ré-habituait peu à peu aux mouvements souples de son cheval. D'abord crispé, il se laissa aller et bougea son bassin en rythme avec les foulées de Gallium. Puis il reprit les rênes et imposa de marcher en piste intérieure. Après cinq grosses minutes et plusieurs figures, d'une pression de mollets, il fit une transition au petit trot. Ne voulant pas utiliser sa jambe gauche, il se mit au trot assis. Mais son dos le rappela à l'ordre et il tenta de trotter enlevé sur sa seule jambe droite.

Peter, toujours au bord de la carrière car n'osant pas entrer dans ce périmètre dédié au cheval, angoissait rien qu'à observer les déplacements de Mikaël. Il voyait bien que celui-ci avait du mal à faire ce qu'il voulait, probablement à cause de la douleur. Lorsqu'au trot, le jeune homme s'écroula sur l'encolure de son cheval, Peter se releva et s'avança vers lui. Mais ce dernier s'était déjà redressé avec une grimace. Il déplaça légèrement ses jambes et ses mains et entama facilement un petit galop. Au bout de quelques foulées, il s'arrêta net et d'une main, il se mit à masser difficilement son dos. Inquiet, Peter le rejoignit et demanda à savoir ce qui n'allait pas.

-J'ai un peu mal partout, avoua Mikaël. Cette chute m'a vraiment cassé, mais bon, ça va passer d'ici quelques heures. Je crois que je vais arrêter pour le moment. On rentre?
-Ouais.

Peter s'était finalement décidé à ne faire aucun reproche à Mikaël. My le lui avait bien fait comprendre: il n'était pas en position de le faire. Il allait seulement être beaucoup plus attentif à l'attitude de son ami, aux expressions transparaissant sur son visage, et au moindre de doute, il le conduirait à l'hôpital, de force s'il le fallait. La santé était une chose précieuse, il l'avait appris au cours de ses années à la police, et il ne fallait pas la gâcher, passion ou pas. Néanmoins, il ne put se retenir de lui poser une question, une seule et unique question, pas tout à fait en rapport avec l'incident, mais qui aurait pu.

-Dis Mikaël...
-Mmmh... Oui?
-La bombe, c'est obligatoire nan?
-Oui, pourquoi?
-Parce que t'en portes pas, et les autres non plus n'en avaient pas. J'ai remarqué ça quand je suis arrivé, et j'ai trouvé ça bizarre.
-Ah ouais, c'est vrai, constata Mikaël, comme s'il venait de remarquer qu'il ne portait pas de casque. En fait, c'est plus agréable de monter nu tête, t'as le vent dans les cheveux et tout. Et puis t'as pas le problème de la bombe qui te tombe sur les yeux au moins.
-Mais c'est dangereux... fit remarquer l'inspecteur, d'un ton qu'il voulait détaché.
-Pas tellement plus que si j'avais un casque... à mon niveau je veux dire.
-Comment ça? demanda Peter, voulant faire préciser ce qu'il devinait.
-Avec toutes les années d'expérience que j'ai derrière moi, j'ai une très bonne assiette et donc...
-Une assiette? le coupa-t-il.
-Oui, ça veut dire que je fais corps avec mon cheval en quelque sorte. Et donc grâce à ça, j'encaisse beaucoup mieux tout ce que fait le cheval, et donc je tombe moins.
-Mais même si tu tombes moins, tu peux mal tomber. Aujourd'hui par exemple, une bombe n'aurait pas été du luxe...
-C'est sûr, reconnut Mikaël. Mais bon, je ne suis pas tombé sur la tête, tout s'est bien passé. Gallium ne m'a pas marché dessus, et j'ai juste un peu mal partout. Donc maintenant l'incident est clos, déclara-t-il d'un ton ferme: il n'aimait pas parler de ses chutes, et il ne le faisait éventuellement qu'avec d'autres cavaliers. Tu m'aides à descendre? J'ai pas encore les jambes très sûres.
-Okay, qu'est-ce que je fais?
-Tu te mets à gauche, je vais passer ma jambe droite par dessus la croupe, et tu me rattrapes par les hanches. Je préfère que mes jambes ne cognent pas par terre, surtout la gauche, ok?
-Ouais, c'est bon, vas-y, dit-il en se plaçant à la hauteur de la selle, les bras prêt à attraper les hanches de Mikaël dès que cela serait possible.

Mikaël lui sourit en réponse, puis déchaussa ses étriers. Il pencha son buste vers l'avant, à tel point qu'il semblait être couché sur l'encolure de son cheval, puis il passa très lentement sa jambe droite par dessus la croupe de Gallium. Dès qu'elle eut dépasser la ligne médiane du rachis, Peter agrippa les hanches de Mikaël, qui se laissa alors porter et fut déposer à terre tout en douceur. Cependant, les mains de Peter contre sa peau, chaudes à travers son T-shirt, et sa respiration bruyante et rapide dans son dos lui firent perdre quelque peu le contact avec la réalité, son esprit s'amusant à divaguer dans des contrées inconnues. Alors il se réceptionna mal, et pour se rattraper, il s'appuya de tout son poids sur le torse de Peter, qui par réflexe, avait entouré la taille du cavalier de ses bras.

-Ca va? questionna l'inspecteur.
-Ouais, ouais, répondit rapidement un Mikaël rougissant. Allez Gallium, on rentre au box, fit-il en assénant une claque sur la croupe du cheval.

Celui-ci sembla comprendre ce que voulait le jeune homme puisqu'il se mit en marche en direction des écuries. Mikaël le suivit en boitant un peu et lorsque son cheval arriva à la hauteur de son box, une dizaine de mètres plus loin, il lui cria de s'arrêter et le rejoignit. Gallium, patient, se fit desseller et débrider à l'extérieur, ainsi que panser et curer puis Mikaël lui fit signe de rentrer dans le box. Le jeune homme ferma la porte et se dirigea vers l'extrémité du bâtiment.
Peter resta en arrière quelques instants. A observer ainsi la démarche chaloupée de Mikaël, un sourire naquit sur ses lèvres. Malgré la douleur qu'il devinait, son ami réussissait à se déplacer avec grâce, sans se plaindre, et à effectuer les tâches qui lui étaient confiées. Il admira ce côté sérieux, un peu intransigeant, et son coeur accéléra légèrement. Pas énormément, mais suffisamment pour que Peter comprenne ce que cela voulait dire. Il battit encore un peu plus vite lorsque Mikaël se tourna et lui offrit un profil aux contours flous dans l'ombre. Le cavalier ouvrit une porte et disparut derrière, avant de ré-apparaître quelques secondes plus tard en traînant un chariot. Avec sa boiterie, Peter imagina facilement la difficulté de Mikaël et il se mit en marche pour aller l'aider.

-Qu'est-ce que tu fais? demanda-t-il alors qu'il arrivait à la hauteur de son ami.
-Je vais nourrir les chevaux. Mais y'a pas assez de granulés donc je dois recharger.
-Tu veux que je t'aide? proposa-t-il, voyant bien qu'il peinait à pousser le chariot.
-T'es allergique?
-Pas que je sache.
-Alors d'accord, j'ai du mal avec ma jambe là. La réserve de granulés est juste là, à gauche, indiqua-t-il en pointant un auvent qui se trouvait accolé à un autre bâtiment.
-Ok, alors on y va! s'exclama Peter qui appuya de tout son poids sur la barre de fer qui servait de poignée.

Le chariot se mit en branle de plus en plus rapidement et Peter accéléra sa course au fur et à mesure. Arrivé au niveau de l'auvent, il freina brusquement mais il se fit emporter par le poids du chariot, s'emmêla les pieds et tomba. Alors qu'il se relevait tant bien que mal, il entendit le rire de Mikaël déchirer le silence.

-Rooh, ça va! On ne se moque pas!
-Si, si, c'est hilarant! répliqua Mikaël, toujours en train de rire. Mais comment t'as fait ton compte?
-J'ai pas réussi à m'arrêter et le chariot m'a entraîné à cause de son poids.
-Pourtant il est rempli qu'à moitié, t'es pas doué, mon pov' vieux, plaisanta le cavalier, parce qu'il était vrai que pour les non-habitués, le chariot de granulés n'était pas la chose la plus aisée à manipuler. Bon, tu m'aides à le mettre là, s'il te plaît? Juste sous ce truc, demanda-t-il en désignant une sorte de conduit. Voilà, comme ça, merci Peter.
-De rien. Et tu remplis ça comment de granulés?
-Tais-toi, regarde et apprends, répliqua-t-il avec un sourire.
-Attends, tu viens de dire exactement la même phrase que My m'a dite tout à l'heure! s'étonna-t-il.
-C'est normal, c'est ce qu'on dit tous les deux aux débutants trop impatients, expliqua-t-il en attrapant les grands boîtes de conserve qui reposaient dans le chariot. Tu me tiens ça s'il te plaît?

Peter attrapa les quatre boîtes en métal et les maintint fermement contre sa poitrine.

-Tu peux les poser par terre, tu sais.
-Mais tu m'as dit de les tenir, et puis je veux pas les abîmer.
-T'inquiète, moi je les balance sur le béton, et y'en a aucune qui s'est cassé. C'est solide ces trucs.
-Sur le béton? répéta-t-il.
-Ouais, quand je loupe le chariot. Bref, maintenant recule un peu. Même si t'es pas allergique, ça fait beaucoup de poussière et c'est pas génial.

Sur ce, Mikaël tira vers lui une poignée horizontale située à l'extrémité inférieur du conduit. Cela fit ouvrir la trappe du conduit et les granulés tombèrent en quantité directement dans le chariot. Lorsque celui-ci fut presque plein, il repoussa la poignée dans l'autre sens, et fit signe à Peter de déposer les boîtes par dessus la nourriture des chevaux. A deux, ils tirèrent le chariot et se dirigèrent péniblement vers les écuries. Arrivé au premier box, Peter prit l'initiative alors que Mikaël lisait une feuille qui se trouvait dans le chariot. Il partit avec une boîte pleine de granulés et revint quelques secondes plus tard, la boîte vide. Il la remplit de nouveau et se dirigea vers le deuxième box. Mikaël leva les yeux et l'aperçut.

-Qu'est-ce que tu fais Peter?
-Bah je nourris les chevaux.
-Et tu sais comment faire? demanda-t-il, dubitatif.
-Je suppose que tu remplis à ras bord les boîtes et que tu les verses dans leur mangeoire.
-Tu viens de nourrir Diabolo, c'est ça?
-Ouais, pourquoi?

Sans répondre à la question Mikaël attrapa deux boîtes et entra d'un pas ferme dans le box de l'imposant cheval bai. Peter, curieux, s'approcha, et il vit Mikaël se battre avec le cheval qui voulait absolument manger, alors que le jeune homme se tenait devant la mangeoire. Après une grande claque sur le museau, le cheval se tint tranquille quelques minutes, et Mikaël put répartir les granulés présents dans la mangeoire dans les deux boîtes. Il en reversa une à l'attention du cheval, et emporta l'autre. Lorsqu'il referma la porte, Peter l'interrogea du regard et Mikaël commença à lui expliquer comment nourrir des chevaux.

-Tu vois ça, dit-il en désignant l'un des boîtes en fer, ça fait quatre litres. Ensuite, sur la porte de chaque box, il y a un petit panneau avec marqué le nom du cheval et ses rations dessus. Donc si sur le box de Diabolo, y'a marqué 1/2/1, ça veut dire qu'il a droit à 1 litre de granulés le matin, deux le midi et un le soir, ok?
-Ouais, et je suppose que c'est un peu au pifomètre que tu remplis ce truc.
-Exactement, confirma-t-il avec un sourire. S'il y a marqué un truc en plus sur la porte, tu me demande. Et là, j'ai une liste de chevaux qui ont un régime spécial.
-Régime sans sel? plaisanta Peter.
-T'es trop con, rigola Mikaël.
-Ouais, je sais, fais voir cette liste, dit-il en attrapant la feuille qu'agitait Mikaël. Alors je te laisse faire ceux là et je fais les autres. On y go?
-Ouaip, et fais gaffe de ne pas te couper avec le bord.
-Hein?
-C'est peut-être solide, mais pas dans le meilleur état, expliqua-t-il en montrant les bords irréguliers et fendus des boîtes.
-Merci du conseil.

Il jeta ensuite un coup d'oeil au box suivant, Little Star - 2/3/3, puis remplit la boîte aux trois quarts. Alors qu'il rentrait dans le box pour nourrir la jument, Mikaël faisait avancer le chariot de quelques mètres. Cependant, à plusieurs reprises, ils échangèrent de place, Mikaël estimant certains chevaux trop excités ou trop dangereux pour être nourris par un débutant. Et Peter, après avoir vu ce dont était capable Flore, qui s'était cabrée à plusieurs reprises dans son box, le remercia abondamment. Alors qu'ils tournaient au coin du mur et se dirigeaient vers un autre bâtiment où les chevaux piaffaient d'impatience, ils rencontrèrent Edward. Celui s'enquit immédiatement de la santé de son propre poulain, comme il l'appelait lorsque Mikaël venait de se lancer dans une carrière professionnelle.

-T'as toujours mal?
-Ouais, mais ça va, c'est supportable.
-Merci bien, je te connais Mikaël. Tu supportes beaucoup trop bien dès que ça concerne l'équitation. Marche un peu pour voir.
-Je te dis que ça va coach. Tu vas pas non plus me diagnostiquer une boiterie comme sur les chevaux.
-Pourquoi pas? répliqua celui-ci. Maintenant, marche. et on ne discute pas! Je te signale que je suis ton coach, que tu as un contrat avec moi, et que tu n'es pas autorisé à te blesser outre mesure. Ca signifie...
-Que je ne dois pas aggraver mes blessures, le coupa Mikaël. Merci, je sais, maugréa-t-il avant de lâcher le chariot pour se mettre à marcher d'un pas qu'il voulait le plus stable possible.

Néanmoins, il était bien visible que sa boiterie n'allait pas en s'arrangeant: il s'appuyait à peine sur sa jambe gauche, passant directement sur la droite. Et au bout de quelques mètres, il dut s'arrêter, la douleur devenant trop forte.

-Bah alors? Tu continues pas? cria en toute ironie Edward.
-Je suis pas maso non plus! Ca fait vachement mal! s'énerva-t-il légèrement tout en se retournant.
-On est bien d'accord, donc tu vas à l'hôpital.
-Hein? ne put se retenir de dire Mikaël, les yeux ahuris.
-A l'hôpital, tu sais, le grand bâtiment aux murs blancs où ils soignent les gens.
-Me prends pas pour un con, coach, je déteste les hôpitaux. C'est donc hors de question que j'y aille, répliqua-t-il d'un ton froid, qui fit frissonner Peter, tout comme l'éclat dur de ses yeux plissés.
-Ta boiterie s'est aggravée depuis tout à l'heure, donc tu y vas sans discuter. Je vais demander à un p'tit jeune de terminer de nourrir, et de balayer à ta place, dit-il en prenant les choses en main.

Il fit quelques pas pour partir, mais la voix pleine de colère et de détresse de Mikaël le retint.

-Coach, je ne veux pas aller à l'hôpital!
-Tu iras Mikaël! Monsieur? interpella-t-il Peter. Est-ce que vous pouvez conduire ce jeune homme à l'hôpital s'il vous plaît? Il se pourrait qu'il ait une fracture de la cheville.
-Euh... oui, oui, bien sûr, bafouilla Peter, surpris par son implication soudaine dans la conversation.
-Très bien, dans ce cas, je vous laisse. Je vais aller chercher une bonne poire pour finir le boulot. Mikaël, tu m'appelles quand t'en as fini avec le médecin.
-Oui coach.

Sur ce, Edward partit tranquillement, et Mikaël adressa un regard furieux à Peter, qui s'était retrouvé à devoir prendre le parti de son coach contre lui. Il attrapa une des boites de conserve dans le chariot et la balança vivement contre un mur. Puis il se dirigea d'un pas aussi décidé et ferme que peut l'être celui d'un boiteux vers le parking.
Peter ne fut pas surpris par l'accès de colère du cavalier: il commençait à le connaître suffisamment pour savoir ce qu'il se passait quand il était contrarié. Manifestement, Mikaël n'avait pas envie d'aller à l'hôpital, et maintenant, il était contraint et forcé d'aller se faire examiner. Il ramassa la boîte, la jeta dans le chariot et rejoignit Mikaël sur le parking, le trouvant accoudé à sa voiture.

-Eh! Comment t'as su que c'était ma voiture?
-J'ai parié, répondit-il simplement.
-Parié? répéta Peter bêtement.
-Sur la voiture la plus propre? répondit Mikaël avec un grand sourire, toute colère semblant être envolée.

Devant un tel sourire, Peter ne résista pas bien longtemps et se mit à rire. Il ouvrit la voiture d'un clic sur la clé, les phares et les clignotants scintillèrent et ils s'installèrent à l'avant.

-Désolé si je salis un peu.
-C'est pas grave. Tu veux aller à quel hôpital?
-Central, répondit Mikaël en se renfrognant immédiatement.
-Ok... Dis, tenta l'inspecteur avec une timidité et une hésitation inhabituelles pour lui, pourquoi tu veux pas aller à l'hôpital?

Le visage collé à la vitre, et le regard irrémédiablement attiré par le paysage défilant, Mikaël ne sembla pas entendre la question de Peter, avant de marmonner quelques mots dans une barbe inexistante.

-Parce que j'en ai marre.
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2 juin 2009 2 02 /06 /juin /2009 16:46
Je ne m'en lasse pas!! =D



Il s'agit, si vous ne l'avez pas reconnue, du pendant français de la vidéo Fuck You contre l'homophobie. Elle est réalisée par GayClic, sur la musique de Lily Allen.

Trouvé ici.
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Published by Skorpan - dans Saker och ting
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1 juin 2009 1 01 /06 /juin /2009 17:30
Hello, hello à vous!

Je suis revenue d'Amsterdam ce matin, à 6h30, après une très mauvaise nuit dans le car (franchement, quel conducteur de car aurait l'idée de mettre de la musique super fort alors que tout le car dort? è_é ). Mais ce week-end à Amsterdam a été tout simplement génial! Je suis restée sur le cul face à l'ouverture d'esprit et à la jeunesse de cette ville! Je me sentais, comment dire? Presque comme chez moi, dans mon élément. C'est vraiment une ville super agréable, très très jolie, surtout au niveau architectural. Je n'ai qu'une envie: y retourner! Alors franchement, si vous avez l'occasion d'y aller: foncez!! =D

Seul point noir: les fumées des coffeeshop et autres m'ont foutu un sacré mal de gorge!! Et vachement irrité les yeux! Donc les asthmatiques, et autres allergiques, faut prévoir d'emporter les médocs en quantité suffisante. Et puis aussi, faut s'habituer aux vélos et au code de la route un peu particulier. ^^

Petit souvenir (tout en subtilité) d'Amsterdam:
I amsterdam. ;-)

Bonne lecture! =D






     Comme chaque mercredi après-midi, Peter et Stefen prirent leur pause ensemble. Le plus souvent, ils allaient au café du coin, pour éviter l'ambiance bruyante de la salle de repos. Mais ce jour là, Peter préféra aller s'aérer sur le toit de l'immense bâtiment de police. Il se servit deux tasses de café, une pour lui et une pour Stefen, attrapa un paquet de sablés dans un tiroir de son bureau, et fit signe à son collègue qu'ils pouvaient y aller. Discrètement, pour ne pas être rejoints par des enquiquineurs, ils se dirigèrent vers le couloir. De là, l'ascenseur les mena directement au dernier étage, et ils prirent l'escalier de service pour atteindre le toit. Le vent soufflait fort et balayait l'endroit par rafales. Mais cela n'était pas désagréable au vu de la chaleur étouffante qui régnait dans les bureaux et près du sol. Ce vent était même plutôt salutaire, et ils en apprécièrent le contact avec leur peau trop chaude. Stefen indiqua un coin ensoleillé, où le vent était un peu plus calme. Peter approuva immédiatement et ils s'installèrent à même le sol. Les tasses et les biscuits furent déposés devant eux, et ils commencèrent en silence à savourer cet encas mérité. Après sa deuxième gorgée de café, un sablé à peine entamé à la main, Peter commença à parler, les yeux fixés dans le vide, comme s'il parlait plus à lui-même qu'à Stefen.

-Tu sais, j'ai bien réfléchi à ce que vous avez dit lundi soir, Nathaniel et toi. Et je crois que vous avez tous les deux un peu raison.
-Comment ça?
-Je trouve que Nathaniel a dit quelque chose de très juste quand il disait se définir par rapport aux regards de ceux qu'il aime. Je n'avais jamais vu les choses comme ça, mais il a raison. Depuis que je suis petit, je me construis par rapport au regard que mes parents posent sur moi. Quoi que je fasse, j'attends leur approbation sans vraiment m'en rendre compte. Et puis, le regard de Sonia comptait aussi beaucoup pour moi…
-Comptait? reprit Stefen, soulignant l'utilisation de l'imparfait.
-Ouais… Depuis quelques temps… je sais pas, je dirais entre un et deux ans, on est en désaccord sur tellement de choses que voilà… C'est surtout par rapport à mon boulot qu'elle est pas d'accord. Au début, ça me blessait, mais maintenant, je n'y fais plus trop attention. Je sais pas pourquoi, mais elle arrive pas à comprendre pourquoi je consacre autant de temps à mon travail. Elle percute pas que j'adore ce que je fais, et que je ne peux pas, et ne veux pas, prendre des jours de congé à tout va, pour rester toute la journée au lit avec elle.
-Je crois surtout que c'est parce que tu commences à être trop vieux pour faire une journée complète de baise, que tu ne veux pas prendre de jour de congé, plaisanta Stefen.
-N'importe quoi! rétorqua Peter, sur un ton choqué mais peu sérieux. Je suis très endurant! Avec Sonia, on l'a déjà fait trois fois dans la même nuit. Et on a dû arrêter parce qu'elle se sentait fatiguée. Mais moi, j'étais encore en forme!
-Peuh! répliqua Stefen avec un léger dédain amusé. C'est rien du tout ça. Avec Nathaniel, on…

Un débat animé s'engagea entre les deux hommes, où fantasmes et mensonges côtoyaient aisément la vérité. Les paroles, parfois jalonnées de sous-entendus, ou alors beaucoup plus crues, oscillaient entre un langage familier et un langage vulgaire, mais le tout était enveloppé de leurs rires. Après quelques minutes, les deux amis finirent à terre, pliés en deux, le sourire aux lèvres et les mains sur le ventre, reprenant difficilement leur respiration entre deux spasmes de fou rire. Il leur apparut alors évident qu'ils ne réussiraient pas à se départager, et décidèrent qu'ils étaient ex-aequo. Devant ce résultat, ils se calmèrent peu à peu, restant allongés pour récupérer, et Stefen demanda, l'air absent.

-Au fait, comment on en est venu à parler de SM et de sexe en groupe?
-Je sais pas… Je crois qu'on parlait de Sonia avant.
-Hmmm… C'est vrai, tu disais que tu te disputais souvent avec elle.
-Ouais, c'est ça. D'ailleurs, hier on s'est encore engueulés.
-Ah bon? Pourquoi?
-Sonia m'a chauffé toute la soirée apparemment, et ensuite, au lit, elle a voulu passer à l'action. Sauf que moi, j'étais tellement en train de réfléchir à lundi soir que j'ai rien vu venir, et j'ai comme qui dirait eu une panne.
Stefen pouffa, puis se reprit, sachant pertinemment que ce n'était pas amusant de se retrouver dans cette position là: c'était même carrément inconfortable.
-Et? Qu'est-ce qu'elle a dit?
-Oh… Elle a été très étonnée au départ. C'est la première fois que ça m'arrive. Puis après elle s'est un peu énervée, elle a essayé de "la redresser" comme elle dit. Mais bon, j'étais tellement stressé et focalisé sur ça que ça n'a pas marché. Donc, elle a commencé à se poser des questions…
-Sur ta sexualité?
-Hein? Ah non, pas sur ça. Mais elle arrêtait pas de se remettre elle-même en question: est-ce que je suis encore attirante, est-ce que tu m'aimes encore… et tout le baratin. Et quand t'as une femme limite au bord de l'hystérie qui te pose ces questions, t'as pas d'autres choix que de dire oui. Même si tu le penses pas forcément. Bref, c'était chiant à mourir, et ça m'a pourri la soirée.
-Je comprends, mais si je me mets à sa place, et que je t'écoute, je me dis que t'es pas super sympa.
-Tu vas pas prendre sa défense non plus? demanda Peter suspicieux, en lui jetant un regard de biais.
-Non, j'aime juste faire l'avocat du diable. Tu me connais…
-Ouais, mais ce qui m'énerve, c'est qu'elle en fasse toute une histoire, alors que c'est juste UNE panne, en plus de dix ans de relation. Ma PREMIERE panne…
-Ouais, je vois. C'est chiant. Nathaniel n'en avait pas fait tout un fromage non plus…
-Hein? Toi aussi t'as eu une panne? s'étonna Peter en se relevant sur un coude.
-Et même plusieurs, mais on a découvert après que c'était à cause d'un médicament que je prenais. Enfin, pendant tout le temps où on savait pas, Nathaniel a vraiment su quoi faire pour me mettre à l'aise à chaque fois.
-T'as vraiment de la chance d'avoir trouvé quelqu'un comme lui.
-Je sais, soupira-t-il avec un sourire non loin de la béatitude. Au fait, le point de départ de la conversation, c'était pas que tu avais dit que tu avais réfléchi à notre discussion de lundi?
-Mmmh, si je crois. C'est quand même bizarre comment on peut dériver d'un sujet à l'autre.
-Ouais, mais justement là on essaie de se recentrer. Alors arrête de dévier la conversation, lui dit-il sur un ton de reproche feint.
-Mais je…
-Tututut, pas de mais. Maintenant, je veux savoir la conclusion de toutes tes réflexions.
-La conclusion? Bah, je change rien à ce que je suis, à comment je vis, et cætera, du moins pour l'instant. Tout ce que je vais faire, c'est suivre ton conseil: mieux connaître Mikaël.
-Et ensuite? questionna Stefen.
-Ensuite… on avisera, dit-il vaguement.

Cependant, Peter savait déjà qu'il n'y aurait rien à aviser, rien à faire. Si la conversation de lundi soir avait semé le trouble dans son esprit quant à ses convictions, quant à ses croyances, et surtout quant à sa propre identité, elle avait au moins eu ce mérite-là: éclairer cette partie sombre de son esprit où Sonia avait été jusque là l'unique locataire.

-Et tu vas le voir quand? Parce qu'avec tout le boulot qu'on a, le boulot qu'il a lui, et le fait que vous devez être prudents… Ca vous laisse pas beaucoup de choix, résuma Stefen, sans se rendre compte de la fausseté des dernières paroles de Peter.
-Demain après-midi, je pars plus tôt du boulot pour aller chez le médecin. Je pensais passer à son club ensuite.
-A son club? Mais putain! Je t'ai dit d'être prudent!
-Je serai prudent, ne t'en fais pas. Je vais me faire discret, et essayer de lui parler quand il sera seul, ou avec My.
-My?
-Andersson. Elle est au courant, mais c'est pas de ma faute. C'est lui qui lui a dit. D'ailleurs, sur le coup, j'ai été furieux, alors qu'au final, j'ai fait exactement la même chose avec toi, ria-t-il.
-Mouais, bon, je te fais confiance pour demain?
-Pas de souci Stefen. Bon, c'est pas tout ça, mais je crois que notre pause est finie depuis longtemps, dit-il en se relevant. Tu viens?

Peter tendit la main à Stefen pour l'aider à se relever, puis ils franchirent la porte grise de métal, et disparurent de sur le toit.


     Peter gara sa voiture sur le parking du club hippique, au milieu des autres. Un instant, il avait été tenté de la garer à l'écart, ou légèrement en dehors du club. Mais cela aurait paru suspect, d'autant plus que le club se trouvait au milieu de champs de blé et de maïs. Comme il connaissant un peu la disposition des différents bâtiments grâce à Google Earth, il entra par l'arrière, évitant ainsi de passer devant les fenêtres du club-house. Il dépassa ce qui ressemblait à une remise, puis longea un mur à la couleur défraîchie, lorsqu'une forte odeur envahit ses narines, lui provoquant un haut-le-cœur. Cela lui rappelait l'odeur des boxes sales, mais en beaucoup plus intense. Après quelques mètres, il arriva à l'endroit où le mur tournait, et il découvrit une grande porte, de plusieurs mètres de long et de hauteur. Les battants étaient entrouverts mais ne permettaient pas de voir ce qu'il y avait à l'intérieur. Il s'approcha et tendit la main pour attraper l'un des panneaux faits de bois et de métal, lorsqu'une voix féminine s'éleva derrière lui.

-Je serais vous, je n'ouvrirais pas.

Il se retourna brusquement et fit alors face à une dame d'environ soixante ans. C'était la première fois qu'il voyait quelqu'un d'aussi âgé dans un club, et il essaya tant bien que mal de cacher sa surprise, ainsi que sa gêne d'avoir été découvert.

-Euh… pourquoi?
-Parce que c'est là qu'on met le fumier en attendant qu'il soit ramassé. M'enfin, vous faîtes comme vous voulez, je m'en fous. Y'en a qui sont bien obligés de passer plusieurs heures les pieds dedans, donc c'est pas si insupportable que ça comme odeur.
-Ah, fit-il avant de se reprendre pour essayer de se diriger dans cet énorme complexe, excusez-moi, mais je suis un ami de Mikaël Blowsworth, est-ce que vous savez où je pourrais le trouver?

La dame le dévisagea pendant de longues minutes avec un regard inquisiteur, se demandant probablement s'il était réellement ce qu'il prétendait être. Elle sembla conclure que oui puis regarda sa montre.

-Il est bientôt huit heures, donc il doit finir de s'entraîner dans la petite carrière de dressage. C'est la carrière la plus éloignée du club-house. Vous suivez le chemin là, et vous y êtes. Vous étonnez pas si vous rencontrez personne, à cette heure là, y'a plus grand monde. Quoique… il y a encore des cours, mais de ce côté là, l'informa-t-elle en pointant la main dans la direction opposée au chemin indiqué précédemment.
-D'accord, merci beaucoup Madame.
-De rien, bonne soirée, dit-elle avant de se retourner pour rejoindre le parking.

Après quelques minutes, elle disparut du champs de vision de l'inspecteur, et il se décida enfin à bouger. Il prit le chemin indiqué par la femme, et bientôt le goudron fit place à de la terre. Heureusement, il n'avait pas plu ces derniers temps, et tout était sec. Néanmoins Peter devait faire attention aux rigoles et aux trous qui surgissaient à n'importe quel moment et menaçaient de le faire tomber. Après avoir failli s'étaler par terre deux ou trois fois, il aperçut enfin la carrière. Enfin, ce qu'il crut être la carrière, au vu des chevaux qui évoluaient à l'intérieur. Il s'agissait en fait plus d'un rectangle dépourvu d'herbe qu'autre chose. Aucune barrière ne délimitait l'endroit, et les lettres, inhérentes à toutes carrières de dressage, étaient inscrites sur des morceaux de papier agrafés à des tiges en bois, elles-mêmes plantées dans le sol. En s'approchant, il s'aperçut que l'herbe progressait vers l'intérieur, envahissant peu à peu l'espace dédié aux cavaliers. Il observa donc les traces des chevaux puis se plaça vers ce qui lui semblait être le milieu de la longueur, légèrement à l'extérieur de la carrière. Du moins il l'espérait. Il jeta un coup d'œil aux alentours, et s'aperçut alors qu'il était le seul spectateur. Avec la nuit tombante, la température qui suivait la même courbe descendante, et l'éloignement de la carrière, c'était assez compréhensible. Il frissonna un peu de froid puis s'absorba dans la contemplation des cavaliers qui évoluaient à différentes allures, chacun travaillant quelque chose de particulier.

Il reconnut aisément Mikaël, même s'il ne portait pas sa tenue de concours. Il était vêtu d'une culotte noire, avec des boots et des mini-chaps assorties. En haut, il avait un T-shirt bleu clair, suffisamment large pour ne laisser que deviner ses formes. Aux mains, ils portaient ses éternels gants noirs, et sur la tête, rien du tout, au grand étonnement de Peter. Il avait appris au fur et à mesure qu'il se familiarisait avec le monde du cheval que le port de la bombe, ou du casque, était obligatoire, et cela le surprit de voir quelqu'un d'aussi impliqué que Mikaël monter nu tête. D'ailleurs, après réflexion, aucun des cavaliers présents ne portaient de bombe. My avait une casquette rouge, contrastant avec le reste de sa tenue, entièrement beige, à l'exception de ses boots et chaps. Elle allait tranquillement au pas au côté de Mikaël, lui désignant de la tête l'endroit où se tenait Peter. Mais elle fut rappelée à l'ordre par un vieil homme, et dut repartir au trot, laissant Mikaël seul. Celui-ci se dirigea au petit galop vers Peter et le salua d'un grand sourire.

-Salut! Ca va?
-Ouais, et toi?
-Bien, bien, merci. Dis, c'est pas trop risqué de venir me voir ici, comme ça? s'inquiéta Mikaël, qui avait eu suffisamment de temps pour réfléchir à leur situation délicate.
-J'ai pris mes précautions, le rassura Peter. Mais justement, je me disais qu'on pourrait peut-être parler de ce problème une fois que t'aurais fini. Tu montes qui? Gallium, c'est ça?
-Ouais, c'est ça. T'as bien reconnu, sourit Mikaël, un brin fier de son cheval. Je suis en train de travailler les cessions à la jambe au galop. Il est toujours aussi chiant sur ça, à accélérer comme un malade. Mais bon, je commence à l'avoir bien en main. Maintenant, c'est moi qui aie quelques problèmes, à me tordre dessus comme un bossu! rigola-t-il.
-Ok, et c'est qui les autres qui montent avec toi?
-Là bas, y'a My. Aujourd'hui elle monte un jeune cheval un peu fou-fou. Je l'ai monté hier, il est génial, mais il y a pas mal de boulot dessus. Je pense qu'elle va l'adopter. En tout cas, c'est pas moi qui vais le travailler à temps plein, j'ai déjà assez de Jéricho et de Jazz.
-Jazz?
-C'est un très jeune cheval, qui est pas tout à fait débourré. Il est très prometteur, donc j'ai décidé de m'en occuper. En plus, il est adorable au box. A chaque fois qu'il me voit, il me fait un shampoing et un soin du visage. Et de temps en temps, il se prend aussi pour un pressing, à me lécher les vêtements de partout, dit-il un énorme sourire plaqué au visage.

D'abord surpris qu'un cheval puisse faire un shampoing à quelqu'un, Peter rigola en comprenant finalement ce que Mikaël voulait dire.

-L'alezan crins lavés qui fait une volte en F, c'est Christopher Bullock, poursuivit Mikaël, reprenant sa description des cavaliers. Au dressage, c'est un ouf. Mais à l'obstacle, il se ramasse comme une merde en général. Celui qui est arrêté, à parler au coach, c'est Gabriel Doscientos. Il a du sang espagnol dans les veines, exactement comme son cheval! plaisanta-t-il.
-Vous avez deux coachs? remarqua Peter, voyant deux hommes à terre d'à peu près même allure.
-Non, en fait y'a mon coach, Edward Fork, et y'a celui de My, Charlie Tango.
-Charlie Tango? Drôle de nom…
-C'est un surnom. Je crois que ça vient de son frère qui est aviateur. M'enfin… Donc Charlie s'occupe de My et de William Hawlbird, qui est déjà parti retrouver femme et enfants. Et Ed nous entraîne, moi et tous les autres qui sont sur la carrière. D'ailleurs, là bas, au fond, c'est Joe, poursuivit Mikaël. Joseph Callister. C'est pas le plus doué, il a toujours besoin de travailler plus que les autres pour arriver au même niveau. Mais il est très appliqué, alors ça va.
-Mikaël! Tu veux pas non plus que je t'apporte du thé et des petits gâteux?!? gueula l'un des hommes à terre, que Peter reconnut comme Edward Fork.
-Oups, je dois te laisser. On finit dans pas longtemps, t'as qu'à attendre ici et on rentrera ensemble, proposa Mikaël précipitamment.

Peter approuva d'un mouvement de la tête et Mikaël partit au petit trot voir ce que voulait son entraîneur. Après quelques paroles échangées, le jeune homme partit sur une piste intérieure. Satisfait, Ed s'intéressa à un autre de ses cavaliers, qui venait de réaliser un changement de pied au galop assez réussi.

-Ok! C'est bon, Joe! Tu le laisses sur ça! Tu le trottes encore un peu en le laissant étendre l'encolure et tu le rentres. Christopher et Gabriel, pareil! Vous les laissez sur ça, ils ont assez bossé pour aujourd'hui. Mikaël, je veux revoir une cession à la jambe droite au galop. Donc tu te mets à main gauche, tu pars au galop à gauche en E. Tu prends la prochaine diagonale en F, et sur la diagonale, tu me fais ta cession! Et tu me changes de pied en arrivant à la piste en H.
-Ok coach!
-Et les autres, vous dégagez la piste pour ne pas le gêner!

Sur ces mots, tous les cavaliers se mirent en piste intérieure, y compris My, à qui son coach avait aussi dit que l'entraînement était fini. Ils laissèrent ainsi la place à Mikaël qui marchait d'un pas actif sur la piste.

Peter avait à peu près compris ce qu'avait dit Edward Fork, du moins l'essentiel: Mikaël allait réaliser une dernière figure avant d'arrêter. Alors autant en profiter pleinement, se dit-il, et ses yeux se fixèrent sur son ami, qui pour l'instant marchait sur la piste. Et il ne l'aurait pas quitté des yeux une seule seconde s'il n'y avait eu pour s'interposer entre eux deux lors d'un tournant, Joseph Callister et son cheval gris. Cheval qui décida d'ailleurs de montrer qu'il était heureux que la séance se finisse juste au moment où il passait près de Gallium. Peter vit alors ses postérieurs se lever, son cavalier encaisser relativement bien la ruade, et derrière eux, Gallium partir au galop, s'arrêter, ruer, puis repartir au galop sur quelques mètres de distance. Abasourdi par cet enchaînement très rapide d'événements, Peter resta de marbre, les yeux agrandis par la surprise et la bouche entrouverte. Ce ne fut que lorsqu'une voix furieuse et angoissée s'éleva dans le silence campagnard qu'il s'aperçut que quelque chose n’allait pas: la selle de Gallium, toujours au galop, était vide.

-Arrêtez-le! Arrêtez-le! Le laissez pas sortir de la carrière! Putain mais arrêtez-le! s'égosillait sans cesse Edward Fork.

Les autres chevaux, obéissant aux ordres de leurs cavaliers, s'étaient mis au galop et tentaient d'encercler l'alezan, mais celui-ci, malin, s'échappait systématiquement. Inquiet, Peter se leva pour mieux suivre ce ballet hippique des yeux, et après deux ou trois minutes, qui avaient paru durer une éternité pour chacun, Gallium daigna enfin s'arrêter, les autres chevaux l'entourant de près. Alors que son angoisse allait diminuant, le danger étant écarté, Peter aperçut soudain une forme vaguement humaine au milieu des jambes des chevaux. Son cœur s'arrêta de battre un instant, et les jambes flageolantes, il se laissa tomber dans l'herbe.
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25 mai 2009 1 25 /05 /mai /2009 16:06
Fait chaud! Fait troooooop chaud! Je dégouline de partout, et j'arrive pas à me rafraîchir! Si jamais vous avez un conseil, je suis preneuse! =D

Quant à cette onzième suite, c'est une suite à laquelle je tiens beaucoup. Si elle aide certains, ou si d'autres se reconnaissent dedans, cela me fera vraiment chaud au cœur. (même si question chaleur, en ce moment, je suis gâtée! XD)
C'est une longue suite comme j'en postais au début, genre huit pages. ^^ Donc, je n'ai qu'à vous souhaiter une bonne lecture! =D








     Après une vingtaine de minutes de trajet, les deux jeunes hommes se retrouvèrent devant la porte d'un appartement situé au 3ème étage d'un immeuble en comportant sept. Stefen introduisit la clé dans la serrure, ouvrit la porte et invita Peter à entrer. Les lumières étaient déjà allumés et du bruit, ainsi qu'une odeur délicieuse, s'échappait de la cuisine. Le locataire des lieux indiqua à Peter le petit placard de l'entrée où il pouvait accrocher son manteau et déposer ses chaussures, et entreprit ensuite de le mener dans la cuisine.

-Viens, je vais te présenter quelqu'un. Je l'ai appelé quand j'étais dans la voiture pour que le dîner soit en route quand on arriverait.

Peter hocha la tête distraitement: il était plus occupé à observer les lieux, qu'il découvrait pour la première fois. Toutefois, lorsque ses pieds foulèrent le carrelage rouge orangé de la cuisine, il focalisa toute son attention sur son hôte, ainsi que sur la personne qui se tenait à ses côtés, et qui surveillait du coin de l'œil ce qui était sur le feu.

-Peter, je te présente Nathaniel! annonça Stefen en passant un bras autour de ses épaules. Il a tout juste trente ans, et c'est mon compagnon depuis six ans.
-Huit ans, t'as toujours autant de mal avec les chiffres Stefen, le corrigea Nathaniel, sans paraître offusqué par l'erreur.
-T'es sûr? Attends, on s'est mis ensemble quand j'avais 26 ans, donc ça fait… quatre et… quatre huit! Ah oui, t'as raison! Alors tu nous fais quoi de beau à manger ce soir?
-Ragoût d'agneau selon la recette de ma grand-mère. Sinon, ça serait peut-être bien que tu me présentes ton ami, suggéra le cuisinier d'un ton doux et sans reproche.
-Mierda, s'exclama Stefen en se frappant le front. Alors Nathaniel, je te présente Peter, mon partenaire depuis cinq ans. Il a un an de moins que toi. En fait, si je l'ai invité ici c'est parce qu'il se pose des questions sur sa sexualité. On pouvait pas parler de ça dans un lieu public, et puis j'ai pensé que tu pourrais l'aider. T'as toujours été doué pour ça.
-Stefen, est-ce que c'est envisageable qu'un jour, tu fasses preuve de tact? Peter n'avait peut-être pas envie que je sois au courant de tout cela, et surtout de cette manière. Au fait, enchanté Peter, ravi de te rencontrer enfin. Stefen n'arrête pas de parler de toi, même qu'au début, j'étais jaloux de toi, conclut en riant, avant de se stopper net en constatant la mine effarée de leur invité.
-Youhou! Peter! Ca va? tenta Stefen, en passant sa main devant ses yeux.

Le geste eut le mérite de le faire réagir, et il leva l'index en les désignant, avant de prendre la parole.

-Vous êtes gays?
-Bah oui, je pensais que c'était pour ça que tu voulais me parler de ce problème là.
-Nan, pas du tout, nan, c'est juste que je te considère comme un ami très proche. Et les amis, c'est fait pour partager ses doutes, nan?
-Si, bien sûr. Mais t'avais vraiment rien soupçonné pour moi?
-Rien, rien du tout jusqu'à maintenant.
-Donc t'es venu me poser cette fameuse question en total ingénu?
-Ouais…
-Et t'avais aucune autre personne à qui demander ça? Aucun autre ami proche?
-Disons que mes autres amis ont des compagnes qui connaissent toutes très bien Sonia, et par un moyen ou un autre, ça aurait fini par lui arriver aux oreilles, expliqua-t-il brièvement en agitant la main droite dans un geste vague.

Il y eut une pause pendant laquelle personne ne parla, et qui permit à Peter de se rendre compte complètement de la situation.

-Oh mon dieu, oh mon dieu, j'ai besoin d'une chaise. Vous avez une chaise ici? demanda Peter en regardant autour de lui.
-Tiens, voilà un tabouret, proposa Nathaniel en en avançant un en bois.
-Merci, c'est gentil… Oh mon dieu, oh mon dieu, répéta Peter comme un disque rayé, apparemment passablement surpris.
-Stefen, je crois que tu l'as choqué. T'aurais pu quand même avoir du tact cette fois-ci, lui reprocha son compagnon.
-Mais…
-Non, c'est pas vous, l'interrompit Peter. Je suis plutôt choqué par moi-même. J'ai rien vu alors que ça fait des années que je côtoie Stefen, et que je le considère comme un ami très proche.
-Faut dire aussi que je suis passé maître dans l'art du camouflage, le rassura-t-il, parce que être homo dans la police, c'est vraiment pas une sinécure.
-Mais quand même, je me sens vraiment nul comme ami. Et puis, je suis d'une naïveté sans pareil. Aller parler de ça à un autre flic, j'ai vraiment eu de la chance de tomber sur toi!
-Ca tu peux le dire mon vieux! Mais bon, c'est pas la peine d'en faire un drame non plus. Tout s'est bien passé, y'a eu aucun problème. Alors stresse pas à cause de ce qui aurait pu se passer, termina-t-il tout en massant l'épaule de son coéquipier pour le détendre. Et si on passait dans le salon pour prendre l'apéro! Nathaniel, tu prends un mojito comme d'hab?
-Oui, je te laisse le faire, je vais dans le salon et je sors les gâteaux apéritifs.
-Ok, et toi, Peter, qu'est-ce que tu prends?
-La même chose que toi.
-Alors ça fera trois mojitos.
-Attends, je vais t'aider, intervint Peter alors que Stefen farfouillait dans ses placards à la recherche du bon alcool.
-Ok, si tu veux. Tu peux aller prendre quelques feuilles de menthe sur le balcon? Normalement c'est dans le 2ème bac en partant de la gauche.

Peter fut soulagé d'avoir quelque chose à faire: sa réaction incongrue l'avait véritablement gêné, mais heureusement pour lui, ses hôtes n'en avaient pas pris ombrage. Cela ne l'étonnait pas de Stefen, qui était un bon vivant et prenait toujours les choses comme elles venaient, sans s'en préoccuper davantage. Quant à Nathaniel, il semblait être une personne très compréhensive, et particulièrement douce et attentionnée, notamment envers son compagnon, au vu du ton employé pour lui parler, et des regards amoureux qu'il lui avait jeté.

Après plusieurs minutes, Peter revint dans la cuisine avec les feuilles de menthe qu'il avait soigneusement choisies. Il les tendit à Stefen tout en entamant une conversation délicate, profitant que Nathaniel était toujours au salon.

-Dis, tu crois qu'il y a beaucoup de gays dans le service?

Stefen lui jeta un coup d'œil intrigué avant de retourner à sa préparation de mojito et de lui répondre.

-Je ne sais pas. Pour l'instant, j'ai repéré deux ou trois mecs qui pourraient l'être. Mais tu sais, y'a aucun signe distinctif qui permet de dire "Ah, celui-là, c'est sûr, il est homo!". Donc, à moins de lui demander, ou de le voir emballer un mec dans une boîte gay, et encore, c'est pas sûr, tu peux jamais affirmer que untel est homo.
-Ouais, je comprends. Mais je pensais que, je sais pas, y'avait peut-être un truc qui permettait de se reconnaître entre homos… hésita Peter.
-Comme le foulard rouge que tu noues à ton bras droit lors de la bataille pour différencier ceux de ton camp, et ceux du camp ennemi?
-Nan, je pensais à un truc plus… subtil, plus… naturel… merde, j'arrive pas à trouver le mot.

Stefen sentit où Peter voulait en venir et tenta une comparaison.

-Comme les phéromones?
-Ouais, c'est ça! s'exclama-t-il.
-Eh bah désolé de te décevoir, mais je ne crois pas que ça existe. Quoique… t'es venu me parler de tes problèmes de sexualité, sans savoir consciemment que j'étais gay. Donc, y'a peut-être un truc… supposa Stefen, tout en restant très sceptique.
-Sauf que ton hypothèse ne tient pas la route: je ne suis pas gay, objecta son collègue.
-Pas encore, pas encore! Mais tu vas voir, tu vas sortir d'ici et…
-Stop! Je ne veux pas en savoir plus! l'interrompit-il à grands renforts de mains sur la bouche. Nathaniel! J'espère que t'es plus à l'écoute des autres que Stefen, parce que sinon on est mal parti, dit-il au jeune homme qui venait de les rejoindre.
-T'inquiète pas, je suis patient et j'écoute toujours ce que les autres ont à dire. De toute façon, avec un bavard comme Stefen comme petit ami, j'ai pas trop le choix, rigola-t-il avant d'embrasser délicatement son compagnon pour empêcher toute répartie. Bon alors, ces mojitos, ils sont prêts?
-Oui, c'est bon. Je les mets sur le plateau, et on passe au salon, annonça Stefen.


     Nathaniel avait compris que l'heure n'était pas immédiatement aux confessions: Peter ne se sentait pas encore complètement à l'aise dans ce nouvel environnement, surtout suite aux déclarations de Stefen. Alors avec délicatesse, il avait entamé l'apéro sur un sujet totalement différent, et beaucoup plus trivial: le football américain. Tout de suite, Stefen fut enthousiaste: son très court passage chez les professionnels n'avait en rien émoussé sa passion, et il parlait avec entrain de ce sport. Nathaniel, avec un sourire amusé, tempérait les paroles emportées de son compagnon, tout en l'approuvant. Une grande discussion s'engagea entre eux pour savoir si l'attaquant de telle équipe était meilleur que tel autre. Ils n'arrivaient pas à se départager, chacun trouvant tout le temps un argument pour répondre à l'autre, alors ils demandèrent à Peter son avis. Et celui-ci lâcha comme un cheveu sur la soupe qu'il n'aimait pas particulièrement le football américain, trop violent et brutal à son goût, et qu'il préférait le basket, plus fluide à ses yeux.

Loin de s'offusquer devant cette réponse en totale opposition avec leurs goûts, ses hôtes sautèrent sur l'occasion pour laisser en plan leur débat et en créer un autre: l'invasion de la NBA par les français. Peter trouvait que pour seulement quelques joueurs, le terme d'invasion était peut-être un peu exagéré, mais Stefen maintint que c'était une invasion et qu'ils feraient mieux de se méfier des frenchies, parce que ce n'était pas parce qu'ils ne savaient pas parler anglais qu'ils ne savaient pas jouer au basket. La preuve en avait été faite par Parker. En plus, s'indigna Stefen, celui-ci profitait d'être aux Etats-Unis pour se trouver une femme magnifique en la personne d'Eva Longoria, et que ce n'était pas juste. Peter lui fit remarquer que, a priori, il devrait normalement se foutre du fait que Eva Longoria soit casée ou non, puisqu'il était gay. Stefen, dans son entêtement, voulut répliquer, mais il fut pris de court par Nathaniel qui lui fit un baiser langoureux, avant d'ajouter: "En plus, tu m'as moi."

Peter sourit devant ce spectacle attendrissant, mais au bout d'un certain temps, il se sentit obligé de toussoter légèrement dans son poing pour leur rappeler qu'il était là: tenir la chandelle n'était pas dans son programme de la soirée. Les deux amoureux s'excusèrent en rougissant et Nathaniel suggéra de passer à table: le ragoût de se grand mère devait être prêt. Les deux autres approuvèrent, en particulier Stefen, dont l'estomac venait d'émettre un grognement sourd.


     -Nathaniel, tu es un véritable cordon bleu! déclara Peter en déposant sa petite cuillère sur l'assiette à dessert qui se trouvait devant lui. Cette tarte au chocolat était un véritable délice.
-Merci Peter, mais tu sais, ce n'est pas si compliqué à faire.
-N'empêche qu'à chaque fois que j'essaie, je foire.
-Je te montrerai si tu veux, proposa le cuisinier de la soirée.
-Volontiers, mais pas ce soir. Je suis mort… J'ai qu'une seule envie: prendre un déca et aller me coucher.
-Mais avant, il faut qu'on parle Pe…
-Stefen, l'interrompit Nathaniel en lui lançant un regard ne permettant aucune objection, tu peux aller nous faire trois cafés s'il te plaît? Et préparer la chambre d'amis?

Surpris, Stefen ne répondit pas immédiatement, mais en s'apercevant que le visage de leur invité était légèrement tendu, malgré les nombreux verres de vins avalés, il accepta les directives de son compagnon sans rechigner. Lorsqu'il fut sorti de la pièce, Nathaniel alla s'asseoir sur le canapé, expliquant qu'ils seraient plus à l'aise pour discuter. Peter hocha la tête sans un mot, et s'installa non loin de Nathaniel.

-Peter, tu ne me connais pas depuis longtemps, commença-t-il. Tu n'as aucune raison de me faire confiance. Donc je comprendrais si tu ne veux pas me parler de tes doutes… sur ta sexualité.
-Merci, c'est gentil à toi de me laisser le choix. Mais après tout, si je suis venu, c'est un peu pour ça aussi… pour en parler à quelqu'un. Et je pense que c'est mieux d'avoir deux avis qu'un seul, comme ça j'aurais des points de vue différents, expliqua Peter.

Le ton était calme et posé, parfaitement réfléchi: il avait eu tout le temps de se préparer pendant la soirée; et même s'il appréhendait toujours un peu cette discussion, il se sentait prêt. Que cela soit Nathaniel ou Stefen qui l'écoute, cela importait peu au final, tout ce dont il avait besoin, c'était un avis extérieur, qui ne le jugerait pas. Et pour cela, il savait que l'un ou l'autre, c'était du pareil au même.

-Et puis, je crois que je peux te faire confiance: tu es le compagnon de Stefen depuis suffisamment longtemps pour que cela me rassure. De plus, je sens que tu es le genre de personnes à ne pas juger les gens sur un coup de tête, et à être attentif aux autres.
-Que de compliments de ta part! dit-il, réellement flatté. En tout cas, tu peux être sûr d'une chose: motus et bouche cousue! Je n'en parlerai à personne sans ton autorisation écrite! plaisanta-t-il pour détendre le jeune inspecteur.
-Ecrite, faut quand même pas exagérer non plus, rigola Peter.
-Ok, alors je me contenterai d'une autorisation orale.

Lorsque leurs rires se furent calmés, Nathaniel encouragea Peter à raconter son histoire, et sous ce regard bienveillant, celui-ci commença d'une voix mal assurée.

-En fait, il y a quelques temps… environ deux mois je crois… vers mi-mars… j'ai rencontré un mec…
Peter fit une pause en repensant à sa première rencontre avec Mikaël, lors de ce fameux concours, et il se revit en costume cravate devant le box où le cavalier s'occupait de son cheval. Peter sourit de cette image: maintenant il voyait bien l'incongruité de se déplacer habillé de cette manière dans un club hippique, où à tout instant, on pouvait être sali.

Ces souvenirs le mirent en confiance, et il continua son récit d'un ton plus sûr.

-Tu vois, c'est le genre de mec que tu ne remarques pas forcément quand tu le croises dans la rue. Il a un physique tout à fait banal: brun, les yeux marrons, plutôt petit, rien d'extraordinaire… Mais… Mais il dégage un truc, je sais pas… ouais je crois que c'est ça: il a un charme pas possible. On est tout de suite subjugué par lui…

Peter décida de passer sous silence tout ce qui avait trait à l'équitation, pour ne pas se trahir d'une quelconque façon. L'appel de son chef lors du week-end lui avait abruptement rappelé que cette relation, quelle qu'en soit la nature, devait rester secrète pour l'instant. Alors, il choisit de s'attarder sur un autre détail qui l'avait marqué après coup.

-Je crois que c'est surtout à cause de sa façon de parler. Il arrive à moduler les intonations de sa voix comme personne… C'est vraiment agréable à écouter… Mais d'un autre côté, il a une manière de te parler très froide et sèche quand il ne te connaît pas. Tu sens vraiment où est ta place, et que t'as pas intérêt à en sortir… Il a une véritable présence quoi, conclut Peter.
-Je vois, murmura Nathaniel, appréhendant peu à peu les sentiments de Peter grâce à ses quelques paroles empreintes d'admiration et ses yeux emplis de désir lorsqu'il parlait. Comment s'est passé votre première rencontre?
-Très mal, je dirais. Il m'a engueulé comme pas possible.
-Ah bon? s'étonna le compagnon de Stefen, se demandant vaguement si Peter n'était pas un peu masochiste pour être attiré par quelqu'un dans de telles circonstances.
-Oui, il était vraiment très énervé, et on va dire que j'étais là au mauvais moment, au mauvais endroit, et que je n'ai pas fait preuve de beaucoup de tact, un peu comme Stefen. Et puis, j'étais indirectement responsable de sa colère, alors il a pas réfléchi, et ça s'est assez mal fini. Il m'a foutu dehors… Mais avant de partir, je sais pas pourquoi, je lui ai donné ma carte, et je l'ai invité à prendre un café un de ces quatre… Honnêtement, je pensais qu'il allait jeter la carte… mais il ne l'a pas fait.
-Donc il t'a rappelé? demanda Stefen, qui, arrivé entre temps avec les cafés, s'était installé dans un fauteuil qu'il avait rapproché du canapé.
-Oui, répondit Peter en tournant la tête vers en lui avec un sourire. Un mois et demi après notre rencontre désastreuse, il m'a rappelé.
-Un mois et demi? Eh beh, dis donc, il s'est pas gêné pour te faire poireauter le saligaud.
-En fait, il était à l'étranger pendant tout ce temps, donc voilà… Bref, passons, le fait est qu'il m'a rappelé et qu'on a déjeuné ensemble. Et là, j'ai découvert une personne totalement différente! Exit le personnage froid et distant, j'avais en face de moi un gars plutôt timide, mais qui s'est extériorisé au fur et à mesure. On en est venu à parler d'un sujet qui lui tenait à cœur, et ça l'a transformé. On l'arrêtait plus…

Peter affichait un sourire qui aurait pu faire trois fois le tour de sa tête si jamais l'anatomie humaine lui en avait donné l'occasion. Il était tellement heureux en évoquant le souvenir de ce déjeuner que les deux autres se laissèrent contaminer et se prirent à sourire également.

-A la fin du déjeuner, continua Peter, sur un coup de tête, je l'ai invité à dîner à la maison le samedi suivant. Je lui ai dit d'amener quelqu'un, pour qu'on fasse un truc à quatre avec Sonia.
-Tu l'as invité chez toi? s'exclama Stefen, franchement surpris. Alors que moi, en cinq ans, j'ai même pas pu mettre les pieds dans ton jardin.
-Je te l'ai dit: c'était sur un coup de tête. Je ne sais pas ce qui m'a pris…
-Ouais, mais même, moi, en cinq ans, pas une seule fois, ronchonna-t-il, plus pour la forme qu'autre chose.

Cependant, Peter ne prit pas la chose avec la même nonchalance, et tint à expliquer son comportement.

-En fait, sans faire exprès, j'ai dû raconter une de tes conneries à Sonia, et…
-Comment ça, une de mes conneries? Je fais jamais de conneries!
-Je crois que Peter veut parler de tes blagues, Stefen, intervint Nathaniel. Et si c'était une blague salace, j'imagine bien la réaction de ta femme, Peter.
-Future femme, corrigea-t-il.
-Hein?
-Ils sont pas encore mariés, même pas fiancés, expliqua Stefen.
-Oups désolé. Comme vous aviez l'air de vivre ensemble, j'ai supposé que…
-C'est pas grave va, c'est un peu compliqué, notre situation, le rassura Peter sans pour autant entrer dans les détails.

Ensuite, Peter narra le déroulement du dîner, comment il les avait reçus, comment il avait fait la connaissance de la "petite amie" du jeune homme en question, comment la bonne ambiance s'était rapidement installée entre eux trois, comment Sonia les avait accueillis, pourquoi il soupçonnait que la "petite amie" n'était en fait que la meilleure amie… Il n'oublia aucun détail de la soirée, mais prit encore bien soin de cacher tout ce qui avait trait à l'équitation. Ainsi, il ne mentionna pas la question embarrassante de Sonia, ni la raison qui avait conduit les deux hommes à s'isoler dans le jardin. Il ne put raconter non plus la conversation que les deux femmes avaient tenue entre elles, lorsqu'il était absent. Ces petits oublis ne parurent pas déranger ses interlocuteurs, alors il enchaîna sur la fin la soirée, plutôt catastrophique, lorsque Sonia avait mis à la porte les deux invités sans aucune explication. Stefen assura alors en rigolant, que finalement, il était bien content de ne pas avoir été invité depuis toutes ces années, et Nathaniel ajouta un commentaire désobligeant qui fit rire Peter.

Peter, à chaque fois qu'il évoquait un souvenir avec Mikaël, prenait le temps de décrire ce qu'il avait ressenti, sur le coup, et ensuite également. Il émettait aussi quelques suppositions quant au ressenti du cavalier, et lui prêtait des émotions qu'il n'avait peut-être pas eues. Il voulait que ceux qui allaient l'aider, afin qu'ils ne puissent pas se tromper, aient tous les éléments nécessaires en main. Néanmoins, ils ne furent pas dupes, et ne prirent pas pour argent comptant les hypothèses de Peter: cela les renseignait juste sur ce que pouvait éprouver Peter, puisqu'on prête en général ses propres sentiments aux autres.

Après plus d'une heure de discussion pendant laquelle Stefen et Nathaniel étaient peu intervenus, Peter arriva à la fin du coup de téléphone qu'il avait passé le matin même, et attendit avec anxiété leur verdict. Ses mains, légèrement humides à cause de la transpiration et du stress, ne cessaient de bouger: aussitôt sur les genoux, elles migraient sur le canapé, pour ensuite aller gratter la nuque ou le nez, et Stefen, quoiqu'amusé par ce spectacle qu'il avait peu l'occasion de voir, se décida à intervenir.

-Peter, calme-toi s'il te plaît. Ce n'est pas une condamnation à mort. On va juste te dire ce qu'on en pense. Ce n'est en aucun cas quelque chose de définitif. Ce n'est pas parce qu'on pense que tu es gay, ou pas, que tu l'es forcément. On a pas la science infuse, on se base juste sur notre expérience, qui est pas bien grande. Ensuite, c'est à toi de voir comment tu prends notre avis. Nous, on est là que pour t'aider, pour te permettre de mettre de l'ordre dans tes idées, d'accord?

Peter acquiesça nerveusement puis fit voguer son regard de Stefen à Nathaniel, et de Nathaniel à Stefen. Ce fut Nathaniel qui prit la parole le premier.

-Peter, d'après ce que tu nous as dit, ça serait vraiment présomptueux de ma part d'affirmer que tu es gay, ou que tu ne l'es pas. Tout ce que je peux dire, c'est que tu apprécies énormément ce jeune homme… Peut-être même que tu en es amoureux?
-Amoureux? répéta, incrédule, Peter, avec une voix rendue étrangement aiguë par la nervosité.
-Ton sourire quand tu en parles, tes yeux qui pétillent, le fait que tu te souviennes du moindre détail de vos rencontres, la façon que t'as de partir un peu autre part quand tu parles de lui, et même le fait que tu te sois posé la question si t'étais gay ou non… Tout ça me laisse croire que tu es peut-être amoureux de lui.
-En plus, tu l'as embrassé, sur la tempe certes, mais embrassé quand même. Et t'as eu un début d'érection en le regardant. Alors je suis d'accord avec ce qu'a dit Nathaniel, déclara Stefen.
-Mais… mais, balbutia le pauvre Peter, qui semblait complètement perdu. Mais, ça je le savais déjà. Enfin, je m'en doutais. Pas que j'étais amoureux de lui, non, j'ai pas pensé comme ça. Mais… je devinais bien que je ressentais une attirance… une attirance plus qu'amicale. Et puis… Mais… Pour… Mais, ça c'est pas… En fait, se reprit-il, ce que je veux savoir, c'est si je suis gay ou pas.
-Peter, on t'a déjà expliqué qu'on ne pouvait pas répondre à ça. C'est à toi de trouver la réponse en toi, dit calmement Stefen, en posant une main sur son bras pour l'apaiser.

Il comprenait parfaitement le désarroi de Peter pour l'avoir vécu huit ans plus tôt. A cette époque, c'était Nathaniel qui était à sa place, à essayer de le rassurer, de lui dire que ce n'était pas la fin du monde d'être amoureux d'un homme, d'être gay. Et au final, s'il avait pu accepter ses paroles réconfortantes, c'est parce qu'il était déjà amoureux de lui. Mais ce n'était pas le cas de Peter, et même si l'amitié qu'il éprouvait pour Stefen était forte, cela devait être très dur pour lui d'admettre tout ce qu'ils lui disaient. Cependant, ce n'était pas tant ça qui semblait lui poser problème, que l'incertitude des réponses apportées, alors Stefen choisit d'exprimer très clairement, en mettant des mots dessus, ce qu'il ressentait de la situation de son ami. Ainsi, peut-être ce dernier se sentirait véritablement aidé, et pas encore plus perdu, et peut-être pourrait-il prendre une décision quant à son avenir.

-Peter, je vais te dire ce que j'en pense, même s'il se peut que ce soit des conneries, d'accord?
-Oui, oui, vas-y, sanglota Peter, que le stress avait complètement retourné au point de le faire pleurer.
-Eh, sssch, Peter, ça va aller.

Peter renifla deux ou trois fois avant de le regarder avec ses yeux encore remplis de larmes, le suppliant de continuer.

-Le fait que tu sois attiré par un homme, ou même amoureux d'un homme, commença Stefen en pesant chacun de ses mots devant un Peter pendu à ses lèvres comme s'il énonçait la parole divine, ne veut pas dire à tous les coups que tu es gay. Bien sûr, ça augmente les chances que tu le sois, mais tu peux tout aussi bien être bisexuel, ou alors carrément un hétéro amoureux de quelqu'un du même sexe. Ca arrive de temps en temps. Dans le temps, avant que je ne sois sûr d'être gay, Nathaniel m'avait dit que l'amour n'avait pas de sexe. Ce que je veux dire Peter, c'est qu'on tombe amoureux d'une personne, d'un caractère, d'une personnalité, pas d'une bite ou d'une chatte.
-Mon Dieu, soupira Nathaniel en passant une main sur son visage. Mon dieu, mon Dieu, t'es vraiment pas croyable Stefen, tu trouves le moyen d'être vulgaire alors qu'on parle d'un sujet sérieux.
-Au moins ça l'a détendu, regarde, il rigole, se défendit Stefen en pointant Peter, qui hoquetait effectivement dans ce qui ressemblait à un rire. Mais si tu peux faire mieux, vas-y.
-Merci. Peter, je pense sincèrement que ce n'est pas le plus important de savoir si tu es gay ou non.
-Mais si je ne sais pas ce que je suis, sanglota le jeune homme, comment je peux me construire une vie? J'aurais l'impression de me mentir tout le temps.
-Ca dépend de quel côté tu vois ça. Prenons un exemple ancré dans la réalité: moi. Quand j'étais plus jeune, je me suis posé la question, comme toi, de savoir si j'étais gay, hétéro ou bi. J'ai passé des mois et des mois à me torturer la tête avec ça, ça m'a vraiment pourri la vie. Et finalement, j'ai renoncé à trouver une réponse. Et je suis beaucoup mieux dans ma peau depuis.
-Comment ça?
-Tu vois, je me suis dit que être étiqueté, catégorisé gay, hétéro, ou bi, ça ne m'apporterait rien du tout. J'ai trouvé que c'était un classement vraiment réducteur, qui ne représentait en aucun cas toute la diversité des êtres humains. Alors plutôt que me définir par un nom, j'ai préféré me définir par rapport aux choses et aux gens que j'aime. C'est l'amour que je porte à ceux qui m'entourent qui me construit et c'est leur regard qui me dit qui je suis. Après, que le citoyen lambda pense que je suis gay, ou hétéro ou quoi que ce soit d'autre, j'en ai rien à foutre. Je n'en ai pas besoin. Tu comprends ce que je veux dire?

Peter ne répondit pas tout de suite et prit le temps de réfléchir à ce que venait de dire Nathaniel. Son raisonnement ne paraissait pas absurde, mais c'était peut-être dû à l'émotion qu'il éprouvait à l'instant. Peut-être que plus tard, quand il y re-réfléchirait l'esprit reposé et clair, il ne comprendrait plus comment il avait pu y adhérer. Cela le terrifia, car il savait que dès lors qu'il aurait accepté, même une seule fois, les idées de Nathaniel, il aurait du mal à s'en défaire, et à revenir à ce en quoi il croyait auparavant. Alors il pesa longuement le pour et le contre, et trouva un argument qui pesait lourd dans la balance du contre.

-Oui, je crois que tu comprends ce que tu veux dire… Mais, il y a un problème… Si jamais on n'aime personne?
-Quand je parlais des personnes que j'aime, je ne faisais pas seulement référence à Stefen, mais aussi à mes amis, à ma famille. Tu as forcément une famille qui t'aime.
-Et qui va peut-être me renier quand je leur dirais que je sors avec un homme, si jamais cela se produit. Et pareil pour mes amis. Déjà que j'en ai pas beaucoup…
-On ne sait jamais ce qui peut se passer, reconnut Nathaniel, mais déjà, tu peux compter sur Stefen et sur moi. Stefen est ton ami depuis des années, et moi, j'ai bien envie de le devenir, après cette soirée. Et sois sûr qu'on ne coupera pas les ponts parce que t'aimes un homme, assura-t-il en rigolant.
-Ca je m'en doute, dit-il en souriant de façon encore incertaine, son stress persistant malgré lui.
-Et puis, enchaîna Stefen, il faut quand même que tu saches que tout ça ne se construit pas en un jour. Ca prend du temps. Il faut que tu apprennes à reconnaître les gens en qui tu peux avoir confiance, sur lesquels tu peux t'appuyer pour te construire. Comme nous par exemple. Donc, pour en revenir au sujet de départ, ce petit mec mignon pour lequel tu as craqué, tu dois avant tout apprendre à mieux le connaître. Ensuite, seulement, tu pourras dire si tu es amoureux ou pas, même si à mon avis, c'est déjà fait.
-Tu te contredis pas un peu là Stefen? le taquina Peter.
-On s'en fout! C'est pas parce que c'est contradictoire que c'est incompatible!
-Ca dépend du point de vue…
-Peter, tu fais chier là. Je disais donc: tu vas savoir si tu es amoureux ou pas, et ensuite tu te demandes si lui est amoureux ou pas.Ca sert à rien de s'interroger sur ses sentiments si t'es pas sûr des tiens.
-De toute façon, les siens, c'est du tout cuit, répliqua-t-il, il ne sera pas amoureux de moi. Il n'est pas gay, il me l'a dit.
-Toi non plus, tu n'étais pas gay il y a quelques mois, crut bon de préciser son collègue.
-Raaah! Stefen, tu vas finir par me faire tourner en bourrique!
-Oui, c'est une de mes spécialités! sourit-il. Mais bon revenons à nos moutons: le plus important, c'est quoi Peter?
-Euh… que j'apprenne à le connaître, tenta-t-il devant le regard insistant de son ami.
-Exactement! triompha Stefen. Maintenant qu'on t'a bien aidé, dis-nous comment il s'appelle, exigea-t-il avec un grand sourire.
-Eh! C'était pas marqué "Conseil gratis" sur la porte? répliqua Peter, essayant de cacher son malaise face à cette question embarrassante.
-Si, si, mais on n'est pas contre un petit pourboire, renchérit Nathaniel.
-Alors, c'est quoi son prénom?
-Vous ne saurez pas, na! s'entêta Peter
-Allez quoi, sois sympa, insista de nouveau Stefen.

Une petite bataille amicale et pleine de rires, de sous-entendus et de suppositions abracadabrantes s'engagea entre Peter et le couple pour connaître le nom du peut-être futur heureux élu du cœur du jeune inspecteur. Soudain, Stefen lâcha une hypothèse relativement plausible et à laquelle il pensait depuis quelques minutes.

-Dis moi pas que c'est un des suspects de l'enquête!

L'éclat de rire qui s'ensuivit visait à dédramatiser les paroles, mais Peter n'en eut pas conscience: les paroles résonnaient tel un écho dans son crâne, et il sentit son sang quitter son visage. Stefen et Nathaniel notèrent également la pâleur soudaine de leur ami, et ils redevinrent sérieux immédiatement.

-Peter, ne me dis pas que c'est ça, dit Stefen d'une voix blanche.

Peter ne dit pas un mot, mais les yeux effrayés qu'il lui lança suffirent comme confirmation pour Stefen. Ce dernier se leva et asséna une claque magistrale à son ami. Sa tête valsa et sa joue gauche se colora d'une jolie teinte rouge. Peter porta lentement une main à son visage meurtri et prononça un faible "Si c'est ça". Stefen alla pour lui colorer l'autre joue de la même manière lorsque Nathaniel retint son bras.

-Arrête, tu sais très bien qu'on ne choisit pas de qui on tombe amoureux.
-Oui, mais… tenta-t-il de protester avant de se rendre à l'évidence: son compagnon avait raison.

Il ramena son bras le long de son corps et avec un regard peiné, il s'excusa auprès de Peter.

-Pardon, je me suis emporté. C'est lequel de cavalier?

Touché par son attitude, Peter ne put se résoudre à lui mentir. De toute façon, il savait que cela ne l'avancerait à rien, à part à perdre la confiance de son ami. Et puis, il se prenait à espérer que peut-être, Stefen le soutiendrait.

-Le petit génie, annonça-t-il, Mikaël Blowsworth.
-T'as pas choisi le plus moche, commenta-t-il avec un sourire forcé.

A cette remarque, Peter se replia sur lui-même et éclata en sanglots. Devant ces épaules agitées de soubresauts, Stefen s'accroupit, enlaça maladroitement son ami, et fut bientôt rejoint par Nathaniel dans ce câlin improvisé. Peter, entre deux crises de larmes, lorsqu'il arrivait à émettre quelques sons, ne faisait que s'excuser. Il ne savait pas trop à qui et pour quoi il devait s'excuser, mais il savait qu'il avait fait quelque chose de mal, alors il demandait à ce qu'on le pardonnât. Nathaniel, le cœur serré devant l'attitude de l'inspecteur, resserra sa prise autour de ses épaules, pour lui faire comprendre qu'il le soutenait et qu'il ne devait pas s'excuser d'aimer quelqu'un, quel qu'il soit. Stefen, qui avait d'abord été en colère, était maintenant dérouté par l'attitude de Peter; et encouragé par son compagnon, il lui apporta également son soutien.

-Peter… Peter… Calme-toi… Tout va bien… Sssch… Ca va aller… Ca va aller… On est avec toi… N'aie pas peur… Tout va bien… Ca va être notre secret à tous les trois, d'accord? Personne d'autre ne sera au courant… Et si jamais au boulot, on soupçonne quelque chose, je démentirai, d'accord?

Peter, en entendant ces paroles, fut de nouveau sujet à une crise de larmes, mais il put adresser un visage plein de reconnaissance, même si barbouillé de larmes et de morve, envers Stefen, puis envers Nathaniel, qu'il savait impliqué cette décision.

-En échange, tu me promets de ne faire aucune imprudence, et de ne pas t'exposer inutilement avec lui.
-Pro… mis, hoqueta-t-il. Mer… ci.
-De rien. C'est normal: entre amis, on doit s'aider et se soutenir, non?

Peter hocha la tête et enlaça tendrement Stefen, qui s'était redressé lorsqu'il avait parlé de la promesse. Ainsi, il lui montrait de nouveau sa reconnaissance, d'une manière beaucoup plus explicite que des mots. D'un geste, il attira également Nathaniel dans l'étreinte. Ils restèrent ainsi enlacés quelques minutes jusqu'à ce que Peter commence à dodeliner de la tête, et à somnoler sur l'épaule de Stefen. Ils se séparèrent et Stefen porta son ami jusque dans sa chambre. Là, aidé de son compagnon, il le déshabilla et voulut lui enfiler un pyjama. Mais Peter, après avoir tant pleuré, s'était écroulé de fatigue et dormait déjà à poings fermés. Alors la tentative de lui faire porter un quelconque vêtement pour dormir échoua lamentablement, et ils le laissèrent en boxer. Nathaniel le recouvrit de la couette bleu nuit et Stefen lui caressa les cheveux avant de lui souhaiter une bonne nuit, pour la forme. Puis ils s'en allèrent dans leur chambre.
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19 mai 2009 2 19 /05 /mai /2009 16:55
Désolé pour le retard, j'ai complètement oublié de poster hier! :s Mea culpa!





     Cela faisait plusieurs heures que William conduisait en direction de New-York l'imposant camion qui transportait une dizaine de chevaux. Depuis Norfolk, les embouteillages, habituels pour un lundi, n'avaient eu de cesse de le ralentir et lui permettaient d'affirmer sans trop de crainte de se tromper qu'il atteindrait le club en soirée. Il avait bien envie de passer le volant à Mikaël, qui se trouvait être son unique passager, pour pouvoir se détendre un peu. Mais ce dernier dormait comme un loir, et de plus, il n'avait pas le permis poids lourd. Il n'avait même pas le permis tout court. Il était donc hors de question d'échanger les rôles. Cependant, le trajet de plus en plus douloureux pour ses lombaires lui fit considérer plus sérieusement la proposition de son coach, et de celui de Mikaël, d'engager une autre personne, avec la condition expresse qu'elle soit détentrice du permis poids lourd.

Soudain, pour la quatrième fois de la journée, la sonnerie du téléphone de Mikaël, la fameuse sonate au Clair de Lune de Beethoven, s'entendit dans la cabine, rompant ainsi son silence fait des ronronnements du moteur. Cette fois-ci, William se décida à remuer le jeune homme, sans égard pour sa personne, et ce fut donc à coup de tapette à mouche que Mikaël émergea de son sommeil.

-Gnein? … Kesskisspass? baragouina Mikaël, encore ensommeillé. On est arrivé?
-Non, mais il y a ton téléphone qui sonne.
-Ah bon?
-Oui, c'est la quatrième fois, donc tu as intérêt à décrocher.

Mikaël sembla soudain entendre la sonnerie de son portable, et avec des gestes lents, il se mit à le chercher dans les nombreuses poches de ses vêtements. Mais alors qu'il mettait la main dessus, la sonnerie s'arrêta. Pas plus perturbé que ça d'avoir manqué un appel, Mikaël plaça le téléphone sur le siège du milieu, pour pouvoir le trouver plus facilement, et se recala dans son siège pour dormir.

-Tu ne rappelles pas? fit William en lui jetant un bref coup d'œil.
-Nan, si c'est important, ils rappelleront. Maintenant, laisse moi finir ma nuit.
-Mikaël, ça fait déjà quatre fois qu'ils appellent, objecta le plus vieux avant que la sonnerie ne reprenne. Tiens, ça doit être eux, réponds.
-Je dors Will.

Agacé par cette attitude digne d'un gamin de dix ans, William attrapa le téléphone, décrocha et tendit l'appareil à
Mikaël, qui n'avait rien remarqué de ce petit manège, ayant les yeux fermés.

-J'ai décroché, donc maintenant tu réponds.

Le temps que Mikaël, toujours le cerveau embrumé par le sommeil, n'intègre ce qui venait d'être dit, un silence entrecoupé de "Allô?" tantôt interrogateurs, tantôt colériques, prit place dans la cabine. Finalement, ce fut lorsqu'un faible "Si vous vous foutez de ma gueule, c'est franchement pas drôle!" se fit entendre à travers le combiné, que Mikaël prit conscience de la situation. Il arracha le téléphone des mains de William, le fit tomber à terre, plongea pour le récupérer, se cogna la tête, émit un plaintif "Aïe", se frotta la tête, allongea son bras sous son siège, tâtonna de la main la moquette, toucha le téléphone, le ramena laborieusement vers l'avant de la cabine, le saisit, le colla à son oreille droite, et souffla un "Allô?" exténué.

-Allô Mikaël?
-Lui-même… souffla-t-il à nouveau, essayant de mettre un nom sur cette voix légèrement déformée par le téléphone.
-Salut! Ca va? fit la voix joyeusement.
-Ouais, et c'est qui en fait? demanda Mikaël avec son tact légendaire.
-Je suis vexé, là, ria la voix, apparemment pas vexée pour un sou.
-J'ai le cerveau en compote, alors les devinettes, ça sera pour plus tard, grommela-t-il, tout prêt de se mettre définitivement de mauvaise humeur, après ce réveil mouvementé et le sérieux coup qu'il avait pris sur la tête.
-C'est Peter, répondit la voix, qui avait flairé le danger.
-Peter qui?
-Là, je vais vraiment me sentir vexé, Mikaël!

La voix semblait agacée, peut-être même en colère, et pourtant, Mikaël n'arrivait toujours pas à mettre un nom dessus. Il avait beau rechercher dans les tréfonds de sa mémoire, il ne trouvait pas. Cependant, il ne s'en étonna pas plus que ça: le matin, il pouvait être désespérément lent, en particulier après avoir passé une mauvaise nuit. Le tout était de le faire comprendre à son interlocuteur; mais dans l'état actuel de son cerveau, qui fonctionnait comme le métro parisien un jour de grève, cela allait être difficile. Fort heureusement, William, qui connaissait les imperfections du génie, l'aida à éclaircir la situation.

-Monsieur, cria-t-il bien trop fort pour les oreilles de Mikaël, mais suffisamment pour que Peter entende vaguement quelque chose. Je suis vraiment désolé pour vous, mais quand Mikaël est réveillé brusquement après une mauvaise nuit, il a la tête dans le cul pendant longtemps, et très profond! Alors soyez indulgent s'il vous plaît!

Satisfait, William se re-concentra sur la route, et Mikaël continua sa conversation téléphonique comme si de rien n'était.

-Alors? Vous êtes qui?
-Peter MacLean, un des inspecteurs qui s'occupent de l'affaire de dopage dans le monde hippique. Je suis venu te voir monter ce week-end, mais j'ai dû partir précipitamment à cause d'un imprévu. Et l'autre soir, t'as dîné chez moi avec My.
-Peter, Peter, Peter, répéta Mikaël, comme s'il appelait ses souvenirs associés à ce prénom. Aaah! s'exclama-t-il soudain. Ce Peter là!
-Oui, ce Peter là, reprit l'inspecteur, légèrement découragé: décidément, être ami avec Mikaël Blowsworth n'était pas de tout repos.
-Je suis vraiment, vraiment, vraiment désolé de pas t'avoir reconnu. Mais…
-Le matin, t'as la tête dans le cul, l'interrompit-il, pendant longtemps, et bien profond, c'est ça? finit-il en reprenant en riant les mots de William.
-Exactement, et encore, tu m'as pas vu dans mon pire état.
-Ah bon? s'étonna-t-il, car il avait jugé l'état de Mikaël assez catastrophique, même pour quelqu'un qui venait juste de se lever.
-Oui, une fois, je me suis cogné à tous les meubles et à toutes les chambranles de porte de chez mes parents pendant une bonne heure, avant de me réveiller complètement. Je t'explique pas les bleus.
-J'imagine, pouffa Peter, tentant vainement de réfréner un éclat de rire. Mais dis-moi, il est 14h passés, et tu viens de te lever?
-Disons qu'on est sur la route, qu'il y a des embouteillages monstres, et que moi, en voiture, je m'endors. Mais comme je dors très mal, j'ai besoin de beaucoup plus d'heures de sommeil. Au fait, tu m'appelais pour quoi?
-Euh… juste pour te féliciter. J'ai vu sur le net que t'étais arrivé premier au CSO et au cross, et qu'avec les points du dressage, ça faisait que t'étais premier au classement général. Donc, voilà, je voulais juste te dire bravo!
-Bah merci, fit Mikaël, terriblement gêné, comme à chaque fois qu'un de ses proches le félicitait. Mais ça a été un véritable coup de chance.
-Ah bon? Pourquoi?
-C'est un peu technique, mais pour faire simple, j'ai dû garder le même cheval entre le CSO et le cross, alors que la plupart des cavaliers ont changé. Donc moi j'avais un cheval crevé alors que les autres en avaient un tout frais. Le coup de chance a été que tout le monde a au moins fait une faute sur le parcours, alors que moi, aucune. C'est là que je vois que mes entraînements paient.
-Et pourquoi t'as pas pu changer?
-Le coach n'a pas voulu emporter trois chevaux pour moi, pour emmener plus de cavaliers. M'enfin, tout ça c'est des considérations qualité vs. quantité que même moi j'ai du mal à suivre de temps en temps. Donc je vais pas te faire chier avec. Sinon, quoi de beau pour toi?
-Pour moi, tout va bien. Sonia m'a un peu fait chier samedi, rapport au fait que je sentais le cheval. D'ailleurs, c'est aussi ça que je voulais te dire! Je suis désolé d'avoir dû partir comme ça.
-T'as intérêt! J'ai failli mal le prendre, plaisanta Mikaël.
-En fait, Sonia a appelé mon chef pour savoir où je travaillais, expliqua Peter. Apparemment, elle avait dans l'intention de me rejoindre. Heureusement, le chef est sympa: il m'a couvert en disant qu'il n'aimait pas trop quand privé et professionnel se mêlaient. Mais il lui a promis de m'appeler pour me dire que j'avais le reste de la journée de libre et que je pouvais rentrer chez moi. Et c'est ce qu'il a fait. Il m'a posé aucune question, et m'a juste très fortement conseillé de rentrer chez moi fissa, finit-il en souriant. Je crois qu'il a cru que j'étais dans un bordel ou quelque chose du genre.

Mikaël rigola légèrement à cette évocation, mais son esprit resta focalisé sur une autre partie de la longue tirade de l'inspecteur, qu'il répétait sans cesse dans sa tête, et qui finit par franchir ses lèvres sous forme de murmure.

-Ton chef n'aime pas quand privé et professionnel se mêlent, hein?

Pris au dépourvu, n'ayant pas pensé aux conséquences de cette phrase, Peter balbutia quelques instants, avant de sortir un cliché peu convaincant.

-Mais, ça nous concerne pas, ce qu'il a dit.
-Bien sûr, fit Mikaël du tac au tac, d'un ton amer.
-Mais non! s'enfonça Peter avant de marquer une pause, pour prêter l'oreille à ce qu'on disait derrière lui. Bon, je dois y aller Mikaël, on m'appelle. Rentre bien, et repose toi. Et je t'assure que tout va bien se passer, conclut-il, laissant volontairement dans le vague ce que représentait le "tout": cela nécessitait encore quelques éclaircissements de son côté.

A l'autre bout du fil, Mikaël raccrocha, puis murmura un autre "Bien sûr" désabusé en fixant le téléphone. Ensuite, il déposa l'appareil sur le siège d'à côté, et tenta de se rendormir.


     -Stefen! On a reçu les résultats du labo pour le concours de ce week-end? cria Peter, sortant un instant sa tête des montagnes de papiers qui avaient établi domicile sur son bureau.
-Non! lui répondit le dit Stefen de l'autre bout de la pièce.

Ce dernier était un homme de trente-quatre ans, à la carrure imposante, due à son court passage dans la ligue de football américain. Les cheveux châtains, et le teint mat, il portait une chemise blanche retroussée jusqu'au niveau des coudes, et un pantalon de toile noir. Après avoir fini de ranger quelques feuilles dans des dossiers, il rejoignit son bureau, qui était à côté de celui de Peter.

-Le chef t'a déjà dit de ne pas crier à travers la pièce, soupira-t-il en se laissant tomber sur sa chaise, qui émit un grincement de mécontentement. Tu mets tout le monde au courant quand tu fais ça, même ceux qui sont pas concernés.
-Je sais, mais là on est seulement tous les deux.
-C'est pas une raison, répliqua Stefen, assez à cheval sur les ordres de leur chef.
-Rabat-joie, va! Au fait, il est quelle heure?
-Quasi sept heures. T'as pas une montre toi?
-Si, mais la flemme de regarder. Bon, sept heures, on aura pas les résultats du labo ce soir. Je crois que ça sert vraiment à rien qu'on mette urgent dessus.
-Tu l'as dit…
-Bon, j'arrête là moi. Je reprendrai demain. Et toi?
-Pareil, je suis un peu mort.
-Même pour aller boire un verre? Je t'invite! proposa Peter d'un ton enjoué.
-Si tu me paies un verre, c'est ok, accepta Stefen avec un petit sourire en coin.

Les deux collègues rangèrent rapidement leurs quelques affaires qui traînaient puis se dirigèrent vers les ascenseurs. Les portes s'ouvrirent immédiatement pour celui de droite et ils s'y engouffrèrent. Le trajet jusqu'au rez-de-chaussée se fit dans le silence le plus complet, et ce ne fut que lorsqu'ils se trouvèrent tous deux dehors, sur le trottoir, rafraîchis par une petite bise, que Stefen reprit la parole.

-Ca te dit d'aller chez O'Neil? Il a de bonnes bières et à cette heure-ci, il ne doit pas y avoir trop de monde.
-Ca me va, prochain carrefour à droite, c'est ça?
-Yep!

Mains dans les poches, ils se mirent à marcher en direction de ce fameux bar, tenu par un vieil irlandais, toujours bourru mais néanmoins sympathique, tant qu'on payait comptant. De nouveau, le chemin qu'ils parcoururent se fit en silence. Peter réfléchissait à l'enquête et essayait de trouver de nouvelles pistes, parce que pour l'instant, celles qu'ils exploraient se trouvaient être assez infertiles. Mais il avait beau se creuser la tête à l'aide d'une pioche, cela ne le menait à presque rien, et ses réflexions étaient peut-être encore plus stériles que l'enquête actuelle. Quant à Stefen, il essayait de deviner pourquoi son collègue l'avait invité à boire un verre. Il était en effet assez rare que Peter invite quelqu'un à boire – Stefen était l'un des seuls à bénéficier de ce genre d'invitations – et en général, cela se soldait par une demande de la part de l'ange du service, comme Peter avait été surnommé par ses collègues féminines, à cause de sa chevelure blonde qui auréolait dans la lumière. Cependant, son cerveau était à peu près dans le même état productif que celui de Peter, alors il se résigna à attendre que celui-ci veuille bien lui exposer sa demande. Après un petit quart d'heure de marche, ils se trouvèrent devant le bar, et Peter ouvrit la porte pour laisser passer Stefen. Ils saluèrent l'homme légèrement bedonnant qui se tenait derrière un coin du bar, lui commandèrent deux bières ainsi que des cacahuètes, et s'installèrent à une table du fond, où l'ambiance était plus calme. Les boissons furent rapidement apportées et après avoir bu quelques gorgées pour se détendre d'une longue journée de travail, Peter entama la conversation.

-Alors t'en penses quoi de l'enquête Stefen?
-Comment ça?
-Disons que pour l'instant, pour toi, c'est qui le coupable?
-A vrai dire, j'en sais rien du tout, soupira-t-il. Les résultats du labo correspondent une fois sur cinq, ou sur six, aux résultats des concours, c'est assez perturbant. Et ça continue même si on a changé notre méthode.
-Hein? On a changé notre méthode? s'étonna Peter, ne comprenant pas ce que son collègue voulait dire.
-Bah oui, maintenant on fait les prélèvements après les concours, en fin de journée, alors qu'au début, on les faisait avant. Ceux qui se dopaient pouvaient toujours le faire juste après avoir subi les tests: c'était moins efficace, mais au moins ils ne se faisaient pas prendre. Alors que maintenant, soit ils se dopent pas, et tant mieux, soit ils se dopent, et on le voit. Parce que même s'il s'agit d'un produit qui disparaît en quelques heures, il reste toujours plus longtemps dans les urines que dans le sang.
-Ah oui, j'avais pas vu les choses sous cet angle là.
-Et tu les avais vu sous quel angle?
-En fait, c'est moi qui ai demandé au chef de faire les prélèvements après les épreuves. Mais c'est parce que j'avais remarqué que certains compétiteurs avaient du mal à supporter les piqûres et la vue du sang. Donc je me suis dit que certes, on devait faire note enquête, mais pas au détriment des cavaliers. Et puis, si on fausse les performances des cavaliers avec nos prises de sang, on ne trouvera jamais le coupable.

Stefen émit un sifflement admiratif et surpris devant l'explication de Peter, avant de rigoler franchement.

-Quoi? Qu'est-ce qu'il y a? se froissa le plus jeune.
-Rien, je me disais juste que t'étais pas vraiment fait pour être inspecteur de police.
-Comment ça? J'adore ce boulot! s'offusqua Peter, ne comprenant pas où Stefen voulait en venir.
-Regarde-toi: tu penses d'abord au bien-être des suspects avant de penser à l'avancement de l'enquête. Même si le résultat est le même, ça devrait être dans l'autre sens: d'abord l'enquête, et ensuite les suspects.
-C'est pour ça que tu dis que je ne devrais pas être inspecteur? T'es vraiment trop con! s'exclama Peter, avant d'avaler une énième gorgée de bière. L'idée de déplacer le moment des prélèvements m'est venue comme ça, je sais pas pourquoi, elle s'est imposée à moi. Ensuite seulement, j'ai réfléchi à ce que ça pourrait nous apporter, et j'ai trouvé les deux explications que je t'ai données. Mais pas forcément dans cet ordre.
-Ok, ok, je retire ce que j'ai dit, concéda Stefen. T'es plutôt bon dans ton genre. Très intuitif. D'ailleurs, je l'avais déjà remarqué, à force de travailler avec toi. Mais j'ai tendance à l'oublier.
-Ah bon?
-Bah oui, moi je travaille pas du tout de la même manière. Je suis beaucoup plus déductif que toi, donc c'est assez perturbant de travailler avec toi. Surtout quand t'assommes des trucs que j'ai mis des heures à trouver comme des vérités évidentes, se lamenta-t-il avec une pointe de mauvaise foi.
-Moi je trouvais qu'on faisait plutôt du bon travail ensemble, commenta Peter face à ce qu'il ressentait comme un reproche.
-Ah! Mais j'ai pas dit qu'on faisait pas du bon travail! C'est justement parce qu'on travaille pas de la même manière et qu'on se complète, qu'on est si bon. Je veux absolument pas changer de partenaire! conclut-il en levant sa bière et en trinquant avec celle de Peter.
-Tant mieux! Parce que moi non plus, je ne veux pas changer de partenaire. Je me sens vraiment bien avec toi. Mais c'est pas tout ça, t'as toujours pas répondu à ma question: qui est le ou les coupables selon toi?
-Mais si! Je t'ai dit que j'en savais rien. On a trop d'incertitudes pour pouvoir avoir une idée un peu précise de qui se dope.
-Mais fais marcher ton instinct deux minutes…
-Hum, si tu le prends comme ça, alors je dirais les cavaliers les plus talentueux. Donc il y a Monterez, Krant, Hudson, Andersson… Et aussi Blowsworth, mais comme il est parti en Europe, on a vraiment pas grand chose sur lui comparé aux autres.
-Donc toi tu paries plus sur les jeunes, c'est ça? résuma Peter.
-Non, sur ceux qui raflent le plus de podiums.
-Mais ce sont presque tous des jeunes, et donc, potentiellement, ce sont eux qui ont le plus à perdre. Imagine que le scandale rejaillisse sur eux, leur carrière est finie. Ils seront exclus je ne sais combien de temps du circuit, et puis après, il faudra qu'ils retrouvent quelqu'un pour les coacher etc. Vraiment, pour un jeune, la balance bénéfices/risques penche beaucoup trop en faveur des risques, selon moi.
-Ok, admettons. Donc, c'est quoi ton opinion à toi?
-Perso, je pense que ceux qui se dopent sont ceux qui sont en fin de carrière, avança Peter. Ils n'ont plus rien à perdre, et tout à gagner.
-C'est pas con, mais ça reste à prouver, objecta Stefen, toujours très terre à terre.
-Je sais… Eh! Puisque que ça n'avance pas du côté de l'équitation, pourquoi on chercherait pas du côté des réseaux de drogue? s'exclama-t-il, le visage illuminé et en frappant du poing sur la table.

Stefen resta interdit quelques secondes avant d'émettre un long soupir, et de le regarder dans les yeux.

-T'es désespérant Peter… Y'a déjà une autre équipe sur le coup. Mais tu sais comme moi qu'à chaque gros coup de filet dans le milieu, comme celui qu'on a fait il y a quelques mois, ils ne laissent plus rien filtrer, changent toute leur organisation, et on n'a plus qu'à tout recommencer. Donc à mon avis, il n'y a rien à espérer de ce côté là, sauf si on leur donne une piste à exploiter.
-Mmm, ça m'était sorti de la tête.
-J'avais remarqué.

Ils replongèrent chacun dans leurs pensées, en sirotant tranquillement la fin de leur bière. Peter repensait à ses hypothèses concernant l'enquête. Il ne croyait pas s'être trompé, mais il avait peur d'être influencé par la relation amicale qu'il entretenait avec Mikaël. Dès que ça le touchait, il n'arrivait plus à être totalement objectif, il le sentait bien. Cependant, son instinct lui disait que Mikaël ne pouvait se doper: c'était un garçon bien trop droit et talentueux pour s'abaisser à faire ça. Alors pour l'instant, il laissait les choses telles qu'elles étaient; et si jamais un jour, son jugement venait à être trop obscurci par sa vie privée, il prendrait les dispositions nécessaires pour cela cesse. Du côté de Stefen, on était plus intéressé de savoir comment aborder la véritable raison de cette invitation à boire. Discuter de l'enquête ne l'était assurément pas: ils pouvaient faire ça à n'importe quel instant de la journée. Alors autant poser la question de façon directe, se dit-il, Peter résistait rarement face à ce genre d'abord. Il reposa donc son verre vide sur le dessous de verre à l'effigie de la célèbre marque de bière danoise, Carlsberg, attendit que son collègue en fasse de même, puis entama la conversation sans détour.

-Alors, Peter, pourquoi tu m'as invité à boire?

L'interpelé baissa rapidement les yeux avant de les relever pour regarder Stefen dans les yeux et sourire.

-Pour passer du bon temps, et discuter un peu.
-Et pas uniquement de l'enquête, je suppose.

Cette fois-ci, Peter rougit et garda les yeux baissés plus longtemps. Puis son visage se releva lentement, mais son regard resta fuyant. Comme il ne répondait toujours pas, Stefen se fit plus insistant.

-Alors? On n'a pas toute la soirée devant nous: il y a quelqu'un qui va m'attendre à la maison si je ne rentre pas bientôt, et toi aussi.

Peter tressaillit légèrement en entendant cela, puis accrocha son regard à la table, où ses mains jouaient avec son verre vide: elles s'amusaient à faire bouger la mousse qui était restée au fond.

-Peter…

Il attendit encore quelques secondes, puis se lança, et en rougissant, il débita tout à trac ce qui le préoccupait.

-Stefen, est-ce que tu t'es déjà posé des questions sur ta sexualité?
-Hein? fut la première réaction de Stefen face à ce sujet de conversation plutôt inattendu.
-Est-ce que t'as déjà été attiré par des hommes? précisa Peter.
-Oui, répondit-il après l'avoir longuement sondé pour voir s'il pouvait lui faire confiance, et il avait estimé que oui: c'était son partenaire depuis plus de cinq ans, et jamais il ne l'avait trahi durant toute cette période. Mais c'est vraiment pas à un sujet à aborder ici. J'ai pas envie que l'un de nos collègues soit au courant de notre petite discussion, et toi non plus je suppose.
-Exactement, c'est pour ça que j'ai attendu que tout le monde soit parti du bureau, et que je t'ai invité à boire un verre.
-Oui, mais tu sais comme moi que ce bar est trop près du boulot, et pas mal de flics sont des habitués. Alors ça va finir par se savoir, forcément.
-Tu proposes quoi?

Stefen réfléchit quelques instants avant que sa bouche ne se fende d'un large sourire et que ses yeux ne pétillent de malice.

-On paie nos bières, on se casse d'ici et tu viens chez moi. Je t'invite à dîner!
-Mais…
-Pas de mais! T'appelles ta futur femme, ou ex-futur femme peut-être après cette soirée, et…
-C'est pas drôle, Stefen, l'interrompit Peter.
-Désolé, c'était de mauvais goût. Bon tu l'appelles et tu la préviens que tu ne rentres pas ce soir. J'ai une chambre d'ami et tu pourras dormir là ce soir. Parce qu'avec tout ce qu'on va boire, je ne pense pas que ce soit une bonne idée que tu reprennes le volant cette nuit.
-D'accord, je l'appelle. T'habites où?
-T'auras qu'à suivre ma voiture. C'est une Volvo noire.

Peter acquiesça et tout en sortant, il pianota sur son téléphone, pour ensuite le coller à son oreille. Quelques minutes plus tard, la conversation était finie et il confirma à Stefen qu'il venait.
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11 mai 2009 1 11 /05 /mai /2009 17:07
Comme promis, voilà une suite de Crampons et autres fantaisies hippiques. Je n'ai pas beaucoup de retour en commentaires, ce n'est pas grave, c'est autant pour vous que pour moi que j'écris. Cependant, connaître votre avis m'intéresserit beaucoup.

Comme la semaine précédente, c'est une suite assez longue. Alors je ne dirais qu'une seule chose: ENJOY!! =D








     My, Mikaël et Peter étaient tranquillement installés sur le pont du camion à discuter lorsqu'ils aperçurent le coach de Mikaël, Edward Fork, approcher à grand pas. C'était un homme de quarante-cinq ans bien sonnés, marié depuis une vingtaine d'années, et avec une fille à l'université. Il était entré dans le monde du cheval assez tardivement, vers 25 ans, ce qui l'avait empêché de faire carrière en tant que compétiteur. Mais en tant qu'entraîneur, étonnamment, il excellait.

-Salut les jeunes! dit-il d'un ton jovial pour engager la conversation.
-Coach, fit sobrement Mikaël.
-Salut Ed! Ca va?

Peter se contenta d'un signe de tête, évitant ainsi de se faire remarquer. Edward le lui rendit puis se désintéressa aussitôt de lui.

-Ca va super bien My! J'ai les résultats du dressage de ce matin! déclara-t-il, le regard triomphant.

My et Mikaël bondirent sur leurs pieds et le pressèrent d'annoncer les notes: cela faisait bien une heure que l'épreuve était terminée et ils étaient impatients de connaître le verdict.

-Hé! Du calme, du calme… Alors My, tu as 147,5/200. J'ai croisé Charlie tout à l'heure, et il m'a dit de te féliciter encore une fois.
-Merci Ed, fit la jeune fille avec un grand sourire: si son coach réitérait ses félicitations, c'est qu'elle avait vraiment bien monté.
-Et pour toi, Mikaël, les juges ont bataillé dur parce qu'ils ont bien remarqué que Gallium boitait à la fin.
-Meeerde, soupira le cavalier, imaginant déjà une note catastrophique.
-Mais comme c'est arrivé pendant que tu déroulais, et qu'il n'y a eu aucune faute ayant pu provoquer la boiterie, ils ont été indulgents.
-Et j'ai combien?
-T'as 145,8/200.
-Yes! Et le classement coach?
-T'es 5ème Mikaël, et My est 1ère.
-Yahouuuuu! s'écrièrent les deux jeunes gens au même moment, et ils tombèrent dans les bras l'un de l'autre.

Après plusieurs minutes d'une euphorie non contenue, ils s'intéressèrent de nouveau au coach qui se tenait devant eux, un léger sourire ornant ses lèvres abîmées.

-Tenez, j'ai réussi à récupérer des photocopies de vos feuilles notées par l'un des juges. Mais surtout, pas un mot aux autres hein?
-Compris.
-My, Charlie veut te voir avant le CSO.
-Pourquoi?
-C'est quand même ton entraîneur, bécasse.
-Ah oui, désolée Ed, je suis un peu ailleurs…
-J'ai remarqué.
-Mais tu te rends compte? Première au dressage, c'est géant!
-Sûr, mais pour l'instant, vous deux, faut que vous vous concentriez sur le CSO de cet après midi. Mikaël, je te veux à cheval dans une heure. T'as intérêt à me faire un parcours d'enfer, pour remonter dans le classement. Et j'ai regardé tout à l'heure, l'herbe est glissante, donc tu mets des crampons et tout le tintouin.
-Ok, coach. Je fais quoi? 2/2, 4/2 ou 4/4?
-Fais 4/4, je me suis pété la gueule tout à l'heure rien qu'en marchant dessus. Le terrain a vraiment pas eu le temps de sécher depuis l'averse de cette nuit. Bon je vous laisse, je vais essayer d'aller retrouver mes autres cavaliers, qui doivent encore être en train de discuter aux quatre coins du club. Profitez bien de votre pause déjeuner!

Mikaël et My, le nez déjà plongé dans leur feuille de note, n'entendirent pas les derniers mots du coach, et Peter se contenta de nouveau d'un hochement de tête, que Edward Fork ne vit pas, s'étant déjà retourné.

-Eh ben dis donc, moi qui pensais avoir foiré ma cession à la jambe, ils m'ont mis 9/10, commenta My, impressionnée par sa propre performance.
-T'as toujours eu du mal à te juger, constata son ami. Comment ils m'ont descendu sur mon 2ème cercle au galop! 3/10 avec "Cercle en forme de patate, chassement de hanches trop léger, cheval sur les épaules, qui boîte, allure non régulière."
-Comme ça tu sais ce qu'il faudra que t'améliores au prochain dressage.
-Dis, c'est quoi ta plus mauvaise note? demanda Mikaël en se penchant sur la feuille de My, écrasant légèrement Peter au passage, qui se trouvait entre eux deux. 6/10! J'hallucine! Je suis dégoûté!
-Dis Mikaël, t'es gentil, tu peux t'enlever de sur moi? Tu m'écrases, lâcha Peter.
-Tu insinues que je suis lourd? réagit Mikaël avec une voix tout à la fois chagrine, amusée et moqueuse, sans pour autant accéder à la demande de l'inspecteur.
-Pire qu'une vache, asséna-t-il sans une once de pitié.
-Nan mais oh! En plus d'affirmer que je suis lourd, tu me compares à un animal de sexe féminin! Je suis vexé!
Mikaël fit une moue traduisant sa vexation mais que Peter trouva adorable, si ce n'était que le cavalier en avait profité pour s'appuyer encore plus sur lui, sans prendre en compte que son coude se trouvait à un endroit sensible.
-Quoi? Tu voulais peut-être que je te compare à un bœuf?
-A un taureau plutôt! répondit Mikaël du tac au tac.

Peter ouvrit grand les yeux, surpris par la répartie de Mikaël, et Mikaël lui-même s'étonna que ces mots soient sortis de sa bouche: il n'avait même pas eu le temps de les penser que déjà il les disait. Pendant de longues secondes ils restèrent ainsi, à se regarder droit dans les yeux, et ce fut le grand éclat de rire de My qui les sortit de leur état de statue vivante.

-Putain les gars! Vous êtes trop! Hahahaha!


     "Un sans faute réalisé en 51 secondes et 2 centièmes pour notre compatriote Mikaël Blowsworth et sa jument Jewel de Blasty. Ils se placent ainsi à la tête du classement provisoire, avec presque deux secondes d'avance sur le second."

Un tonnerre d'applaudissements accueillit l'annonce du résultat de Mikaël, et Peter ne fut pas le moins enthousiaste. Dès que Mikaël était entré sur la piste de CSO, l'inspecteur avait de nouveau été subjugué par la force tranquille qui se dégageait de ce couple cavalier/cheval. Seulement, cette fois-ci, cette force tranquille s'était soudainement muée en une puissance énergique, voire violente, dès que la sonnerie stridente indiquant au cavalier qu'il ne lui restait que trente secondes pour franchir la ligne de départ avait retenti. Mikaël avait imposé à Jewel un galop vigoureux dès les premières foulées, et le vertical n°1 avait été franchi avec une déconcertante facilité, alors que plus de la moitié des concurrents avait fait une barre dessus.

Le reste du parcours s'était alors enchaîné sans aucune anicroche, alliant puissance au niveau des obstacles, et vitesse lors des courbes. Cependant, aucune précipitation ne s'était vue dans l'attitude de la jument, ni dans celle du cavalier; et lorsque, au moment du franchissement de la ligne d'arrivée, après un galop digne des plus grandes courses, plusieurs de ses voisins avaient déclaré qu'il s'agissait là du parcours parfait, il s'était senti étrangement fier.

Mikaël venait de quitter le terrain de saut sous les applaudissements et les hourras encore nourris de la foule, et Peter se décida à le rejoindre, pour le féliciter et lui annoncer la mauvaise nouvelle qu'il avait apprise une vingtaine de minutes plus tôt. Il se leva prestement, remonta quatre à quatre les marches des gradins, et marcha rapidement jusqu'au paddock. Là-bas, il ne mit pas longtemps à repérer son ami, entouré qu'il était par son coach et un grand nombre d'admirateurs, mais il ne put l'approcher.

Apercevant la tête perdue de l'inspecteur au milieu de tout ce monde, Mikaël décida de faire un de ces caprices de star qui faisaient sa réputation de "cavalier talentueux, qui le sait, et qui utilise son influence pour satisfaire ses propres désirs", comme l'avait écrit un journaliste suite au scandale qu'il avait fait à propos de l'emplacement de son camion, trop éloigné des infrastructures selon lui. Il jeta un coup d'œil à tous les gens qui entouraient Jewel, et prit une grosse voix.

-Dégagez! Je ne veux voir personne! Foutez-nous la paix! Vous stressez Jewel à lui tourner autour comme des mouches autour d'un pot de miel!
-Mikaël! s'interposa Edward Fork, énervé par le comportement du jeune homme.
-Coach, tu fais dégager tout ce monde ou ça va mal finir, lui redit Mikaël, cette fois-ci réellement inquiet par la tournure des évènements: les gens s'étaient bêtement rapprochés de lui, espérant un dernier geste avant de partir, et pressuraient ainsi la jument.

Or celle-ci, son cavalier le sentit nettement, n'aimait pas du tout ce contact, et commençait à piaffer. Puis soudain, avant que Edward ne put calmer la foule, Jewel se leva. Plusieurs personnes crièrent, et l'une d'elles tomba à l'exact endroit où se trouvaient les antérieurs de la jument auparavant. Edward la tira brutalement en arrière puis tenta d'attraper les rênes de Jewel, pour la contraindre à redescendre. Mais ses doigts restaient désespérément à quelques centimètres des lanières de cuir, et il ne fallait pas compter sur Mikaël pour l'aider.

Alors qu'il venait d'avertir son coach, ce que redoutait Mikaël eut lieu. Il sentit les antérieurs de Jewel décoller du sol et sans réfléchir, il tenta de ré-enfiler ses étriers, qu'il avait enlevés pour se détendre. Par manque de chance, il ne put remettre que le droit, le gauche bougeant trop. Jewel se levait de plus en plus, et bientôt Mikaël se trouva quasiment dans la position debout, ses pieds à plus d'un mètre du sol, et soutenu seulement par sa jambe droite, qui tremblait dans l'étrier. Ses bras étaient accrochés autour de l'encolure de la jument et ses mains tiraient vaguement sur les rênes pour lui faire comprendre qu'il fallait qu'elle redescende. Les yeux fermés, sa tête était enfouie dans la crinière noire, et ses lèvres ne cessaient de former silencieusement l'impératif: "Descends, descends, descends" tout en tremblant. Soudain, il sentit qu'il se rapprochait du sol, et soulagé, les battements de son cœur ralentirent un peu. Mais cet apaisement fut de courte durée, car dès qu'elle eut posé les sabots au sol, Jewel se cabra de nouveau.

Peter sourit en entendant les vociférations énervées de Mikaël: cela lui rappelait leur première rencontre. Mais dès qu'il réalisa ce qui se passait avec la jument bai brun foncé de son ami, son sourire s'effaça et son cœur manqua un battement. Son esprit tortueux eut alors l'intelligence vicieuse de lui rappeler un très vieux souvenir datant de son enfance, lorsqu'un de ses camarades de classe, revenant d'un séjour dans un ranch, avait affirmé que les chevaux pouvaient se retourner comme des crêpes. A cette époque, Peter s'était moqué de lui, mais à cet instant précis, il y croyait dur comme fer, et cela le tétanisa. Incapable de bouger, son cœur battait pourtant comme s'il courrait le cent mètres, et il pouvait entendre son pouls au niveau de ses tempes. Les yeux exorbités, ses pupilles suivaient avec anxiété les mouvements de Jewel, ainsi que ceux, mal assurés, de Mikaël. Le cavalier, d'habitude si sûr de lui, à la limite de l'arrogance, était pâle comme un mort. Tout son corps tremblait, ballotté comme une chiffe molle au dessus du vide. Seuls ses bras, agrippés fermement à l'encolure de la jument, semblaient encore animés d'un quelconque souffle de vie.

Ce ne fut que lorsque Jewel se reposa à terre pour la quatrième fois, et partit d'un pas décidé vers le paddock, que Peter put enfin remuer et détacher son regard de cette vision d'horreur. Il mit plusieurs minutes à recouvrer complètement ses esprits, et lorsque cela fut fait, il se précipita vers la carrière d'entraînement pour découvrir Mikaël complètement avachi sur sa jument toujours au pas. Il semblait lui aussi reprendre peu à peu conscience du monde extérieur, et après avoir failli rentrer dans un autre concurrent pour la troisième fois, il releva la tête. Il rencontra alors le visage anxieux de Peter et lui adressa un sourire timide, encore marqué par la peur. Peter lui rendit un sourire sincèrement heureux que tout ce soit bien terminé, et encouragé par ce geste, Mikaël s'approcha et s'arrêta près de lui.

-Ca va?
-C'est plutôt à moi de te demander ça! Ca t'a pas trop secoué ce qu'il vient de se passer?
-Tu veux rire, répondit amèrement Mikaël, j'ai eu l'une des plus grosses peurs de ma vie. J'en tremble encore!
-Moi aussi, murmura Peter, avant de reprendre plus fortement, pour se faire entendre. Dis, tu veux pas poser pied à terre et venir boire une bière pour te remettre de tes émotions?
-Non merci, je dois encore faire marcher Jewel. Et puis après, je travaillerai un peu avec elle.
-Après ce qu'elle t'a fait, tu vas… s'indigna Peter, encore très choqué par l'événement.
-Micky! l'interrompit My, qui venait d'arriver, suivie de près par William. Ca va?
-Oui, oui, ça va, lui dit-il avec un sourire rassurant. Y'a pas eu de casse.
-Ouf! Je te dis pas comment j'ai eu la trouille quand on m'a dit que Jewel s'était cabrée. J'ai tout laissé en plan, et je suis accourue. J'ai averti Will au passage et nous voilà!
-Merci, mais c'était pas la peine de vous inquiéter autant, je vais bien.
-Mikaël, le reprit William du ton qu'il utilisait lorsqu'il jouait le rôle de tuteur, ou de mentor, tu sais aussi bien que nous que ça aurait pu très mal se finir. Alors arrête de minimiser le danger.
-Oui, je sais. Mais c'est pas une raison pour laisser tomber vos propres chevaux, même si vous avez déjà sauté.
-Mikaël, nos grooms s'occupent de nos chevaux. Donc y'a pas de souci de ce côté là. Sinon, toi, puisque physiquement, tu n'as rien; moralement, ça va?

Mikaël prit le temps de réfléchir à la question: il avait eu réellement très peur lorsque sa jument s'était levée. Ce n'était pas la première fois que cela lui arrivait, mais c'était avec d'autres chevaux, et toujours dans des endroits relativement calmes, où les gens alentour savaient ce qu'il fallait faire. Alors que là, c'était avec Jewel, une jument très nerveuse, et dans un endroit rempli de gens, parfois ignorants des règles de sécurité de base. Alors, il avait craint le pire. Heureusement, tout s'était bien fini, et comme le disait le dicton, il y avait eu plus de peur que de mal, bien plus de peur que de mal. Alors il tourna la tête en direction de ses amis et leur adresse un sourire joyeux, même si son cœur était encore incertain et tremblait toujours à l'idée de ce qui aurait pu se passer.

-Tout va bien! Je suis prêt à re-sauter quand vous voulez!

L'optimisme de Mikaël ne trompa personne, mais William rebondit néanmoins dessus.

-Tant mieux, parce que j'ai des instructions très précises de ton coach, que j'ai croisé en venant.
-Ah? Et il est où celui-là? l'interrompit le jeune homme, réalisant soudain l'absence de celui qui aurait dû être, plus que n'importe qui, là avec lui.
-Il est en train de discuter avec les mecs de l'organisation. Ou plutôt, il est en train de leur passer un savon. Les gens auraient pas dû pouvoir t'approcher comme ça. C'était super dangereux.
-Merci, j'avais remarqué.

William ne tint pas compte de l'intervention de son cadet et continua sans sourciller.

-Là, il est en train de demander à ce que la sécurité soit renforcée. Et aussi des dédommagements pour préjudice moral ou je ne sais quoi, et surtout si jamais Jewel est blessée. D'ailleurs, il a demandé à ce que je te regarde la détendre un peu pour voir s'il y avait un problème.
-Ok, qu'est-ce que je fais?
-Tu me fais quelques longueurs de trot, pour que je vois si elle boîte. Quand je te dis, tu me fais quelques départs au galop. Et je vais essayer de te faire passer une petite croix, comme ça, ça vous remettra tous les deux en confiance, d'accord?
-Ca me va, acquiesça Mikaël.

William enjamba la barrière et s'avança vers le centre de la carrière, de façon à pouvoir bien observer les déplacements de Jewel. Après avoir salué ses deux amis d'un signe de tête, Mikaël se remit lui aussi en marche, affichant un air nettement plus sérieux que quelques minutes auparavant. My en profita alors pour se rapprocher de l'inspecteur.

-Salut, ça va? Pas trop secoué par ce qui vient d'arriver?
-Je crois que j'ai eu encore plus peur que Mikaël, répondit-il honnêtement.
-Je serais toi, je parierai pas là dessus. Mikaël connaît tous les risques qu'il y a à monter à cheval, et le plus souvent par expérience.

My laisse sa phrase en suspend, ne souhaitant pas parler de choses trop personnelles: elle laissait le soin à Mikaël de décider de dévoiler ou non sa vie à son ami. Un silence allait s'installer entre eux lorsqu'un téléphone portable sonna.

-Je crois que c'est le mien, dit Peter tout en s'empressant de le sortir de sa poche.
-La prochaine fois, mets le en vibreur ou en silencieux. Tu risques de te faire engueuler si un cheval décide de faire un écart sous prétexte qu'il a entendu ta sonnerie.
-D'accord, fit-il en replaçant son téléphone dans sa poche sans répondre.
-Tu ne décroches pas?
-Non, je rappellerai. En fait, je dois y aller alors…
-Maintenant? l'interrompit-elle, surprise et déçue.
-Oui, y'a eu un imprévu, et je dois rentrer à la maison. Je voulais le dire en personne à Mikaël, mais vu la situation…
-Je lui dirai, t'inquiète pas, proposa My. C'était Sonia à l'instant, qui t'appelait, je suppose?
-Oui, elle voulait probablement savoir quand je rentrais.
-Ok, bah rentre bien dans ce cas.
-Merci. N'oublie pas pour Mikaël.
-Non.
-Et félicite le pour son parcours, il était sublime! Et le tien aussi. Bonne chance à vous deux pour la suite! cria-t-il alors qu'il était déjà en train de courir vers le parking.
-Merci! Et fais bien attention sur la route!

My agita encore pendant quelques instants la main en guise d'au revoir, puis se retourna vers la carrière.
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4 mai 2009 1 04 /05 /mai /2009 11:32
Une très très longue suite, pour une certaine personne qui revient de Prague. ;-)

Cette suite est... hum... Miam! *o* Alors je n'ai plus qu'à vous souhaiter une bonne lecture! =D








     Peter et Mikaël déambulèrent avec plaisir au travers du club. Mikaël expliquait les bases que tout cavalier devait savoir pour être à l'aise dans un club hippique, et Peter n'hésitait pas à l'interrompre à chaque fois que quelque chose l'intriguait autour d'eux, ou simplement pour demander des précisions quant à ce qu'il venait de dire. Ils finissaient de faire le tour des installations, et Mikaël s'emportait sur la pose des bandes de travail et de repos, lorsque le groom de William Hawlbird, un jeune châtain d'une vingtaine d'années, passa à quelques mètres devant eux en marchant rapidement, un pot de graisse ouvert à la main. Mikaël le salua d'un signe de tête, et continua à parler avec l'inspecteur. Mais surpris, le groom ne l'entendit pas de cette manière, et interpela fortement le jeune cavalier.

-Hey Micky! Tu devrais pas être à cheval à cette heure là? Il est trente-cinq passé!
-Hein?! Comment ça? cria Mikaël en retour, avant de jeter un coup d'œil à sa montre. Meeeerde! Je suis à la bourre! Merci Ash! dit-il au groom qui retournait déjà à ses occupations, avant de s'adresser à Peter. Bon toi tu me suis, et tu ne me quittes pas, sinon tu vas te perdre.

Il ne regarda même pas Peter pour avoir son assentiment, et s'élança au travers du pré où stationnaient les camions. Par chance, leur promenade avait été interrompue à cet endroit, mais son camion se trouvait à l'exact opposé de là où il était. Après quelques minutes d'une course effrénée au milieu des poids lourds et des chevaux qui attendaient patiemment qu'on vienne les chercher, Mikaël repéra le camion blanc et rouge qu'il partageait avec William, My et quelques autres. Sans même vérifier que Peter l'avait bien suivi, il monta dans la sellerie et s'enferma dedans. Peter, essoufflé, arriva peu après, et entre deux respirations, il réussit à dire, assez fort pour que Mikaël entende à travers la porte.

-Dis… tout à l'heure… tu m'avais pas dit… qu'on pouvait pas… passer juste derrière… les chevaux? … et là…
-C'était une urgence! rétorqua Mikaël avant qu'il ait fini. Et puis quand tu les connais, tu sais comment y faire. Il y a juste quelques chevaux avec lesquels il faut vraiment faire très gaffe.

Peter accepta cette réponse sans se poser trop de questions, même si dans un coin de son esprit, il se disait que ce n'était pas logique. Mais pour l'instant, cela importait peu: il devait tout d'abord reprendre son souffle. Cependant, avant qu'il n'ait eu le temps de se calmer, une flopée de juron se fit entendre à l'intérieur du camion, suivie d'un grand bruit, et d'un petit "Aïe".

-Ca va Mikaël? Qu'est-ce qu'il se passe?

Peter tenta d'ouvrir la porte, mais celle-ci résista et finalement s'ouvrit de l'intérieur.

-La lampe a encore lâché à l'intérieur, donc je me suis retrouvé d'un seul coup dans le noir, et je me suis pris les pieds dans un seau qui traînait par là. Et je me suis fait mal en tombant, expliqua Mikaël en massant alternativement sa cuisse et son coude.
-Je vois ça, murmura Peter, alors qu'il observait, légèrement gêné, son ami.

Mikaël s'était assis sur le pas de la porte de la sellerie, les pieds reposant sur la deuxième marche de l'escalier. Il portait encore son vieux T-shirt blanc, tâché de partout, mais il avait changé de pantalon. Son jeans troué avait été remplacé par une culotte d'équitation blanche, caractéristique des cavaliers de concours. Peter devina que c'était en essayant de l'enfiler que Mikaël était tombé: en effet, celle-ci n'était remontée qu'au niveau des genoux, et les pieds étaient encore invisible sous le tissu. De cette manière, l'inspecteur avait une vue plongeante, bien qu'involontaire, sur le haut des jambes de Mikaël, ainsi que sur son entrejambe. Bizarrement, il se sentit rougir, et il détourna la tête alors que ses joues devenaient de plus en plus chaudes. Il tenta de calmer son souffle qui s'accélérait de nouveau, mais ce fut peine perdue: la voix de Mikaël acheva de le perturber.

-Meeerde! Putain de merde! s'écria le cavalier en descendant tant bien que mal les quelques marches du camion. J'ai tâché mon pantalon en tombant! Je ne peux pas monter comme ça! pesta-t-il de plus en plus fort, absolument pas conscient du trouble de son ami: il était bien trop préoccupé par sa reprise de dressage et son retard pour s'en soucier à cet instant précis. Pete, t'es gentil, tu veux bien aller récupérer le grand sac noir qui est au fond de la sellerie. C'est un genre de sac de sport avec mon nom cousu en gros dessus.
-Ok, j'y vais, dit-il avant de grimper prestement dans la petite pièce sombre.

Pendant ce temps, Mikaël s'assit par terre et entreprit d'enlever sa culotte sale. Il la jeta en boule dans la sellerie, puis se risqua à toucher sa blessure à la cuisse. Ce n'était pas grand chose: une grande éraflure tout juste. D'ici le lendemain, il aurait un bleu de toutes les couleurs et d'une taille assez conséquente: environ un bon tiers de la cuisse. Cependant, ce n'était pas ça qui l'inquiétait le plus, ni même la douleur qu'il éprouvait, mais c'était de savoir si les gouttes de sang qui perlaient de l'écorchure allaient traverser le tissu blanc pour former une tâche disgracieuse sur le côté de sa jambe droite.

Lorsque Peter descendit avec le sac en question, Mikaël palpait toujours sa blessure avec une grimace, et l'inspecteur en fut troublé, de nouveau: le jeune homme aux jambes fuselées qui se tenait là, assis en boxer, dégageait un charme certain, même si un peu sauvage. Peter ne se laissa pas le temps de réfléchir plus longtemps aux attraits de son cadet, et déposa le sac à ses côtés.

-Tiens, voilà tes affaires. Ca va ta blessure? Tu t'es pas fait trop mal?
-Nan, nan, ça va. C'est juste que ça me fait chier: je sais pas si le sang va traverser ma culotte. En plus, en dressage, on se doit d'être irréprochable physiquement. T'aurais pas un pansement par hasard? demanda-t-il en se relevant.
-Désolé, je suis pas la croix rouge: je me trimballe pas avec une trousse de secours ambulante, répondit-il en rigolant.

Mikaël le regarda, surpris par ce trait d'humour inattendu, avant de lui sourire. Puis il attrapa son T-shirt par le bas, et l'enleva en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire. Celui-ci finit au côté de la culotte sale, dans la sellerie. En boxer noir, il s'accroupit devant son sac, et après l'avoir ouvert d'un geste sec, il se mit à farfouiller dedans pendant de longues secondes.

A partir du moment où Mikaël lui avait souri, Peter avait renoncé, renoncé à se dire qu'il ne le trouvait pas attirant, renoncé à détourner ses yeux de ce corps magnifique, renoncé à suivre les règles de bienséance; et il avait cédé à son envie de le contempler alors qu'il s'affairait auprès de lui. Le T-shirt enlevé, il observa la musculature bien formée du jeune homme, et remarqua également quelques cicatrices qui parsemaient son dos. Mikaël s'était baissé trop vite pour que Peter puisse admirer correctement ses abdominaux, mais il avait maintenant une vue magnifique sur ses muscles dorsaux. Ceux-ci jouaient avec une facilité déconcertante alors que Mikaël peinait à trouver ce qu'il voulait dans son sac. Les mouvements de sa colonne vertébrale s'accordaient parfaitement au reste, et donnait à Peter l'envie de la toucher, de laisser filer son doigt des cervicales jusqu'aux lombaires, voire jusqu'aux sacrées.

Soudain, le cavalier se releva triomphant, avec une culotte blanche entre les mains. Il ne perdit pas de temps et l'enfila prestement. Puis il tira du sac une chemisette d'un blanc immaculé elle aussi et la passa par la tête: seuls deux boutons étaient détachés pour que cela soit plus rapide à mettre. Ensuite, il prit sa veste de concours noire et tendit qu'il vérifiait qu'elle n'avait aucune tâche, il demanda à Peter de lui apporter ses bottes, qui étaient dans la sellerie, juste à côté de la porte. Le blond les attrapa et les posa devant lui alors que le cavalier ajustait la veste sur lui. Puis il glissa son pied gauche dans la première botte avant de remonter la fermeture éclaire qui se trouvait à l'arrière. Il allait pour mettre la seconde botte quand il jura horriblement.

-Qu'est-ce qui se passe? osa Peter, tout à la fois étonné et effrayé par le ton du jeune.
-Il se passe que j'ai encore mis un boxer noir sous un pantalon blanc! Et que ça se voit! Putain de merde!
-C'est si grave que ça? se risqua Peter.

Pour toute réponse, il reçut un regard noir et Mikaël s'attela à un déshabillage et rhabillage express. Sans enlever ses hauts, il retira sa botte et sa culotte, qu'il confia à Peter. Puis il fit rapidement glisser son boxer sur ses jambes minces sans même prendre le temps de se retourner. Le boxer noir finit au fond du sac, et quelques secondes plus tard, un boxer blanc exactement identique en ressortit, comme si Mikaël, par un quelconque tour de magie, en avait changé la couleur. Il l'enfila, récupéra sa culotte auprès d'un Peter tout déboussolé de sentir un début d'érection dans son propre boxer à la vue de ce spectacle, et se vêtit correctement. Une fois les bottes mises, il y plaça ses éperons, puis attrapa ses gants et son stick. Son chapeau haut de forme étant introuvable, il essaya de secouer Peter pour l'aider à le chercher, mais celui-ci était définitivement sur une autre planète pour encore un bon moment. Alors il se mit à pester contre tout et n'importe quoi jusqu'à ce que deux secondes plus tard, une jeune fille arrive avec le dit chapeau.

-Oh Mary! C'était toi qui l'avais! s'exclama-t-il avec joie. Merci beaucoup!
-Micky, c'est toujours moi qui l'aie avant une reprise de dressage: je te le donne avant que tu n'entres dans le paddock pour la détente. Tu te souviens? lui fit-elle remarquer avec une certaine mauvaise humeur.
-Ah oui, c'est vrai. Désolé, quand je suis stressé, j'oublie tout. Et puis pour Gallium, je t'ai pas aidé à le préparer comme d'habitude, désolé, s'excusa-t-il auprès de sa groom.
-C'est pas grave Micky, c'est mon boulot. Maintenant, tu mets ton haut de forme, et tu montes sur Gallium. T'es sacrément à la bourre, et le coach, William et My sont furieux.
-Je m'en doute, dit-il alors qu'il enlevait le licol bleu et vert qui retenait l'alezan attaché au camion. D'ailleurs, c'est étonnant que le coach ne soit pas là en train de m'engueuler.
-Il a d'autres cavaliers aussi, Micky. Allez, grouille-toi! le pressa-t-elle.
-Tu m'aides?

Il avait la jambe gauche plié à 90°, attendant que Mary place ses mains en dessous. Puis donnant de l'impulsion sur le sol avec sa jambe droite, et en s'appuyant sur Mary, il passa sa jambe au dessus de la croupe de son cheval sans la toucher, et se mit en selle sans problème. Une fois correctement redressé, il enfila ses étriers, qui étaient déjà réglés à la bonne longueur, et réajusta son haut de forme. Puis il partit au pas vers le paddock.

La vision de Mikaël en tenue de concours resta ancrée dans la rétine de Peter, même lorsque le cavalier eut disparu derrière un bâtiment. Peter avait littéralement été subjugué par le personnage qu'était devenu Mikaël en enfilant ces quelques habits. Tout de blanc et de noir vêtu, c'était comme si la prestance des seigneurs d'autrefois était venue se déposer sur ses épaules pour l'envelopper complètement. Alors Peter comprit enfin ce qui l'avait attiré dès la première fois chez ce jeune cavalier. Il comprit enfin la raison des sensations étranges qui l'animaient depuis peu. Et il comprit surtout que jamais il ne pourrait se passer de lui, comme un alpiniste ne peut se passer d'une paroi rocheuse. A cet instant, Peter aurait voulu courir après Mikaël, accrocher sa botte, rencontrer ses yeux bruns et lui crier "J'ai compris!" avec un sourire accroché au visage. Mais il n'en fit rien, car il sut instinctivement que ç'aurait été inutile. Mikaël était entré dans un monde dont lui seul avait la clé, un monde où personne ne pouvait plus l'atteindre. Et alors peu importait que Peter ait compris ou non ce qui l'attachait irrémédiablement à lui.

-Monsieur? Ca va? Vous avez l'air bizarre… commenta Mary d'un ton intrigué.

La toute jeune groom d'à peine dix-huit ans interrompit soudainement Peter dans ses réflexions qui dérivaient de plus
en plus. Il lui en fut extrêmement reconnaissant car cela coupa court à l'excitation qui l'avait gagné, et commençait à se faire visible; et il lui répondit donc aimablement.

-Oui, oui, ça va. Merci Mary. Au fait, moi c'est Peter, et tu peux me tutoyer.
-Compris! dit-elle enthousiaste. On va voir Micky au paddock?
-D'accord, je te suis. Parce que je t'avoue que je suis un peu perdu.

Ils se mirent à marcher en direction du paddock et discutèrent d'un peu de tout et de rien, mais toujours en rapport avec l'équitation. D'ailleurs, Peter sembla s'étonner que Mikaël eut besoin d'aide pour monter sur son cheval. Alors Mary lui expliqua doctement qu'on préservait ainsi le dos du cheval, en ne tirant pas sur un seul côté. Mais que bien sûr, en général, on montait sans aide: seuls les chevaux de compétition, ainsi que quelques autres, avaient droit à ce traitement.


     Mikaël travaillait depuis quelques minutes ses départs au galop et en était plus que mécontent: au lieu de partir à la lettre, Gallium partait toujours légèrement avant. Il avait beau jouer dans les doigts, il n'arrivait pas à retenir son cheval jusqu'au moment où son dos était dans l'exact alignement de la lettre, là où il devait partir au galop. Enervé, il jeta un coup d'œil aux autres concurrents pour voir comment ils se débrouillaient. A l'autre bout de la carrière, William semblait avoir quelques difficultés: sa jument ne cessait de ruer à la moindre occasion. A sa droite, Joseph, un collègue de cinq ans l'aîné de Mikaël, était pitoyable à faire une si piètre cession à la jambe. A côté, My exécutait la moindre figure avec une maîtrise parfaite. Et derrière My, Mikaël aperçut enfin l'une des causes de ses problèmes de maîtrise et de dressage: Peter se tenait là et l'observait sans le quitter des yeux une seule seconde. Mikaël partit au trot voir son entraîneur qui se tenait au centre, discutant avec un autre de ses cavaliers.

-Coach! l'interpella-t-il pour attirer son attention.
-Mikaël? J'espère que t'es prêt parce que ton passage a été avancé.
-Ah bon? s'étonna-t-il. Pourquoi?
-J'en sais rien, on vient de me le dire. Tu voulais me demander quelque chose?
-Oui, j'arrive pas à partir au galop à la lettre. Et il se couche dans le cercle ensuite, et il accélère à la cession à la jambe. Et puis bien sûr, j'ai toujours ce problème pour changer de pied.
-En effet, j'ai remarqué que t'étais moins bon que d'habitude. Et ça c'est parce que t'es pas assez redressé! Redresse-toi nom de Dieu! Sois fier de monter à cheval, bombe le torse! Fais se toucher tes omoplates!
-Ok. Et pour le changement de pied? Parce que je crois que ça marchera pas même si je me redresse, objecta Mikaël.
-Il faut que tu l'allèges déjà avant le début de la cession, tu continues pendant toute la cession pour bien le mettre sur les postérieurs, mais fais attention de garder tes aides pour pas qu'il repasse au trot.
-Ouais, d'accord.
-Ensuite, quand t'arrives à la piste, tu l'allèges un bon coup, et à ce moment là précis, tu changes tes aides. Normalement, ça devrait être bon. Et ensuite tu l'empêches d'accélérer, parce qu'il va essayer de s'échapper.
-Oui je sais.
-Et l'allègement, tu le fais discrètement. Pas la peine de lever tes mains trois mètres au dessus du garrot, ça ferait pas classe.
-Compris coach.
-Dans ce cas, tu me refais tout ça: départ au galop à droite en R, cercle de 20 mètres en E, à partir de B, tu chasses les hanches à l'extérieur. En E, tu redresses, puis tu me fais la cession à la jambe RV. Tu rejoins la piste en V et tu changes de pied en K.
-Ok, j'y vais. Mais avant est-ce que tu peux dire au mec qui est là bas, à côté de Mary, de jarter. Je ne veux pas le voir sur le paddock. Et dis-le gentiment s'il te plaît!
-Oui, oui, pas de problème.

Le coach partit voir Peter, parlementa quelques minutes avec lui, puis le jeune homme blond quitta la carrière à regret. Il fut rapidement rejoint par Mary, qui ne souhaitait pas laisser seul un homme incapable de trouver un paddock indiqué par plusieurs panneaux. Lorsque les deux jeunes gens furent hors de vue, Mikaël exécuta les quelques figures qu'on lui avait demandé, sous l'œil critique de son coach. Et celui-ci ne trouva rien à redire.


     Les premiers concurrents venaient de dérouler leur reprise de dressage avec plus ou moins de succès, et Peter, assis dans les gradins où l'avait abandonné Mary, ruminait toujours. Il n'avait pas du tout apprécié que Mikaël demande à son coach de le faire partir. Il s'était senti terriblement blessé, et pas uniquement dans son amour propre. Mary avait eu beau dire que Mikaël ne supportait pas que des néophytes l'observent pendant qu'il s'entraînait, spécialement juste avant un concours, cela ne passait pas et restait en travers de la gorge de Peter. Peu importait dans quel sens il retournait la scène dans sa tête, il avait la désagréable impression de s'être fait rejeter, comme un amant qui en demande trop à sa maîtresse mariée, alors même qu'il n'était en aucun cas l'amant de Mikaël, et que ce dernier n'était pas marié, sauf peut-être à l'équitation. Cette comparaison le tourmenta pendant un long moment jusqu'à ce qu'une remarque de sa voisine de droite ne le sorte de ses pensées.

-Quel petit impertinent celui-là! Porter des bandes rouges! Autant qu'il mette un nez rouge aussi et nous fasse un spectacle de clown au lieu d'une reprise de dressage!

Peter, étonné par la virulence de ces propos envers un compétiteur, jeta un coup d'œil à la piste où il reconnut immédiatement son ami. Celui-ci paraissait plus concentré que jamais, et il ne douta pas un seul instant que la remarque de la vieille dame lui serait passée trois pieds au-dessus de la tête. Mais il n'était pas Mikaël, et ne possédait pas le calme olympien que celui-ci montrait en cet instant. Alors il s'adressa avec une pointe d'ironie à sa voisine.

-Excusez-moi, mais je ne vois pas ce que vous reprochez à ce cavalier.
-Voyons! C'est évident! s'exclama-t-elle. Il a osé mettre des bandes rouges à son cheval pour une reprise de dressage, alors qu'il en faut des noires, ou des blanches. Mais bien sûr, les jeunes d'aujourd'hui n'ont aucun respect des convenances! Ils ne savent plus monter à cheval! C'est inadmissible!

La vieille dame fit un petit mouvement de tête montrant tout son mépris de la jeunesse, dans laquelle son interlocuteur était compris, et ne lui jeta plus un seul regard. Face à cette attitude dédaigneuse, Peter oublia d'un coup sa colère contre Mikaël, et se rangea du côté de son ami face à la vieillesse intransigeante. Mais plutôt que de s'énerver contre sa voisine, il décida d'en rire, ce qui lui attira un regard désapprobateur, don il ne tint pas compte: il préféra s'intéresser à Mikaël saluant le jury.

Mikaël arrivait au bout de sa reprise, et ses jambes commençaient à devenir de plus en plus faibles. Il avait la bouche sèche, les doigts qui tremblaient, et ne souhaitait qu'une seule chose: saluer le jury et ainsi terminer de dérouler, car il n'allait plus pouvoir tenir longtemps. Mais avant de pouvoir faire cela, il lui restait encore une partie assez difficile à réaliser.

-Allez Gallium, murmura-t-il à son cheval en remuant à peine les lèvres. Tu peux le faire! Allez petit trot… Maintenant, tu doubles en R… Voilààà, comme ça c'est parfait. Arrêt en I. Ne bouge pas! Trois secondes d'immobilité complète. Ne bouge pas la tête connard! Et j'espère pour toi que t'es au carré. Bien, maintenant on recule de deux ou trois pas. Allez, ne te fais pas prier Gallium. Voilà, c'est bien, continue. Deux, trois. Et départ au galop à gauche. Bon, c'est bien ,t'es sur le bon pied. On reprend la piste en S, tu ne te couches pas! Et toi Mikaël, tu te redresses et tu l'allèges. On repasse au trot en K, bieeeen. On double en A, bien dans l'alignement. On regarde bien devant. Arrêt progressif… On est en L, on peut repasser au pas, et X… on s'arrête. Tu ne bouges plus, et je salue. Ne bouge surtout pas Gallium, ou tu t'en prends une! Hop, on sourie, et c'est bon, c'est fini!

Le relâchement, puis l'anxiété se lurent sur le visage de Mikaël, et il sortit rapidement de la carrière de dressage. Dès
que Mary fut à portée de voix, il la somma d'aller chercher l'un des vétérinaires présents sur le concours, et il demanda à son coach d'observer le trot de Gallium. Après quelques minutes, ce dernier confirma les doutes du cavalier. Mikaël descendit prestement, dessella et débrida son cheval avant de lui enfiler le licol que lui avait donné son coach. Puis il l'emmena brouter à l'écart en attendant le vétérinaire. Absorbé qu'il était dans la contemplation de son alezan de cheval, il n'entendit pas le bruit de pas qui se rapprochait et sursauta à l'entente de cette voix si familière déjà.

-Dis, pourquoi t'as demandé à ton coach de me virer du paddock tout à l'heure?

Mikaël se retourna et rougit sous les yeux scrutateurs de son ami. La question le dérangeait et il aurait bien voulu ne pas avoir à y répondre. Mais face à quelqu'un dont le métier était d'interroger toutes sortes de personne, il sentit bien qu'il n'avait pas le choix.

-J'arrivais pas à me concentrer, marmonna-t-il tout en flattant l'encolure de Gallium, plus pour se rassurer que pour féliciter le cheval.
-Tu veux dire que je te dérange?

Le ton furieux à peine voilé de Peter inquiéta Mikaël et sa réponse fusa bien trop vite à son goût, mais la peur de le voir partir avait pris le dessus.

-Non! Pas du tout! C'est juste que… que… me confronter au regard des gens que… balbutia-t-il, des gens que j'apprécie… me met mal à l'aise… Parce que j'ai l'impression qu'ils… qu'ils me jugent. Et je déteste ça… de peut-être passer pour un incompétent devant eux, finit-il en baissant les yeux, soudain absorbé par la contemplation de ses bottes noires légèrement recouvertes de poussière.

Peter, devant l'explication hésitante de son cadet, ouvrit la bouche, la referma, la rouvrit, puis la referma, imitant parfaitement le poisson hors de l'eau. Puis un éclair de compréhension le traversa, comme lorsque Mikaël s'était changé et mis à cheval devant lui. Le jeune homme avait beau être un génie et être envié par toute une ribambelle de concurrents et d'admirateurs; il avait beau montrer une assurance et une confiance en soi hors du commun; tout cela n'était que façade. Et derrière cette façade digne des beaux quartiers, se trouvait un intérieur miteux, branlant, rempli de doutes et d'incertitudes, où la peur côtoyait l'insécurité. Alors Peter éprouva l'envie et le besoin de soutenir cet être fragile, comme on l'avait soutenu par le passé. Il l'attira à lui et l'enlaça fermement en calant la tête du cadet dans le creux de son cou. Mikaël, d'abord surpris par ce geste affectueux, l'apprécia ensuite à sa juste valeur et entoura le torse de son ami de ses bras. Peu à peu, il s'abandonna à l'étreinte, et alors qu'il resserrait sa prise autour des reins de Peter, des larmes se mirent à couler le long des joues du cavalier. Comme s'il s'y attendait, l'aînée ne bougea pas et accepta que le brun mouilla son précieux T-shirt de hard rock. Puis il leva lentement sa main droite, la fit glisser doucement dans la courte chevelure encore pleine de sueur, et chuchota quelques paroles réconfortantes à son oreille. Peu à peu, Mikaël s'apaisa, et un baiser sur le front acheva de le calmer. Il se sépara délicatement de Peter, comme s'il craignait de casser quelque chose en le quittant, puis lui jeta un regard reconnaissant encore humide de larmes.

-Ca va mieux? demanda Peter d'une voix douce, presque caressante.
-Oui, merci. Je suis désolé de mettre donné en spectacle.
-Tu ne t'es pas donné en spectacle. Regarde: personne ne fait attention à nous, dit-il en faisant un large geste du bras en direction du paddock. Et puis ne t'excuse pas: les amis sont faits pour ça. Dimanche dernier, quand je t'ai appelé, tu n'as pas hésité à me réconforter toi aussi.
-Hum…
-Tu veux en parler? proposa Peter, prêt à respecter son silence si Mikaël répondait non.
-Mmm, c'est pas grand chose en fait, bafouilla-t-il. Juste le stress qui retombe d'un coup.
-Je croyais que tu n'étais pas stressé, plaisanta Peter pour le détendre.

Mikaël ria un peu mais les larmes remontèrent vite et il dut renifler à plusieurs reprises avant de pouvoir continuer.

-Oui, mais là… là y'a eu une montée de stress pendant la reprise.
-Comment ça? s'enquit Peter d'une voix tout à la fois curieuse et angoissée.
-Gallium s'est blessé. Il boîte maintenant. C'est très léger, mais je l'ai bien senti. Après le deuxième départ au galop, il s'est passé en truc bizarre, il a dû s'étendre un tendon ou un truc du genre, ou alors marcher sur un caillou, même si j'ai rien vu au niveau de sa sole. Il a boité pendant tout le reste de la reprise. J'espère que les juges n'ont rien vu. En tout cas, j'ai fait en sorte que ça se voit le moins possible. Mais il y a des signes qui ne trompent. Et puis le plus important, c'est quand même de savoir ce qu'il a, et qu'il se rétablisse vite.
-Bien sûr, acquiesça Peter, tout en lui ébouriffant les cheveux d'une main, et essuyant les dernières larmes de l'autre. C'est adorable comment tu t'inquiètes pour tes chevaux.
-C'est pas adorable, protesta Mikaël. C'est normal. Tiens, y'a le véto qui arrive, il va pouvoir nous dire ce que Gallium a.

Le vétérinaire accompagné de Mary s'approcha des jeunes hommes et salua amicalement Mikaël, qu'il semblait bien connaître. Après quelques minutes de palabres, il se mit à examiner le cheval plus en profondeur que ce que Mikaël avait déjà fait. Ensuite, il demanda au cavalier de faire marcher, puis trotter le cheval sur le béton. Il conclut alors à une légère boiterie de l'antérieur gauche, et après avoir palpé de nouveau les canons des deux antérieurs, pour comparer les températures de chacun, il donna quelques instructions à Mikaël et à Mary. La groom nota tout sur un papier, et ils remercièrent chaleureusement le vétérinaire. Alors que ce dernier allait partir, Mikaël aborda la question du règlement, et le docteur annonça qu'il faisait ça gracieusement, vu la prestation qu'il avait réussie à faire avec un cheval blessé. Gêné, Mikaël tenta de refuser, mais ce fut peine perdu: le vétérinaire ne lui laissa aucun autre choix que celui d'accepter en partant sans se retourner. Sur ce, Mary attrapa la longe de l'alezan pour le ramener au camion et lui appliquer les premiers soins. Lorsqu'ils furent enfin seuls, Peter, qui s'était tenu en retrait, ne se sentant pas à sa place dans cet univers, s'avança jusqu'au côté de Mikaël, qui était en train de rouler ses bandes, enlevées à l'occasion de l'examen clinique.

-Alors? Qu'est-ce qu'il a?
-Rien de bien grave d'après le véto, une petite inflammation de l'antérieur gauche. D'ailleurs je m'en suis douté tout à l'heure: il était plus chaud que le droit. Mary doit lui appliquer une crème plusieurs fois par jour, et lui poser des bandes de repos. Et puis forcément, il ne doit pas travailler pendant quelques jours. Mais il a dit qu'il serait sur pied d'ici le prochain concours.
-Bah, tu vois! Y'avait pas de quoi se faire tant de mouron, déclara Peter en lui ébouriffant une nouvelle fois les cheveux, de telle sorte que Mikaël ressemblait plus à un chimiste ayant raté une expérience qu'à un cavalier.

Le brun lui lança un regard mi-courroucé, mi-amusé, avant de se mettre à marcher en direction du pré à camions. Pris d'une impulsion subite, Peter le retint par l'épaule, lui embrassa furtivement la tempe, puis le devança. Abasourdi, Mikaël ne put remuer un seul muscle. Il regarda juste Peter qui s'éloignait tranquillement, comme si ce qu'il venait de faire était la chose la plus naturelle au monde. Ce dernier, n'ayant pas vu une imperfection du terrain, trébucha, et cela sortit le cavalier de sa léthargie. Il porta une main à la tempe qui avait été embrassée, l'effleura puis se mit à courir pour rejoindre Peter. Ce baiser fugace lui avait redonné la pêche pour la journée entière, et à bien y réfléchir, il se dit qu'après tout, My avait peut-être raison. Mais cela, il ne l'avouerait pas aux deux principaux concernés, du moins pas tout de suite.
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28 avril 2009 2 28 /04 /avril /2009 10:09
Désolé pour le retard, petit imprévu familial. Voilà la suite maintenant, juste avant de partir pour la manif des médecins. :-P






     Il était à peine huit heures et demie et l'immense terrain du club hippique de Norfolk grouillait déjà de monde. Les gens allaient et venaient rapidement entre les différentes installations, soit avec un cheval au bout d'une longe, soit avec un quelconque équipement dans les bras. La personne qui avait le plus impressionné Mikaël avait été un vieil homme qui avait réussi à transporter quatre selles d'un coup, ainsi que les quatre filets qui allaient avec. Touché par la difficulté du groom, il lui avait proposé son aide, que celui-ci avait fortement appréciée, et après avoir déposé les selles à l'endroit indiqué, Mikaël était revenu se poster à l'entrée du club. Accoudé à une vieille barrière en bois, il palpait nerveusement sa poche de jeans où reposait son téléphone portable. La veille, Peter lui avait dit qu'il serait là vers huit heures du matin, et il était en retard. Cela inquiétait Mikaël, même s'il n'osait pas se l'avouer. Soudain son téléphone vibra et précipitamment il décrocha.

-Allô Peter?
-Euh… non c'est My. T'es où?
-A l'entrée. Pourquoi?
-Ah c'est bon je te vois! Ne bouge pas, j'arrive!

Le jeune homme n'eut pas le temps de rajouter un mot de plus que déjà la communication était coupée, et avant même d'avoir l'idée de rechercher son amie dans la foule, celle-ci se trouvait à côté de lui.

-Alors beau gosse? Comment ça va? demanda-t-elle enjouée.
-Ca va, ca va, répondit-il avec un demi sourire.
-Ca m'a pas l'air. Tu devrais aller dormir un peu Mikaël. L'épreuve ne commence qu'à 10h, et tu passes dans les derniers. Donc si tu te mets à cheval à 9h30, ça devrait être bon.
-J'ai pas envie.
-Mais t'es debout depuis 4h du mat', tu dois être crevé, insista la jeune femme.
-Je te dis que je n'ai pas envie, My. Et puis, je commence à avoir l'habitude de me lever tôt, avec tous ces concours.

My se tut: Mikaël n'avait pas tout à fait tort, surtout qu'elle l'avait déjà vu tenir éveillé plus de vingt-quatre heures sans broncher. Cependant, quelque chose dans son attitude la chiffonnait. Alors, elle joua aux devinettes.

-Serais-tu stressé Mikaël?
-Non, pas du tout. C'est rien que du dressage ce matin. J'ai déroulé ma reprise je ne sais combien de fois, et je la connais par cœur. Pas de souci, affirma-t-il d'un ton nonchalant, capable à lui seul de faire enrager tous ceux qui peinaient aux épreuves de dressage.
-Je sais que t'es doué Mikaël. Mais je me disais qu'il y avait peut-être autre chose qui te stressait, hasarda-t-elle.

Il lui jeta un regard circonspect, puis soupira: encore une fois, elle avait deviné ce qui le tracassait.

-C'est Peter…
-J'en étais sûre! triompha-t-elle. Alors comment va-t-il? Vous vous êtes revus? Vous êtes… elle hésita un instant avant de murmurer à son oreille, rouge comme une pivoine, vous êtes allés plus loin?
-Calme ta joie My, on est juste amis.
-Ah bon? T'en est sûr maintenant?

Elle semblait presque déçue, et Mikaël ne voulut même pas imaginer le scénario qu'elle avait monté toute seule dans sa tête, avec pour acteurs principaux lui et Peter.

-En tout cas, lui en est sûr. Mais ne t'en fais pas pour moi, va.
-Bien sûr que je m'en fais pour toi! répliqua-t-elle de façon véhémente. T'es mon meilleur ami, et je t'ai jamais vu aussi heureux que depuis que tu l'as rencontré. Et tu sais? J'ai réfléchi à notre conversation de l'autre fois, et à mon avis t'es amoureux de lui! C'est pas possible autrement. Vous vous êtes appelés plein de fois cette semaine, et à chaque fois que tu voyais son nom sur le portable, t'avais un sourire immense collé au visage. Là tu stresses à cause de lui, et tu t'interroges sur ce que tu ressens pour lui alors que d'habitude, c'est clair comme de l'eau de roche. Donc tu l'aimes, c'est obligé.
-Nan mais, comment tu décides des sentiments des autres toi! rigola-t-il. Pour l'instant on est amis, et ça me convient très bien. Tout est encore très embrouillé dans ma tête, alors je me cale sur les sentiments que lui éprouve, et comme ça y'a pas de problème.
-Attention Mikaël, ça va finir par te jouer des tours, de toujours montrer les sentiments que les autres attendent de toi.
-Je sais, mais au moins, ça me permet de mieux le connaître. Alors je me dis que c'est pas plus mal, tant que je n'ai pas éclairci le bordel qu'il y a dans ma tête.
-Si tu le dis… dit-elle sans grande conviction. Mais tu sais que tu peux toujours venir pleurer sur mon épaule si t'as un problème. Et même si tu n'en as pas! Petite sœur My sera toujours là pour toi, fit-elle avec un grand sourire.
-Oui, je sais, répondit-il en ébouriffant ses cheveux. Maintenant, tu peux me laisser s'il te plaît? Je le vois qui arrive.

Elle tourna la tête et grâce aux indications de Mikaël, elle reconnut l'inspecteur, qui était habillé cette fois-ci d'un jeans bleu foncé, d'un T-shirt à l'effigie d'AC/DC et d'un pull négligemment jeté sur ses épaules. Une paire de lunettes de soleil et une casquette complétaient l'ensemble.

-Il est quand même pas mal dans son genre, commenta My.
-C'est ça, c'est ça, maintenant, tu te barres, dit-il gentiment en la poussant vers les boxes.
-Oui, oui, la gêneuse s'en va, confirma-t-elle en déposant un baiser sur sa joue. Mais n'oublie pas: neuf heures et demie à cheval.

Il hocha la tête et d'un regard explicite, il lui demanda une nouvelle fois de foutre le camp.
My ne se fit pas prier plus longtemps et s'en alla à grands pas vers le box le plus près. De là, tout en caressant le chanfrein d'un cheval rouan, elle put voir Peter aborder Mikaël avec un grand sourire, et entamer la conversation. Elle les observa quelques minutes encore avant de partir retrouver son coach, et sur le chemin, elle se dit que décidément, ces deux-là formeraient un joli couple si jamais ils se mettaient ensemble. Depuis que l'idée de la possible homosexualité de Mikaël lui avait traversé l'esprit, elle s'y était peu à peu ancrée, et My, en fouillant dans ses souvenirs, trouvaient de plus en plus d'arguments qui venaient étayer cette hypothèse. D'abord, le fait que, mis à part pour cette étudiante en droit un peu trop bourgeoise, Mikaël n'avait jamais éprouvé quoi que ce soit de fort pour une femme, ni entretenu une relation qui allait au delà de deux semaines; alors qu'elle-même avait déjà eu plusieurs petits amis de longue durée. Bien sûr, elle savait que cela n'était pas une preuve en soi: plusieurs de ses connaissances masculines étaient dans le même cas, sans être pour autant gays, à sa connaissance. Pourtant, le non-enthousiasme que Mikaël éprouvait pour parler de ses relations, aussi bien sur le plan sexuel que sentimental; l'intérêt vif qu'il portait aux ébats de My, et tout particulièrement au ressenti de son partenaire; ainsi que ses quelques commentaires, plus que flatteurs et sensuels, sur d'autres hommes qu'ils croisaient dans la rue; tout cela réuni faisait plutôt pencher la balance en faveur de l'homosexualité. Le dernier argument auquel elle avait pensé avait été fourni des années plus tôt par son amie suédoise Johanna. Lors de vacances dans son pays d'origine, My avait montré à Johanna une photo de Mikaël, qu'elle venait alors de rencontrer. Celle-ci, en apercevant le cliché, s'était exclamé: "Oh nom de Dieu! Pourquoi tous les beaux gosses sont gays!?! C'est chiant à la fin!" La phrase avait marqué My, et celle-ci était restée abasourdie plusieurs minutes avant de pouvoir retrouver la parole. Après quelques explications, il se trouvait que Johanna connaissait un jeune homme gay qui avait exactement la même dégaine que Mikaël, et que par association, elle en avait déduit que Mikaël était gay lui aussi. Sur le coup, My avait rigolé, trouvant farfelu le raisonnement de son amie. Mais maintenant qu'elle y repensait, elle ne trouvait plus l'idée si bête.

Cependant, elle n'était sûre de rien, et c'était à Mikaël que revenait la décision de choisir son orientation, ou plutôt de la découvrir. Car pour My, ce n'était pas une question de choix: la sexualité, quelle qu'elle soit, faisait partie de l'individu lui-même, et il ne pouvait pas en changer. Il pouvait seulement la masquer, et c'était quelque chose qu'elle refusait de voir se produire pour Mikaël. Alors elle était prête à l'aider de tout cœur pour démêler ce qu'il ressentait, quitte à le pousser dans ses retranchements par son audace.


     Peter s'approcha tout sourire de Mikaël, et avant que celui-ci n'ouvre la bouche, il demanda.

-C'était pas My qui était avec toi, là tout de suite?
-Si, pourquoi? répondit Mikaël, étonnée par cette entrée en matière.
-Nan, pour savoir, je n'étais pas sûr. J'irai la saluer plus tard. Au fait, je suis vraiment désolé pour l'attente. Sonia m'a un peu pris la tête ce matin, donc je suis parti un peu en retard et je me suis tapé quelques bouchons.
-Y'a pas de problème, mentit Mikaël, qui s'était fait un sang d'encre devant le retard conséquent de l'inspecteur.
-Et puis, bonjour tiens! reprit Peter, avec toujours le même sourire scotché aux lèvres. Comment tu vas?
-Bien, bien, merci. Et bonjour à toi aussi, fit Mikaël, lui rendant son sourire.
-Ah bon? T'es pas trop stressé?
-Nan, pas vraiment. Le cheval, c'est mon domaine, c'est là où je me sens le mieux, alors je suis rarement stressé aussi longtemps avant une épreuve. Par contre, quand je rentre en piste, c'est une autre paire de manche, dit-il en se moquant gentiment de lui-même. Mais j'essaie de faire de mon mieux pour rester calme, parce que sinon, je refile mon stress à mon cheval, et c'est très mauvais.
-Ok, je comprends…
-Mais au fait, pourquoi t'es pas en costard cravate comme l'autre fois, Pete?
-Parce que je suis en congé, répliqua-t-il. Pour une fois, je ne viens pas pour le travail, mais uniquement pour le plaisir de voir des chevaux, et leurs cavaliers bien évidemment.

Un sourire sincèrement heureux vint éclairer le visage de Mikaël, et Peter se fit la réflexion qu'il était magnifique ainsi. Mais brutalement, ce sourire s'effaça pour laisser place à un visage anxieux et quelque peu effrayé.

-Mais… ça va pas poser de problème avec ton boulot que tu vois l'un des…

Mikaël rechignait véritablement à employer ce terme, mais n'en trouvant aucun autre, il se résigna.

-L'un des suspects, reprit-il avec une moue de dégoût. Et Sonia, elle va pas être en colère quand elle saura que tu es ici par plaisir, et non pour ton travail? Ou alors peut-être qu'elle le sait déjà, et qu'elle n'a pas voulu venir. Ca veut dire que… Oh mon dieu!
-Calme-toi, Mikaël. Calme-toi, lui intima l'inspecteur, alors que le cavalier parlait de plus en plus vite, et jetait de vifs coups d'œil autour d'eux. Pour mon travail, ne t'en fais pas, j'ai vérifié: normalement l'équipe qui bosse aujourd'hui ne me connaît pas, ou de loin. Alors franchement, pour qu'ils reconnaissent en l'homme cool et fan de hard rock que je suis aujourd'hui l'inspecteur en costume trois pièces toujours austère, il faudrait qu'ils soient extrêmement doués. Et honnêtement, j'en doute. Mais ne t'inquiète pas, continua-t-il alors que Mikaël s'apprêtait à protester, je fais gaffe. Et à l'avenir, je pense qu'il vaudrait mieux qu'on se rencontre dans des endroits plus privés. Parce que sinon ce sont tes collègues qui vont finir par faire l'association entre moi et l'inspecteur.
-Merde, j'y avais pas pensé, s'alarma Mikaël. Il vaut peut-être mieux qu'on ne nous voit pas ensemble aujourd'hui.
-Attends, tu veux me dire que j'ai fait tout ce chemin pour ne pas passer une seule seconde avec toi?!? s'exclama-t-il, faussement outré, mais suffisamment pour que Mikaël le prenne au sérieux.
-Mais non, c'est pas ça que je veux dire. Mais si jamais…
-Relax, Mikaël, le coupa Peter. C'est par la suite qu'il faudra faire plus attention. Mais pour aujourd'hui, je t'assure que tout se passera bien, du moment que tu évites de me présenter à tous tes amis.

Mikaël rigola franchement à l'évocation de cette idée incongrue et l'atmosphère inquiète se détendit d'un seul coup. Cependant, Peter remit sur la table un des sujets d'angoisse de Mikaël, pour s'assurer que cela ne le perturberait plus de la journée.

-Quant à Sonia, elle est persuadée que je suis ici pour le boulot, et je lui ai dit que je ne rentrais que lundi matin. De toute façon, elle ne s'intéresse pas vraiment à ce que je fais en dehors de la maison quand cela ne la concerne pas, donc pas de souci à avoir de ce côté là.
-Ouf! souffla le jeune homme. J'ai cru que j'allais me faire lyncher par ta future femme en furie! pouffa-t-il, avant de continuer plus sérieusement. Nan mais franchement, nous foutre à la porte parce que My a émis l'hypothèse que tu n'étais peut-être pas fidèle, c'était abusé!
-Tout à fait d'accord avec toi! D'ailleurs je lui ai bien fait savoir. Je ne sais pas si elle a compris, mais en tout cas…
-Attends, t'assoies pas là! s'exclama Mikaël, alors que Peter prenait ses aises sur la barrière en bois.
-Pourquoi? demanda-t-il en redescendant lentement par terre.
-Parce que le bois est vermoulu, regarde, expliqua-t-il en pointant la barre à des endroits précis. Ca risque de casser à tout moment.
-Il devrait mettre un panneau de danger devant, pour pas qu'on monte dessus, suggéra Peter.
-Pourquoi?
-Bah, parce que c'est dangereux. Et si quelqu'un monte dessus, il risque de se faire mal.
-Mais personne ne va monter dessus, Peter. Ca se voit qu'elle n'est pas en bon état la barre.
-Moi je l'ai pas vu, se défendit-il.
-Oui, mais toi t'es pas habitué aux clubs, et à tout ce qui touche au cheval. Nous on l'est, alors on sait ce qu'on doit faire, et ce qu'on doit pas faire.
-Et tu penses qu'ici tout le monde est familier de l'équitation et des concours, rétorqua Peter, qui s'étonnait de la nonchalance de son ami.
-Nan, mais ceux qui n'y sont pas habitués n'oseront jamais s'aventurer ici. Ils vont rester dans le coin vraiment dédié aux concours. Et là bas, tout est nickel, parce que sinon ça ferait tâche.
-Mmm, je suis pas convaincu…
-C'est pas grave. Il suffit que tu me croies, affirma Mikaël avec un aplomb doté d'une pointe d'arrogance, adoucie par son sourire franc.

Une fois de plus, Peter se surprit à penser que le sourire de Mikaël l'embellissait véritablement, et il y succomba, acceptant alors les évidences que venaient de lui asséner le jeune cavalier.

-Bon, très bien. Maintenant, qu'est-ce qu'on fait? Tu me fais faire un tour du propriétaire?
-Bien sûr! répondit joyeusement Mikaël. Et en prime, t'auras droit à plein d'explications sur le monde du cheval! Mais pour le petit bonus, il va falloir attendre encore un peu.
-Quel petit bonus? l'interrogea l'inspecteur, avant de presser le pas pour le rejoindre, alors que Mikaël s'était déjà éloigné d'une dizaine mètres en direction du manège.
-Bah, celui que tu as rajouté lors du dîner. Que je devais t'apprendre à monter à cheval. Pour tout te dire, je ne t'en veux pas d'avoir un peu modifié notre accord. Ca me fait même plaisir. Mais ici, j'ai aucun cheval pour débutants, et je vais pas demander au club de nous en prêter un. Et il est totalement hors de question que tu montes sur un de mes chevaux de concours! affirma-t-il en se retournant et en le pointant du doigt d'une manière accusatrice.

Peter acquiesça sans rechigner: l'idée de monter pour sa première fois un cheval qui valait plusieurs dizaines de milliers de dollars l'effrayait un peu, à vrai dire. Pourtant cela ne l'empêcha pas de remarquer la possessivité dont venait de faire preuve Mikaël à l'égard de ce qui lui tenait vraiment à cœur, et ses chevaux, comme il aimait à les appeler, même s'il n'était véritablement propriétaire que de Jéricho, en faisaient partie. Mais, cette possessivité légèrement agressive était largement compensée par une attention de tous les instants, comme il avait pu le constater au fil des conversations téléphoniques de la semaine passée. Alors après tout, la personne qui son ami chérirait plus que ses chevaux n'aurait pas à se plaindre, à son avis.
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