Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
23 octobre 2008 4 23 /10 /octobre /2008 18:23
Et voilà un nouvel article! Je sais, j'y ai mis le temps, mais son accouchement fut long et douloureux, surtout que là sur la fin, j'ai été malade. Donc il reste peut-être des fautes d'orthographe, et je m'en excuse par avance.
Sinon, à propos de cette suite-là, pas grand chose à dire à part que à mon avis, vous allez la trouver chiante, et que vous allez détester un de mes nouveaux persos. Mais il ne faut pas, hein! XD
Et parmi les nouveaux personnages, il y a une jeune fille qui s'appelle My Andersson. C'est d'origine suédoise, comme vous pouvez vous en douter, et ça se prononce Mu.
Voilà c'est tout! Bonne lecture! Et n'oubliez pas: un petit com, ça fait toujours plaisir!






     Un jeune couple était debout sur le trottoir et regardait un taxi jaune, typiquement new-yorkais, disparaître au loin. La jeune femme fut la première à bouger. Elle se dirigea vers une coquette maison de banlieue, avant d'être retenue par une voix angoissée.

-My! Attends s'il te plaît!
-Pourquoi? Ca fait cinq minutes qu'on est planté là comme des cons, répliqua-t-elle d'un ton calme.
-Je veux juste être sûr que tout se passera bien. Donc tu te rappelles? Tu n'es pas…
-Ta meilleure amie, le coupa My, mais ta petite amie. On sort ensemble depuis deux ans. Tu m'as fait ta déclaration après avoir gagné un concours et je t'ai fait poireauter pendant une semaine avant de te dire oui. Alors c'est bon? Tout est ok?
-Oui, c'est bon. Et n'oublie pas: on n'a aucun projet sérieux en ce moment: ni mariage, ni fiançailles.
-Je sais: on est un couple jeune qui profite de la vie, dit-elle, exaspérée. Mikaël, je peux te poser une question?
-Vas-y!
-Pourquoi tu m'as demandé de venir?

Mikaël savait que My allait poser cette question et s'y était préparé. Il répondit donc presque du tac au tac, naturellement. Par contre, pourquoi il avait cherché une réponse à cette question pendant des heures, et pourquoi il redoutait la réaction de son amie, ça il ne le savait pas.

-Parce qu'il m'a dit que je pouvais amener quelqu'un et que je n'ai pas de petite amie en ce moment.
-Je veux savoir la vraie raison.
-Mais c'est la vraie raison, affirma-t-il d'un ton peu convaincu et encore moins convaincant.
-Mikaël, soupira My.
-Bon d'accord. C'est parce que je veux qu'il me parle de l'enquête et que j'ai peur qu'il ne veuille pas si sa petite amie écoute. Alors je me suis dit que tu pouvais la distraire, pendant qu'on parlerait entre hommes, expliqua le cavalier posément, trouvant l'explication au fur et à mesure qu'il parlait.
-C'est gentil de voir comment tu me considères, dit-elle en souriant.
-Je te revaudrai ça My, jura Mikaël, accompagnant sa promesse d'un large sourire.
-C'est pas la peine. Mais dis-moi pourquoi tu es si nerveux.

Elle accrocha son regard et ne le quitta pas jusqu'à ce que Mikaël détourne les yeux: il détestait quand ce n'était pas lui qui contrôlait l'échange visuel. Après quelques secondes de réflexions embrouillées, il faillit répondre la première chose qui lui avait traversé l'esprit: "Je ne suis pas nerveux". Mais il se ravisa au dernier moment, puisque tout dans son attitude démentait cette pseudo-affirmation: il dansait d'un pied sur l'autre, humidifiait constamment ses lèvres de sa langue et ses doigts trituraient la bague qu'il portait à l'auriculaire droit. Il déclara alors d'une toute petite voix à peine audible, refusant lui-même d'admettre la réalité.

-Je ne sais pas.

My posa alors une main compatissante sur son épaule et lui embrassa le front de son bisou magique qui guérit tout, comme elle disait. Puis elle lui prit la main, entrelaçant ses doigts avec les siens et s'avança d'un pas ferme et résolu vers la porte d'entrée. Juste avant d'appuyer sur la sonnette, elle regarda Mikaël d'un air rassurant.

-Tu vas voir, tout va très bien se passer, affirma My.
-Mais…
-Pas de mais Mikaël! Fais-moi confiance, je te connais par cœur.
-D'accord, dit-il et prenant son courage à deux mains, ce fut lui qui appuya sur la sonnette.


     Quelques cris se firent entendre à l'intérieur de la maison et la porte finit par s'ouvrir sur un jeune homme d'une petite trentaine d'années, blonds aux yeux verts. Il portait une jolie chemise blanche Corto Maltese et un jeans délavé, le tout recouvert d'un tablier de cuisine beige passablement tâché.

-Ah c'est vous! s'exclama Peter. Entrez, entrez. J'ai pas tout à fait fini en cuisine et Sonia se prépare encore, mais installez-vous au salon. Je vous apporte des verres tout de suite.

Peter se poussa pour les laisser passer et referma la porte derrière eux. En les conduisant au living room, il remarqua que Mikaël se retenait difficilement de rire et que son amie lui lançait des regards sévères pour qu'il se calme.

-Qu'est-ce qui se passe Mikaël? demanda alors l'inspecteur, réellement curieux. T'as l'air mort de rire.
-Non… non… c'est rien, réussit-il à répondre entre deux éclats de rire, ayant finalement craqué.
-Mikaël, te fous pas de moi…
-Bon ok. Mais tu promets de ne pas te vexer.
-Juré! s'empressa de dire Peter, le sourire aux lèvres, ne soupçonnant pas un seul instant les raisons du fou rire du jeune homme.
-C'est juste que la maison, le jardin, la banlieue et tout… ça fait tellement… parfait… tellement pas toi…
-J'te remercie! s'exclama Peter, l'air boudeur.
-Hey! Tu me demandes pourquoi je ris, je te le dis! Et puis tout ça, ça fait tellement rêve américain que je trouve ça un peu… pathétique, acheva Mikaël, une moue légèrement dégoûtée sur le visage. Mais c'est pas contre toi que je dis ça, rajouta-t-il aussitôt, s'apercevant que ses paroles pouvaient être mal comprises.
-Toi, t'as une dent contre les Etats-Unis, devina Peter.
-Et pas qu'une, précisa My ironiquement.
-Mais bon on s'en fout, en plus je t'ai pas dit ce qui m'a fait le plus rire, affirma Mikaël, mal à l'aise et désireux de changer de conversation au plus vite.
-Ah ouais? Et c'est quoi?

L'air curieux et enfantin de Peter fit sourire intérieurement Mikaël, qui remercia le ciel, ou qui que ce soit qui veillait sur lui, que l'inspecteur n'ait pas remarqué son malaise. Ou du moins qu'il ait fait semblant de ne pas s'en apercevoir.

-Bah, c'est le contraste entre l'extérieur de la maison, très américaine, et l'intérieur… je parle pas du mobilier, signala-t-il en voyant Peter jeter des coups d'œil à la pièce. Mais de vous. C'est toi qui fais la cuisine, accueille les invités et tu dois faire plein d 'autres trucs aussi je suppose, tandis que Sonia "se la coule douce" si je puis dire. Et c'est tellement à l'opposé de l'image qu'on se fait de vous en voyant votre baraque que ça m'a fait marrer.

Sa tirade laissa place à un silence gêné: My ne sachant pas où se mettre, étant en terrain inconnu, et Mikaël croyant être allé trop loin. Mais un léger rire décrispa rapidement les deux invités.

-Eh ben dis donc, toi, t'as pas la langue dans ta poche! remarqua Peter, nullement vexé par les commentaires du cavalier. En plus, t'as plutôt bien analysé la situation. Mais je te parie tout ce que tu veux que toi aussi tu fais la cuisine, la vaisselle, le ménage, le repassage et j'en passe, termina-t-il sur un ton moqueur.
-Ouais mais moi je vis seul!
-C'est pas une raison! Quand j'ai pris un appart' tout seul, j'apportais mon linge à mes parents tous les weekends. Mais quand j'ai emménagé avec Sonia, j'ai plus pu parce qu'elle voulait que je sache le faire tout seul…
-Oh le soumis!

Mikaël se moquait ouvertement de Peter mais ce dernier ne lui en tenait pas rigueur. Il s'entendait plutôt bien avec le jeune cavalier et savait à quel point celui-ci était impulsif et franc, pour en avoir fait les frais une fois. De plus, il se promit intérieurement de saisir la moindre occasion pour lui rendre la pareille. Leur amitié naissante ressemblait ainsi bien plus à une entente entre deux adolescents encore un peu cons qu'à une relation entre deux adultes matures. Ce qui faisait qu'ils se charriaient à tout va et déliraient ensemble, à moins que quelqu'un ne se décide à les interrompe comme le fit My après quelques minutes.

-Dîtes, vous trouvez pas que ça sent le brûlé?

Les deux hommes reniflèrent quelques instants, les sourcils froncés, concentrés sur l'odeur. Puis Peter se précipita dans la cuisine en jurant tellement que Mikaël se fit la réflexion que l'inspecteur venait de dire autant de gros mots que lui en une semaine, et il en disait souvent. Un véritable fracas de four qu'on ouvre, poêles qu'on déplace et d'eau qui coule se fit entendre dans le salon où les deux meilleurs amis étaient restés. Puis un cri de soulagement retentit.

-C'est bon! Le repas est sauvé!

Ils éclatèrent alors de rire, rapidement suivis par Peter qui apparemment rangeait la cuisine. Ce fut le moment que choisit Sonia pour arriver. Elle avait mis beaucoup de soins à s'habiller, se maquiller et se coiffer, et comptait faire son petit effet lors de son entrée. Malheureusement pour elle, les deux jeunes gens ne la remarquèrent pas immédiatement et ne se tournèrent vers elle que lorsqu'elle prit la parole.

-Quelqu'un peut me dire ce qui se passe?

Son ton mi-énervé mi-intrigué ainsi que son apparition plutôt brusque prirent de cours les deux amis qui se regardèrent gênés, ne sachant pas quoi répondre. Les quelques secondes de silence qui passèrent alors parurent bien plus longues que d'habitude et ce ne fut qu'au retour de Peter dans le salon qu'elles reprirent une durée acceptable. Peter se dirigea directement vers sa petite amie, et après avoir déposé un léger baiser sur ses lèvres, il répondit chaleureusement à sa question.

-J'ai eu quelques problèmes en cuisine. Mais c'est réglé… Bon, je crois que ce serait bien que je te présente à nos invités, ajouta-t-il après un instant de réflexion.
-Oui, c'est une idée mon chéri, dit-elle en souriant.
-Très bien, alors je vous présente Sonia Northwood, ma petite amie. Et Sonia je…
-Fiancée, corrigea-t-elle d'un ton doux, le même sourire aux lèvres.
-On n'est pas encore fiancés Sonia. On a prévu de faire ça début novembre, soit dans environ six mois.
-Alors tu pourrais au moins dire "compagne", parce que "petite amie" ça fait vraiment gamin. Et puis on est ensemble depuis quand même six ans.
-Mais je suis un gamin, répliqua-t-il en rigolant avant de se reprendre en captant le regard énervé de la jeune femme. Ok c'est bon. Donc je vous présente ma compagne: Sonia Northwood.
-Enchantés, dirent My et Mikaël ensemble avant de lui serrer la main.
-Sonia reprit Peter, je te présente Mikaël Blowsworth et…
-My Andersson, ma collègue et surtout ma petite amie, continua immédiatement Mikaël, sans même laisser le temps à My d'ouvrir la bouche pour répondre.

Le stress du jeune cavalier était remonté en flèche dès le début des présentations. Une boule douloureuse s'était formé dans le bas de son ventre et l'empêchait de faire confiance à sa meilleure amie. Pourtant il savait que celle-ci ne la trahirait pas et que son attitude était plus que douteuse. Alors pour se rattraper, il décida de faire un peu d'humour et rajouta, le sourire aux lèvres.

-A moins que tu ne préfères que je te présente comme ma compagne?
-Non, "petite amie" me convient très bien. Après tout, on n'est ensemble que depuis deux ans, répondit My en rigolant.

La petite blague des deux amis eut pour effet de détendre l'atmosphère, sauf pour Sonia, qui se tendit légèrement. Elle avait l'impression qu'ils se moquaient d'elle et la prenaient pour une imbécile. Elle essaya tant bien que mal de prendre sur elle pour ne pas gâcher une soirée qui promettait d'être longue, vu comment les trois autres s'entendaient. Ils discutaient déjà abondamment entre eux et des sourires éclairaient leurs visages. Elle préféra donc s'éloigner quelques minutes, le temps de digérer la moquerie, et saisit le premier prétexte venu pour quitter le salon.

-Peter, tu n'es vraiment pas un hôte digne de ce nom, déclara-t-elle avec un rire forcé, interrompant ainsi leur joyeuse conversation. Tu n'as même pas servi à boire à nos invités.
-Ah oui, c'est vrai! Excusez-moi, s'empressa-t-il de dire. Alors…
-Laisse, je vais le faire, l'interrompit Sonia en déposant un baiser sur sa joue. Alors qu'est-ce que je vous sers?
-Un jus de pamplemousse s'il te plaît, répondit My, le plus gentiment possible.
-Une limonade si tu as, s'il te plaît.
-Et un verre de vin blanc pour moi ma chérie.
-Je récapitule: un jus de pamplemousse pour My, une limonade pour Mikaël et un verre de vin blanc pour Peter.

Après avoir eu la confirmation de tout le monde, elle s'éloigna en direction de la cuisine. Peter les invita alors à s'installer dans le canapé ou les fauteuils, ce qu'ils firent avec joie. Mikaël fit quelques commentaires de circonstance sur la jolie décoration de la pièce et sur le moelleux des fauteuils, comme on lui avait appris à le faire lorsqu'il se trouvait en société. A chaque fois, Peter répondait que c'était Sonia qui avait fait telle chose, choisi telle autre et décidé de l'agencement général. Il conclut en disant que la pièce ne lui correspondait pas vraiment, qu'il l'aurait faite dans un style plus moderne, mais que tant que Sonia y prenait du plaisir, cela lui convenait. My saisit alors cette occasion pour s'enquérir de quelque chose qui la taraudait depuis quelques minutes.

-Peter, tu ne crois pas que Sonia a été vexée par la petite blague qu'on a faite tout à l'heure?
-Sur la compagne et la petite amie tu veux dire? demanda-t-il en regardant My qui hocha la tête. Non pas du tout. Ne t'inquiète pas pour ça. Sa famille est très puritaine, un peu comme la mienne. Sauf que moi j'ai réussi à me détacher de ce caractère là et pas elle. Si ça ne tenait qu'à elle et à nos familles, on serait fiancés depuis quatre ou cinq ans, et mariés depuis au moins trois ans. Heureusement, j'ai pesé dans la balance et j'ai convaincu Sonia d'attendre un peu, et nos familles ont suivi, pas super contentes mais elles ont suivi.
-Mais… tenta My avant d'être interrompue.
-Te bile pas pour ça, je t'assure. Elle se fait souvent charrier là-dessus.

La jeune femme acquiesça, toujours sceptique, et un silence gênant s'installa. Il fut rapidement brisé par Mikaël, qui ne s'était apparemment pas rendu compte du léger malaise ambiant.

-Peter, pour l'enquête…
-Chut! l'interrompit aussitôt l'inspecteur, lui lançant un regard noir, puis un autre, plus doux, en direction de My.
-T'inquiète! Elle est au courant, reprit le cavalier, nullement perturbé.

Cette déclaration fit sursauter Peter. Celui-ci se reprit rapidement et en profita pour lui lancer un regard encore plus noir que le précédent, souhaitant lui faire comprendre l'ampleur de sa colère. Il prit ensuite la parole, son ton reflétant parfaitement son irritation.

-Mais pourquoi? Si jamais mon chef…
-Parce que My est ma meill… petite amie, expliqua-t-il, se reprenant juste à temps: l'énervement qu'il commençait à éprouver lui avait fait oublier sa situation.
-C'est pas une raison! tempêta Peter sans pour autant hausser le ton. Sonia est ma petite amie et elle n'est pas au courant! T’es vraiment irresponsable!
-C’est pas parce que toi tu ne fais pas confiance à ta compagne que moi je dois faire de même, déclara-t-il d’un ton qui cachait mal sa colère, notamment lorsqu’il cracha le mot "compagne".
-Comment oses-tu me…
-Hep! Les garçons! On se calme! s'interposa My, en ayant assez de cette dispute de gamins. Je comprends que tu sois énervé Peter, mais sache que je ne dirai rien à personne. Si Mikaël m'a fait part de la réelle motivation de ce dîner, c'est parce qu'on a l'habitude de tout se dire. Et Mikaël, arrête de sourire bêtement, t'aurais pu le prévenir que j'étais au courant.

My reprit son souffle quelques instants et les deux hommes en profitèrent pour hocher la tête, montrant ainsi qu'ils étaient d'accord avec ce que venait de dire la jeune femme.

-Bien, maintenant il ne reste plus qu'à déterminer quand vous en parlerez, vu que Sonia ne va pas tarder à revenir avec les boissons.
-Au moment du café, déclara Peter sans une once d'hésitation. Je fume toujours une clope dans le jardin à ce moment-là, et Mikaël, t'auras qu'à m'accompagner.

Le cavalier eut tout juste le temps de donner son accord que Sonia arriva avec quatre verres. Elle s'excusa d'avoir mis autant de temps, disant qu'une amie l'avait appelée. Alors qu'elle disposait les verres devant chacun d'entre eux, elle fit remarquer au pseudo couple qu'ils allaient bien ensemble, vu qu'aucun des deux ne prenait d'alcool. Mikaël et My se regardèrent un instant, mi-étonnés, mi-amusés, avant que le jeune homme ne déclare.

-Jamais en service!
-En service? Vous êtes dans la police comme Peter?

A cette question posée en toute naïveté, ils se retinrent difficilement de rire et My expliqua à Sonia la raison de leur abstinence.

-Non, non. On est juste des sportifs de haut niveau, et en tant que tels, on n'a pas le droit de boire de l'alcool. Ou alors seulement de temps en temps, avec l'accord du coach, n'est-ce pas Mikaël?

Elle lança alors un regard appuyé au jeune homme, un sourire ironique étirant ses lèvres.

-Oh c'est bon, tu vas pas recommencer, ronchonna-t-il en rougissant et en détournant le regard.
-Oh que si! insista My, toujours souriante.
-Qu'est-ce qui s'est passé? continua Peter.
-Rien du tout! s'exclama immédiatement Mikaël.

Il fusilla alors du regard sa meilleure amie qui avait osé mettre ce sujet particulier sur la table, et il lui fit comprendre qu'elle en subirait les conséquences dès le lendemain. Mais My ne tint pas compte de ses menaces et commença son récit, veillant cependant à se tenir hors-de-portée d'éventuels coups de pied ou de coude de Mikaël.

-C'était il y a cinq ans, tu avais tout juste 20 ans je crois. Tu sortais avec une fille un peu plus âgée que toi, qui faisait des études de droit, des études "sérieuses" comme on dit. Ses parents étaient pas spécialement contents de votre relation, surtout qu'à l'époque t'étais pas encore connu comme aujourd'hui. Mais bon, vous vous aimiez, donc vous vous en foutiez. Du moins, c'est que toi, tu croyais, jusqu'au jour où elle t'a plaqué. Pas de la manière la plus agréable qu'il soit, je le reconnais.
-"Pas de la manière la plus agréable qu'il soit"? reprit Mikaël, une pointe d'amertume dans la voix. Tu parles! Elle m'a carrément jeté! Elle a été horrible! Dire que ses parents avaient raison, que j'étais un minable, que j'arriverai à rien dans la vie et qu'elle ne savait même plus pourquoi elle avait accepté de sortir avec moi, c'était dégueulasse. Surtout que c'est elle qui voulait sortir avec moi! Elle a été tout sauf agréable quand elle m'a largué!
-Si tu le dis… Le fait est que le soir même, t'es allé dans un bar, t'as bu et tu t'es mis minable comme jamais auparavant. Et le lendemain, t'as pas assuré au concours, et tu t'es pris une engueulade monumentale de la part de ton coach, conclut My, conservant toujours ce ton légèrement amusé.
-Heureusement qu'il savait pas pourquoi j'étais dans cet état! rajouta le concerné, un faible sourire relevant maintenant le coin de ses lèvres.
-Ouaip, mais William savait lui.
-C'est bon, pas la peine d'en rajouter: je connais la fin.
-C'est-à-dire? demanda Peter, voulant connaître le fin mot de l'histoire alors que My et Mikaël s'apprêtaient à clore le sujet.
-Il a fait jurer à Mikaël que ce genre de choses ne se reproduirait pas, expliqua My, comme s'il s'agissait de la chose la plus naturelle au monde.
-Ca, ça ne risque pas!
-C'est vrai que t'es célibataire depuis ce temps-là, constata My.

Peter allait faire une remarque car il commençait à se douter de la véritable relation qui unissait My et Mikaël, mais il n'en eut pas le temps: Sonia avait reposé son verre bruyamment et émis un petit bruit bizarre. Elle ouvrit la bouche pour parler, bégaya quelques instants, son regard passant de Mikaël à My, et de My à Mikaël, puis elle débita tout à trac.

-Vousêtesdessportifsdehautniveau? Maispourquoitumel'aspasditPeter? J'auraisfaituntruc! Etpuisvousfaîtesquoicommesport?

Sa déclaration fut suivie d'un silence impressionnant durant lequel elle retrouvait peu à peu une respiration normale, tandis que les autres cherchaient à savoir ce qu'elle avait dit. My et Mikaël ne cessaient de se lancer des regards surpris et interrogeaient Peter du regard. Celui-ci se contentait de hausser les épaules et d'attendre que sa compagne reprenne son souffle. Il avait déjà entendu Sonia parler à cette vitesse mais avait toujours du mal à comprendre ce qu'elle disait. Il réussit seulement à saisir qu'elle n'avait pas suivi la dernière partie de la conversation.

-Tu peux répéter plus lentement s'il te plaît ma chérie? demanda-t-il avec douceur lorsqu'elle eut repris un souffle régulier.
-Pourquoi tu ne m'as pas dit qu'ils étaient des sportifs de haut niveau, Peter? J'aurais fait quelque chose de spécial, et puis le repas que t'as préparé est peut-être trop calorique pour eux, dit-elle en contrôlant le débit de sa voix.
-Ne t'en fais pas pour ça, la rassura My. On a le droit de faire un petit écart de temps en temps, ça va pas nous tuer.
-Ah d'accord, d'ailleurs vous faîtes quoi comme sport?
-De l'équitation: dressage, CSO, cross, hunter, etc, répondit Mikaël avec une voix qui laissait transparaître toute sa passion.
-C'est un sport ça? ne put se retenir de demander Sonia.

Un éclair de colère illumina le regard des deux cavaliers et Mikaël allait lancer une réplique cinglante lorsque Peter intervint, quand même agacé par le manque de tact de sa compagne.

-Oui, c'est un sport ma chérie. D'ailleurs Mikaël a promis de m'apprendre quelques trucs, et j'espère bientôt pouvoir monter à cheval.

Mikaël remarqua le léger changement qu'avait apporté Peter à leur accord: il n'avait jamais été question de lui apprendre à monter à cheval. Cependant, le sourire malicieux et le regard lumineux qu'il affichait le firent hésiter à dénier ses dernières paroles; et cette hésitation le perdit: Sonia avait déjà repris la parole.

-Franchement, je vois toujours pas pourquoi c'est un sport. Pour moi, c'est le cheval qui fait tout le boulot, et c'est le cavalier qui ramasse tous les honneurs alors qu'il ne fout rien dessus. A part peut-être se pavaner et torturer sa monture avec des coups de cravache.

Un silence tendu suivit cette réplique. Les deux cavaliers, estomaqués par ce qu'il venait d'entendre, s'agrippaient mutuellement à la main de l'autre pour se retenir d'exploser. Peter passait et repassait ses mains devant son visage et dans ses cheveux, atterré par la naïveté, l'inconscience et surtout le manque de courtoisie de sa compagne, elle qui d'habitude était si respectueuse des règles de bienséance. Sonia, quant à elle, sirotait tranquillement son verre de Martini, totalement ignorante de ce qu'elle venait de provoquer. Ce fut finalement My qui décida de mettre fin à cette ambiance dérangeante. Tout en serrant fortement la main de Mikaël, lui interdisant ainsi d'intervenir, elle déclara.

-Dans ce cas Sonia, on va t'expliquer pourquoi l'équitation est un sport.
Repost 0
28 septembre 2008 7 28 /09 /septembre /2008 13:48

Désolée, ce n'est pas une suite de "Crampons et autres fantaisies hippiques" mais j'ai eu une semaine avec le moral proche du zéro. Donc j'ai pas pu écrire une ligne.
Pour me faire pardonner de ne pas avoir écrit de suite, j'ai décidé de poster un OS qui me tient particulièrement à coeur. Pour moi, il fait partie des meilleures choses que j'ai jamais écrites.
Pour la petite histoire, je lisais "Paris brûle-t-il?" (un livre que je conseille à tous ceux qui aiment la période de la Seconde Guerre Mondiale) et l'une des scènes décrites dans le bouquin m'a beaucoup marquée.Je dirais même qu'elle m'a hantée pendant plusieurs mois. Donc j'ai fini par écrire cet OS, en intégrant un passage du livre dedans.
Je dédicace cet OS à tous les libérateurs de Paris, quelles que soient leurs nationalités, et surtout à cette jeune fille.






     Claire était heureuse. Heureuse et inquiète. Depuis samedi, un vent de révolte soufflait sur la capitale : l'insurrection qui avait débutée à la préfecture de Police avait rapidement gagné tout Paris et ses banlieues. Les Parisiens se battaient enfin contre l'occupant allemand. Mais la peur tenaillait le ventre de la jeune femme : son fiancé se battait rue Lafayette sur l'une des nombreuses barricades qui s'étaient élevées une nouvelle fois dans les rues séculaires de Paris, et elle savait que les armes et les munitions manquaient. Lui aussi le savait, tout comme ses compagnons de combat, mais ils étaient décidés à lutter jusqu'au bout, à ne pas se rendre, une deuxième fois, à l'occupant : ils se refusaient à subir de nouveau la honte de 1940. Cette fois-ci, ils vivraient libres ou mourraient.


     En désespoir de cause, le jeune homme avait demandé à sa fiancée, qui s'occupait du ravitaillement de la barricade, de trouver de quoi faire une bouteille incendiaire : il voulait essayer de déclencher un incendie autour des tanks allemands qui les assiégeaient. Alors que la jeune fille allait s'élancer à travers les rues de Paris pour une mission qu'elle savait quasiment impossible, il la retint par le bras et l'entraîna un peu à l'écart. Il enleva son brassard FFI aux couleurs françaises et le lui tendit.

"Une balle a dû t'arracher le tien alors prends le mien. Comme ça, en plus, tu penseras à moi."

Quand elle l'eut mis, il la serra fortement dans ses bras et lui murmura quelques mots à l'oreille.

"J'aime bien le rouge de ta jupe, alors s'il-te-plaît, ne l'abîme pas avec du sang."

Puis il l'embrassa et se retourna, rejoignant d'un pas calme la barricade. Elle le regarda s'éloigner, puis elle-même partit dans la direction opposée.


     Après avoir visité plusieurs pharmacies qui s'étaient révélées vides, Claire trouva son bonheur dans un laboratoire souterrain abandonné. Celui-ci, la porte béante, avait déjà été pillé mais dans un coin de la pièce, il restait de quoi confectionner une bouteille de ce qu'on appellerait plus tard un cocktail molotov. Emportant avec elle sa précieuse bouteille, elle sortit rapidement du laboratoire. Cependant, malgré son désir, elle ne se mit pas à courir. Les rues étaient jonchées de débris et les pavés enlevés formaient de nombreux trous : elle avait peur de tomber et de lâcher la bouteille, qui aurait alors explosé au sol, devenant totalement inutile. Alors qu'elle marchait le plus vite possible sur le quai de Gesvres, elle déboucha sur la place de l'Hôtel de Ville. Ce qu'elle vit l'effraya et elle recula précipitamment, serrant contre elle la bouteille qui avait contenu pendant un temps du bon champagne. Du coin de l'immeuble où elle s'était cachée, elle observait la terrible scène qui se déroulait sous ses yeux : plusieurs tanks allemands venaient d'arriver sur la place et assiégeaient l'Hôtel de Ville, dont les résistants s'étaient emparés le plus tôt possible lors de l'insurrection. Elle se doutait que les Panthers allaient donner l'assaut d'une minute à l'autre, et que les insurgés seraient massacrés. Elle sut alors ce qu'elle devait faire, même si son instinct lui criait le contraire.


     Tout en regardant le ciel, elle remercia le jeune chimiste dont elle ignorait le nom mais qui avait permis aux Parisiens de se doter de cette terrible bouteille incendiaire.* Puis elle déposa celle-ci délicatement sur le sol. Elle retira son brassard, l'embrassa et ferma les yeux en se laissant envahir par l'odeur de l'homme qu'elle aimait qui était imprégnée dans le morceau de tissu. Quelques secondes plus tard, elle rouvrit les yeux et son image s'imposa à elle : il était là, debout devant elle, sur le quai. Il lui souriait. Elle lui murmura quelques mots.

"Pardonne-moi : je ne t'apporterai pas ce que tu m'avais demandé de trouver. Mais je sais que tu me comprends et que tu m'approuves. … Enfin non, je sais plutôt que tu ne m'approuves pas parce que tu veux que je vive, mais au fond de toi, tu sais que tu aurais fait la même chose. Pardonne-moi pour tout que je n'ai pas fait. De toute façon, la vie aurait été trop courte pour tous nos projets. Au moins, on aura réalisé le plus important de ces projets : celui de s'aimer et d'être heureux."

Claire marqua une pause : des larmes coulaient le long de sa joue et elle avait de la peine à parler. Enfin, au bout de quelques secondes qui lui parurent une éternité, elle exprima ses dernières volontés à l'illusion qui s'était rapprochée de quelques pas.

"Ne m'oublie pas mais ne vis pas avec mon souvenir."

Elle essuya alors ses larmes, puis ses mains glissantes de transpiration sur sa jupe. "Ca serait bête de lâcher la bouteille avant d'avoir atteint un tank" pensa-t-elle avec une pointe d'humour. Alors qu'elle s'apprêtait à parcourir les derniers mètres qui la séparaient des tanks allemands et de sa propre mort, elle se retourna et lança d'un ton qui se voulait joyeux.

"Quand tu retrouveras mon corps, jure-moi de me dire si les insurgés de l'Hôtel de Ville ont survécu. Tu me le jures, n'est-ce pas ?"

En guise de réponse, elle sentit un souffle chaud lui effleurer les lèvres. Satisfaite, elle se mit à courir vers le tank le plus proche.



     « Tandis qu’il expliquait le maniement d’une mitrailleuse à un groupe d’adolescents, André Tollet vit quatre tanks apparaître sur la place de l’Hôtel de Ville. D’une fenêtre, Tollet lui-même se mit à tirer. A cet instant, une jeune fille armée d’une bouteille surgit du quai de Gesvres. Tollet la regarda courir, sa jupe rouge gonflée comme une corolle, vers un "Panther" embusqué au coin du quai. Stupéfait, il la vit atteindre le char, escalader les chenilles, lever le bras, et jeter sa bouteille dans la tourelle ouverte. Tandis qu'elle sautait à terre, il vit un geyser de flammes jaillir du char. Bientôt, "comme un coquelicot coupé d'un coup de cravache", la jeune fille s'écroula et sa jupe fit une tache rouge sur l'asphalte. Mais les chars se retirèrent. » **


     Rue Lafayette, le jeune homme qui combattait farouchement sur sa barricade eut l'impression de recevoir une balle en plein cœur, la même que lorsque ses parents et son grand frère avaient été fusillés pour acte de résistance. Assommé, il se réfugia à l'abri d'un porte cochère. Pendant une minute, il ne tira pas : il semblait complètement détaché du furieux combat qui se tenait quelques mètres plus loin. Puis il revint dans la bataille, plus déterminé que jamais. Il ordonna l'exécution du plan qu'il avait imaginé en dernier recours. Après plusieurs heures de combats acharnés et de nombreux morts, il ne restait des Allemands que des morts et des tanks calcinés criblés de balles.


     Le soir même, vagabondant dans les rues de Paris, l'esprit ailleurs après cette éprouvante journée, il se retrouva devant l'Hôtel de Ville. Il reconnut immédiatement la jupe rouge, même si, contrairement à ce qu'il avait espéré le matin même, elle était tâchée de sang. Il se précipita vers le corps de la jeune fille. Enjambant les nombreux autres corps allongés sur la place, il arriva rapidement à sa hauteur. S'agenouillant à côté d'elle, il lui prit la main et la porta à son visage, qui se mouilla de larmes.

"Vous la connaissiez ?"

La voix de l'homme le fit sursauter. Il le dévisagea pendant de longues secondes: couvert de sang et de poussière, il semblait tout aussi fatigué de lui.

"C'était ma fiancée."
"Je suis désolé. Je me suis occupé de la nettoyer."

Le visage était effectivement propre, contrastant étrangement avec ses vêtements.

"Merci. Excusez-moi : je vais peut-être vous paraître grossier mais qui êtes-vous ? Pourquoi avez-vous fait cela pour elle ?"

Tendant la main au-dessus du corps froid depuis plusieurs heures déjà, geste quelque peu incongru dans ce décor macabre, il se présenta.

"Je m'appelle André Tollet. Je suis l'un des résistants de l'Hôtel de Ville. En fin de matinée, quatre Panthers ont surgi et se sont postés devant le bâtiment. J'ai immédiatement commencé à tirer mais c'est à ce moment là qu'elle est apparue. Elle a escaladé un char et calmement elle a lâché une bouteille incendiaire dans sa tourelle. Elle est descendue assez vite pour éviter de brûler avec mais elle n'a pas pu éviter les balles allemandes."

Tous deux restèrent silencieux pendant plusieurs minutes. Soudain, le jeune homme releva la tête et demanda.

"Vous vous en êtes tous sortis ? Vivants je veux dire ?"

Pris au dépourvu, l'autre bredouilla.

"Oui…euh non non…enfin ça dépend du point de vue. Grâce à elle, les chars se sont retirés sans tirer un seul coup, ce qui nous a tous sauvés. Mais d'autres gars sont morts dans l'après-midi lorsqu'on a essuyé d'autres attaques."

Le jeune homme hocha la tête et se pencha vers celle de la jeune fille. Il lui murmura pour la deuxième fois de la journée quelques mots à l'oreille.

"Ils ont survécu. Tu les a sauvés."

Puis il l'embrassa. Enfin il se leva et partit, laissant sa fiancée seule avec l'un des hommes qu'elle avait voulu sauver, au lieu de rester en vie avec lui. Après quelques pas, il se retourna et lança à André Tollet.

"Comment fait-on pour qu'un corps ne soit pas mis dans la fosse commune ?"



* Il s'agit de Frédéric Joliot-Curie, le gendre de Pierre et Marie Curie.
** Paris brûle-t-il ?, La bataille, chapitre 20, de Dominique Lapierre et Larry Collins

Repost 0
Published by Skorpan - dans One-shot
commenter cet article
16 septembre 2008 2 16 /09 /septembre /2008 02:02
Chose promise, chose due! Voilà la suite de Crampons et autres fantaisies hippiques!
Je ne suis pas très fière de ce que j'ai écrit. J'ai l'impression d'avoir bâclé le travail, et de ne pas avoir bien montré l'évolution de leurs sentiments respectifs. Mais d'un autre côté, je sentais que je ne pouvais pas faire plus. Que si je ne le postais pas aujourd'hui, je le posterai jamais parce que je serai jamais satisfaite de cette suite. Et puis il fallait bien que je passe par cette suite pour faire évoluer mon histoire. D'ailleurs, cette suite est plus courte et pas forcément très intéressante, parce qu'il y a pas mal de trucs sur le cheval, qui vous intéresse pas forcément. Et si vous comprenez pas un truc, dîtes le. Et n'hésitez pas à critiquer.
Voilà, sur ce bablatage pas très intéressant, bonne lecture! :D





     Au centre de Manhattan, un jeune homme était appuyé nonchalamment contre le mur d'un gratte-ciel. Il semblait attendre quelque chose, ou quelqu'un. Son regard allait de droite à gauche, se posant de temps à autre sur une jolie jeune femme qui passait non loin de lui. En général celle-ci se retournait et le détaillait à son tour. Elle découvrait alors une personne pas très grande, mais plutôt mignonne, d'environ 25 ans, et qui lui souriait d'un air assuré et de plus en plus provocant. Lorsque l'une d'elles, attirée par ce sourire, s'approchait, il détournait le regard et s'intéressait à totalement autre chose, comme si elle n'existait plus. Et à chaque fois, elle repartait vexée, ce qui amusait beaucoup le jeune homme. Il aimait les voir tomber dans le panneau et trouvait que c'était une occupation plutôt agréable pour faire passer le temps. Et puis qui sait? Peut-être qu'il rencontrerait quelqu'un pour qui il aurait le coup de foudre?


     Lorsqu'une grande rousse aux allures de mannequin repartit furieuse, il se décida à regarder sa montre. En s'apercevant qu'il était midi moins dix, il se mit à fouiller activement dans sa besace avant d'en ressortir un bout de papier complètement froissé. Il prit ensuite son portable et tapa le numéro de téléphone inscrit sur ce qui semblait être une carte de visite. Puis il le colla à son oreille et attendit que l'on décroche.

-Inspecteur Peter MacLean à l'appareil, bonjour.
-Bonjour, c'est Mikaël Blowsworth, le…
-Ah oui je me souviens: le génie du monde hippique. C'est ça?
-Euh… si vous voulez.
-Alors qu'est-ce que je peux faire pour vous?
-Vous aviez dit que vous m'offririez un café, et que vous me tiendrez au courant de l'évolution de l'enquête, rappela Mikaël, priant pour que son interlocuteur n'ait pas oublié.
-…
-Euh… allô? Vous êtes toujours là?
-Oui, oui… c'est juste que mes supérieurs m'ont recommandé la plus grande discrétion concernant cette affaire. Alors je ne pense pas que ce soit très judicieux de vous faire part de nos informations.
-Je vois… vous promettez une chose tout en sachant que cela ne sera pas possible. C'est habituel chez tous les inspecteurs ou c'est juste vous? répondit Mikaël méchamment.
-Ne le prenez pas comme ça s'il vous plaît, le calma Peter. Je peux toujours vous offrir le café et puis peut-être répondre à quelques-unes de vos questions. Vous êtes où là?
-Devant votre commissariat.
-D'accord, vous pouvez attendre quelques minutes que je finisse mon service?
-Oui, bien sûr.
-Très bien, alors je transforme le café en déjeuner, répondit joyeusement l'inspecteur avant de raccrocher.

Mikaël raccrocha à son tour et regarda son téléphone portable étonné. Venait-il de se faire inviter par Peter MacLean? Réellement? Ou était-ce juste histoire de dire qu'ils déjeunaient ensemble? Parce qu'en y réfléchissant bien, Mikaël n'était pas sûr d'avoir emporté assez d'argent pour déjeuner dans le coin. Peut-être qu'en raclant le fond de ses poches et en faisant les yeux doux à la serveuse… Il sortit de ses réflexions lorsqu'il sentit quelqu'un se placer devant lui et l'empêcher de profiter du soleil. En relevant la tête, il découvrit un inspecteur tout sourire qui lui disait qu'il connaissait un très bon petit resto pas très loin, et qui n'était pas trop cher. Mikaël hocha la tête pour lui dire qu'il était d'accord et le suivit sans un mot. Au bout d'un petit quart d'heure de marche, ils arrivèrent devant un restaurant dont la façade vieillotte et effritée n'inspirait pas confiance. Peter affirma qu'il ne fallait pas s'y fier et entra pour s'installer à une table dans le fond de la salle. Mikaël le suivit toujours en silence et s'assit en face de lui.

-Eh ben dis donc, on ne peut pas dire que vous soyez particulièrement bavard aujourd'hui, commença Peter. Vous n'avez pas décroché un mot depuis tout à l'heure.
-…
-Vous étiez vraiment plus loquace l'autre fois, continua-t-il, voyant que Mikaël n'était pas décidé à prendre la parole. Enfin d'un autre côté, ça m'arrange bien que vous ne vouliez pas parler. Ca m'évitera de devoir répondre à vos questions puisque vous ne les poserez pas. Au fait, ça vous va le plat du jour?

Mikaël jeta un rapide coup d'œil au tableau noir où était inscrit le menu du jour puis revint poser son regard sur l'inspecteur.

-Oui, ça me va, annonça Mikaël comme si cela n'avait pas la moindre importance.
-Très bien! s'exclama-t-il, avant de continuer plus fort à l'adresse d'un serveur. Samuel! Tu nous prépares deux plats du jour s'il te plaît?

Quand le serveur lui eut dit que c'était ok, Peter fixa Mikaël pendant de longues minutes et ce dernier finit par se sentir mal à l'aise devant l'insistance silencieuse de son aîné.

-Qu'est-ce que vous me voulez? finit-il par demander, la voix tremblant légèrement, tellement l'inspecteur l'impressionnait.

Peter semblait beaucoup plus sûr que la dernière fois et Mikaël, quant à lui, l'était beaucoup moins. Il était venu pour une raison précise et pourtant, il n'arrivait pas à aller droit au but, comme il avait l'habitude de le faire. Il avait pourtant réussi la première fois qu'ils s'étaient vus, alors pourquoi, dans ce petit restaurant miteux, il n'y arrivait pas?

-Moi rien. C'est vous qui m'avez appelé je vous signale. D'ailleurs j'ai vraiment été étonné en recevant votre coup de fil tout à l'heure.
-Pourquoi? Vous m'aviez laissé votre carte de visite et cette invitation alléchante à suivre l'enquête…
-C'est vrai, mais c'était il y a plus d'un mois et demi, fit remarquer Peter.
-Et alors? demanda Mikaël, ne voyant pas où le policier voulait l'emmener, puisque les raisons de son silence étaient pour lui tout à fait claires.
-Et alors vous avez fait quoi pendant ce mois et demi?
-Ca vous intéresse? répliqua le cavalier assez méchamment, peu habitué à ce qu'on l'interroge sur ses activités.
-Oui ça m'intéresse, admit-il sans honte. Tiens tant que j'y pense, on pourrait peut-être se tutoyer, on a seulement quatre ans de différence.
-Tu sais quel âge j'ai? s'étonna le plus jeune.
-J'enquête sur toi mon petit! expliqua Peter avec un sourire légèrement moqueur.
-Je suis pas ton petit! se défendit Mikaël en rougissant de honte et de rage retenue.
-Si tu veux, mais dans ce cas-là tu me dis ce que tu as fait pendant ce mois et demi.
-D'accord, puisque tu sembles y tenir. Et puis comme ça tu me foutras peut-être la paix avec tes questions. Alors pour faire simple, je suis parti en Europe.
-Vacances? questionna Peter, reprenant involontairement le ton qu'il utilisait lors des interrogatoires.
-Non, boulot. Et c'est pas la peine d'être aussi froid, lui reprocha Mikaël, on est en train d'essayer de sympathiser un minimum là je te signale, pour que le déjeuner ne soit pas d'un ennui mortel. Et qu'on fasse style que ce n'est pas uniquement pour l'enquête qu'on se voit, vu que tu dois pas en parler normalement.
-Désolé, c'est une sale habitude du boulot. Alors tu disais que t'étais parti pour bosser? T'as fais quoi là-bas? Et c'était où exactement? Parce que l'Europe c'est grand…
-Je suis allé en Allemagne: ils sont vraiment très forts pour tout ce qui concerne l'équitation. J'avais besoin qu'on me remette les pendules à l'heure, d'être plus encadré et de progresser, autant mentalement qu'à cheval. Et l'Allemagne était parfaite pour ça… parce que c'est pas ici que j'aurais pu progresser autant, conclut-il.
-Pourquoi?
-Ben ça me paraît assez évident. Aux Etats-Unis, c'est surtout la monte Western qui est mise en avant. La monte à l'occidentale ne représente qu'une toute petite partie de l'équitation américaine. Alors qu'en Europe, elle a déjà toutes ses lettres de noblesses, et il y a beaucoup plus de professionnels compétents.
-Logique… pourquoi n'y ai-je pas pensé? se demanda-t-il dans un murmure, que Mikaël réussit à saisir.
-Parce que tu n'es pas particulièrement brillant, sans vouloir te vexer, le taquina le cavalier.
-C'est ça! Moque-toi! répliqua Peter, d'un ton faussement outré, même s'il était piqué à vif. Mais au fait, j'y pense! On parle souvent de couple en équitation, alors pourquoi t'es parti tout seul en Allemagne.
-J'ai jamais dit que j'étais parti seul. Jéricho m'a accompagné! expliqua-t-il avec un grand sourire. On a tous les deux ingurgité notre dose de calmants et on est monté dans l'avion direction Berlin!
-T'as peur de l'avion? demanda l'inspecteur, amusé de voir que l'apparente assurance du jeune homme cachait en réalité beaucoup de petites frayeurs.
-Oui et alors? J'aime pas ne pas avoir les deux pieds sur terre!
-Et tu n'aimes pas non plus la vue du sang, ni des aiguilles. Et…
-Eh c'est bon! Tu vas pas non plus me faire un inventaire à la Prévert? s'énerva Mikaël, qui n'aimait qu'on lui rappelle des mauvais souvenirs.
-Ok, ok, on se calme. Alors ce voyage en Allemagne, ça s'est passé comment? dit-il pour changer de sujet et ne pas attiser la colère du cavalier: il s'y était frotté une fois, et l'on ne l'y reprendrait plus!
-C'était génial! s'exclama le cavalier, les yeux soudain pétillants et pleins d'étoiles. J'ai pu monter plein de chevaux différents et apprendre à m'adapter à des types totalement différents! C'était vraiment sympa ça! J'ai aussi appris à gérer mes émotions et à ne pas les laisser influencer mon cheval. Et puis j'ai travaillé le barrage.
-Le barrage?
-Tu sais pas ce que c'est? Pour un inspecteur qui enquête dans le milieu hippique, tu n'as pas l'air très au courant, railla Mikaël. Mais si tu veux, je peux t'apprendre quelques trucs.

Il s'étonna lui-même de faire cette proposition à cet inspecteur qu'il n'aimait guère. Mais c'était plus fort que lui: dès qu'il parlait cheval, il s'emportait et se laissait transporter par sa passion. Il adorait ce sport et l'animal, et il voulait faire partager ses sentiments à toutes les personnes qu'il connaissait. Certaines d'entre elles s'étaient montrées très fermées, alors dès que quelqu'un montrait un tant soit peu d'intérêt pour le cheval, il sautait sur l'occasion. C'était presque devenu un réflexe et il avait proposé à Peter de partager ses connaissances sans même s'en rendre compte. Et maintenant, il attendait sa réponse avec impatience et anxiété, tout en essayant de se persuader que si son cœur battait à cent à l'heure, c'était uniquement parce que l'équitation lui tenait à cœur, et non parce qu'il commençait à s'attacher à cette personne détestable.

-Oui, je veux bien, ça m'aiderait beaucoup je crois.

Cette fois-ci, Peter remercia sa déformation professionnelle de lui avoir fait garder son calme extérieur et de n'avoir rien laissé paraître de sa surprise. Décidément, il avait de plus en plus de mal à cerner le jeune homme qui pouvait apparemment passer par toutes les humeurs possibles en à peine quelques minutes.

-Très bien! Alors autant commencer tout de suite! s'exclama-t-il, le ton plus joyeux que jamais. Je t'avoue que j'avais un peu peur que tu refuses. Je me suis vraiment comporté comme un rustre l'autre fois, et je suis désolé. Mais bon, c'est aussi un peu de ta faute: tu n'avais pas choisi le meilleur moment pour me faire tes excuses. Bref, de quoi on parlait? Ah oui, du barrage! répondit-il lui-même à sa question, sans laisser le temps à Peter d'en placer une. Alors d'abord, il n'y a barrage que s'il y a égalité entre les premiers concurrents. Par exemple, il y a eu deux sans-faute et cinq 4 points… Vous savez quand même que dès qu'on fait tomber une barre, on a 4 points et que le but c'est de faire 0 point? demanda soudain Mikaël, prêt à s'arracher les cheveux si l'inspecteur répondait non.
-Oui, ça quand même je le sais, dit-il, légèrement vexé. J'ai assisté à une ou deux compétitions dans le cadre de l'enquête et ça a été assez facile de comprendre comment ça marchait.
-Tant mieux! reprit le cavalier, soulagé. Donc imaginons: deux sans-faute et cinq 4 points. Puisque lors du premier parcours, le chrono ne compte que si on dépasse le temps limite imposé, on doit départager les cavaliers par un autre parcours pour savoir qui sera 1er, 2ème et 3ème. Et ce parcours s'appelle un barrage. Dans mon exemple, les deux sans-faute vont se battre pour la 1ère place, et les cinq 4 points pour la 3ème place, compris?
-Heu… oui je crois. Juste, dans le 1er parcours, le chrono ne compte vraiment pas?
-Que si on dépasse un temps maximum, et dans ce cas, on a des points en plus. Bon, maintenant que tu sais à quoi ça sert, je vais t'expliquer ce qu'est un barrage.


     Mikaël se lança alors dans des explications de plus en plus techniques que Peter avait de plus en plus de mal à suivre. Entre la longueur du parcours, le chrono le plus rapide, les barres à ne pas faire tomber et comment choisir son tracé, il commençait à se sentir perdu. L'arrivée de leurs plats ne perturba nullement Mikaël qui continua à parler sans discontinuer, au grand dam de Peter. Celui-ci décrochait sérieusement des explications tarabiscotées de son cadet et n'osait plus l'interrompre de peur de le vexer, ou de se prendre une remarque désagréable. Alors il décida de ne plus suivre que d'une oreille et de laisser son esprit vagabonder, tout en hochant la tête de temps en temps pour faire semblant de suivre la conversation.

Ses pensées se lancèrent immédiatement à la poursuite d'une image de sa petite amie Sonia. Elles essayaient d'attraper un souvenir datant du matin même, lorsqu'elle s'était réveillée après une nuit mouvementée. Lorsque enfin elles réussirent, Peter se rappela avec précision de ses petits yeux fatigués et de son sourire timide. Et puis aussi de la question qui avait entaché cette délicieuse scène matinale: "Tu pars bosser? Ton chef t'en demande vraiment trop." En voyant qu'il allait encore répondre que son travail comptait beaucoup pour lui, elle ajouta, avec cette fois-ci un sourire coquin et en soulevant la couette: "Tu ne voudrais pas rester te reposer avec moi?" Il avait froncé les sourcils et était sorti sans un mot: son travail était un sujet très sensible entre eux deux et avait déjà occasionné plusieurs disputes. Peter décida alors de laisser de côté les mauvais souvenirs, et une pensée en appelant une autre, il dériva sur son supérieur et le visage intimidant qu'il avait adopté pour lui rappeler ce qu'il risquait s'il décidait de jouer la taupe dans cette enquête. Il faillit frissonner rien qu'en y repensant et opta soudainement pour un retour à la réalité. Cela lui éviterait de ressasser des choses désagréables; et Mikaël se rendrait moins compte qu'il ne l'écoutait plus depuis un moment. Il saisit le flot continu de paroles en cours de route et tenta tant bien que mal de se raccrocher à la conversation, qui avait dérivé sur quelque chose que Peter ne reconnaissait absolument pas.

-Alors tu vois, elle, pour lui faire bouger les hanches comme tu veux, tu dois lui faire comprendre gentiment. Tu lui glisses quelques mots à l'oreille, tu la caresses, t'appuies légèrement là où il faut et le tour est joué!

En entendant cela, Peter fut complètement perturbé. Mikaël parlait-il d'une jeune femme? En tout cas, le ton et le regard du jeune venaient soutenir complètement cette hypothèse. Cependant, quelque chose clochait: il voyait très mal Mikaël lui parler d'une de ses conquêtes féminines.

-Pour les déplacements de hanches, Lullaÿ est une vraie crème! continua-t-il, ne remarquant toujours pas qu'il menait un quasi-monologue depuis plus d'une demi-heure. Tout le contraire de Jéricho! Lui j'ai dû passer des mois à lui apprendre ce truc et aujourd'hui encore, faut que je fasse très attention pour obtenir un déplacement correct. Parce que tu vois, môssieur est chatouilleux des hanches. Alors dès que je pose…


     Peter décrocha une nouvelle fois de la conversation: les déplacements des hanches des chevaux, cela ne l'intéressait que moyennement, surtout qu'il n'en comprenait pas l'intérêt. Cependant, cette fois-ci, au lieu de partir dans les méandres de son esprit à la recherche d'un quelconque souvenir, il s'attacha à détailler le visage du jeune homme. Celui-ci était de forme plutôt ovalaire, encadré par des cheveux très bruns et en bataille, qui semblaient ne pas avoir été coupés depuis des années. Plusieurs mèches lui barraient le front et descendaient élégamment jusque dans les yeux, les cachant par moment. Mikaël ne faisait aucun effort pour les remettre à leur place, appréciant probablement la mince barrière qu'ils créaient avec son interlocuteur. Les yeux, quant à eux, étaient aussi de couleur brune. Ils n'avaient rien d'extraordinaire, si ce n'est qu'ils brillaient de temps en temps d'une légère lueur qui disparaissait aussitôt après être apparue. Cela intrigua Peter qui chercha à savoir ce qui provoquait cette étincelle. Mais sa recherche dut être trop insistante puisque Mikaël s'arrêta de parler et le regarda circonspect.

-Ca ne va pas Peter?
-Heu… si si, balbutia-t-il, pris de court.
-Tu mens très mal, constata le plus jeune, désabusé. J'ai bien vu que tu me détaillais avec insistance, je suis pas complètement con et j'observe un minimum les choses, tu sais.
-Mais non non, je te détaillais pas… Je… je cherchais juste une réponse, annonça-t-il peu sûr de lui et de son mensonge.
-Alors je vais te la donner Peter: je ne suis pas gay, dit Mikaël, le plus sérieusement du monde.
-Mais c'est pas du tout à ça que je pensais! s'offusqua l'inspecteur, avec un sentiment mêlé de rage et de honte. Tu te trompes complètement!
-Ouais, et c'est pour ça que tu me regardais avec le même regard que toutes les filles que j'ai pu draguer jusqu'à aujourd'hui?
-Je pensais à autre chose! s'énerva-t-il, furieux de voir que Mikaël s'entêtait dans cette absurdité.
-Eh c'est bon! T'énerve pas! J'ai juste eu l'impression que tu me matais. Si c'est le cas, ça me gêne pas, mais je préférais mettre les choses au point dès le début. Et si c'est pas le cas, tant mieux.
-Ce n'est pas le cas, affirma aussitôt Peter.
-Mouais, si tu le dis, dit Mikaël, d'un ton peu convaincu. Bref, le sujet est clos et on passe à autre chose, continua-t-il, désireux de ne pas gâcher ce déjeuner par une dispute inutile et imbécile.

Bizarrement, Mikaël avait fini par apprécier réellement Peter alors que leur première rencontre s'était très mal passée, et que la deuxième était un échange plutôt unilatéral. Il ressentait le besoin de connaître cet homme, de lui parler, de l'emmerder, de construire une amitié avec lui… de faire partie de sa vie, alors même qu'il le connaissait pas. Son cerveau lui criait que tout cela était étrange et peu rassurant, mais il ne s'en souciait pas, habitué depuis tout petit à suivre son instinct. Instinct qui lui faisait entrevoir de façon de plus en plus nette son désir de revoir Peter. Et le prétexte à une autre entrevue était tout trouvé: ses questions sur l'enquête.

-Je parie tout ce que tu veux que tu ne m'as pas écouté, dit Mikaël en souriant pour changer de sujet.
-Euh… mouais, j'ai abandonné quand t'es parti dans des considérations sur comment faire un barrage, reconnut-il, penaud.
-Je le savais! s'écria Mikaël, triomphant. Je suis désolé, j'avais remarqué que tu ne suivais plus. Mais j'adore tellement parler des chevaux que j'ai continué. Et comme tu ne m'as pas écouté, tu vas être puni!

Mikaël explosa de rire en voyant la mine déconfite et effrayée de Peter, qui se souvenait que trop bien du savon que lui avait passé le cavalier. Celui-ci fit semblant de réfléchir pendant quelques minutes. Puis il fit signe à Peter de s'approcher avant de se pencher en avant, avec, collé sur le visage, l'air de quelqu'un qui va dire un secret.

-Tu vas devoir répondre à mes questions sur l'enquête.

Peter soupira de soulagement: il s'était attendu à bien pire. Il jeta un coup d'œil à l'horloge murale et se tourna vers Mikaël.

-D'accord, mais pas maintenant puisque ma pause déjeuner est finie, murmura-t-il sur le ton de la confidence, toujours allongé sur la table.
-Mais c'est que ça me va pas du tout ça. Je veux tout savoir maintenant tout de suite.
-Et si je te promets un dîner, tu acceptes de patienter?
-En tête à tête?
-Non chez moi, avec ma petite amie. Amène quelqu'un si tu veux.
-D'accord. Mais moi je voulais en tête à tête, dit-il sur un ton boudeur en se redressant.
-Eh ben ce sera un dîner en double tête à tête, rigola Peter. Samedi prochain à 19h ça te va?
-Euh oui, je crois que j'ai rien de prévu.
-Très bien. Voilà l'adresse, dit-il en lui tendant un bout de papier qu'il venait de griffonner. Tu peux rester à table et prendre un dessert et un café si tu veux. Samuel mettra tout sur ma note. Moi je dois vraiment y aller: mon chef vient de m'appeler et je vais me faire engueuler parce que je ne lui ai pas répondu. Et s'il savait que j'ai déjeuné avec toi, je me retrouverais sûrement avec deux dizaines de rapports à rédiger. Bon ben à samedi!

Il agita la main et se dirigea rapidement vers la sortie. Mikaël le regarda partir en souriant. C'était étonnant à quel point chacun s'était familiarisé à l'autre en tout juste une heure alors qu'au départ ils ne s'appréciaient pas. Maintenant, ils ressemblaient bien plus à de vieux potes qu'à un inspecteur et un suspect. Le jeune homme grimaça à cette pensée: "suspect", et prit une tarte au citron pour essayer de chasser le goût affreux que ce mot apportait avec lui. Quand il l'eût finie, il sortit en saluant le serveur et se promit intérieurement de revenir goûter leurs autres desserts.
Repost 0
7 septembre 2008 7 07 /09 /septembre /2008 01:25
Alors voilà une fic dont j'ai eu l'idée il y a déjà pas mal de temps. L'histoire n'est absolument pas finalisée, et encore moins écrite, mais les choses se précisent peu à peu dans ma tête. Mais je ne peux pas vous faire de prévision de parution, je suis absolument trop nulle pour ça.

Comme vous vous en doutez, cette fic va évoluer dans le monde hippique. Je le connais assez bien mais les concours me sont inconnus, alors si vous repérez une faute, n'hésitez pas à me le dire!

Et dernière chose: pas de plagiat et il s'agit d'une fic avec des relations homosexuelles explicites (pas dans cette partie, mais à venir. Je n'allais quand même pas vous livrer un lemon dès le début! XD). Donc les mineurs, les homophobes et tous les autres en -phobe, la croix rouge est faite pour vous!

Sur ce, bonne lecture! Et un petit com est bienvenu! ;-)






     -Monsieur Mikaël Blowsworth?
-Oui?

Le jeune homme se retourna et essuya ses doigts pleins de terre sur son jogging. Puis il serra énergiquement la main tendue de l'homme qui se tenait à l'entrée du box tout en le détaillant minutieusement. Celui-ci portait un costume trois pièces dans les tons gris, très élégant, avec de belles chaussures noires, impeccablement cirées: une tenue soignée qui contrastait en tout point avec celle du cavalier.

-Bonjour, je suis l'inspecteur Peter MacLean.
-Salut! A votre place, je changerai de tenue avant de me promener dans les box, répondit Mikaël nonchalamment avant de reprendre ce qu'il était en train de faire: curer les sabots de son cheval.
-Pourquoi?
-Vous risqueriez de vous salir.
-Dans ce cas là je resterai à l'extérieur du box, sur une zone à peu près propre, plaisanta l'inspecteur. A moins que vous ne m'obligiez à venir vous chercher.
-Pardon? demanda Mikaël, surpris.
-Je dois vous conduire sous la tente médicale, expliqua-t-il.
-Ah… et pourquoi?
-Je suppose que vous êtes au courant de la rumeur concernant une possible affaire de dopage dans le milieu hippique.
-Bien sûr. Qui ne l'est pas ici? Et je dirai même que c'est plus qu'une rumeur… C'est vraiment pitoyable, soupira le cavalier. Mais je ne vois pas en quoi je suis concerné: ce sont les chevaux qu'on dope et le mien a subi les prélèvements sanguins et urinaires tôt ce matin.
-Il se trouve que la fédération veut mettre un terme le plus tôt possible à cette mauvaise publicité. C'est pourquoi la police a pris des mesures extrêmement restrictives. En plus des chevaux, tous les cavaliers doivent subir un contrôle anti-dopage.

Rendu de mauvaise humeur par cette nouvelle, Mikaël lança rageusement son cure-pied dans son sac et referma la porte du box brutalement. Jéricho protesta contre ce manque de courtoisie à son égard et il dut l'apaiser d'une caresse sur le chanfrein. Puis il suivit sans un mot l'inspecteur, tout en pestant intérieurement contre celui-ci. Au bout de quelques minutes de marche, ses récriminations furent interrompues par un bourdonnement incessant de voix et celle, très proche, du policier. L'inspecteur lui indiquait une tente parmi toutes les autres qui se trouvaient sur l'aire réservée aux cavaliers et à leurs staffs.

-Vous voyez la grande tente là bas? Celle où il y a deux policiers à l'entrée? C'est là où ont lieu les prélèvements.

Après avoir parcouru quelques mètres, ils arrivèrent devant l'entrée et l'inspecteur salua ses collègues avant de passer sous la tente. Il dut cependant en ressortir aussi sec: Mikaël ne l'avait pas suivi et restait obstinément planté à l'extérieur.

-Alors vous venez? lui demanda-t-il, étonné par l'attitude du plus jeune.
-Oui, oui, j'arrive, répondit-il en suivant de mauvaise grâce l'inspecteur qui était de nouveau sous la tente.
-Alors voilà le topo, commença à expliquer Peter. Vous vous allongez sur un lit, une infirmière vient faire une prise de sang. Après, on viendra vous chercher pour que vous pissiez dans un gobelet… de façon stérile bien sûr.
-De façon stérile? demanda, incrédule, Mikaël.
-On vous expliquera. Vous avez des cabines là-bas pour faire ça à l'abri des regards indiscrets. Ensuite quand c'est fait, vous signez le registre et vous pouvez retourner vous occuper de votre cheval.
-Et si j'ai pas envie de pisser, je fais comment? l'interrogea sèchement Mikaël, que toute cette procédure énervait de plus en plus.
-En général, quand on est stressé, on a envie de pisser. Et juste avant un concours, vous êtes forcément stressé, répondit calmement l'inspecteur, légèrement décontenancé par le ton du jeune homme. Et puis il paraît qu'il ne faut que quelques gouttes…
-Et la prise de sang, c'est obligatoire? continua-t-il sur le même ton, sans montrer l'angoisse qui sourdait en lui depuis plusieurs minutes.
-Oui.
-Alors je vous remercie de tout cœur monsieur l'inspecteur, déclara Mikaël d'un ton solennel mais fortement ironique, car grâce à vous, je vais réussir à rater le concours d'aujourd'hui. Franchement, je ne sais pas comment vous remercier.

Devant l'étonnement de Peter, Mikaël lui lança un regard méprisant, avant de reprendre sur un ton beaucoup plus froid et dur.

-Je ne supporte pas les piqûres et la vue du sang.

Il se retourna sans un mot de plus et alla rejoindre ses collègues, laissant là un Peter MacLean dérouté par la personnalité de ce cavalier, génie parmi ses pairs si l'on en croyait la presse spécialisée.


     Mikaël sourit à quelques connaissances avant de se diriger directement vers un homme âgé d'environ une quarantaine d'années qui ne cessait de lui faire des signes de la main. Dès qu'il fut à portée de voix, l'autre commença à lui parler.

-Salut Mikaël! Comment vas-tu par cette belle journée ensoleillée? demanda-t-il avec emphase comme il avait l'habitude de le faire.
-Ca pourrait aller mieux… s'il n'y avait pas tous ces trucs de dopage et tout, soupira le jeune.
-Tout à fait d'accord avec toi. Ceci dit, je comprends pourquoi ils t'ont appelé, dit-il sur le ton de la confidence avant de continuer beaucoup plus fort à l'adresse de tout le monde. Je crois que les tests d'aujourd'hui vont révéler la nature du talent de notre petit génie national! Parce qu'avec tous les prodiges que tu nous as faits en si peu de temps, ça cache certainement quelque chose de pas net!

Il partit alors d'un grand rire, rapidement accompagné par les autres personnes présentes, qui savaient pertinemment qu'il ne s'agissait que d'une plaisanterie. Mikaël, par contre, ne sembla pas particulièrement enchanté par la taquinerie de son aîné: son sourire était crispé et son rire beaucoup moins franc que les autres.

-Le seul truc de louche sous mes prodiges comme tu dis, c'est le travail bien fait, répondit-il encore légèrement crispé. Le truc pas net par contre, il est chez toi, parce que faire des parcours de ce niveau-là à presque 46 ans, ça tient pas de l'exploit mais du miracle.

Cette fois-ci, le rire de Mikaël fut beaucoup plus franc et toute l'assemblée se joignit à lui. Les boutades échangées entre les deux hommes avaient réussi à détendre l'atmosphère et à faire oublier pour un temps cette sombre histoire de dopage qui planait sur le concours. Lorsque les rires se furent calmés et que les conversations reprirent leur cours, les deux hommes échangèrent leur point de vue sur le parcours.

-Alors Will? T'as fait la reconnaissance?
-Oui. Et toi?
-Ouais, je l'ai faite tout à l'heure. Qu'est-ce que t'en penses?
-Je me trompe ou tu essaies de soutirer des informations au vieux lascar que je suis? plaisanta une nouvelle fois le plus âgé, du nom de William Hawlbird.
-Non, pas du touuuut, répondit Mikaël sur le ton le plus innocent possible.
-Tant mieux. Parce qu'en tant que tuteur et formateur, je me dois de te demander ton avis avant de te demander le mien, continua-t-il sur un ton très docte. Alors élève Mikaël, que pensez-vous de ce parcours?

L'élève en question pouffa avant d'exposer les réflexions qu'il s'était faites.

-Le 1 et le 2 pas de problème. La courbe pour arriver sur le 3 est un peu chaude, surtout que c'est un double, donc on peut pas prendre le premier n'importe comment si on veut espérer passer le deuxième. Et puis les deux foulées qu'ils nous ont mises m'ont l'air assez courtes, donc faudra pas rentrer trop vite. Après, l'oxer numéro 5 ne devrait pas poser de problème majeur. Faudra juste penser à bien ré-équilibrer le cheval après le double. Le 6… le 7… pas de problème non plus. Juste bien négocier la ligne brisée. Ensuite le 8 est assez chaud pour un triple. L'abord est facile, pas de problème pour passer le vertical. Ensuite deux longues foulées où il va falloir pas de mal de puissance pour sauter l'oxer. Puis une petite foulée, et un vertical super haut. Là je sens qu'il va y avoir des barres. Je sais pas trop comment faire: on doit changer l'équilibre du cheval à plusieurs reprises dans la même ligne et ça va être dur. Donc je crois que je vais y aller au feeling… Ah Danielle m'avait parlé d'un truc pour le 8, attends deux secondes… Danielle! cria-t-il d'une voix forte pour se faire entendre de toute la tente.
-Oui?

La femme qui avait répondu à l'appel de Mikaël était à peu près du même âge que William et d'une corpulence telle que le jeune homme s'était demandé à plusieurs reprises comment son cheval réussissait encore à sauter.

-Comment tu m'as dit que tu faisais pour le 8?
-Alors à mon avis, je rentrerai assez fort puis… dis-moi Mikaël, t'es pas un peu pâle? demanda-t-elle, un peu soucieuse.
-Eh mais c'est vrai ça! s'inquiéta soudain William. Allez viens t'asseoir là, lui conseilla-t-il en désignant le lit duquel il se leva.
-Merci, mais ça va, protesta le jeune homme, bien qu'il sentit que sa tête commençait à tourner et qu'il perdait ses repères. Je me sens bien…
-Arrête de dire n'importe quoi, l'interrompit d'un ton autoritaire son aîné. Tu tiens à peine sur tes jambes.

Il lui prit le bras pour l'amener sur le lit mais Mikaël s'écroula sans avoir pu faire un pas. Heureusement, l'aîné réagit assez vite pour que sa tête ne heurte pas le sol. Puis il porta le jeune inconscient jusque sur le lit. Une fois allongé, il lui souleva les jambes et les massa tandis qu'une infirmière s'approchait. Celle-ci lui prit rapidement la tension et confirma ce que le vieux cavalier avait suspecté: une petite baisse de tension. Elle demanda alors à tous ceux qui n'avaient plus rien à faire ici de bien vouloir sortir, pour que le jeune homme puisse se reposer dans le calme. Mikaël reprit très rapidement ses esprits et se massa vigoureusement les tempes pour essayer de chasser un mal de tête naissant. Entre temps, William avait cessé de lui masser les mollets et s'était assis sur une chaise à côté du lit. Il regardait son cadet anxieusement, se demandant pourquoi il avait fait ce malaise.

-Ca va Mikaël? Tu te sens mieux?
-Oui oui, ça va. C'est juste que les piqûres et le sang, c'est pas trop mon truc.
-Tant mieux, soupira-t-il avant de continuer sous le regard étonné du plus jeune. J'ai cru que c'était plus grave. Mais tu penses être en état de faire le parcours?
-Oui ça devrait aller. Et puis je ne peux pas ne pas faire ce parcours. Il y a pas mal d'argent à la clef et tu sais aussi bien que moi que j'en ai besoin.
-Oui, mais quand même. Je ne voudrais pas qu'il t'arrive des bricoles pour une stupide histoire d'argent. Franchement, je préfèrerai que tu déclares forfait: t'es encore tout pâle.
-Non, hors de question que j'abandonne. Tu sais très bien que je déteste ça. Et puis une fois que je serai sorti de ce temple de l'horreur, tout ira mieux, plaisanta Mikaël, le sourire un peu crispé en apercevant les tubes de sang que transportait une infirmière.
-Après tout, tu fais comme tu veux, t'es un grand garçon…
-Exactement!
-Mais avant de sortir faut que tu donnes un peu de ton sang et de ton urine, rappela-t-il.
-Ah oui, j'avais oublié ce léger détail, grimaça le plus jeune. Euh… ça te gêne de rester avec moi pour la prise de sang?
-Non, du tout. Mais va d'abord pisser dans le gobelet, comme ça, ça sera fait.

Mikaël acquiesça et se dirigea vers une cabine pour uriner après avoir demandé à une infirmière comment faire pour que ce soit stérile. Il revint quelques minutes plus tard et fut tout de suite pris en charge par une autre infirmière qui commença à désinfecter une zone de son bras gauche. Dans son autre main, elle avait placé une balle en caoutchouc pour qu'il se détende, mais il préféra la laisser tomber par terre et à la place agrippa une des mains de William.

-Attention, je vais piquer.

Mikaël laboura la main de son collègue et y laissa la trace de ses ongles. Les yeux fermés, il entendait l'infirmière changer de tubes et se demandait nerveusement combien de litres de sang elle allait lui prendre et combien de temps ça allait encore durer.

-C'est bon, c'est fini. Appuyez fort sur la compresse s'il vous plaît.

Mikaël mit deux doigts sur la compresse et tenta d'appuyer. Mais sa main était beaucoup trop faible: la compresse glissa et tomba sur le sol. L'infirmière lui en redonna une propre et ce fut finalement William qui appuya fortement, jusqu'au moment où elle mit un sparadrap.

-C'est bon, vous pouvez partir après avoir signé ici. Et continuez à appuyer très fort sur le pansement si vous ne voulez pas qu'un bleu apparaisse.

Elle les reconduisit jusqu'à l'extérieur puis les abandonna pour retourner à son travail. William prit le premier la parole et s'adressa assez inquiet à son compagnon qui ressemblait plus à un cachet d'aspirine qu'autre chose.

-T'es sûr que tu veux faire le parcours? T'es blanc comme un linge et t'as les genoux qui tremblent.
-Euh… oui oui. Je suis sûr, affirma-t-il après une courte hésitation. D'ailleurs je suis en retard: je dois poser mes crampons et mes bandes et je dois me changer. A tout à l'heure!

Sur ces quelques mots, il fila en direction du box démontable de sa jument, le pas légèrement incertain. William le regarda partir, un peu rasséréné par l'expression du visage de son cadet: il était souriant et confiant, et commençait peu à peu à reprendre des couleurs. Lorsqu'il ne put plus le voir, il se dirigea à son tour vers son box, pour emmener son cheval au paddock.


     Plusieurs heures après la fin du concours, tout le public avait déserté les gradins ainsi que les stands et la plupart des camions étaient en train de partir. Seul un camion ne semblait pas être dans les préparatifs de départ. Un cheval bai était encore attaché sur son côté droit et un jeune homme était assis, la tête dans les mains, sur les marches de ce qui faisait office de sellerie. Il semblait totalement abattu et coupé du monde. Un homme plus âgé s'était accroupi en douceur devant lui et attendait une réaction éventuelle de sa part.

-Euh… Mikaël… Je peux te parler? commença William, craignant la réaction de son collègue en pleine déprime. Tu vas pas me jeter comme tout à l'heure et gueuler sur tout le monde? C'est bon?

Mikaël ne bougea pas, puis releva la tête, fit un vague oui de la tête, et replongea dans sa profonde contemplation du sol. Malgré les cheveux qui lui cachaient une partie du visage, William avait nettement vu les yeux rougis par les larmes et les sillons que celles-ci avaient laissés sur ses joues.

-Eh Mikaël, qu'est-ce qui va pas?

Le jeune homme s'étrangla en entendant la question.

-Ce qui va pas? Tu me demandes ce qui va pas? T'as pas les yeux en face des trous toi!

Le ton commençait à monter et William sentait qu'il allait recommencer à s'énerver.

-Eh oh, tout doux Mikaël, t'as dit que t'allais pas t'énerver.

Celui-ci remarqua à peine l'interruption mais baissa quand même le ton et se remit à parler plus calmement.

-Ce qui va pas, c'est que j'ai foiré mon parcours. J'ai jamais aussi mal monté qu'aujourd'hui! Tu te rends compte? 24 points! J'ai fait 24 points! Putain de merde! J'avais jamais fait autant! En plus de ça, j'ai dépassé de 11 secondes 69 le temps limite et j'ai fait une chute avec destruction d'obstacle sur le dernier. Ce qui me fait 17 secondes 69 de dépassement! Presque 18 secondes! C'est énorme!
-D'ailleurs, je voulais savoir: tu t'es fait mal quand t'es tombé? Tu t'es quand même pris le chandelier en pleine face!
-Non ça va, je me suis un peu écorché la lèvre. Et puis j'ai mal à la hanche et à la main gauches, mais ça va passer, comme d'habitude…

Le jeune marqua une pause pour rassembler ses esprits. Ses yeux avaient cessé de détailler le sol pour maintenant errer vaguement, observant quelque chose d'indéfini par dessus l'épaule de son aîné. Ses mains, qui pendant un temps avaient torturé ses cheveux bruns, se tordaient entre ces genoux, signe assez évident de son anxiété. Quelques larmes continuaient de couler de temps à autre mais le pire était le sourire sans joie qui commençait à se dessiner sur ses lèvres.

-Les journaux vont se faire une joie de relater mon "exploit". Ca va être très drôle je sens. Ils vont mettre ça en première de couverture avec de gros titres attrayants, genre "Le génie se casse la gueule" ou encore "Un parcours catastrophique pour le prodige". Et puis en-dessous, en plus petit, la question fatidique: "Mikaël Blowsworth, le prodige du monde hippique, serait-il mêlé à la sombre histoire de dopage qu'on soupçonne dans le milieu?". Et tu sais quoi, je crois bien que c'est ça qui me fait le plus mal, de savoir que tous ces gens peuvent se retourner contre moi en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire…
-Tu sais Mikaël, c'est qu'une bande de cons. Faut pas les écouter.
-C'est pas ce que tu disais il y a quelques mois quand ils m'interviewaient. A ce moment-là, ils étaient bien les journalistes, ils faisaient un super boulot et tout et tout, si je me souviens bien ce que tu disais, lui opposa le jeune, qui avait, pour le malheur de l'aîné, une très bonne mémoire.
-Ouais, bon, c'est pas tout à fait la même chose. L'autre fois, ils avaient aussi interrogés d'autres pointures du milieu hippique qui donnaient un avis très positif sur toi. et puis c'est pas le sujet. Maintenant, ce dont il faut se préoccuper, ce ne sont pas les journalistes, mais ton parcours et les raisons de ton échec. Parce que sans vouloir enfoncer le clou, c'est un bel échec aujourd'hui.
-Je sais, j'en suis pas fier. Mais après tout, l'échec fait partie de la voie vers la réussite. Donc je me dis que ça me fait du bien de me casser la gueule une fois de temps en temps, et ensuite de me relever pour repartir de plus belle… Sauf que là je sais pas si je vais réussir à me relever, acheva-t-il dans un murmure.
-Pourquoi? T'as tout ce qu'il te faut pour continuer: du talent, un coach super, un cheval du tonnerre, ainsi que d'autres chevaux de concours géniaux, et un aîné en la personne de moi qui te soutient et t'aide autant que possible. Alors je vois pas du tout pourquoi tu ne te relèverais pas!
-Eh ben moi, je vois déjà tout le scandale médiatique, et surtout le bouche à oreille dans le milieu qui va faire qu'on va me regarder bizarrement. J'aurai l'impression qu'on murmure sur mon passage et qu'on dit des trucs dégueulasses dans mon dos. Ca va me miner le moral ça, et sans moral, je pourrai pas continuer.
-Là c'est toi qui te mines le moral tout seul. Ce qui compte, c'est que tu sois en accord avec toi-même. Toi, tu sais que tu n'as rien à te reprocher: tu n'as pas trempé dans cette affaire de dopage…

Matthew attendait une brève confirmation de ce qu'il venait de dire mais celle-ci ne vint pas. Alors il alla la chercher.

-Rassure-moi: tu n'as rien à voir dans cette affaire de dopage?
-Non, bien sûr que non, affirma Mikaël, légèrement surpris par la question. Tu sais très bien que si j'ai foiré mon parcours, c'est à cause de la prise de sang et tout.
-Oui, je sais. Je voulais juste l'entendre de ta bouche. Donc je disais que tant que tu es sincère avec toi-même, les autres, tu t'en fous un peu et tu peux les envoyer se faire voir, pour rester poli. D'accord?

Mikaël hésita un instant, son regard allant de droite à gauche, avant d'acquiescer. Cependant, il éleva une objection à son collègue.

-Disons que je réussis à maintenir mon moral au beau fixe malgré la tempête, il reste le problème de Jéricho.
-Comment ça le problème de Jéricho? Ton cheval est super!
-Certes, mais je ne l'ai pas sorti souvent en concours. Ca doit faire la troisième fois aujourd'hui, et ça s'est très mal passé. J'ai bien senti qu'à la fin il commençait à devenir plus respectueux des obstacles, qu'il accélérait à chaque fois que le public applaudissait. Je crois que je vais devoir refaire une grande partie du boulot de ces derniers mois.
-Et ben dans ce cas, refais-le! Ca te fera pas de mal et à lui non plus. Et puis c'est pas non plus comme si ça t'empêchait de sortir en concours. T'as d'autres chevaux avec lesquels tu peux sauter ou dérouler une reprise de dressage.
-Mouais… T'as peut-être raison, finit-il par admettre.
-Bien sûr que j'ai raison!
-Bon, ok. Mais ceci étant dit, je sais pas ce qui me retient d'aller foutre mon poing à cet inspecteur de malheur qui m'a fait foiré le CSO de tout à l'heure, déclara Mikaël, le ton empli de colère tout juste contenue.
-Peut-être parce que tu sais que c'est pas vraiment de sa faute… Bon, on arrête de ressasser tout ça. On aura bien le temps de philosopher sur ton parcours quand on verra la vidéo. Mais là maintenant tout de suite, ce qu'il faut que tu fasses, c'est embarquer Jéricho, affirma l'aîné, assez pressé de quitter les lieux et de revenir chez lui.
-Ok, tu me donnes cinq minutes et c'est fait.

A ces mots, il quitta les escaliers sur lesquels il était assis et attrapa la couverture qui traînait sur le sol de la sellerie. Il la mit sur le dos du cheval et s'apprêta à le faire monter dans le camion lorsque William lui fit remarquer qu'il avait oublié de poser les protections. Mikaël se traita alors d'imbécile et avec l'aide de son aîné, entreprit de mettre rapidement des guêtres, des cloches et un protège-queue à Jéricho. Puis il put enfin l'attacher dans le camion. La porte automatique fut relevée et les deux hommes s'installèrent à l'avant: William au volant et Mikaël près de la fenêtre, laissant la place du milieu vide. Après quelques manœuvres pour se mettre dans le bon sens, ils s'engagèrent à la suite du minibus du staff vers la sortie.


     Le camion était arrêté depuis plusieurs minutes à la demande de l'homme qui réglait la circulation à l'intérieur du club. Ils allaient devoir attendre encore de longues minutes avant de pouvoir reprendre la route vers New-York. William tapotait machinalement le volant et Mikaël soupira fortement, éreinté par cette journée éprouvante. Au bout d'un moment, il se décida de mettre la radio pour tromper l'ennui, mais les grognements insatisfaits de son aîné à chaque fois qu'il changeait de fréquence le décidèrent de mettre un CD. Après quelques recherches, il réussit à retrouver la pochette à CDs dans le bordel qui régnait dans la cabine. Il hésita longuement entre un album des Clash et une compilation des Beatles, puis finit par opter pour les Beatles, qui seraient plus reposants pour son esprit. Alors que les premières notes se faisaient entendre dans l'habitacle, la porte côté passager s'ouvrit. Mikaël ne tourna pas la tête, ignorant magistralement l'inconnu qui se trouvait en équilibre plutôt précaire sur les marches du camion. Mais lorsque celui-ci prit la parole, son sang ne fit qu'un tour et il se crispa immédiatement.

-Bonjour messieurs! Puis-je me joindre à vous quelques minutes?
-Bien sûr inspecteur, montez! répondit aussitôt William, ne laissant même pas le temps au jeune d'ouvrir la bouche. Mikaël, pousse-toi et fais une place à MacLean.
-Et si j'ai pas envie? répliqua-t-il, en fixant le policier dans les yeux.

Mikaël n'appréciait pas du tout Peter MacLean et le lui faisait sentir. Il avait décidé de tout faire pour le mettre mal à l'aise et la lueur mauvaise qui brillait au fond des yeux du jeune homme donnèrent à l'inspecteur un avant-goût de ce qui l'attendait en pénétrant dans ce camion.

-Mikaël, t'arrêtes de faire le con et tu t'assoies au milieu, lui intima William. T'es plus un gamin alors tu fais plus de caprices. Voilàààà, c'est bien, ajouta-t-il alors que le jeune s'était déplacé avec une mauvaise volonté évidente. Maintenant vous pouvez monter inspecteur. Et claquez bien la porte: elle a un peu du mal à se fermer.

Peter prononça un faible merci avant de faire claquer bruyamment la porte et de s'installer confortablement. Ses yeux détaillaient l'intérieur de l'habitacle, complètement en désordre, et il laissa un silence plutôt lourd et pesant s'installer. Seule la voix de John Lennn chantant She loves you réussissait à faire retomber un tout petit peu la tension qui s'installait progressivement. Plusieurs chansons plus tard, l'inspecteur reprit la parole, son regard s'attardant sur son voisin.

-En fait, si je suis monté dans le camion, c'était parce que je voulais vous faire mes excuses…
-J'en veux pas! l'interrompit Mikaël d'un ton dur cachant une colère froide qui s'amplifiait de plus en plus au contact du policier.
-Je comprends tout à fait que vous ne les acceptiez pas, reprit-il le plus calmement possible, s'étant préparé à ce genre de réaction. Mais je veux quand même vous les présenter. Alors voilà: je m'excuse et je suis sincèrement désolé que vous ayez raté votre parcours.

Peter attendait nerveusement la réponse du cavalier. Non pas que son pardon lui importait particulièrement, mais il avait l'impression d'avoir fauté dans son travail. Cependant Mikaël resta obstinément silencieux pendant plusieurs minutes, essayant tant bien que mal d'y voir clair dans toutes les pensées qui tourbillonnaient dans son esprit. Et entre les envies de violence envers son voisin de droite et la petite voix qui lui disait que celui-ci n'avait fait que son travail, la lutte était acharnée. Quant à William, il observait légèrement anxieux son cadet. Il savait que celui-ci pouvait devenir très violent quand il le voulait et il avait peur de le voir massacrer à coup de poings le policier.

-Vos excuses et votre désolation, j'en ai rien à foutre, finit par dire Mikaël d'un ton las. Vous pouvez les garder pour vous parce que ça ne changera rien à ce qui s'est passé. Grâce à vous, je suis dans la grosse merde et je vais avoir les huissiers au cul.

Peter le regarda, étonné par les révélations que venait de lui faire le jeune homme. Il ne comprenait pas: il avait un talent monstre, gagnait concours sur concours et était reconnu dans la sphère hippique. Alors comment pouvait-il se trouver "dans la merde" et avec "les huissiers au cul". Il hésita un moment avant de lui faire part de ses réflexions et ce fut au tour de Mikaël de lui lancer un regard surpris, qui devint rapidement haineux.

-Vous comprenez pas? Vous comprenez vraiment pas? C'est drôle mais je pensais que les inspecteurs étaient des êtres intelligents. Apparemment je me suis trompé, faudra que je m'en souvienne la prochaine fois que j'en rencontrerai un. Ce qui va sûrement arriver vu que cette histoire de dopage n'est pas prête de se finir!

L'ironie du plus jeune avait atteint sa cible en plein centre et Peter, dont le rouge était monté aux joues de colère, bouillonnait intérieurement. Il voulait lui dire ses quatre vérités à ce petit gamin prétentieux mais il se retint assez longtemps pour entendre le reproche que faisait William à son cadet.

-Il n'est au courant de rien alors c'est normal qu'il ne comprenne rien. Tu devrais lui expliquer au lieu de te moquer de lui.
-Lui expliquer quoi?!? Je devrais lui expliquer quoi à ton avis?!? explosa Mikaël, libérant toute sa rage et sa colère en criant le plus fort possible. Lui expliquer que je me suis endetté jusqu'au cou pour pouvoir monter à cheval à ce niveau? Que j'ai plus un rond et que je peux pas rembourser mes banquiers? Que je dois payer la scolarité de mon petit frère et de ma petit sœur parce que mes parents ne le peuvent pas? Que je dois payer les cautions de mon grand frère à chaque fois qu'il fait une connerie? Que tous les mois je dois payer une partie des factures de mes parents parce qu'ils ne s'en sortent pas avec leur salaire de misère? Que je me suis fait viré de ma chambre de bonne pour cause de loyer impayé? Que maintenant je loge au club et qu'en échange je dois m'occuper des chevaux? Alors?! Dis-moi ce que je dois lui expliquer! Dis-moi Will!
-Mikaël, calme-toi, tenta l'aîné en sachant pertinemment que cela ne servait à rien.
-Ta gueule!! Je m'énerve si je veux! J'en ai marre Will! Marre! Marre, marre et marre!

Il laissa alors sa tête tomber dans ses mains, cachant ainsi son visage, et sanglota silencieusement. William fut soulagé de voir que sa colère était retombée et ne lui fit aucune remarque, de peur de l'attiser de nouveau. Cependant, Peter  n'eut pas la même présence d'esprit et prit la parole d'un ton mal assuré.

-Je suis désolé, je ne…

Il ne put continuer plus avant car Mikaël avait relevé la tête et le regardait d'une façon telle que l'inspecteur ne pouvait plus prononcer un seul mot.

-Sortez, dit d'un ton froid et dur le cavalier. Sortez de ce camion avant que l'envie de fracasser votre tête contre le pare-brise ne me prenne.
-Mais je… , tenta de protester Peter.
-J'AI DIT: SORTEZ D'ICI!!! Vous êtes con ou complètement bouché?!? s'emporta alors de nouveau Mikaël, faisant sursauter les deux autres occupants.

Peter ne se formalisa de la question et s'empressa de sortir sans un mot. Alors qu'il allait refermer la porte, il posa sa carte de visite sur le siège passager, expliquant que pour se faire pardonner, il était prêt à lui offrir un café et le tenir au courant de l'avancée de l'enquête. Puis il ferma définitivement la porte et le calme retomba dans l'habitacle. Celui-ci fut de nouveau envahi par la douce voix de John Lennon et bercé par ce son mélodieux, Mikaël ne tarda pas à s'endormir, complètement épuisé.


Repost 0
3 septembre 2008 3 03 /09 /septembre /2008 21:36

Pour commencer, un petit OS écrit il y a environ un an. Pas de yaoi, une mini toute petite pincée de lemon et du sadisme, voilà ce qui pourrait résumer cet OS de tout juste une page. ^^
Tous les avis sont les bienvenus! ;-)







- Cela faisait longtemps qu'on n'avait pas eu un moment comme ça, hein ma chérie ?
- Comment ça "comme ça" ? lui demanda d'un ton enjoué la jeune femme.
- Comme ça : tous seuls, tous les deux, dans notre appartement, sans stress : pas de garde de nuit pour toi et pas de projet à finir en urgence pour moi.
- En y réfléchissant bien, tu as raison. Alors…
- Alors ? la questionna le jeune homme, le sourire aux lèvres, devinant déjà sa réponse.
- Alors je vais faire en sorte que ni toi ni moi n'oubliions ce moment avant longtemps.


Elle s'approcha de lui, l'enlaça et l'embrassa tendrement. Il répondit à son baiser avec douceur et passa sa main droite dans ses cheveux bruns, coupés au carré. Sa main gauche la tenant fermement par la taille, il l'entraîna tout doucement vers la chambre. Interrompant soudain leur baiser, il la souleva et la déposa délicatement sur le lit. Puis il enfouit son visage dans la chevelure de la jeune femme, dont l'odeur de pêche lui était agréable. Après s'être imprégné de cette senteur, il entreprit de l'embrasser sur toutes les parties de son corps en commençant par le visage. Mais la jeune femme posa un doigt sur ses lèvres pour lui signifier de s'arrêter. Il se redressa, étonné. Avec un regard malicieux, elle s'approcha pour lui murmurer au creux de l'oreille.

-Je croyais que c'était moi qui devait rendre ce moment inoubliable.

Et elle le repoussa pour l'allonger sur le lit et se retrouver au-dessus de lui. Il approuva du regard et soupira.

-Cela faisait vraiment longtemps que…

Il n'eut pas le temps de finir sa phrase que déjà la jeune femme l'embrassait. De sa main gauche, elle s'amusait avec les cheveux blonds du jeune homme, et sa main droite se glissa sous sa chemise pour aller caresser son torse. Délicatement, elle défit les boutons un à un. Quand le torse nu apparut enfin en entier, elle entreprit d'enlever les manches. La chemise atterrit sur le plancher et les lèvres des deux jeunes gens se séparèrent. Celles de la jeune femme descendirent le long du cou de son compagnon. Comme elle le chatouillait avec sa langue, il commença à rire et ses mains expertes s'aventurèrent sous son chemisier, qui ne tarda pas à rejoindre le plancher lui aussi. Alors qu'elle venait de déboutonner le pantalon du jeune homme, un beeper sonna. Tous deux se figèrent pendant de longues secondes, lui une main sous son soutien-gorge et elle une à l'intérieur de son pantalon. Ils se regardaient intensément, puis la jeune femme détourna son regard. Elle se leva et attrapa son beeper.

-Merde, murmura-t-elle, code 2.

Elle ramassa son chemisier et dit au jeune homme alors qu'elle se rhabillait.

-Je dois y aller. Ils ont besoin de moi.

Il protesta : ce n'était pas sa nuit de garde. Mais le beeper sonna de nouveau : le petit voyant au-dessus du numéro 3 venait de s'allumer.

-Je dois vraiment y aller. Ils sont débordés à l'hôpital, je dois les aider.


Alors qu'elle prenait ses clefs et s'apprêtait à ouvrir la porte, il se précipita hors du lit et lui dit d'une voix qu'il voulait posée, mais qui tremblait quand même.

- Si tu franchis cette porte et que tu vas aux urgences, je prends mes affaires et tu ne me trouveras pas ici demain… ni les jours d'après.
- Tu me quittes ? Tu ne m'aimes plus ? demande-t-elle les larmes aux yeux.
- Ce n'est pas ça : je t'aime de tout mon cœur. Mais je ne supporte plus cette vie : tu n'as pas une minute à toi, ni un moment pour nous. Tu es trop prise par ton métier : je n'en peux plus. Parfois, je me dis que ç'aurait été mieux si t'avais fait d'autres études.
- Oui c'est sûr, ç'aurait été plus simple, mais pas mieux. Je suis médecin et je sauve des vies : cela fait partie de moi, que tu le veuilles ou non, dit-elle calmement, malgré les larmes qui coulaient le long de ses joues.

Alors qu'elle sortait précipitamment, il murmura, le regard fixé sur la porte qui se refermait.

-Eh bien ma chérie, il y a au moins une vie que tu n'auras pas pu sauver : la nôtre.

Repost 0
Published by Skorpan - dans One-shot
commenter cet article
3 septembre 2008 3 03 /09 /septembre /2008 20:45


Bienvenue sur mon blog, tout neuf tout beau! Mon tout premier aussi! Après avoir longtemps hésité, je me suis lancée, encouragée par Naishou.

Peut-être que vous voulez savoir ce qu'il y aura sur ce blog?
Alors il y aura ce que j'écris: des nouvelles, des OS, des fictions (mais pas de fanfictions, que je publie uniquement sur les sites/forums concernés). Si vous êtes gentils, vous pouvez laisser un commentaire, ça fait toujours plaisir. Et aussi, que vous soyez gentils ou pas, vous êtes priés de ne pas copier mes textes!! Ils m'appartiennent et j'estime en tant qu'auteuze avoir un droit de regard sur eux. Merci d'avance.
Et aussi j'essaierai de publier des articles sur des groupes de musique, des livres... que j'aime particulièrement et qui m'influence beaucoup.

Une petite mise au point: le premier qui prononce le nom de mon blog Nanjilima (au lieu de Nanguilima), je l'étripe! Et celui qui prononce mon pseudo Skorpan (au lieu de Skorpane), je l'étripe aussi! Et celui qui fait les deux, je l'étripe et je le pends par les pieds! Comme ça, vous êtes prévenus! XD
Vous vous demandez peut-être pourquoi ça se prononce comme ça, et ben c'est parce que c'est du suédois. Et l'image ci-dessus a été dessinée par Ilon Wikland, pour illustrer Bröderna Lejonhjärta, de Astrid Lindgren, une fameuse auteur suédoise pour enfants. Et la catégorie s'appelle "Saker och ting", ce qui veut dire "choses et trucs" en suédois, ou quelque chose approchant. Donc vous l'aurez compris: je suis complètement folle amoureuse de la Suède! ^^

Voilà, c'est la fin, j'ai plus grand chose à dire... (comment ça "Ouf!" ?!? Non mais!)


Illustration par Ilon Wikland.
Repost 0
Published by Skorpan - dans Saker och ting
commenter cet article

Så Här Är Det!

  • : Nangilima
  • Nangilima
  • : Un blog où je vais publier mes écrits, avec des relations hétéro et homosexuelles explicites, donc ceux qui ne veulent pas lire, la croix rouge en haut à droite peut vous être utile. Aucun plagiat n'est accepté! Et aussi je vais un peu parler de ce qui influence mes écrits: musique, bouquins, etc.
  • Contact

Skorpans Nangilima


En värld där du kan bli den du vill, bara du följer ditt hjärta...


Les textes publiés sur ce blog sont de ma propre invention et sont écrits par moi, à moins que le contraire ne soit précisé en début d'article. Je vous demanderai donc de respecter mon travail et de ne pas plagier mes écrits.
Merci d'avance.

Certains textes peuvent contenir des relations hétéro ou homosexuelles explicites.
Les mineurs et tous ceux que ça dérange, vous connaissez la sortie: la petite croix rouge.
Tous les résumés et histoires à venir sont disponibles ici.
Si vous avez des questions ou autres, vous pouvez m'envoyer un mail ici.

Sökande

"Un écrivain ne confie tout ni à ses journaux intimes, ni à sa correspondance;
seules ses créatures racontent sa véritable histoire, celle qu'il n'a pas vécue, mais a souhaité vivre."

François Mauriac 

Andra saker ni kan se

lien-nan--19171a4

 
 

Vad som helst...



"Je ne suis pas homosexuel, même si certains semblent le croire."

Ola Salo





"Aime moi, alors je t'aimerai peut-être."
J. R.-P.





"Tout est une question de goût. Toi tu aimes les femmes, moi j'aime les hommes, et lui aime les deux. Où est le problème?"
J. R.-P.





"Ne plus rêver, c'est être à demi mort, c'est faire de la réalité sa seule loi."
Jean-Baptiste Pontalis





"Si tu sens que tu plafonnes, perce un trou dans le plafond."
Gilles Goddard

"Alors si tu sens l'angoisse de la page blanche, prends en une rose."
J. R.-P. 

Lyssna!