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30 octobre 2009 5 30 /10 /octobre /2009 15:06
Désolée pour le retard, ça m'était un peu sorti de la tête. Et puisqu'il me semble que j'ai du mal à tenir les délais, je vais faire comme ça: je promets une sortie par semaine, de préférence le lundi. Mais si le lundi, vous ne voyez rien, c'est qu'elle sera faite plus tard dans la semaine. ;-)

Sur ce, je vous laisse à la lecture de cette suite, bien croustillante. (et je précise pour ceux qui ne sauraient pas: il est interdit de me jeter le contenu de votre sac du marché à la figure! XD)







     Sonia était venue spécialement en voiture chercher Peter, pour qu'ils aillent ensuite ensemble chez le médecin. Cela énerva l'inspecteur d'être traité comme un enfant incapable de se rendre chez le docteur, même s'il était vrai qu'il n'était pas particulièrement enthousiaste à cette idée. Heureusement pour la jeune femme, Stefen l'avait bien fait rire avec ses blagues à la con avant de partir. Il était ainsi détendu, et presque de bonne humeur. Il proposa même d'aller acheter quelques donuts avant leur rendez-vous, puisqu'ils avaient une bonne demi-heure d'avance. Mais Sonia, arguant qu'elle devait faire attention à sa ligne, refusa tout net. Il ne chercha pas à la convaincre, et la suivit jusque chez le médecin. A l'entrée de l'immeuble, il essaya de voir avec qui ils avaient rendez-vous, mais il n'eut que le temps de déchiffrer trois des nombreuses plaques qui trônaient de chaque côté de la porte, qu'une voix répondait déjà à l'interphone et que le mécanisme d'ouverture s'actionnait.

-Dis Sonia, j'ai vu qu'il y avait un nutritionniste, un dermato et un psychothérapeute. Et franchement, on a besoin d'aucun des trois, alors je comprends toujours pas pourquoi tu tiens tant à me traîner ici, remarqua-t-il d'une voix lasse, tentant avec désillusion de grappiller quelques informations.
-Parce qu'il n'y a pas que ça comme médecins ici. C'est un genre de cabinet qui regroupe de très nombreuses spécialités.

Sonia ne voulut pas en dire plus, mais Peter se sentit néanmoins soulagé d'un certain côté: ils n'allaient pas voir le psychothérapeute. Arrivés au 5ème étage, ils passèrent sans sonner la porte avec marqué "Cabinet médical" dessus, et Sonia se présenta à l'accueil.

-Bonjour, je suis Sonia Northwood, et j'ai rendez-vous avec le docteur Sutton.
-Bien, vous êtes venue avec votre mari? demanda-t-elle en levant les yeux sur Peter.
-Oui, tout à fait, dit-elle aussitôt, empêchant Peter de faire une remarque quelconque.
-Très bien, le docteur Sutton viendra vous chercher lorsque ce sera votre tour. Vous pouvez aller vous installer dans la salle d'attente pour patienter. C'est la première porte sur votre droite.

Durant tout cet échange, Peter ne remarqua rien qui put l'informer sur la spécialité du docteur Sutton. Aucune carte de visite n'était posée sur la réception, et le blanc des murs était seulement cassé de temps en temps par un tableau d'assez mauvais goût. Pas un seul message de prévention n'ornait les murs, et Peter dut se résigner à rejoindre la salle d'attente en restant dans l'ignorance. Là, il prit exemple sur Sonia et feuilleta un ou deux magazines. Quelques minutes avant l'heure du rendez-vous, Sonia dut se rendre aux toilettes. Peter n'hésita pas alors une seconde et saisit sa chance, même s'il devait passer un imbécile.

-Excusez-moi, lança-t-il à la cantonade, est-ce que l'un d'entre vous sait quelle spécialité exerce le docteur Sutton?

Les hommes présents se regardèrent, mal à l'aise, puis celui qui se trouvait en face de Peter lui répondit.

-C'est un sexologue.
-Un quoi? demanda-t-il bêtement, ne croyant pas à ce qu'il venait d'entendre.
-Un sexologue, répéta l'homme avec un regard embarrassé. Il peut intervenir sur des problèmes de stérilité, mais aussi de désir, de plaisir. Et aussi...
-C'est bon, merci, je crois que j'ai compris, l'interrompit l'inspecteur, affreusement gêné.

Peter avait vraiment du mal à croire que Sonia ait pu prendre rendez-vous chez un tel spécialiste, surtout qu'ils allaient devoir parler de leur vie intime à un total inconnu. Lui, ça ne lui posait pas de problèmes particuliers, car il était bien conscient que les médecins étaient soumis à une déontologie stricte, qui comprenait le secret médical. Dans un sens, les médecins et les policiers se ressemblaient sur ce point-là. Mais Sonia avait toujours eu du mal à avouer ses problèmes et ses complexes. Plongé dans ses pensées, il entendit à peine sa compagne revenir des commodités et celle-ci dut le secouer lorsque le docteur, un homme d'apparence sèche et aux tempes grisonnantes, les appela pour les mener à son bureau. Une fois les présentations faites, quelques paperasses remplies, et que tout le monde fut bien installé dans les fauteuils, le docteur s'enquit de la raison de leur venue.

-Eh bien, reprit-il après un moment de silence alors que ni Sonia ni Peter n'avaient parlé. Si vous voulez que je vous aide, il faudrait que je sache quel est votre problème.
-Peter, explique-lui, lui demanda Sonia en rougissant légèrement. Après tout, c'est toi le principal concerné.
-Mais c'est toi qui a pris ce rendez-vous sans même m'en parler auparavant. Et sans même me dire qu'il s'agissait d'un sexologue. J'ai eu l'air bien con tout à l'heure dans la salle d'attente à demander quelle était la spécialité du docteur Sutton, répliqua-t-il le ton froid de colère, et en la regardant à peine, préférant attarder son regard sur la décoration du cabinet.

En effet, celui-ci regorgeait de plaques d'anatomie, juxtaposées à des reproductions de célèbres tableaux tels Impression Soleil Levant, de Claude Monet, ou l'inachevé Concert de Nicolas de Staël. L'ensemble était hétéroclite, mais donnait une impression de chaleur, de vie à la pièce, renforcée par la grande bibliothèque aux livres plus ou moins rangés.

-Madame, Monsieur, je préférerais éviter les disputes de couple en ma présence: je suis sexologue, pas psychothérapeute. Alors soit vous m'expliquez la raison de ce rendez-vous, soit vous sortez, et vous pourrez aller consulter mon collègue si vous le souhaitez.

Sonia lança un regard choqué au praticien, puis un autre, plus noir, à Peter, qui s'était absorbé dans la contemplation des articles scientifiques qui s'entassaient sur une partie du bureau. Ce dernier ne semblait absolument pas enclin à l'aider, de quelque manière que ce soit. Alors elle inspira un grand coup, maudit Peter de ne pas voir qu'elle avait fait cela pour l'aider, et commença à parler au docteur Sutton.

-Voilà... Comment dire docteur, c'est un peu gênant...

Elle jouait sans s'en rendre compte avec l'une de ses bagues, et jetait sans arrêt des coups d'œil à Peter, espérant qu'il prenne le relais puisqu'elle avait fait le premier pas. Mais il restait complètement stoïque, et elle réalisa soudain la difficulté de parler de problèmes intimes avec un inconnu.

-Ne vous inquiétez Madame, vous pouvez tout me dire. Le serment d'Hippocrate m'oblige au silence: rien de ce qui sera dit dans cette pièce n'en sortira. Vous pouvez me faire confiance.
-Oui, bien sûr, je le sais, répliqua-t-elle, bêtement vexée qu'il lui ait rappelé cette règle de déontologie qu'elle connaissait. Mais cela reste gênant face à vous.

Le sexologue soupira: il avait souvent affaire à ce genre de personnes là, mais celle-ci allait certainement battre toutes les autres à plate couture. Non seulement elle prenait un rendez-vous sans en informer son conjoint, mais en plus, elle refusait ensuite de parler du problème qui les intéressait. Il allait poliment lui dire ce qu'il pensait de cette situation extravagante lorsque l'autre homme de la pièce s'en chargea.

-Sonia, arrête de faire chier le monde. Je comprends vraiment pas pourquoi t'as pris rendez-vous avec le docteur Sutton, vu que t'aimes pas aller chez le médecin. Alors soit tu lui dis pourquoi t'as pris rendez-vous, soit on se barre et on le laisse faire son boulot tranquillement.
-Mais Peter! Pourquoi tu veux pas comprendre que j'ai fait ça pour toi! fit-elle d'une petite voix, alors qu'il s'était déjà levé de son siège.
-Pour moi? Me fais pas rire! Aucune personne sensée n'aurait emmené son compagnon chez un sexologue sans le lui dire.
-Tu n'aurais pas accepté si je n'avais pas fait cela, expliqua-t-elle piteusement.
-Bien sûr que j'aurais pas accepté! Je n'ai pas besoin de l'aide d'un foutu docteur, sans vouloir vous dénigrer, rajouta-t-il à l'adresse du médecin, puisque je vais très bien.
-Mais non! Tu ne vas pas bien! s'écria-t-elle en se levant pour lui faire face, oubliant complètement le professionnel qui les observait. Tu es incapable de bander et de me faire l'amour! Et j'ai regardé sur le net et dans des bouquins, l'impuissance peut être l'un des premiers symptômes de maladies très graves. Je veux savoir ce que tu as, Peter, se radoucit-elle en posant une main sur son épaule.

D'un mouvement, il l'enleva et se laissa tomber dans le fauteuil, abasourdi. Le mot était tombé, tel un couperet, de la bouche de la jeune femme: elle le croyait impuissant. S'il n'avait pas été autant sous le choc, il aurait ri de l'absurdité de la situation. Il n'était absolument pas impuissant, loin de là. Il avait juste changé sans qu'elle ne s'en aperçoive, ou plutôt, sans qu'elle ne le comprenne, se raccrochant désespérément à d'autres explications.

-Bien! s'exclama le médecin, saisissant ce moment de calme après l'explication quelque peu houleuse du couple. Puisque je connais plus ou moins la raison de votre venue ici, je vais enfin pouvoir faire mon travail. Madame, je vais vous demander de sortir. J'aimerais parler à votre mari seul à seul.

Quelques protestations s'échappèrent des lèvres de Sonia, mais l'inflexion de la voix du praticien lorsqu'il renouvela sa demande la fit taire, et obéir. Une fois qu'elle fut sortie, et que la porte se fut refermée, le docteur Sutton poussa un long soupir et adressa un sourire compatissant à Peter, toujours ahuri dans son fauteuil.

-Eh beh dis donc, c'est un sacré morceau votre femme.

Le jeune homme sortit de son inertie et leva les yeux sur son interlocuteur.

-Ce n'est pas ma femme... heureusement.

Le médecin lui jeta un regard circonspect, puis sembla approuver. Mais il ne s'étendit pas plus longtemps là dessus, et revint rapidement à des choses qu'il connaissait mieux. Quand était apparu le trouble? Combien de fois depuis? Etait-ce la première fois? Etait-il stressé, nerveux, inquiet? Avait-il toujours des érections matinales? Arrivait-il à être en érection en dehors de ces fois où la jeune femme le sollicitait? Les questions de toutes sortes s'enchaînaient et Sutton notait les réponses au fur et à mesure sur son ordinateur. Après plusieurs minutes de cet interrogatoire, il résuma ce qu'il avait appris.

-Donc, votre premier trouble de l'érection est apparu il y a un environ deux semaines et demi, et s'est répété trois fois depuis lors. Cependant, cela n'arrive que lorsque votre conjointe souhaite faire l'amour avec vous, et lorsque vous vous masturbez seul, il n'y aucun problème d'érection, ni d'éjaculation. De plus, les érections matinales sont conservées. Est-ce bien cela?

Peter acquiesça.

-Vous n'avez pas non plus d'antécédents personnels ou familiaux de tels troubles, du moins pas à votre connaissance. Vous effectuez un travail relativement stressant, qui a quelques répercussions sur votre vie de couple...
-Oui... Enfin, ça dépend des fois, c'est comme tous les couples, quoi.
-Hmm... Est-ce que votre conjointe souhaite avoir un enfant?
-Oui.
-Et vous?
-Non, pas pour l'instant. Je ne m'imagine pas père... Enfin, je n'arrive pas à voir une vie à trois avec elle, avoua-t-il, soulagé que le secret médical couvre ses aveux.
-Bien, cela peut être un facteur de stress important, bien plus que le travail ou des conflits au sein du couple. Vous ne voulez pas d'enfants avec elle, et inconsciemment, votre corps vous empêche de le faire.

Peter hocha la tête: le raisonnement n'était pas si saugrenu que ça, même s'il savait que ce n'était pas la raison principale de ses pannes.

-Ensuite, Monsieur, j'aimerais que vous me répondiez sincèrement: est-ce que ces derniers temps, vous avez tendance à vous masturber en solitaire plus que d'habitude? Je veux dire: plus que vous ne le faisiez lorsque votre vie sexuelle avec votre conjointe était sans problème.
-Euh... non pas particulièrement, répondit-il après avoir réfléchi.
-Bien fit-il en notant quelques mots. Et avez-vous entretenu des relations sexuelles avec quelqu'un d'autre que votre femme?
-Non! s'exclama-t-il après quelques centièmes de seconde de silence.

Mais sa très légère hésitation, le rouge de ses joues et sa réponse un peu trop virulente l'avaient trahi et le docteur n'était pas naïf au point de se contenter de cette réponse.

-D'accord, alors disons: entretenez-vous une relation plus qu'amicale avec une autre femme que votre conjointe?
-Non.

Cette fois-ci, il n'avait pas hésité, et ses joues s'étaient calmées pour retrouver une couleur à peu près normale, à peine plus foncées que le reste de son visage. Il n'avait pas d'autre femme dans sa vie, de cela il en était sûr.

-Pas d'amante, de maîtresse, de flirt ou je ne sais quoi d'autre? reprit le médecin, étonné.
-Docteur! fit Peter, encore plus surpris d'entendre de tels mots sortir de la bouche d'une personne plus proche de la retraite qu'autre chose.
-Hehe, rit-il, je ne suis pas aussi vieux jeu que j'en ai l'air Monsieur MacLean. Et je me tiens au courant des nouvelles habitudes des jeunes grâce à mes fils et mes neveux. Grâce à eux, je sais que la fidélité n'est plus aussi respectée qu'auparavant, d'un côté comme de l'autre. Et que...

Il laissa sa phrase en suspens, son regard fixant sans le voir son patient, puis un sourire se dessina sur ses lèvres.

-Je sais! Un homme!
-Pardon? fit Peter, interloqué.
-Est-ce que vous voyez un homme, en tant qu'amant j'entends? Peu importe que vous ayez des relations sexuelles ou non avec lui,  je veux juste savoir si vous fréquentez un homme. Ou plusieurs même.

Peter balbutia de faibles protestations, s'emmêlant les pinceaux, puis renonça. Après tout, le secret médical s'appliquerait ici aussi.

-Vous avez raison, je vois un homme en dehors de Sonia. Et avec lui, je n'ai absolument aucun problème d'érection, avoua-t-il.
-Parfait! s'écria-t-il, son sourire s'élargissant. Je crois que nous avons trouvé la solution à votre problème
-Je crois aussi, mais excusez-moi, comment avez-vous su que je... ? l'interrogea-t-il, curieux face à cet homme bien plus sympathique qu'il ne l'aurait cru. Je veux dire, je viens ici avec une femme avec qui j'ai manifestement des relations intimes, et vous finissez par me demander si je suis gay.
-Oh vous savez, vous n'êtes pas le premier dans ce cas là. Quelques autres de mes patients ont été dans la même situation que vous, mais c'était plus flagrant. D'autant plus que j'avais plus d'informations les concernant. Pour vous, ce qui m'y a fait penser, c'est que l'un des neveux est homosexuel. Donc quand je vous ai parlé des nouvelles mœurs de la jeunesse, j'ai pensé aussi à lui, et c'est là que ça m'est revenu. Bref, pour en revenir à vous, vous êtes sûr qu'il n'y a aucun problème d'érection ou quoi que ce soit d'autre quand vous êtes avec cet homme.
-Sûr et certain, affirma-t-il.

Le médecin lui sourit, tapota encore quelques notes sur son ordinateur, puis se tourna de nouveau vers lui.

-Bien, dans ce cas, je crois que tout est réglé. Les troubles de l'érection avec votre conjointe actuelle sont probablement dus à un manque de désir, ainsi qu'à la peur de fonder une famille avec elle, expliqua-t-il d'un ton professionnel. Cependant, je vais quand même vous examiner, pour vérifier que le reste va bien. Déshabillez-vous et allongez-vous, demanda-t-il en désignant la table d'examen qui se trouvait derrière Peter.
-Entièrement?
-Vous pouvez garder votre boxer.

Le jeune homme enleva rapidement ses chaussures et ses vêtements, puis s'allongea comme demandé. Le docteur Sutton lui conseilla de rester tranquille et de se détendre alors qu'il lui palpait l'abdomen. Il passa ensuite ses mains sur tout le corps de son patient, lui demandant s'il sentait ses doigts, ou s'il éprouvait des sensations bizarres. Après une réponse négative, il continua son examen et vint le moment de palper les ganglions. La palpation des fosses poplitées fut un peu douloureuse, mais la recherche d'adénopathies fémorales se révéla bien plus gênante. Le praticien, concentré, passa ses mains, heureusement réchauffées, sous son sous-vêtement, et appuya fortement dans le creux inguinal. Peter grimaça mais ne laissa pas un son franchir ses lèvres. Puis Sutton les retira, n'ayant rien trouvé.

-Je vais baisser votre boxer pour examiner votre sexe et le reste, prévint-il tout en nettoyant ses mains une nouvelle fois à l'aide d'un gel transparent.

L'inspecteur ne put qu'acquiescer et leva les yeux au plafond alors qu'il sentit l'air frais caresser ses parties génitales. Il essaya de focaliser son esprit sur quelque chose d'ennuyant et de rébarbatif pour éviter de réagir aux attouchements, certes médicaux, mais attouchements quand même, du professionnel. Cela ne marcha pas aussi bien qu'il l'aurait voulu, et il sentit le sang affluer peu à peu dans son sexe. Heureusement, le docteur Sutton termina avant que cela ne devienne véritablement visible, et tout en remontant le boxer de son patient, il annonça d'un ton rassurant.

-Eh bien, ici tout va bien. Il ne me reste plus qu'à prendre votre tension, à vous ausculter et quelques petites autres trucs pas bien méchants.
-D'accord.

Une petite dizaine de minutes plus tard, il en avait fini et Peter put se rhabiller. Ils se réinstallèrent de part et d'autre du bureau.

-Côté cœur et poumons, tout va bien. Et le reste aussi. Vous avez une tension correcte, et vous m'avez l'air en forme, résuma-t-il rapidement avant de passer à un ton plus paternaliste. Concernant le problème à l'origine de cette consultation, je ne saurais que trop vous conseiller d'aplanir les choses, aussi bien avec la femme qui est dans la salle d'attente qu'avec l'homme que vous fréquentez. J'ai vu mon neveu complètement détruit par une relation avec un hétérosexuel dont il était fou amoureux, et je ne souhaite cela à personne.

-Ne vous inquiétez pas docteur, je tiens trop à lui pour lui faire du mal. Je crois que ce rendez-vous a finalement été plus bénéfique que je ne le pensais au départ. Il m'a ouvert les yeux sur ce que j'étais réellement en train de faire, avoua-t-il, et je vous en remercie, même si c'était pas le but premier de cette entrevue. Au fait, combien je vous dois?

Sutton lui indiqua le prix de la consultation, et rédigea la feuille de soins tandis que Peter remplissait un chèque. Ils s'échangèrent les papiers, et le médecin raccompagna son patient jusqu'à la porte de son cabinet. Alors qu'ils se serraient la main et se disaient au revoir, l'inspecteur confia une dernière chose à son interlocuteur.

-Saluez votre neveu pour moi, docteur, il m'a bien aidé, indirectement. Et souhaitez-lui tout le bonheur possible. Il le mérite, comme nous tous.

Sur ces quelques mots, ils se quittèrent, amusé et content d'avoir fait son travail pour l'un, et soulagé et heureux pour l'autre. Même Sonia se précipitant sur lui depuis la salle d'attente ne put entamer le sourire de Peter: sa décision était prise. Définitivement. Il ne reculerait plus. Il ne voulait pas continuer à mentir, à faire semblant de vivre une vie à deux avec Sonia, et à se construire un avenir hypothétique avec Mikaël. Il voulait vivre tel qu'il était, avec les gens qu'il aimait. Il voulait vivre tout simplement.
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19 octobre 2009 1 19 /10 /octobre /2009 19:44
Me revoilà! Bonjour à toutes et à tous! (oui, oui, je sais qu'il y a, ou au moins, il y a eu, des garçons qui passent par ici. Je crois qu'ils se reconnaîtront. ^^)

Désolée pour le faux bond de la semaine dernière. J'ai oublié, et je n'étais pas trop d'humeur. J'avais encore la tête dans ma merveilleuse soirée de samedi soir, avec pour clou du spectacle, Indochine live! Et la fin de soirée n'était pas trop mal non plus. :-p
Et aujourd'hui, même si j'ai encore la tête en plein dans Pierre Lapointe, que j'ai vu samedi soir avec une amie (c'est un artiste à voir live, ça change du tout au tout: j'ai appris à l'aimer sur scène), je fais un effort et je vous poste la suite. En espérant que vous aimerez.

Bonne lecture! =D






     Jeudi, en début d'après-midi, Stefen feuilletait tranquillement ses notes sur l'enquête, et tomba sur la programmation du concours complet du weekend. Il la parcourut des yeux, regardant rapidement quels cavaliers et quels chevaux étaient engagés, et essaya de repérer dans le tas ceux qui faisaient pour l'instant office de suspects principaux. Il jeta un coup d'œil à Peter pour voir ce qu'il faisait. Ce dernier était plongé dans le dossier d'un des cavaliers, et au vu de la page affichée sur l'ordinateur, il s'agissait de Gabriel Doscientos.

-T'as trouvé quelque chose? demanda Stefen en se rapprochant.
-Mmmh, non, pas encore. Mais hier, quand Mikaël est venu, il a par...
-Mikaël est venu chez toi? l'interrompit son collègue, le ton marquant son avidité d'anecdotes.
-Oui, il est venu chez moi, on a beaucoup discuté, point barre. Y'a rien à rajouter. Et je te signale qu'on est au bureau, le rappela-t-il à l'ordre, peu enclin de partager les quelques moments d'intimité qu'il réussissait à grappiller avec son petit ami.
-Ok, ok, je te demanderai plus rien, enfin je vais essayer, promit-il. Mais j'espère au moins que tu me diras quand tu ne seras plus vierge.
-Stefen! s'insurgea Peter, rougissant soudainement.
-Bah de toute façon, je le verrai bien, fit-il avec un sourire connaisseur. A moins que tu ne sois exclusivement actif, là c'est plus problématique pour savoir, ajouta-t-il en plissant le front.
-Stefen! On était en train de parler de l'enquête.
-Euh oui, oui. Donc tu disais, Mikaël est venu chez toi et...
-Et il m'a dit qu'il y avait un genre d'embrouille entre leur coach et Doscientos, continua-t-il. Donc je voulais vérifier.
-Et? Qu'est-ce que t'as trouvé?
-Alors effectivement, comme m'a dit Mikaël, Doscientos a eu un accident grave d'équitation il y a quelques années, d'après cet article. Hum... Alors... un journal datant de l'époque de l'accident, réfléchit-il à voix haute tout en tapotant les touches du clavier. Voilà... Gabriel Doscientos... cavalier émérite... jeune cheval du nom de Nemrod de Armouth... Ils ont de ces noms quand même les chevaux! plaisanta-t-il, avant de reprendre sa lecture en diagonale. Hum... première sortie en concours pour ce jeune étalon croisé pur-sang... Total échec... La cloche a retenti... n'importe quoi... rien fait... chandeliers... diagnostic: deux vertèbres fêlés... a déclaré ne plus vouloir monter à cheval.
-Hein? l'interrompit Stefen. Doscientos a déclaré ne plus vouloir monter à cheval?
-Ouais, c'est ce qu'il y a marqué dans l'article.
-Pourtant, il monte là. C'est sûr.
-Ouaip.

Face à ces faits nouveaux, les deux inspecteurs restèrent perplexe et se plongèrent dans un réflexion intense, à la recherche d'une explication sensée. De longues minutes passèrent, Stefen appuyé sur le bureau de son ami, fixant l'écran de l'ordinateur, et Peter faisant tour sur tour avec sa chaise. Soudain, il en arrêta le mouvement rotatif et fit plusieurs recherches dans l'ordinateur et dans ses papiers. Il trouva bientôt ce qu'il cherchait.

-Regarde Stefen, quand on l'a interrogé au tout début de l'enquête, il a bien dit s'être arrêté pendant plus d'un an pour cause de blessure. Au début, il a probablement dit qu'il ne remonterait plus, et puis, quelque chose l'a fait changé d'avis. Sûrement le fait de voir tous ses potes à cheval alors que lui restait à terre. Bref, il est remonté, mais si tu compares avant et après l'accident, il y a quelque chose qui change.
-Euh... oui? Et? Qu'est-ce que ça fait?
-Mais regarde, dit-il en tapotant l'écran. Avant l'accident, tu peux voir qu'il fait beaucoup de concours, il s'engage autant qu'il peut, et surtout, il tourne sur beaucoup de chevaux. Alors qu'après l'accident, il a recommencé doucement, mais ça c'est normal. En fait, le point important se trouve ici, affirma-t-il en montrant du doigt la liste des chevaux engagés sur les différents concours auxquels Gabriel Doscientos avait participé.

Stefen parcourut cette liste des yeux puis se rendit à l'évidence.

-Il ne sort que... quoi quatre cinq chevaux à tout casser.
-C'est ça! s'exclama Peter, comme s'il venait de résoudre une clé importante de l'enquête. Depuis qu'il a repris, il n'est sorti en concours que sur cinq chevaux. Au début, il en avait quatre. L'un d'eux a pris sa retraite, et un nouveau cheval, Sunset, est apparu dans le panel des chevaux qu'il monte. D'ailleurs, c'est un cheval qu'il partage avec Mikaël, les autres il n'y a que lui qui les monte.
-Mais avoir seulement quatre chevaux de concours, c'est pas un peu risqué? Je veux dire, si on regarde ce qu'il faisait avant et ce que font les autres, c'est pas du tout comme ça qu'ils fonctionnent.
-Ouais, et c'est pour ça qu'il fait moins de concours je pense. Mais ceux qu'il fait, il les fait bien.

Stefen réfléchit un instant à tout ce qu'il venait d'apprendre puis révéla son incompréhension à son ami.

-D'accord, on vient de montrer que Doscientos a des résultats super bons en ne montant que quatre chevaux. Qu'est-ce que ça apporte à notre affaire?
-Réfléchis deux secondes Stefen. Tous les résultats de Doscientos se basent sur une seule et unique chose: la confiance et la connaissance qu'il a de ses chevaux. Il refuse de monter en concours sur un cheval qu'il ne connaît pas, et ce d'autant plus si ce cheval a un grain, d'après ce que m'a dit Mikaël. Et vu que les drogues, peu importe lesquelles on utilise, ne sont pas réputées pour n'avoir aucun effet sur le mental et le comportement, je crois qu'on peut dire avec très peu de chances de se tromper que Gabriel Doscientos n'est pas impliqué dans cette affaire de drogue.

Le raisonnement de Peter bluffa Stefen. Certes, les quelques informations données par Mikaël l'avaient aidé à le monter, mais cette participation n'avait été que l'élément déclencheur. En quelques minutes, avec des informations qu'ils avaient pour la plupart depuis le début de l'enquête, il avait réussi à presque innocenter un cavalier. Cela mit encore plus en lumière pour Stefen l'importance de la connaissance du terrain, qu'ils avaient très peu dans cette affaire. Cependant deux choses le chiffonnaient.

-Dans l'ensemble, je suis plutôt d'accord avec toi Peter. Mais imaginons qu'il dope ses chevaux depuis très longtemps. Si c'est ça, il connaît aussi ses chevaux sous l'effet de la drogue.
-Ca tient pas deux minutes ton truc, Stefen. Les drogues vont toujours avoir une influence sur le comportement à plus ou moins long terme. Et cela peut se déclencher n'importe quand. T'as qu'à voir comment ça se passe chez les êtres humains. Alors chez les chevaux, dont on connaît pas bien les réactions face à certaines substances, je veux même pas l'imaginer. Et puis, s'il dope ses chevaux depuis longtemps, il y a un phénomène de dépendance qui se crée, et ils doivent avoir leurs doses à des intervalles réguliers, qui se raccourcissent au fur et à mesure. Je crois pas que Doscientos soit prêt à prendre le risque d'avoir un cheval en manque alors qu'il est dessus... Tiens, pour faire une comparaison bête, imagine que tu roules trop vite sur l'autoroute. Et manque de chance, t'as un accident grave, tu te fêles deux vertèbres. Hop, tu finis par sortir de l'hôpital, et question: est-ce que tu vas tout de suite re-conduire? Est-ce que tu vas même avoir le courage de monter dans une voiture?
-Non, effectivement.
-Et ensuite, continua Peter, difficile à arrêter maintenant qu'il était parti dans ses explications, si un jour, t'arrives à remonter dans ta bagnole, est-ce que tu vas dépasser les limites de vitesses?

La réponse était si évidente qu'il n'était nul besoin de la formuler.

-Et ben c'est pareil avec Doscientos. Il va pas prendre le risque d'avoir un autre accident pour une histoire de dopage. En plus, ça ne colle pas avec sa carrière, qui s'est faite très progressivement, ni avec son compte en banque. Il n'y a pas de retraits réguliers d'à peu près la même somme d'argent, que ce soit de façon directe ou indirecte. Et on peut faire une dernière vérification, conclut-il en farfouillant dans ses papiers.

Il attrapa le téléphone, tapa un numéro et parla quelques instants avec son interlocuteur, lui demandant à plusieurs reprises de confirmer ses dires. Enfin, il raccrocha, triomphant.

-Le cheval que Doscientos a envoyé à la retraite va parfaitement bien. Or on sait très bien que les sportifs qui se dopent ne vivent pas vieux.
-Bon, admettons, même si je connais pas très bien les notions de vieillesse chez le cheval. Alors comment t'expliques que plusieurs tests sont ressortis positifs pour lui?

Peter regarda aux alentours pour voir si une personne écoutait leur conversation, et fit signe à son collègue de se rapprocher.

-Justement, j'ai quelques doutes sur l'intégrité de toutes les personnes qui travaillent sur cette affaire.
-Tu penses qu'il y a une taupe?

Peter hocha la tête.

-Les résultats qu'on obtient sont trop aléatoires, d'après moi.
-Il y a quand même quelques cavaliers qui ressortent plus souvent que les autres, dont Mikaël d'ailleurs. Tu lui en as parlé?
-Ca va pas la tête?!
-Eh! Me regarde pas comme ça! C'est pour cette raison que vous vous êtes côtoyés au départ. C'est bien ce que tu m'as dit?
-Ouais, mais depuis notre relation a évolué je te rappelle, et je ne lui parle plus du tout de l'enquête. C'est quelque chose qui reste en dehors si on ne veut pas pourrir ce qui se crée entre nous.
-Hmmm... Je comprends. N'empêche que ton copain est un des suspects principaux dans cette enquête. Je te dis pas dans quelle merde profonde tu t'es fourré.
-Merci de me le rappeler Stefen. C'est pas comme si tout autour de moi au boulot ne me le rappelait pas déjà...
-Et ça te gêne pas? Je veux dire, pas par rapport au boulot, mais par rapport à toi, à ta conscience.
-Non, parce que j'ai la certitude qu'il est innocent. Je crois en lui, non seulement en tant que copain, mais aussi en tant qu'homme. Je sais que Mikaël n'est pas du genre à faire ça: le cheval représente plus que sa propre vie pour lui. Et il a beaucoup trop souffert quand il était enfant pour imposer quelque chose de similaire à un cheval, quel qu'il soit.
-Quelle belle déclaration, admira Stefen, un sourire mi-moqueur mi-heureux sur les lèvres.
-C'est ça, fous-toi de moi, je dirais rien, bougonna-t-il le temps de quelques mots. Bref, tout ça pour dire que moi, les résultats du labo, j'y crois moyen. Je m'en méfie comme de la peste. Et je me suis dit qu'on devrait faire analyser certains tubes par des labos extérieurs, totalement indépendants.
-Et comment tu veux convaincre le chef? demanda Stefen, déjà partant pour cette idée.
-Je ne veux pas le convaincre, parce que je vais pas lui dire. Au début au moins, je veux le faire en douce. Pour ne pas alerter la taupe, si taupe il y a.
-Euh... Peter, tu m'inquiètes là.
-Mais non, mais non. C'est très simple en fait.

Il se révéla que Peter avait une notion assez erronée de la simplicité. Car Stefen ne trouvait pas cela simple du tout d'aller subtiliser quelques tubes de sang et autres pots d'urines dans la tente médicale, d'autant plus que la sécurité y était importante. D'autre part, cela rajouterait à la confusion qui régnait autour de l'enquête que d'apprendre la disparition de plusieurs échantillons. Bien sûr, il y avait aussi la possibilité de se faire prendre, et ainsi de subir une mise à pied de plusieurs jours, voire semaines, ou pire, de se faire rétrograder. Mais Peter avait l'air de ne pas en tenir compte. Il avait balayé les risques d'un nonchalant: "Ca en vaut la peine." Stefen renonça alors à le convaincre de délaisser cette folie: le désir de prouver l'innocence de Mikaël était trop présent chez son ami pour qu'il soit ignoré.

-D'accord, on va essayer de faire analyser des échantillons par un labo extérieur. Mais s'il te plaît, Peter, ne commets pas d'imprudence, et jure-moi de ne pas faire ce que tu viens de proposer. Ca ne sera bénéfique ni pour toi, ni pour Mikaël.
-Et je fais quoi alors? rétorqua-t-il, amer de ne pas trouver de solution simple à son problème.
Stefen sourit et posa une main sur son épaule pour le rassurer. Puis il enchaîna sur son idée.
-Si je me fie aux racontars du service, et à ma propre vision des choses, tu fais partie de la catégorie des beaux gosses, et tu en fais craquer plus d'une ici. Et je crois que je suis pas trop mal non plus, d'après ce que j'ai entendu.
-Hein? fit Peter, assez surpris par ce nouvel angle d'attaque.
-Les murs ont des oreilles, expliqua Stefen, pensant qu'il voulait savoir d'où venaient ces informations. M'enfin bref, c'est pas l'important. Donc je disais que tous les deux, on avait des atouts physiques non négligeables, et qu'on pourrait en jouer pour convaincre une ou deux infirmières de faire quelques prélèvements de plus rien que pour nous, et cela bien sûr pour le bien de l'enquête.
-Tu veux draguer des filles pour obtenir des échantillons de sang et d'urine?
-Pour l'urine, je crois que ce sera un peu plus compliqué, mais oui, c'est l'idée.
-Et Mikaël dans tout ça? Et Nathaniel? C'est pas un peu les tromper de faire ça?
-Faut savoir faire quelques sacrifices pour obtenir ce que l'on veut Peter. Toi, tu es prêt à mettre en jeu ta carrière, moi pas. Du moins, pas autant que toi. Par contre, je suis ok pour ça, parce que d'une, complimenter une femme sur ce qu'elle porte par exemple, alors que je suis définitivement gay, j'appelle pas ça tromper. Et de deux, parce que je sais que Nathaniel comprendra. Et je pense que Mikaël comprendra aussi, surtout que c'est essentiellement pour lui qu'on fait tout ça. Et puis de toute façon, tu vas pas l'emmener boire un verre ou lui rouler un patin à la fille. Tu vas juste lui parler.
-Ok, ok, admettons. Donc le plan, c'est de draguer les infirmières, leur dire que c'est dans le cadre de l'enquête, ce qui en soi est vrai, et récupérer des échantillons. On les conserve bien comme il faut, et on les fait analyser par un labo extérieur, toujours sous couvert de l'enquête. C'est ça?
-C'est ça. Sauf qu'il va falloir répartir ça sur plusieurs concours, et sur plusieurs cavaliers, pour qu'on soit sûrs. Si jamais les résultats ne correspondent pas entre les deux labos, ça aura plus de force si on a plus d'échantillons.
-Je suis d'accord. Et pour les chevaux, on abandonne?
-Je pense. Déjà, ça me paraît plus compliqué pour avoir du sang, parce qu'ils sont beaucoup plus surveillés que les cavaliers. Et puis, je sais pas si un labo extérieur acceptera du sang de cheval, ou même si les tests sont identiques. Ouais, ouais, c'est bon, je suis nul en bio, pas la peine de te marrer.

Les deux hommes étaient enfin tombés d'accord sur un plan commun, et ils finalisaient quelques détails. Notamment les techniques de drague, car pour l'un comme pour l'autre, cela faisait bien longtemps qu'ils n'avaient plus fait du charme à une femme. Au bout d'une longue demi-heure, alors qu'ils partaient vers la machine à café pour leur pause, ils décidèrent de commencer la chose dès ce weekend, lors d'un des concours les plus importants de la saison.

-T'y vas les trois jours au concours? demanda nonchalamment Stefen en introduisant une pièce de monnaie dans la machine.
-Non. J'ai reçu un texto de Sonia ce matin me disant qu'elle avait pris rendez-vous chez le médecin pour nous deux demain à 17h30. Donc j'ai demandé au chef si je ne pouvais y aller que samedi et dimanche, et partir un peu plus tôt vendredi. Et il était ok.
-Chez le médecin? Elle t'a pas donné un nom?
-Non, rien du tout, soupira-t-il. Tout ce que j'espère, c'est que c'est pas un psy.
-Je veux pas te décourager, mais ça y ressemble bien.
-Eh merde, jura-t-il sans conviction en faisant glisser à son tour une pièce dans la fente de la machine. Et toi? T'y vas dès demain?
-Non, j'y vais que le weekend, comme toi. Nathaniel va aussi venir cette fois, même s'il va rester du côté spectateur, et qu'on va pas trop se voir, sauf le soir.
-Ah bon? Pourquoi il vient alors? Il s'intéresse aux chevaux?
-Il s'intéresse à Mikaël plutôt! précisa Stefen avec un clin d'œil. Il avait trop envie de voir à quoi ressemblait ton mec, et comme sur internet, c'est pas possible de trouver une photo de lui, sauf quand il est à cheval, il a décidé de venir voir lui-même.

Peter, d'abord étonné par la démarche de Nathaniel, finit par admettre que sa curiosité était légitime. Il en sourit et le reste de l'après-midi se déroula tranquillement.
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5 octobre 2009 1 05 /10 /octobre /2009 20:17
Vous avez de la chance, je ne suis pas d'humeur sadique ce soir! XD Sinon j'aurais coupé cette suite en deux! Niark!

Bonne lecture! =D







     Mikaël ramenait tranquillement Mousse dans son box après une petite demi-heure de marcheur. Elle ne boitait plus et semblait plutôt en forme. Elle pourrait peut-être faire une ou deux épreuves le week-end prochain selon ce que donnerait la séance montée du lendemain. Après quelques caresses, il quitta son box et il fit à peine deux pas dehors qu'il fut abordé par un Gabriel assez tendu.

-Salut Micky! Est-ce que t'as vu Spunk au paddock ce matin?
-Le grand gris pommelé qui est arrivé y'a pas longtemps?
-Ouais, c'est ça. Tu l'as vu? C'était qui dessus?
-J'ai un peu regardé, vers la fin. Je sais pas qui était dessus parce que moi quand j'y étais, c'était Ed qui le longeait.
-Il le longeait? fit Gabriel, apparemment de plus en plus anxieux. Mon dieu, mon dieu. Il m'a dit qu'il allait le faire monter aujourd'hui, mais s'il le longeait, ça veut dire que ça s'est mal passé. Je devais venir voir, mais je devais absolument sortir Jaylen sur un peu de cross.
-Il a peut-être changé d'avis en cours de route, nan? Tu sais, Ed est un peu lunatique, des fois il dit une chose et en fait une autre.
-Ouais, sauf que là, j'ai entendu dire qu'une fille était plutôt mal tombée ce matin en montant un nouveau, mais j'ai pas réussi à savoir qui.
-Ah...
-Et Ed m'a dit hier qu'il voulait que je monte Spunk ce week-end sur l'épreuve de 1m10. Il m'a déjà inscrit et tout, alors que j'ai jamais foutu mon cul sur ce cheval! J'en peux plus! Je veux pas monter sur ce taré! Paraît qu'il te jette à la moindre erreur!
-Merde...

Gabriel passait sa main frénétiquement dans ses cheveux comme pour se calmer, tout en faisant les cent pas, et Mikaël ne savait quoi dire pour le détendre. Les décisions de leur coach quant aux couples à former, aux chevaux à sortir et aux concours à faire n'avaient jamais été des plus rationnelles, mais depuis quelques mois, cela empirait. Il mettait énormément de pression sur ses deux meilleurs cavaliers, en l'occurrence Gabriel Doscientos et Mikaël Blowsworth. Si Mikaël avait pu décompresser au début de la saison en partant en Allemagne, ce n'était pas le cas de Gabriel, qui avait alors hérité de la plupart des attentes et des exigences du coach. Il commençait à être à bout moralement, et l'idée de monter un cheval qu'il ne connaissait pas pour un concours important semblait le détruire plus que de raison. Mikaël, attristé de voir ce cavalier qu'il estimait beaucoup dans une telle situation, finit par prendre une décision risquée.

-Ecoute Gabriel, je vais aller parler avec Ed, et il va te retirer de l'épreuve, d'accord?
-Arrête, tu le connais, il voudra jamais! Il veut absolument sortir ce malade mental en concours parce qu'il trouve qu'il saute bien, et qu'il est déjà sorti avec d'autres clubs. Tu parles! Il a jamais rien gagné à cause de son foutu caractère! s'énerva-t-il.
-Je te dis que j'en fais mon affaire, ok? Considère que tu ne le montes plus, moi je vais voir le coach.

Gabriel, après quelques hésitations, acquiesça, vaincu par la confiance apparente de Mikaël. Cependant, alors qu'ils allaient se quitter pour chacun vaquer à leurs occupations, un doute le prit.

-Eh Micky! l'interpella-t-il. Comment tu comptes convaincre le coach?
-Secret! fit-il en posant son index sur sa bouche.
-Attends, me dis pas que tu comptes le monter à ma place?

Gabriel lui avait attrapé le bras, énervé mais surtout inquiet de ce qui pouvait lui arriver en montant un étalon tel que Spunk. Malgré son stress, il ne voulait pas non plus se décharger de ses responsabilités et être indirectement responsable d'un accident.

-Secret, je te dis, fit-il avec un sourire tout en essayant de se dégager.

Mais la poigne de Gabriel était trop forte, et il aurait eu à répondre si la petite Anna n'était apparue à ce moment là.

-Micky! cria-t-elle du bout de l'allée. Y'a quelqu'un au téléphone pour toi! Faut que t'ailles au club-house tout de suite!
-D'accord, j'arrive!

Il adressa un sourire d'excuse à son collègue, qui se trouva dans l'obligation de le lâcher. Puis il rejoignit au pas de course la grande salle située à l'entrée du club hippique. Il salua les quelques personnes présentes, reprit un peu son souffle puis attrapa le téléphone posé sur le bar.

-Mikaël Blowsworth à l'appareil.
-Ah! Enfin j'ai réussi à te joindre!
-Peter? Mais... Mais pourquoi t'appelles ici? C'est pas...
-J'ai appelé sur ton portable plusieurs fois, mais tu répondais pas, le coupa-t-il. Je t'ai laissé un message, j'espère que t'es libre ce soir?
-Euh oui, pourquoi?
-Super! Ecoute ta messagerie et tu comprendras. Bon je te laisse, je crois deviner que t'es pas seul, donc je sais pas si c'est une bonne idée de continuer la conversation comme ça.
-Ouais, t'as raison. Je te rappelle tout à l'heure. J'ai encore des choses à faire, répondit-il, soulagé que la conversation se finisse aussi rapidement, mais aussi intrigué par le message dont il avait parlé. A plus!

Il raccrocha sans plus de cérémonie et récupéra son portable qu'il avait laissé à charger dans un coin de la salle. Il l'alluma et alors qu'il allait sortir pour avoir un peu de tranquillité, il tomba sur son coach, qui sortait du bureau.

-Ah! Coach, faut que je te parle! On peut sortir s'il te plaît?
-Je t'écoute, fit-il en le suivant à l'extérieur.
-Ok, alors voilà: j'ai parlé avec Gabriel, et je pense que c'est mieux si c'est moi qui monte Spunk ce week-end.

Surpris de l'initiative de son cavalier, il ne répondit pas tout de suite, puis protesta.

-Mais tu ne l'as jamais monté.
-Gabriel non plus. Et d'après ce qu'il m'a dit et ce que j'ai vu ce matin, ce cheval a pas l'air super bien dans sa tête. Moi ça ne me gêne pas, j'ai l'habitude de monter des chevaux tarés, et j'aime bien ça. Mais je crois pas que Gabriel arrivera à gérer ça. Il n'aime pas monter sur des chevaux qu'il ne connaît pas depuis qu'il a eu son accident. Alors si en plus ce cheval est complètement con.
-Mais il l'a surmonté, son accident! Regarde: il n'est plus du tout crispé quand il monte, il a retrouvé son niveau d'avant, et même plus, argumenta Ed, peu enclin à changer ses plans.
-Parce que ce sont des chevaux qu'il connaît! Putain coach! Il s'est fêlé deux vertèbres à cause d'un cheval qui avait un grain! Tu peux quand même comprendre qu'il ne veuille pas monter un cheval du même genre?
-Peut-être, mais il est le seul ayant un niveau suffisant pour maîtriser Spunk. Les autres se laisseront trop faire. Gabriel a la main suffisamment dure pour se faire obéir par lui dès la première fois.
-Arrête, j'ai le niveau aussi! explosa Mikaël, énervé par l'inflexible bêtise de son coach.
-Sauf que toi t'es déjà engagé sur toutes les épreuves que tu peux faire avec le maximum de chevaux.
-Dans ce cas, tu m'en retires un et je sors Spunk. Et si tu tiens tant que ça à ce que Gabriel fasse le plus de tours possibles, t'as qu'à lui donner Sunset! Je le lui laisse!
-Mikaël, ne m'oblige pas à faire quelque chose que tu n'aimerais pas, le menaça-t-il.
-Très drôle coach. Les menaces, ça ne marche pas avec moi, surtout que nous savons tous les deux très bien que tu n'as aucun moyen de pression. Sur ce, je dois y aller, j'ai des choses à faire. Mais n'oublie pas: si tu laisses Gabriel inscrit sur Spunk, je ne monte pas ce week-end.

Mikaël était rentré dans le jeu d'intimidations de son coach. Tout comme lui, ses paroles ressemblaient plus à des coups d'épée dans l'air qu'à de réelles menaces, car il ne pouvait pas se permettre de ne pas participer au concours du week-end. Mais il comptait sur la couardise d'Ed pour qu'elles aient quand même l'effet escompté: jamais il ne prendrait le risque, aussi infime soit-il, que son meilleur cavalier se retire d'une épreuve, ou pire d'un concours.

Le temps d'arriver à sa chambre pour y déposer son téléphone, il avait eu le temps d'écouter le message de Peter et un sourire joyeux s'était dessiné sur ses lèvres. Il en oublia même son altercation avec Ed. Seul l'embêtait le travail qui lui restait à faire. Il était sept heures et demi bien sonnés et il voulait partir au plus vite, mais il ne pouvait négliger ses obligations. Par chance, la solution à son problème se présenta d'elle-même à la porte de sa chambre.

-Oui entrez! ... Ah My, ça va? dit-il par habitude.
-Ouais, je t'ai appelé quand tu montais les escaliers mais tu m'as pas entendue. Y'a la nouvelle prof qui se demande pourquoi t'es pas en train de sortir Kalam.
-Raaah! Elle m'énerve celle-là à toujours être sur notre dos alors qu'on connaît mieux le club qu'elle! Dis, tu me ferais une faveur?
-Tu veux que je sorte Kalam, c'est ça?
-Et que tu nourrisses les chevaux, s'il te plaît.

Mikaël prit un air de chien battu, une moue suppliante aux lèvres et les yeux brillants. My rigola devant la mise en scène, mais n'accepta pas pour autant.

-Et pourquoi je ferais ça?
-Parce que je suis ton meilleur ami et que je sors ce soir!

Le sourire était si sincère et heureux que la raison en parut évidente.

-Peter?

Il fit un léger hochement de tête, et son sourire s'élargit encore un peu plus.

-Bon d'accord pour cette fois, mais n'abuse pas trop, hein?
-Oui, oui, bon je dois me préparer. Alors, jeans et T-shirt, ça devrait aller, dit-il en sortant des vêtements propres de l'armoire. Et puis boxer, chaussettes, et à la douche.

My, avec amusement, le regarda faire, puis se décida à sortir. Au moment où elle allait refermer la porte, elle lui rappela ce que la directrice du club avait annoncé le matin même.

-Au fait Mikaël, l'eau est coupée dans tout le club jusqu'à neuf heures. Ils doivent changer je ne sais quoi.
-Quoi? hurla-t-il en sortant à moitié défroqué de sa minuscule salle de bains.

My sourit, goguenarde, et lui fit un petit clin d'œil.

-Bon, je te laisse, Dom Juan. J'espère qu'il va apprécier ton nouveau parfum le Peter!



     Lorsque l'on sonna à la porte d'entrée, Peter se dit que lui donner un double des clefs ne serait peut-être pas superflu.

-Salut! fit-il tout sourire en ouvrant la porte.
-Salut, répondit Mikaël, un peu préoccupé. Euh... Je suis désolé pour la tenue, mais j'ai pas pu me doucher au club.

Le blond, qui se tenait encore sur le pas de la porte, remarqua alors que son petit ami ne payait pas de mine. Ou plus exactement, il avait une tenue assez folklorique. Les cheveux en bataille, quelques petits brins de paille étaient restés accrochés aux mèches. Le visage était à peu près propre, mais une longue trace de graisse venait décorer son cou, ainsi que son large T-shirt blanc, à l'effigie d'une quelconque marque. Son pantalon d'équitation noir, qui moulait parfaitement ses jambes, laissait quant à lui voir toute la poussière et tous les poils qui avaient eu la bonne idée de s'y aventurer. De vieilles baskets un peu trouées complétaient le tout.

-Je vois ça. Vas-y, entre. Tu sais où est la douche, prends une serviette propre dans le placard et fais comme chez toi. Moi je vais préparer le dîner.
-Merci, souffla Mikaël avant d'aller s'enfermer dans la salle de bains, une serviette à la main.

Pendant ce temps, Peter observa sans les voir ses courses, à la recherche d'une idée pour le repas. Il avait acheté quelques tomates, un poivron rouge et un jaune, et quelques tranches de jambon sec. Il n'avait pas vraiment fait attention lorsqu'il avait été au magasin, anticipant un peu trop sur la suite de la soirée. Mais maintenant qu'il était devant le fait accompli, il se rendait compte qu'il n'y avait pas assez à manger. En désespoir de cause, il ouvrit tous les placards un par un et finit par découvrir un paquet de tagliatelles et quelques boîtes de conserve, dont du maïs. C'était décidé: ce soir, ce serait salade de pâtes!

Tandis que les pâtes cuisaient à feu moyen sur le gaz, Peter préparait les légumes. Il avait déjà mis les tomates en petits quartiers, lavé les poivrons et étaient en train de les couper lorsqu'une tranche de poivron jaune disparut sous ses yeux.

-C'est quoi ce truc? demanda Mikaël, qui venait de sortir de la salle de bains, les cheveux encore trempés par la douche.

Il tenait devant ses yeux la tranche de poivron jaune et l'observait avec circonspection.

-C'est du poivron, répondit Peter en reprenant la tranche.
-Mais c'est jaune! protesta-t-il en prenant une autre tranche que celle que Peter avait dans la main.
-Et alors?
-Bah je croyais que c'était rouge le poivron, moi.

Peter ouvrit grand les yeux devant cet aveu d'ignorance, puis sourit avec bienveillance: ces quelques mots révélaient à quel point leurs vies avaient été différentes jusqu'à ce jour.

-Eh non, il y en a du rouge, du jaune, du orange, et du vert aussi je crois. T'en as jamais mangé avant?
-Hum... réfléchit-il. A la maison, c'était que des légumes en conserve ou presque. Chez My, on n'en mangeait pas parce que son père n'aimait pas ça. Quand j'ai vécu tout seul, j'étais pas très doué pour la bouffe, alors je ne prenais que ce que je connaissais au supermarché. Et puis au club, c'est pas un restaurant quatre étoiles, alors voilà.
-Tiens, tu veux goûter et comparer? demanda-t-il en lui tendant une tranche de poivron rouge.

Mikaël la prit, mordit dedans, mâcha un instant puis fit de même avec la tranche de poivron jaune.

-C'est quasiment le même goût, non?
-Ouais, mais ça fait joli d'avoir plusieurs couleurs?

Les deux hommes se regardèrent puis éclatèrent de rire. Quelques minutes plus tard, le dîner était prêt et ils passèrent à table. Ils mangèrent tranquillement, à discuter de choses et d'autres, et à rire de trivialités. L'un et l'autre ne pensaient à rien sinon à l'instant présent et ils en savouraient la délicieuse saveur sucrée, qui n'était pas sans rappeler les sorbets framboise-citron qui faisaient office de dessert. Une fois les assiettes léchées jusqu'au point qu'elles semblaient propres, ils débarrassèrent et firent la vaisselle: Mikaël, n'ayant pas peur de se salir les mains, à la plonge, et Peter à l'essuyage. Puis, fatigué, Mikaël alla s'installer sur le canapé, et ferma les yeux, tandis que son compagnon rangeait assiettes, saladier et couverts. Ce dernier arriva ensuite derrière son amant, passa des mains caressantes sur ses épaules, et les croisa au milieu de son torse. Il déposa un baiser amoureux sur sa joue et sur son cou, avant de s'attarder un instant à observer son visage aux traits tendus, même s'il semblait dormir, à se reposer ainsi les yeux fermés.

-Est-ce que ça va Mikaël?
-Mmmh... Pourquoi?
-Tu m'avais l'air un peu stressé en arrivant. Et là t'as l'air complètement crevé. Mais plus crevé moralement que physiquement.
-... Tu sais analyser les gens, fit-il avec un sourire tout en ouvrant les yeux. C'est rien de bien grave. Juste le coach qui demande beaucoup trop de Gabriel. Il veut lui faire monter un cheval taré alors que Gabriel a eu un accident grave à cause d'un cheval comme ça. Et que depuis il refuse de monter sur ce genre de chevaux. Bref, le coach lui met trop de pression, sur lui et aussi sur ses autres cavaliers en général. Mais j'ai pas trop envie d'en parler, conclut-il en se frottant les paupières comme pour se réveiller.

Peter accepta et respecta ce désir de silence de Mikaël. Il l'avait déjà brusqué une fois pour parler, il n'allait pas recommencer au risque de détruire la relation qui se construisait entre eux. Il y tenait trop. Il attendrait le plus patiemment possible qu'il se confie à lui comme un amant se confierait à celui qu'il aime: sans complexe et sans pudeur, juste avec confiance.

-Dis, ça te dirait une partie de Trivial Pursuit? demanda soudain Peter, se disant que le jeu reléguerait au fond de son esprit les soucis de son compagnon.
-Why not? T'as de quoi jouer ici?
-Ouais, ouais, t'inquiète pas!

L'inspecteur afficha un grand sourire tout en sortant la boîte violette d'un placard: il avait toujours été doué pour ce jeu là et avait pas mal de culture générale. Il était rare qu'il ne finisse pas premier.

Ils poussèrent la table basse de devant la télé et s'installèrent sur le tapis beige, un peu années 70, qui se trouvait au pied du canapé.

-Alors? Quel camembert Mikaël?
-Euh... Passe moi le bleu là.
-Ok, je prends le rouge.

Ils installèrent les deux camemberts au centre de la planche de jeu, et commencèrent à lancer les dés. Les questions défilèrent et Mikaël semblait en difficulté face à Peter: un seul quartier contre quatre.

-Alors Mikaël! Tu joues pour un camembert, annonça Peter d'un ton solennel si exagéré que le plus jeune éclata de rire. Es-tu bien concentré? As-tu bien rassemblé tous tes neurones?
-Oui, oui, monsieur l'inspecteur, allez, poursuivez l'interrogatoire! Quelle est la question?
-Catégorie "Arts et littérature", une facile en plus, quelle est la souris la plus célèbre des Etats-Unis?
-Je sais! s'écria-t-il. Mickey Mouse!
-Correct! Et un camembert de plus pour toi.
-Eh eh, je te rattrape, fais gaffe que je ne vienne pas te botter le cul, rigola-t-il tout en tirant les dés. Alors, pouf, pouf, pouf, je suis là. Encore arts et littérature, j'ai pas de chance, j'aime pas ça.
-Alors, voyons voir, une difficile cette fois-ci! Dans les années 1990, quel auteur américain a été récompensé du prix Nobel de Littérature? Petit a, Toni Morrison. Petit b, Joseph Brodsky.
-Biiiiiiiip! Je donne ma langue au chat, je ne sais pas.
-Tu ne veux pas savoir les autres propositions?
-Non, puisque j'en ai aucune idée, et que juste là maintenant, ça me fait chier de deviner. Bon, à toi de jouer, allez hop, je tire pour toi, annonça-t-il en prenant le dé et en le lançant.

Celui-ci se glissa sous le canapé et pendant les quelques secondes que Mikaël mit à aller le chercher, Peter eut une vue plongeante sur son dos, sa chute de reins et ses fesses, ce qui le fit fortement rougir.

-Ca va Peter? T'es tout rouge? fit Mikaël en ressortant de dessous le canapé.
-Toi aussi, t'es tout rouge, répondit-il, ne trouvant aucune excuse, et le brun étant réellement rouge du sang qui lui était monté à la tête durant cette expédition à ras de terre.
-Ah ouais, c'est vrai, j'ai un peu chaud. Bon, t'as fait cinq. Alors pif, paf, pouf, ça te met là, et cette fois-ci, c'est "Il était une fois"! Alors, alors, alors, question pour un camembert: quel est le premier état américain à avoir légalisé le mariage homosexuel? Le Connecticut, l'Iowa, le Massachusetts ou le Vermont?

Pris dans le feu du jeu, ils firent abstraction du fait que cette question pourrait les concerner directement dans un avenir plus ou moins proche, et Peter mit toute son ardeur à essayer de trouver la bonne réponse.

-C'est le Vermont! Attends, non, non, je suis pas sûr. J'hésite maintenant. C'est quoi la question? Ils disent mariage ou union civile?
-Ils disent mariage.
-Ah merde! Pour l'union civile, je suis sûr que c'est le Vermont. Au moment où ça allait passer, je suis allé dîner chez mes parents, et on a eu une discussion plutôt houleuse sur le sujet. Au final, j'ai réussi à convaincre ma mère que c'était tout à fait légitime de la part des homosexuels de réclamer une telle loi, en vertu de l'égalité pour tous notamment. Mais mon père a fait sa tête de mule, comme toujours. Il refuse d'admettre qu'il a tort devant les autres, donc je suppose qu'après y avoir re-réfléchi, il a fini par se ranger du même côté que ma mère...
-Mmmh... marmonna Mikaël, un peu gêné par ces confidences familiales. Mais tout ça ne nous dit pas quel est le premier état à avoir légalisé le mariage homosexuel.
-Allez, je table sur le Vermont! s'exclama-t-il en rigolant.
-C'est votre dernier mot, Peter MacLean?
-Oui, c'est mon dernier mot, Mikaël Blowsworth.
-Eh bien eh bien, fit-il en imitant le roulement de tambour en tapotant sur le tapis, c'est.... perdu! Retente ta chance!
-Raaaah! C'était le Massachusetts?

Mikaël hocha la tête, goguenard de voir enfin l'inspecteur perdre, puis il se leva et se dirigea vers la cuisine.

-J'ai soif, je vais me prendre un verre de grenadine. Tu veux quelque chose?

Il n'entendit aucune réponse mais ne s'en inquiéta pas. Il lui redemanderait après avoir bu. Mais alors que, penché légèrement au-dessus de l'évier, il buvait à grandes gorgées l'eau légèrement aromatisée et sucrée, deux mains se glissèrent sous son T-shirt. La surprise fut telle qu'il avala de travers la dernière gorgée.

-Je te fais tant d'effet que ça? demanda malicieusement Peter une fois que la toux violente de Mikaël se fut calmée.

Le cavalier sourit au mur, puis se retourna pour faire face à son blond de petit ami. Comme toujours lorsqu'ils étaient seuls tous les deux, Mikaël se sentait décomplexé, totalement et entièrement lui, un nouveau lui qu'il ne connaissait pas encore mais qu'il se plaisait à découvrir chaque jour. Et ce soir-là, il avait envie de lui montrer son vrai lui, et de lui faire sentir qu'ils étaient seuls sur Terre. Qu'ils pouvaient dire merde à l'extérieur car le monde d'en dehors n'existait plus pendant quelques heures. Car il se doutait bien de la raison qui avait poussé Peter à le joindre si urgemment. Une raison bien trop féminine. Une raison qui le stressait de façon irraisonnée.

-Si tu me fais tant d'effet que ça? reprit-il en le regardant droit dans les yeux, son sourire ne quittant pas ses lèvres. Bien plus que ça, souffla-t-il tout contre sa bouche avant de l'embrasser.

Peter y répondit sans hésiter et posa ses deux mains sur le visage du cavalier, avant de les passer dans ses cheveux, pour les triturer délicieusement. Mikaël, quant à lui, avait posé ses mains dans le creux des reins de son homme, et ne faisait que mouvoir ses doigts de quelques millimètres, dans une caresse imperceptible. Puis, alors qu'ils avaient cessé le baiser quelques instants pour se sourire, Mikaël retira ses mains du dos de Peter pour monter sur le bord de l'évier. Maintenant assis en équilibre, les jambes dans le vide d'un côté, les fesses à une petite distance du métal mouillé de l'autre, Mikaël dominait enfin Peter de plusieurs centimètres. Ainsi, il n'aurait plus à se mettre sur la pointe des pieds pour l'embrasser. Ce serait beaucoup plus simple, et pour se confirmer à lui-même ses dires, il éprouva sa nouvelle position aussitôt. Au vu du baiser de plus en plus vorace qu'ils partagèrent, et du fait que Mikaël faillit se retrouver le cul trempé à cause des avances un peu trop poussives du plus âgé, monter s'asseoir sur l'évier n'était pas une si mauvaise idée que ça. La prochaine fois, il éviterait juste d'avoir le robinet enfoncé dans le dos.

Pendant le baiser, les mains de Mikaël s'étaient tranquillement re-positionnées derrière sa nuque, tandis que celles de Peter ne tenaient pas en place. Après avoir exploré la chevelure brune, elles s'attaquèrent au dos, en passant sur la nuque. Elles firent quelques incursions de repérage sur le torse, et enfin, elles descendirent jusque sur les fesses, qu'elles caressèrent un instant, goûtant avec délice leur forme et leur fermeté. Puis elles les empoignèrent et le baiser cessa brusquement.

Peter accrocha le regard de Mikaël, et dans ses yeux verts, quelques étincelles d'amusement y firent apparaître un reflet bleu.

-Mikaël, question "Divertissement": lorsqu'un homme vient de chauffer à fond son copain sur la paillasse de la cuisine, que se passe-t-il ensuite?
-Il se passe que cela se finit au lit, répondit-il avec le même amusement au fond de ses yeux marrons.
-Je crois que tu viens de gagner un camembert Mikaël.
-T'es sûr?
-Certain!

Mikaël rigola avant de l'embrasser dans le cou. Puis il le repoussa et lança un regard éloquent vers une porte entrouverte, qui laissait voir un lit double aux draps beiges. Il descendit de l'évier et rejoignit son homme, qui s'était avancé à reculons vers la chambre, ne voulant pas le quitter des yeux. Quelques mètres plus tard, ils se retrouvaient tous deux allongés sur le lit, côte à côte, main dans la main. Le silence haletant, tendu des plaisirs à venir, fut rompu par Peter, qui fit remarquer, la voix heureuse.

-Tu ne boîtes plus du tout, n'est-ce pas?
-Plus du tout du tout. Je suis même prêt à remonter n'importe quand! s'exclama-t-il en basculant sur le côté et en s'asseyant sur les hanches du blond, un sourire éclairant son visage.
-Je vois ça! rit-il, alors que Mikaël enlevait son T-shirt et l'envoyait balader à l'autre bout de la pièce.

Les deux amants s'endormirent bien plus tard, satisfaits et bienheureux.
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28 septembre 2009 1 28 /09 /septembre /2009 20:48
Bonsoir, bonsoir,

Je sens que tous mes lundis vont être crevants à mourir, alros ne m'en voulez pas si parfois j'oublie de poster. ;-)
Sur ce, je vous laisse déguster les fameuses retrouvailles entre Peter et Sonia! XD

Bonne lecture! =D






     Assis en tailleur, Peter était confortablement installé sur le canapé du salon. A la main, il tenait un livre de poche corné et abîmé par de trop nombreuses lectures. C'était Stefen qui le lui avait prêté, disant que cela pourrait l'intéresser, et il n'avait pas eu tort. Peter était plongé dedans depuis qu'il était rentré, après avoir déposé Mikaël près du club hippique. Cela lui permettait non seulement de se distraire, mais aussi de tenir son esprit occupé, et de l'empêcher de ressasser de trop bons souvenirs, qui ne reviendraient pas de sitôt.

Il était vingt et une heures passées d'une dizaine de minutes lorsqu'il entendit la porte d'entrée s'ouvrir et se refermer. Mais trop accaparé par le récit, il ne se déplaça pas pour accueillir Sonia, qui venait de rentrer de son voyage scolaire. Celle-ci, étonnée de ne pas trouver son homme lui souhaitant un bon retour à la maison, traversa rapidement le hall pour jeter un œil au salon, où elle le découvrit, toujours assis en tailleur sur le canapé. Amusée par ce tableau, elle le contempla pendant quelques minutes sans rien dire, puis alluma la lumière: la petite lampe de la table basse que Peter avait allumée ne suffisait absolument pas à éclairer la pièce. A ce changement soudain de luminosité, le jeune homme releva la tête et sembla enfin se rendre compte du retour de sa compagne.

-Ah, salut. T'es rentrée?
-Comme tu vois, répondit Sonia d'un ton doux, voyant qu'il n'était pas encore tout à fait dans la réalité. C'est quoi ce que tu lis?
-Les Chroniques de San Francisco, dit-il en montrant la couverture. C'est Stefen qui me l'a conseillé, et franchement, j'adore.
-Stefen? C'est qui? releva-t-elle.
-Un collègue, fit-il évasivement alors qu'il essayait de se replonger parmi les pages couvertes de mots.
-Et qui a écrit ce bouquin tellement passionnant que tu peux pas le lâcher deux secondes?

Elle s'assit à côté de lui, un léger sourire aux lèvres. Elle commençait à être un peu énervée du manque d'intérêt manifeste de Peter à son égard, mais tenta de le cacher, espérant que cela se résoudrait bientôt. De plus, cela ne lui ferait pas de mal de s'intéresser à ce que lisait son compagnon, estima-t-elle.

-Alors? C'est qui l'auteur? reprit-elle puisqu'il n'avait pas répondu.

Il leva le livre sur le côté pour qu'elle puisse voir son nom sans qu'il ait à interrompre sa lecture.

-Armistead Maupin... Ca me dit vaguement quelque chose...

Peter approuva d'un "Hmmm" révélateur.

-Dis Peter, tu pourrais au moins me regarder quand je te parle. Et lâcher deux secondes tes foutues Chroniques de San Francisco! Ca fait une semaine qu'on s'est pas vus, et quand je rentre, toi qu'est-ce que tu fais? Tu bouquines! s'exclama-t-elle dans un mouvement d'humeur.

Surpris, il sursauta et reposa précipitamment le livre sur la table basse sans même prendre le temps de marquer la page. Puis il adressa un regard d'excuse à la jeune femme, et un petit sourire timide, sachant qu'elle résistait difficilement lorsqu'il prenait cette attitude. Il avait envie de passer une soirée tranquille, et c'était le meilleur moyen pour ne pas provoquer de dispute.

-Désolé, j'étais un peu trop pris dans l'histoire. Au fait, tu as mangé?
-Oui, on avait des sandwichs pour le voyage. Et toi?
-Ouais, j'ai grignoté un truc tout à l'heure. J'avais pas très faim.

Le silence retomba entre eux et Peter s'était décidé à reprendre ses Chroniques lorsque Sonia éleva la voix.

-T'as passé une bonne semaine?
-Ouais, super! s'enthousiasma-t-il. J'ai fait plein de trucs, j'en ai découvert pleins d'autres, et j'ai bien avancé dans mon boulot. Bref, super bonne semaine. Et toi?

Elle laissa passer quelques secondes avant de répondre, digérant peu à peu ces paroles.

-Moi... Pour résumer, un gamin m'a vomi dessus dans le car, un autre m'a fait prendre un bain forcé dans la rivière, mes migraines sont revenues, et tu m'as énormément manqué. Mais à part ça, tout va bien.

Peter comprit d'un coup l'erreur qu'il venait de faire, et pour couper court à toute possible interrogation, il s'approcha d'elle, la prit dans ses bras et déposa un baiser sur le haut de son crâne.

-Désolé... Ca va mieux? Tu as pris tes cachets pour tes migraines?
-Oui. J'ai encore un peu mal, mais maintenant que t'es là, ça va aller mieux, affirma-t-elle en l'enlaçant à son tour.

Ils restèrent ainsi quelques minutes, jusqu'à ce que Sonia bouge un peu pour pouvoir atteindre son cou de ses lèvres. Dès que cela fut possible, elle y déposa un baiser, puis un autre, et encore un autre, remontant peu à peu vers l'oreille de Peter. Celle-ci atteinte, elle souffla un peu dessus, mordilla doucement le pavillon, puis continua son exploration de baisers vers les yeux. Elle baisa les deux paupières, avant de descendre du bout de la langue l'arête du nez. Elle ne s'arrêta qu'à la lèvre supérieure, qu'elle entreprit de re-dessiner, et enfin, elle posa ses lèvres contre celles de son homme.

Peter, qui jusque là avait évité de répondre aux probables attentes de Sonia, ne sut comment réagir lorsqu'il fut embrassé. Devait-il l'embrasser à son tour? Ou pas? S'il restait stoïque, Sonia trouverait cela bizarre, il en était certain. En général, il refusait rarement ce genre d'avances, surtout après avoir été séparés pendant plusieurs jours. Mais d'un autre côté, il n'avait pas très envie de rentrer dans le jeu de la jeune femme. Il ne se sentait pas d'humeur pour lui faire l'amour, puisque c'était certainement là où elle voulait en venir. Par contre, quelques câlins... pourquoi pas? se dit-il. Alors il entrouvrit les lèvres pour permettre aux deux langues de se retrouver et de commencer à jouer ensemble. Ce ne fut que lorsqu'elles se touchèrent qu'il réalisa ce qu'il venait de faire. L'image de Mikaël souriant s'imposa dans son esprit, vite remplacée par celle d'un Mikaël en larmes, prostré dans leur lit du petit appartement new-yorkais. Il eut un haut-le-cœur et repoussa brusquement Sonia.

-Euh... Désolé, je me sens pas très bien. Je vais me coucher, annonça-t-il sans oser la regarder dans les yeux, de peur qu'elle ne devine ce qu'il cachait.

Il se leva immédiatement et quelques secondes plus tard, il s'enferma dans la salle de bains, pour se passer un peu d'eau sur le visage et se préparer à se mettre au lit. Lorsqu'il en sortit, Sonia avait déjà passé sa nuisette et attendait tranquillement que la place se libère. Elle lui colla un baiser sur la joue et lui conseilla d'aller s'allonger, mais de ne pas s'endormir, car elle avait une surprise pour lui. L'esprit encore chamboulé par la vision de Mikaël en pleurs, il acquiesça sans trop y prêter attention, et se glissa sous la couette. Un peu plus tard, elle s'y glissa à son tour, apparemment plus fraîche et dispos. Elle s'approcha doucement de lui, cala sa tête dans le creux de son cou et posa sa main sur son torse, recouvert d'un T-shirt cette nuit là.

-Ca va mieux, chéri?
-Hmmm...
-Tant mieux...

Sa main délicatement commença à tracer un chemin tortueux parmi les plis du tissu, mais un grognement l'interrompit. Sonia releva la tête et regarda avec circonspection Peter, qui avait fermé les yeux, s'enfermant dans quelques souvenirs. Elle lui déposa un baiser au coin des lèvres.

-Peter... J'en ai vraiment envie... murmura-t-elle à son oreille, tentant d'être sensuelle.

Il ouvrit les yeux, lui lança un regard, mélange de dégoût et de pitié, puis refusa sa proposition avec le plus de diplomatie possible.

-Sonia, je ne me sens pas bien, je t'ai dit. Je sais pas si je serais capable de grand chose ce soir.
-T'avais pourtant l'air bien tout à l'heure, avant que je t'embrasse...

Le ton était acide, presque accusateur. Pourtant Peter n'en ressentit aucune culpabilité: d'instinct, il savait qu'il ne pourrait rien faire avec Sonia ce soir là. Mikaël était encore bien trop présent dans son esprit. Il voulait garder toutes ses sensations avec lui le plus longtemps possible.

-Sonia... soupira-t-il.
-Allez... Si tu veux, tu me laisses tout faire. Que dirais-tu de... ça? demanda-t-elle malicieuse, alors que l'une de ses mains descendait sous son boxer.
-Je vais dormir dans le salon.

Il se dégagea brusquement, attrapa son oreiller et alla pour sortir du lit lorsqu'il fut arrêté par une main agrippée à son T-shirt.

-Excuse-moi... Tu peux rester, je vais me taire et dormir.

Peter ne mit pas sa parole en doute, préférant largement dormir dans son lit que sur le canapé. Au pire, ce n'était que partie remise. Il se rallongea sans dire un mot, et après quelques minutes, sa respiration se fit régulière. Sonia se rapprocha alors de lui et passa un bras par dessus sa taille. Au contraire de son compagnon, elle ne réussit pas à s'endormir tout de suite et passa un long moment à réfléchir. L'attitude de Peter l'intriguait, mais surtout elle avait été vexée qu'il ait passé une super semaine sans elle. Après une longue réflexion et de perverses divagations de son esprit, elle se résolut à lui montrer qu'il aurait pu passer une meilleure semaine si elle avait été près de lui.



     -Sonia, je peux savoir ce que tu comptes faire? l'interrogea Peter, soucieux de la suite des événements.

Alors qu'après une dure journée de travail, comme tous les lundis ou presque, il avait imaginé se reposer en lisant dans le canapé, Sonia lui avait enlevé Les Chroniques de San Francisco des mains pour le poser par terre. Puis elle lui était montée sur les cuisses, le dominant ainsi d'une courte tête.

-Je compte profiter de mon homme, répondit-elle, un sourire aguicheur au visage.

Elle défit le col de sa chemise, puis la déboutonna lentement, déposant un baiser sur chaque partie de peau mise ainsi à nu.

-Mais... voulut-il protester, sans trouver de prétexte valable si ce n'est qu'il n'en avait pas envie.
-Ssssch... Pas d'excuse cette fois-ci... fit-elle d'un ton doux alors que ses yeux louchaient sur ses lèvres, qu'elle embrassa avidement la seconde suivante.

Peter répondit tant bien que mal au baiser, surpris par l'ardeur, voire l'agressivité, qu'elle y mettait. Elle semblait vouloir marquer sa possessivité sur lui, et il fut impuissant à l'en empêcher. Après un temps qu'il trouva excessivement long, elle lui lâcha les lèvres pour mieux les reprendre ensuite, s'amuser avec elles et finir par les quitter pour aller explorer sa mâchoire. Le temps d'arriver à l'oreille, elle avait réussi à déboutonner toute la chemise et ses mains se faisaient de plus en plus baladeuses, sans pour autant franchir la limite de la ceinture. Peter, quant à lui, avait posé ses mains sur les cuisses de sa compagne et les laissa là durant tous les préliminaires. Il ne souhaitait pas participer, et espérait de tout cœur qu'elle arrête. Alors il n'allait certainement pas l'encourager. Mais cela fut peine perdue: la nuit tombante avait plongé la pièce dans la pénombre et cela excita un peu plus Sonia, qui commença à déboucler la ceinture de Peter. Comme elle semblait avoir un peu de mal, il prit les choses en main: plus cela se prolongeait, plus il se sentait mal et plus il voulait en finir. Alors autant faire les choses à sa manière pour éviter le pire, conclut-il.

Il la souleva et l'allongea sur le canapé, puis lui enleva son chemisier et son pantalon. Ensuite, il descendit et retira son propre pantalon ainsi que son boxer, avant de se coucher sur elle. Il essaya de l'embrasser comme il en avait l'habitude, mais la passion dont il avait pu faire preuve avec Mikaël était comme paralysée au fond de lui, refusant de se dévoiler. Il fit son possible pour ne pas y penser, pour ne pas les comparer, et se concentra sur les caresses qu'il lui procurait. Sur la poitrine, doucement, en l'effleurant, puis sur le flanc, encore plus doux, comme une plume. Passer sur le nombril, puis remonter entre les deux seins. Passer quelques doigts sous le soutien-gorge, les retirer avant d'aller jusqu'au bout. Explorer l'épaule, passer dans le dos. Lui faire comprendre qu'il voulait dégrafer son haut, le faire. L'enlever, et le laisser tomber par terre. Puis masser ces deux globes de chair maintenant nue. L'embrasser elle, puis les embrasser eux. Elle adorait ça, il la sentit frissonner.

Puis descendre à coup de baisers jusqu'au nombril, le lécher, puis descendre encore plus bas. Jusqu'à la culotte. Jusqu'à la jolie culotte sexy qu'elle avait mise pour l'occasion. En attraper les bords avec ses mains, la faire descendre le long des cuisses, la faire glisser sur les chevilles pour l'enlever définitivement. L'entendre gémir alors qu'elle attendait la suite. Alors qu'il se rendait compte que ce qu'il avait sous les yeux n'était pas ce qu'il voulait voir en cet instant. En faire abstraction, ne plus rien penser. Vider son esprit et embrasser les lèvres déjà humides qui se présentaient à lui. Les embrasser encore et encore, les titiller, les lécher, enfoncer sa langue dans les replis, et oublier les gémissements beaucoup trop aiguës pour être ceux d'un homme. Pour être ceux de Mikaël. Puis enfin quitter ce sexe trop féminin pour remonter jusqu'à la bouche et embrasser d'autres lèvres. Lui sourire en faisant disparaître son mal tout au fond de lui, éviter que cela ne soit trop visible. L'embrasser de nouveau. Et lui chuchoter quelques mots, quelques mots qu'elle n'aimerait pas mais nécessaires.

-T'as une capote?
-C'est bon, je prends la pilule, dit-elle dans un sourire, la voix chaude du plaisir déjà ressenti et de celui à venir.
-Sonia... Tu l'oublies une fois sur deux.
-Mais Peter... Je veux avoir....
-T'as une capote oui ou non? il la coupa, espérant ainsi mettre fin à cette mascarade, car s'il avait fait en sorte qu'elle ne s'en rende pas compte, lui le savait.
-Dans la poche arrière de mon jeans.
-Merci, souffla-t-il.

Il se pencha à l'extérieur pour chercher le fameux morceau de latex, et elle constata soudain l'évidence.

-Tu ne bandes pas?

Il fit semblant de ne pas entendre et attrapa finalement le carré bleu métallisé qui renfermait le préservatif.

-Attends, je vais t'aider, proposa-t-elle alors qu'il se re-positionnait sur elle.
-Laisse-moi! Je sais quand même le faire tout seul, fit-il, énervé d'être mis à jour, et se soustrayant d'un coup de reins à ses mains exploratrices. Rallonge-toi, je m'occupe de tout.

Peter la vit obéir sans un mot, mais avec un regard légèrement inquiet. Il voulut fuir à toutes jambes. Ce n'était pas là qu'il avait envie d'être. Mais il ne pouvait rien faire sinon se soumettre, alors il l'embrassa encore une fois. Il oublia la texture du rouge à lèvres, et essaya de se rappeler de la sensation des lèvres de Mikaël, plus sèches, sur les siennes. Il cessa de respirer son parfum pour humer l'odeur plus masculine du cavalier. Il se boucha les oreilles pour entendre les intonations joyeuses d'une voix grave qu'il chérissait déjà. Il remplaça les lignes douces que sa langue suivait par des lignes plus brutes, plus fermes, les muscles saillant sous la peau. Enfin, il ferma les yeux pour effacer ce salon et ce canapé de son esprit. Pour être dans son deux pièces de New-York, dans la chambre, sur le lit, et sous lui son cavalier. Celui auquel il ne cessait de penser. Celui avec lequel il sortait. Celui qu'il voulait embrasser. Celui qu'il voulait caresser. Celui qu'il voulait entièrement. Celui qu'il voulait tout court. Et cela se vit.

Sonia, se relevant un peu sur les coudes, sourit avec envie devant cette vision. Elle attrapa prestement le préservatif qui reposait à côté de ses hanches, en déchira l'emballage et susurrant un "Enfin" rauque à l'oreille de Peter, le lui enfila. L'homme d'un coup ouvrit les yeux et sortit de sa rêverie. Il se raccrocha désespérément à ses souvenirs, à ses quelques sensations qui disparaissaient peu à peu, mais ce fut inutile: le vernis ornant les mains qui caressaient avec plaisir son sexe le fit retomber dans l'oppressante réalité. Au sens figuré comme au propre. Si cela continuait, il devrait prendre du viagra avant de rentrer chez lui, eut-il le temps de penser avant d'avoir les oreilles envahies des indignations de Sonia.



     Le lendemain, le scénario se répéta presque à l'identique. Sonia fut cette fois-ci un peu plus patiente avec Peter, tenta de le "stimuler" comme elle le disait elle-même, avant d'abandonner devant son manque de réaction et sa mauvaise volonté évidente. Elle voulut discuter avec lui, mais il ne répondit que par monosyllabes, n'ayant absolument pas envie de lui exposer ce qui le tracassait. Alors la dispute éclata et il finit par dormir dans le salon après quelques insultes bien senties de la part de sa compagne.

Mercredi, il envoya paître chacun de ses collègues au bureau tellement il était irritable. Seul Stefen réussit à l'approcher sans déclencher ses foudres. Il parvint même à le faire sourire. Un peu tristement certes, mais c'était un sourire avant tout. Le soir-même, alors qu'ils se quittaient sur le trottoir pour chacun rejoindre leur voiture et rentrer chez eux, Stefen osa une constatation.

-Y'a quelque chose qui ne va pas Peter avec toi aujourd'hui...

Il attendit avec appréhension le hurlement de colère qui devait s'abattre sur lui. A la place, ce fut une voix morne et sans joie qui lui parvint aux oreilles.

-Sonia me fait chier...

Il laissa passer quelques secondes à admirer ses chaussures avant de reprendre sur le même ton.

-J'ai envie de tout foutre en l'air.

Stefen esquissa un sourire, posa sa main sur l'épaule de son ami avant de lui murmurer un conseil à l'oreille.

-Dans ce cas, fais-le bien...

Puis il partit, laissant seul Peter, qui réalisa de longues secondes plus tard ce qu'il venait d'entendre. Perturbé par ces quelques mots, il se trompa deux fois de voiture avant de trouver la sienne, et lorsqu'il referma la porte sur lui, il eut l'agréable impression d'avoir laissé ses soucis dehors. Il avait soudain l'esprit plus clair et ce qu'il devait faire s'imposa à lui. Quitte à tout foutre en l'air, il fallait le faire bien, Stefen avait raison.

Il sortit son portable et tapota rapidement un numéro dessus. Chanceux, il tomba directement sur la messagerie.

-Allô Sonia? C'est moi Peter. Je rentre pas ce soir, je sors avec un pote. Je dormirai dans mon appart'. Je vais certainement éteindre mon portable, donc t'étonnes pas si t'arrives pas à me joindre.

Il raccrocha, le cœur léger et le sourire aux lèvres. Puis il tripota quelques touches et mit le numéro de Sonia dans les numéros indésirables. Il tripota encore quelques autres touches et tomba dans son répertoire, à la lettre M.
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21 septembre 2009 1 21 /09 /septembre /2009 19:00
Je suis tellement fatiguée et out, que je n'aurais qu'une seule chose à dire: bonne lecture! ;-)






     Mikaël était rentré chez lui, dans cette petite chambre aux murs blanc cassé, située au dessus du manège. Il avait retrouvé sans joie son lit, son placard et la petit table installée sous la fenêtre. La minuscule salle de bains lui avait réservée une jolie surprise pour son retour, en l'accueillant avec une odeur de renfermé et des moisissures à différents endroits. Alors avant même de défaire ses affaires, il décida de remettre de l'ordre dans ces quelques mètres carrés qu'il occuperait pour encore plusieurs mois certainement. Il prit ses draps et les descendit jusqu'au club house, où il les déposa dans le grand bac à linge sale. Puis il fouilla dans la réserve à la recherche d'un set de draps propres, et après avoir tout retourné, il trouva deux taies d'oreiller, une housse de couette et une alaise. Ce n'était pas assorti mais Mikaël n'en eut cure: c'était propre et c'était tout ce qui comptait. En ressortant, il attrapa un balai qui traînait par là, ainsi qu'une balayette.

Il revint dans sa chambre les bras chargés et posa toutes ses trouvailles sur son matelas. Il attrapa sa couette et la fit pendre par la fenêtre, pour l'aérer un peu. L'odeur de cheval y était trop bien imprégnée pour qu'elle la perde mais au moins, elle sentirait un peu plus frais. Ensuite, il voulut s'occuper de son matelas, mais réalisa qu'avec toutes les affaires posées dessus, il ne pouvait pas. Alors il repartit vers le club house. Il y trouva du cif, une vieille éponge, quelques serpillières, plusieurs chiffons, une grosse boîte de mouchoirs, du spray anti-acarien, du liquide vaisselle et un grand seau. Ainsi armé, il retourna à sa chambre. Il nettoya d'abord la petite table avec du cif, et après l'avoir bien essuyée, il posa les draps propres dessus. Il sortit le matelas de son sommier et le traîna dans le couloir. Là, il l'aspergea des deux côtés du produit anti-bêtes en tout genre qu'il avait récupéré, et le laissa ainsi reposer à l'extérieur de sa chambre. Le couloir empesterait à cause de ça, mais ce n'était pas très grave: il y avait sans cesse des courants d'air et l'odeur disparaîtrait bientôt.

De nouveau dans sa chambre, il passa un rapide coup de chiffon sur son sommier, puis balança sur les lattes en bois le peu d'affaires qu'il y avait encore dans son placard, ainsi que ses deux sacs de voyage. Il prit une éponge, du cif, et s'attaqua à son armoire. Il nettoya chacune des étagères, et fit aussi les portes, dans un souci de propreté totale. Puis il passa le balai dans sa chambre et dans la salle de bains: ce qu'il récupéra alors dans la balayette le laissa songeur un instant. Il y avait non seulement de nombreux moutons de poussière et des brins de paille, mais aussi quelques allumettes -alors qu'il ne fumait pas-, un vieux paquet de M&M's, quelques M&M's à la couleur non identifiable, un bouchon de bouteille, quelques morceaux de verre, et quelques morceaux d'un emballage argenté, qu'il identifia comme étant celui d'un -ou plusieurs- préservatifs. Il mit le tout à la poubelle sans y réfléchir plus longtemps, et la sortit ensuite sur le palier. Il poussa également la table jusque dans le couloir, puis se frottant les mains énergiquement, comme un ouvrier venant de faire un dur effort, il contempla sa chambre dénudée. Il se retourna et jeta un coup d'œil à ses affaires qui trônaient à l'extérieur, puis un autre coup d'œil dans la chambre, et encore un autre dans le couloir. Il manquait manifestement quelque chose, mais il n'arrivait pas à trouver quoi.

"Bah, je trouverai bien plus tard." se dit-il nonchalamment, alors qu'il prenait le seau pour le remplir d'eau dans la douche. Alors qu'il attendait, le pommeau de douche maintenu sur le fond en plastique bleu marine, il se frappa violemment la cuisse de sa main droite.

-Mais oui! Ma chaise! s'écria-t-i tout seul. Je l'ai mise dans le club house avant de partir parce qu'ils en avaient besoin pour je ne sais plus quoi. Faudrait que j'aille la récupérer...

Lorsque l'eau commença à déborder et à tremper ses chaussettes, il se rappela de ce qu'il était en train de faire, et coupa l'eau immédiatement. Au lieu de déverser le trop plein d'eau dans le bac de douche, il sortit difficilement le seau trop lourd de la salle de bains et renversa quelques litres sur lino crasseux de sa chambre. Puis il attrapa le liquide vaisselle qui reposait tranquillement sur son sommier et en aspergea allègrement le sol. Il prit le balai, enleva les quelques moutons qui y étaient restés accrochés, et entoura son extrémité d'une vieille serpillière. Enfin, tout fut prêt, et il se mit à laver à grande eau sa chambre. Une fois cela fait, il la laissa sécher sans rincer le liquide vaisselle, et s'attaqua à la salle de bains. Il vida la vieille bouteille de cif dans la douche, l'évier, les toilettes et tous les autres endroits qu'il trouvait sales, et il récura le tout. Ensuite, il lava le sol carrelé au liquide vaisselle, puis le rinça.

Lorsqu'il eut fini, le sol de la chambre était sec, et il put s'attaquer à la seconde couche. Avec une autre serpillière, propre, il rinça en gros le lino, puis reprenant la première serpillière, et déversant encore plus de liquide vaisselle sur le sol, il le nettoya encore plus énergiquement. Cette fois-ci, il ne laissa pas reposer le produit à même le sol et se décida à rincer. Il déversa quelques litres d'eau du seau, eau qu'il avait préalablement changée, et rinça avec une troisième serpillière. Enfin, au bout de plusieurs rinçages, il prit les chiffons, propres, et essuya le trop plein d'eau. La chambre ne ressemblant plus alors à une piscine, il avisa l'heure, presque onze heures du soir, et se dit qu'il pouvait décemment appeler My: le concours du weekend était terminé et ils devaient être sur la route. La connaissant, elle ne devait pas être en train de dormir mais en train d'écouter quelques uns de ses groupes préférés grâce à son lecteur de CDs.

Il sortit de sa chambre, son téléphone portable en main, laissant la porte grande ouverte pour faire sécher plus vite et pour aérer, et se précipita vers l'extérieur. Il dévala les escaliers tant bien que mal avec sa cheville un peu douloureuse à cause de tous les efforts qu'il venait de lui imposer, et se dirigea vers le box de Jéricho. Il y arriva en quelques minutes, fit coulisser la porte jusqu'à l'ouvrir complètement, et salua son cheval. Le jeune bai tourna légèrement la tête avant de s'approcher de lui, apparemment content de voir son cavalier. Il lui lécha mes mains, farfouilla un peu dans tous les recoins de son corps à la recherche de bonbons, puis constatant qu'il n'y en avait pas, baissa la tête pour manger de la paille.

Mikaël sourit de son attitude et lui caressa gentiment l'encolure, avant de s'asseoir dans la paille propre. Il appela My, et Jéricho, probablement curieux de l'appareil, se désintéressa de la paille pour venir lui donner quelques légers coups de tête. Mikaël rigola tout en lui caressant le chanfrein et Jéricho, encouragé, continua. Lorsque les sonneries du téléphone laissèrent place à un "Allô Mikaël?" un peu fatigué, le cavalier repoussa son jeune cheval pour se concentrer sur la conversation.

-Allô My? Ca va? Comment ça s'est passé le concours?
-Ca s'est plutôt bien passé. Je suis arrivée 3ème au Grand Prix de 1m60. Y'a eu un barrage de ouf, j'ai pas compris. On devait être une petite dizaine à passer le barrage! On a été trois à faire un sans-faute sur les cinq obstacles du barrage, mais j'ai été la moins rapide.
-C'est super que t'aies décroché la 3ème place, la félicita-t-il. Charlie doit être content, je suppose, et toi aussi! T'en rêvais de faire un podium sur un Grand Prix à 1m60.
-Ouais, c'est sûr, répondit-elle, peu enthousiaste. C'est surtout que ça me met en confiance pour le weekend prochain, vu que je fais le complet avec Lapsang, et que c'est avec lui que j'ai fait le Grand Prix.
-Hum... Tu m'as pas l'air super en forme, remarqua Mikaël, qui s'étonnait du ton morne employé par sa meilleure amie. Il s'est passé quelque chose?
-Bah... Rien d'inhabituel, c'est juste que t'étais pas là, donc c'était nettement moins drôle. Par contre, Ed s'est encore fritté avec l'organisation, c'était très drôle à voir, rigola-t-elle.
-Eh merde, soupira-t-il. Faudra que je lui en touche deux mots, sinon on va finir par être interdit de pas mal de concours, et vu d'un mauvais œil dans les autres.
-Ouais, t'as raison, tu devrais le calmer. Il en fait trop je trouve. Mais bon, au pire, tu pourras toujours venir avec moi. Je suis sûre que Charlie sera ravi de t'entraîner!
-Je veux bien, sourit-il, mais je te rappelle que j'ai un contrat avec Ed, et qu'il se finit dans un an. Ensuite, promis, je viens avec toi.
-Je retiens, Mikaël, je retiens! dit-elle d'un ton nettement plus égayé qu'auparavant. Au fait, c'est ça qu'il fallait que je te dise. Chris s'est plutôt bien débrouillé avec About Him. Il est pas monté dans le trio de tête, mais il a fait de meilleurs résultats qu'avec Mousse.
-Tant mieux, souffla Mikaël, qui avait quand même été un peu anxieux quant à ce couple formé à la dernière minute. Il pourrait le reprendre pour les prochains concours. Moi j'ai assez avec Jéricho et Jewel. Et les autres que le coach me rajoute comme il veut.
-Ouais, sauf que toi t'obtiens des résultats encore meilleurs que Chris avec About Him, alors je doute que Ed décide de créer un nouveau couple.
-C'est vrai que le connaissant... Il privilégie toujours les résultats, et comme je suis son meilleur cavalier avec Gabriel, c'est forcément sur nous que ça retombe.

-Eh oui mon beau. Faut bien que le talent ait quelques désavantages, plaisanta-t-elle. Sinon, toi, comment ça va? Tu t'es pas trop emmerdé tout seul?
-Non, j'étais pas... Putain Jéricho, arrête ça! C'est fou ça, reprit-il à l'attention de My. C'est à croire qu'il sait quand je parle de moi, et qu'il vient faire son curieux. Il était tranquille en train de manger de la paille, et dès que t'as posé la question, il est venu et il a essayé de me bouffer le genou.
-Il est jaloux, je crois, dit-elle, un rire retenu dans sa gorge.
-Peut-être bien, dit-il en répondant à sa plaisanterie. Jéricho, arrête! C'est un téléphone, c'est pas bon à manger! Mais arrête je te dis! Tu veux faire une indigestion ou quoi? ... Ouais c'est ça, lèche mes cheveux. De toute façon, ils sont sales. Eh! J'ai dit lécher, pas mordre! J'ai pas besoin d'une nouvelle coupe! ... Putain, My, ce cheval me tue, dit-il dans un soupir où on sentait néanmoins toute l'affection et tout l'amour qu'il portait à son cheval. Euh... qu'est-ce qu'on disait déjà?
-Je disais que tu avais dû t'emmerder et tu m'as répondu que non.
-Ah ouais, c'est ça! s'exclama-t-il, avant de reprendre sur le ton de la confidence. En fait, j'ai une grande nouvelle pour toi. Enfin, pas pour toi, mais à t'annoncer, quoi.
-Vas-y, dis.
-Nan, devine.
-T'es enceinte?
-T'es con!
-T'as gagné au loto?
-J'aimerais bien.
-Heu... T'as gagné un super voyage dans les îles.
-Loupé! rigola-t-il.
-Hum... Forcément... Heu... On t'a définitivement innocenté de l'affaire de dopage?
-Eh! Rêve pas trop! C'est pas parce que je sors avec Peter qu'il va m'innocenter!
-Ouais, c'est sûr... Attends! s'exclama-t-elle tellement fort qu'elle fit sursauter le conducteur assis à côté d'elle. T'as dit quoi? Tu sors avec Peter?!?
-Merde! Je me suis vendu tout seul!

Il mit sa main devant la bouche et commença à rire tout seul, nerveusement, dans le box de Jéricho, tandis que My s'excitait au téléphone.

-Alors? Alors? Alors? Vous sortez ensemble? Mais putain, arrête de rire Mikaël et accouche! Vous sortez ensemble ou pas?
-Oui, fit-il, heureux de lui annoncer ce qu'il considérait comme une très bonne nouvelle. Depuis jeudi soir.
-Mais c'est génial!! Comment ça s'est passé? Il a mis un genou à terre et il a demandé ta main? rigola-t-elle. Ou tu t'es jeté sur lui avidement et tu lui as arraché son pantalon?
-Eh! Je suis pas une bête! protesta-t-il.
-Vu comment tu m'as piqué le pot de glace à la vanille y'a deux semaines, franchement, j'en doute, déclara-t-elle d'un ton à la fois dubitatif et moqueur.

Mikaël rougit à l'évocation de ce souvenir: il avait effectivement arraché le pot des mains de My, manquant de la faire tomber par la même occasion.

-C'était un cas de force majeure: j'étais mort de faim. Bon, c'est pas tout: tu veux savoir comment ça s'est passé, ou pas du tout?
-Je veux! Je veux!

Mikaël prit alors une grande inspiration, et commença son récit avec un léger sourire aux lèvres, un peu incertain, un peu timide.

-En fait, jeudi soir, après qu'on se soit couchés, j'ai commencé à stresser pour le lendemain, genre "Est-ce que j'arriverai à monter?" et tout et tout. Tu me connais...

My murmura un "Oui", pendue aux lèvres de son meilleur ami et avide d'entendre la suite.

-Alors il a commencé à me rassurer, et en même temps qu'il me parlait pour me dire que j'étais bon et que j'avais pas de raison de stresser, il a mis sa main sur mon ventre et il a commencé à me caresser... finit-il rêveur, son sourire s'agrandissant un peu à ses souvenirs.
-Et? Il t'a embrassé?
-Pas exactement. Il continuait de parler, et à un moment, il... il s'est un peu vexé tout seul, en disant que quand je reviendrai au club, ce serait exactement comme si cette semaine n'avait jamais eu lieu.
-Effectivement, c'est vexant, approuva-t-elle.
-Eh! Mais c'est lui qui l'a dit, pas moi!

My ne releva pas et l'encouragea plutôt à continuer, bien qu'elle devinât déjà ce qui s'était passé.

-Bref, il a tout arrêté, et comme j'ai vu qu'il était triste, je l'ai quand même retenu contre moi pour le rassurer, et lui faire comprendre que j'avais été heureux de cette semaine. Tu vois le genre?
-Ouais, tout à fait. Et tu l'as embrassé?
-Non... J'ai bandé, souffla-t-il.
-Pardon? s'exclama-t-elle. Et il t'a... ? Il...
-Oui, souffla-t-il de nouveau. Et on s'est embrassé et c'était génial, murmura-t-il, le ton encore plus rêveur, mais incontestablement heureux.
-Attends! J'y crois pas! fit-elle, toute excitée. Il t'a fait une pipe?! Et c'était comment?
-My! Il ne m'a pas fait de "pipe".
-Quoi? fit-elle, étonnée, avant de penser à l'autre solution. Ah, il t'a juste branlé?
-Oui... Jusqu'au moment où ma cheville s'est rappelée à moi, en me faisant super mal, dit-il, amer en repensant à la suite. Je te dis pas comment mon érection est partie encore plus vite qu'elle était venue. J'avais un mal de chien, et j'ai crié sur Peter pour qu'il m'apporte mes médocs.
-Tu as... crié sur lui? répéta-t-elle, peu sûre de ce qu'elle avait entendu: les deux jeunes hommes avaient semblé bien s'entendre.
-Ouais... J'ai été un véritable con. Mais là, avec la douleur, je suis revenu direct dans la réalité. J'ai repensé à tout ce qui venait de se passer, et à tout ce que j'avais entendu quand j'étais gosse, à mon quartier, à ma famille, à mon père surtout, et j'ai chialé comme un gamin. Je savais plus trop où j'en étais, d'un seul coup. J'avais l'impression d'être redevenu un petit enfant pris en faute...
-Et tu lui as dit, tout ça? demanda My, la voix serrée, triste de voir son ami replonger dans ce qu'elle considérait des années d'enfer.
-Non. Je lui ai juste dit que ça allait trop vite pour moi, ce qui n'était pas faux non plus, ceci dit. Ensuite, quand je me suis bien calmé, on a parlé, et il m'a demandé de sortir avec lui.
-Mais... Sonia?
-Je sais, soupira-t-il, serrant un peu plus le téléphone dans sa main, pour s'empêcher de pleurer alors qu'une foule de souvenirs plus ou moins récents venaient titiller son esprit. Je lui ai pas demandé de choisir tout de suite. Je lui ai dit que je lui laissais un an pour choisir entre elle et moi.
-... T'es généreux.
-Si j'avais été à sa place, j'aurais voulu qu'il le soit, alors voilà.

Les deux jeunes gens laissèrent passer un silence pendant lequel My intégrait ce qu'elle venait d'apprendre, et y méditait, tandis que Mikaël refoulait du mieux qu'il pouvait ses souvenirs. Jéricho l'aidait dans cette tâche en le distrayant de ses sombres pensées: il lui léchouillait la face, réclamant des caresses et toute son attention. Puis la conversation téléphonique continua, et Mikaël reprit du poil de la bête en détaillant, sans trop de précisions non plus, son weekend avec Peter. My savait qu'il était en temps normal un jeune homme secret, et elle savoura comme il se fallait ces confidences.
Alors qu'ils allaient enfin raccrocher, après largement plus d'une heure de conversation, elle posa la question qu'il aurait préféré éviter.

-Mikaël, avant que je m'endorme pour la fin du trajet, je veux que tu me répondes sincèrement: est-ce que tu es amoureux de Peter?
-...
-Mikaël?
-... Je... Je sais pas, My. C'est tout nouveau pour moi, j'ai l'impression de n'avoir jamais ressenti ça. Ou alors je l'ai pas ressenti depuis tellement longtemps que j'ai oublié comment ça faisait. Mais en tout cas, je suis super heureux dès que j'y pense.... Ca me fait tout bizarre, reprit-il d'un ton où on sentait poindre toutes ses interrogations, parce que je sais que c'est pas de l'amitié ordinaire, mais je sais pas si c'est de l'amour. Alors...

Il marqua une pause, pendant laquelle elle ne dit rien non plus, le laissant continuer de son propre chef.

-Je me suis dit que si je sortais avec lui, ça clarifierait peut-être mes sentiments.
-Oui, t'as raison, mais ne lui dis jamais que tu l'aimes si tu n'es pas sincère, le prévint-elle. D'accord?
-Oui maman.

Elle rigola de son surnom, et enchaîna avec l'autre question qui la turlupinait.

-Et lui? Il t'aime?
-J'en suis pas sûr, mais je crois. Il a essayé de me le dire une ou deux fois il me semble, mais je l'ai coupé avant. J'avais pas envie d'entendre des mots d'un tel poids alors qu'on vient tout juste de se mettre ensemble. Mais bon, vu qu'il m'a proposé de venir vivre à temps plein dans son petit appart' new-yorkais, je crois qu'il est raide dingue de moi, conclut-il avec un grand sourire que My capta très bien à travers le téléphone.

My se moqua gentiment de lui, de son bonheur visible, sans pour autant l'envier ni le mettre mal à l'aise, et après quelques minutes, la conversation se termina, tous deux baillant à s'en décrocher la mâchoire.
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14 septembre 2009 1 14 /09 /septembre /2009 21:03
Première journée de cours... Epuisante. Si vous avez passé une journéee aussi crevante et déprimante que la mienne (j'ai dû me mordre les doigts pour ne pas faire une crise de stress en plain cours tellement j'étais larguée à un moment donné -_-'), j'espère que cette suite vous remontera le moral. ;-)

Sur ce , bonne lecture! =D







     Le weekend était passé vite. Peut-être même un peu trop vite pour le tout jeune couple qui profitait de chacun de leurs instants ensemble. Après la première leçon d'équitation de Peter, plutôt que d'aller s'enterrer dans une salle obscure, ils avaient préféré se poser dans un petit bar, non loin de l'appartement. Ils avaient été attirés à l'intérieur en entendant un son rock traverser la porte entrouverte, et ils étaient entrés avec curiosité. Une fois dedans, ils avaient découvert avec plaisir une petite scène où se produisait un groupe inconnu, composé d'hommes de quarante à cinquante ans. Ceux-ci semblaient enchaîner les reprises de classiques, et ce fut avec une joie évidente que les deux amants s'étaient installés au bar pour boire une bière, sur les airs de Highway to Hell, de Hotel California ou encore de Bohemian Rhapsody. Beaucoup plus tard dans la soirée, ils étaient rentrés et s'étaient endormis sagement, enlacés sous la couette.

Le lendemain matin les avait vus se prélasser au lit comme seuls deux amoureux pouvaient le faire, à discuter, à rire, à s'embrasser et à se caresser. Ils ne firent pas grand chose de leur journée, sinon de passer du temps ensemble, et en fin d'après-midi, la réalité les rattrapa.

-Bon, je crois que j'ai fait tous mes sacs, soupira Mikaël.
-Il te reste quelques affaires dans la chambre, murmura Peter, d'un ton triste.
-Je peux les laisser là?
-Bien sûr, pourquoi?
-Bah... rougit le jeune homme. Je m'étais dit que si... si on devait se revoir, on re... on reviendrait forcément ici, et que ce serait plus simple d'avoir quelques affaires sur place, balbutia-t-il, de plus en plus rouge.

Peter ne dit rien mais sourit de cette attention. Il s'approcha doucement de son amant, lui ébouriffa les cheveux dans un geste affectueux, et l'enlaça fortement.

-Je ne veux pas que tu partes, chuchota-t-il dans le creux de son cou. Je ne veux pas que tu partes.
-Et moi, tu crois que j'ai envie de te voir retourner avec cette conne? répondit-il en le serrant plus fort.
-Alors on a qu'à rester ici! fit Peter, se berçant d'une douce illusion.
-T'es bête.
-Je sais, mais il paraît que c'est normal.

Mikaël se détacha légèrement et lui lança un regard intrigué.

-Il paraît que c'est l'un des symptômes majeurs lorsqu'on est amoureux, dit-il avec un sourire.

Mikaël rigola à cette explication.

-T'es vraiment bête.

Il ne laissa pas le temps à Peter de le contredire qu'il l'embrassa. Sa langue entra prestement dans la bouche de l'inspecteur, en fit le tour puis vint chatouiller son homologue. Les deux langues s'amusèrent un instant l'une contre l'autre, jusqu'à ce que Mikaël se recule un peu. N'osant croiser les yeux de son compagnon, il ne releva pas la tête, et se baissa vivement pour attraper les deux sacs qui repartaient avec lui au club.

-Bon, faut pas qu'on tarde, sinon je vais louper le dîner au club, dit-il d'une voix incertaine.

L'excuse était mauvaise, il le savait. Mais elle avait au moins le mérite d'être claire: il n'avait pas envie de s'attarder plus longtemps dans cet appartement juste pour des adieux dégoulinants, et forcément plus durs, puisque plus longs. Néanmoins, pour apaiser sa brusquerie, il se décida à lever les yeux sur Peter. Il croisa son regard, et lui fit un sourire.

-Reste, murmura-t-il à Mikaël, craquant une énième fois sur son sourire. Reste, s'il te plaît. Je pourrais venir te voir le soir après mon travail, et tous les weekends. Et dès que j'en aurais envie. On aurait pas à se cacher ici. Ca réglerait plein de trucs si tu logeais ici, s'excita-t-il.
-Chuut, Peter, tu t'emballes, lui fit remarquer Mikaël. Tu sais très bien que je ne resterai pas ici, alors n'essaie pas de m'apitoyer.
-Mais pourquoi? Pourquoi ça va pas si tu loges ici? demanda-t-il, le ton vif et excité, alors que Mikaël commençait à se diriger vers la porte.

Celui-ci l'ouvrit, se retourna et posa son épaule contre la chambranle, cachant ainsi une partie du couloir sombre qui menait à l'ascenseur et aux escaliers.

-Parce que je refuse de loger dans un appart' qui n'est pas à moi sans payer une contrepartie. Et en ce moment, je n'ai pas vraiment les moyens.
-Mais je m'en fous de l'argent, Mikaël! C'est pas ça que je...
-Et moi je ne m'en fous pas, l'interrompit-il abruptement. J'ai ma propre fierté, et je refuse d'être dépendant de quelqu'un. Au moins au club, si je ne paie pas, je bosse pour eux. Et je touche moins que ce que je devrais pour compenser le fait que j'occupe une chambre. Ensuite, c'est un peu chiant d'aller de chez toi au club. C'est pas ça le plus gênant, mais c'est quand même un peu emmerdant de faire tant de changements de transports en commun.

Peter, penaud, baissa la tête, le regard rivé au sol. Il connaissait à l'avance les arguments de Mikaël, et ne pouvait les contredire: il aurait réagir exactement pareil. Cependant, cela lui tordait le cœur de voir l'homme qu'il aimait repartir chez lui, après tant de moments délicieux passés ensemble. Il aurait voulu pouvoir le voir tous les jours, se comporter comme un vrai couple, malgré Sonia.

-Et franchement, reprit Mikaël d'un ton las, coupant court à toutes les réflexions de Peter. Tu me vois t'attendre ici chaque soir, pour profiter de quelques pauvres heures volées à ta future femme. Et ensuite passer la nuit seul, dans ce lit qui sera trop grand, alors que je saurais pertinemment que tu t'endormiras avec Sonia... Je suis cinglé, mais pas maso Peter, faut pas confondre.
-T'es pas cinglé, protesta faiblement l'inspecteur.
-Si, je le suis, mais tu ne t'en rends pas encore vraiment compte. En plus, maintenant que j'y pense, avec les horaires de dingue que j'ai, que je dorme ici ou au club ne change pas grand chose: on ne pourra pas se voir de toute façon. Bon, on y va maintenant?

Il ne laissa pas à Peter le loisir de continuer plus avant leur discussion et descendit les escaliers sans un regard en arrière, sûr que Peter le suivrait après avoir fermé l'appartement.

Arrivés au pied de l'immeuble, les deux hommes firent une pause, le temps de se souvenir où ils avaient garés la voiture. Puis, Peter attrapa l'un des sacs de Mikaël, le balança sur son épaule, passa son bras libre autour des épaules du cavalier, et l'entraîna quelques rues plus loin. Là ils retrouvèrent la Volvo noire et déposèrent les bagages dans le coffre. Mikaël allait faire le tour pour embarquer côté passager lorsque Peter le retint.

-Hum? Qu'est-ce qu'il y a? demanda-t-il en se retournant à moitié.
-Viens, fit Peter d'une voix légèrement plus rauque que d'habitude.

Il ramena Mikaël sur le trottoir, l'arrêtant à côté de la portière du conducteur. Puis il se rapprocha de lui, jusqu'à ce que Mikaël, reculant au fur et à mesure, se retrouve plaqué contre la voiture. Il avança doucement sa tête, les yeux brillants, jusqu'au moment où les lèvres de Mikaël déformèrent le sourire qui s'y était installé pour parler.

-Tu tombes dans les clichés Peter. Embrasser son amoureux qui va partir contre la portière de la voiture, c'est d'un classique, remarqua-t-il, son sourire se ré-installant sur ses lèvres.
-Tu n'aimes pas les classiques? questionna-t-il avec une petite moue.
-Voyons Peter, je suis un atypique, quelqu'un qui sort des normes, tu le sais. Alors les classiques très peu pour moi, répondit-il avec une pointe d'auto-dérision. Par contre, l'originalité et la provoc', je dis pas non...

Tout en parlant, il avait repoussé Peter au milieu du trottoir, et avait glissé ses mains sur ses fesses pour le maintenir fermement contre lui. Puis il commença à l'embrasser avec passion tout en caressant avec plaisir son postérieur bien moulé dans le jeans. Il insinua même une de ses jambes entre celles de l'inspecteur, pour titiller son entrejambe, et voir l'effet qu'il lui faisait.

La réponse à cette provocation sensuelle ne se fit pas attendre et Peter emprisonna de ses mains le visage de son amant pour participer avec fougue à leur baiser. Les caresses langoureuses entreprises sur ses fesses ne le gênaient pas particulièrement. Elles l'excitaient même, et le rendait avide de plus. Alors il se colla encore un peu plus contre le corps de Mikaël, et lorsqu'il sentit une jambe s'introduire entre les siennes, il sourit, le sang affluant dans une certaine partie de son organisme. Il allait pour transférer ses mains sur le torse de son amant lorsqu'une voix dédaigneuse, mêlée de dégoût, se fit entendre.

-Si c'est pas honteux de voir notre jeunesse s'adonner à ce genre de plaisir décadent...

Mikaël se détacha immédiatement de Peter, et recula de façon à ne plus le toucher. Puis il posa enfin son regard sur l'instigateur de cette remarque. Il découvrit alors une femme, petite et un peu rondelette, probablement à la retraite, qui portait un tailleur des plus classiques. En l'apercevant, Mikaël, dont le visage était resté parfaitement impassible: pas une rougeur, pas un froncement de sourcil n'était apparu, plissa légèrement les yeux pour rendre son regard plus dur. Il se rapprocha ensuite de Peter, qui n'avait pas bougé, attendant de voir ce que voulait faire son compagnon, et passa un bras autour de ses hanches. Enfin, un sourire moqueur se forma sur son visage fermé.

-Alors comme ça Madame, vous trouvez que l'amour est honteux?
-Ca, cracha-t-elle en les désignant de l'index comme l'on pointe un animal dans un zoo, c'est pas de l'amour, c'est de l'exhibitionnisme!
-Hum... pas faux, reconnut Mikaël. J'avais envie de l'embrasser et de le caresser, alors je l'ai fait. Et les couples hétéros font de même en pleine rue, je tiens à vous signaler. Seulement, auriez-vous fait le même remarque?
-Evidemment que non, répondit-elle du tac au tac, avec un aplomb qui déstabilisa Peter, mais apparemment pas Mikaël.
-Voilà tout le problème Madame, vous n'acceptez l'amour que sous une de ses formes, or il y en a plein d'autres. Vous devriez vous ouvrir au monde, ça vous ferait du bien. Je dirais même, puisque je suis du genre vulgaire, ça vous enlèverait le balai qui est coincé bien profond dans votre cul.

La bouche de la vieille dame forma un O parfait, rapidement caché par sa main droite, et Mikaël rigola, amusé d'avoir choqué une personne si réactionnaire. Peter, d'abord étonné par l'attitude de Mikaël, ne tarda pas à rire avec lui. L'incident étant clos, ils décidèrent de se donner un dernier baiser chaste avant de monter dans la voiture. Mais ce fut sans compter sur la dernière intervention de la vieille dame.

-Vous pourrirez en enfer pour ce que vous avez fait! s'égosilla-t-elle.

Mikaël se retourna, tenant toujours Peter par les hanches et avec le même sourire moqueur sur les lèvres.

-Mais Madame, l'enfer est ici et maintenant. Vous ne le saviez pas?
-Blasphème! s'écria-t-elle, devenant un peu plus rouge à chaque fois qu'elle parlait.
-Bien sûr, acquiesça-t-il, plein d'ironie. Allez demander aux jeunes israéliens et palestiniens qui n'ont connu que la guerre de toute leur vie si l'enfer n'est pas sur Terre. Allez demander aux peuples affamés par leur propre gouvernement si l'enfer n'est pas sur Terre. Et si jamais le sort des populations étrangères ne vous émeut pas, alors demandez à nos vaillants soldats qui se battent pour la liberté en Irak, si l'enfer n'est pas sur Terre.
-Vous parlez de situations que vous ne connaissez pas, petit prétentieux, répliqua-t-elle sans ciller.
-Et j'en suis bien heureux de ne pas les connaître. Ce qu'on en dit aux infos me suffit amplement pour imaginer l'horreur de ce qui se passe là bas. Mais puisque vous ne semblez pas convaincue, je vais vous parler d'une situation beaucoup plus réelle pour moi, quelque chose de vécu, si vous voyez ce que je veux dire.
-Allez-y jeune homme, l'encouragea-t-elle, persuadée que quelqu'un d'aussi jeune ne pouvait avoir connu les grands malheurs de la vie dans un pays aussi développé que les Etats-Unis.

Mikaël, à cette injonction, crispa sa main sur la hanche de Peter, et plissa encore plus les yeux de telle façon à lancer un regard noir, plein de la rancœur et de la haine accumulées, à la vieille dame, qui douta un instant. Le jeune homme qu'elle avait en face d'elle n'était peut-être pas aussi innocent qu'elle l'avait cru au premier abord.

-Quand à 15 ans, vous avez déjà failli mourir plusieurs fois, moi j'appelle ça l'enfer. Quand pendant des années, vous avez passé vos journées et vos nuits à flipper, à vous demander si vous seriez toujours entier le lendemain matin, tout ça parce que vous vous êtes retrouvé, sans le vouloir, en plein milieu d'une guerre de gang, moi j'appelle ça l'enfer. Et quand à 9 ans, vous vous retrouvez couvert de sang parce que vous étiez un peu trop près d'un règlement de compte, et qu'ensuite, vous n'en dormez plus pendant des mois, tant à cause des images qui reviennent que des menaces de la part des tueurs, et que vous faîtes des crises de panique à la moindre occasion, moi j'appelle ça l'enfer. Après, si vous trouvez ça normal, c'est votre problème.

Mikaël était resté très droit pendant toute sa réplique, il n'avait pas bougé un seul muscle pour montrer son énervement. Seul son ton, se faisant de plus en plus dur et froid, et ses yeux, qui finissaient par ne devenir que des fentes, trahissaient sa colère. Ainsi que les larmes que Peter aperçut. Elles n'allaient pas tarder à couler, et il était certain que Mikaël ne voulait pas ainsi se donner en spectacle, se mettre à nu, sur la voie publique. Alors il tenta discrètement de le ramener à la voiture, quelques mètres derrière eux, sous l'œil ébahi de la retraitée, qui n'avait toujours pas digéré les paroles entendues à l'instant. Cependant, faire bouger le cavalier se révéla plus difficile que prévu et Peter dut se mettre devant lui, coupant tout contact visuel avec celle qui l'avait obligé à lever le voile sur une partie de son passé, pour le faire réagir.

-Viens, on y va, chuchota-t-il d'un ton doux, et enfin il put diriger Mikaël jusqu'à la portière passager.

Il le laissa attacher sa ceinture, et lui-même s'installa derrière le volant. Rapidement, le moteur ronronna et en quelques manœuvres, ils sortirent de la place où ils étaient garés. Mais ils n'allèrent pas bien loin puisque Peter engouffra la voiture sur un parking de supermarché, vide en ce dimanche soir. ll arrêta le moteur et se tourna vers Mikaël, qui semblait prostré depuis la fin de l'incident.

-Ca va Mikaël?

Aucune réponse ne vint alors il étendit son bras pour toucher la chevelure brune du jeune homme, et la caresser de ses doigts.

-Mikaël? ... Chéri? ... Dis moi ce qui ne va pas...

Les yeux de Mikaël restaient encore fixés au travers du pare-brise, comme attachés par un point invisible. Devant cette absence de réaction, et se sentant légèrement vexé que la vieille dame en ait su plus sur son passé en quelques minutes que lui en plusieurs mois, Peter décida de prendre le taureau par les cornes, et de poser les questions qui fâchent directement, encore une fois.

-Mikaël, qu'est-ce qu'il s'est passé pour que tu aies failli mourir plusieurs fois avant 15 ans?

Vivement, Mikaël tourna la tête vers son interlocuteur et les larmes sortirent enfin.

-Ne parle plus jamais de ça! cria-t-il. T'as pas le droit! T'as pas le droit de venir fouiner dans mon passé! T'as pas le droit!

Les poings de Mikaël, animés tout à la fois par la colère et la tristesse de se sentir trahi, s'abattirent où il purent, n'atteignant bien souvent que l'épaule ou les cuisses de Peter. Peter, que les paroles de son amant avaient touché bien plus que toute autre chose.

-Mais j'ai pas fouiné dans ton passé Mikaël! s'écria-t-il à son tour. J'ai jamais touché à ton dossier depuis qu'on se connaît! Et Dieu sait que j'aurais dû le faire! Tout ce qui te concerne, je l'ai délégué à Stefen! Mais bon sang, rends-toi compte, Mikaël! Je ne sais rien de toi. Strictement rien! A chaque fois que j'aborde un tant soit peu le passé, tu évites le sujet!
-Et alors?! s'exclama-t-il en retour.

Les vitres de la voiture semblaient trembler sous leur dispute mais ils ne s'en préoccupèrent guère, et continuèrent à s'engueuler comme jamais.

-Et alors? Et alors? Et alors est-ce que tu réalises que la conne qui nous a insultés tout à l'heure en sait plus sur ton passé que moi!

Mikaël tiqua à cet argument, mais pris dans le tourbillon de son altercation avec Peter, il s'entêta.

-C'est faux! Tu racontes n'importe quoi!
-Bien sûr, répliqua-t-il, amer. Tout ce que je savais sur ton passé, avant il y a quelques minutes, c'est que tu as grandi dans un quartier difficile, avec pas beaucoup d'argent, que tu as un grand frère, une petite sœur et un petit frère. Et que t'as probablement fait un tour par l'hôpital, vu comment tu supportes pas ça. C'est tout Mikaël! Je ne connais même pas le nom de tes parents ou de tes frères et sœur, je sais même pas quelle spécialité tu as prise au lycée, ou le nom de tes amis, en dehors de My. Je ne sais rien! Rien de rien!

Les deux hommes se turent sous cette dernière réplique, que Mikaël sentait en partie, sinon en totalité, vraie. Il était excessivement secret, et ce n'était pas prêt de changer, surtout maintenant qu'il avait un autre secret à protéger: Peter. Il sécha ses larmes d'un revers de main et planta ses yeux dans ceux de son amant.

-D'accord, tu ne sais rien de moi, reconnut-il après un instant à l'observer en silence.
-Alors c'est peut-être l'occasion de parler de toi, nan? tenta Peter, saisissant la balle au bond et le ton extrêmement radouci, quoiqu'un peu rauque parce qu'il venait de crier.
-Si tu veux m'envoyer à l'hôpital psy parce que j'aurais pas été capable de gérer mes souvenirs, ok, si tu veux, on en parle, proposa Mikaël d'un ton beaucoup trop léger pour le contenu des paroles.

Peter, abasourdi par ce qu'il venait d'entendre, ne put réagir. Tout se mélangeait dans sa tête: l'hôpital psychiatrique, les tentatives de meurtre, les guerres de gang... Seul une chose ressortait claire de tout ce fatras: il avait fait une énorme boulette.

-Je suis désolé... murmura-t-il, la voix cassée par la fatigue mentale et les émotions diverses qui bouillaient en lui.
-T'as pas à l'être, tu pouvais pas savoir.

Sur ces quelques mots prononcés de façon très détachée, il se rapprocha de Peter, attrapa sa tête d'une main, et déposa un baiser dans sa chevelure blonde, signe de réconciliation.

-Bon tu me déposes à la station de bus à côté du club ou j'y vais à pied? demanda-t-il ensuite d'un ton enjoué, presque enfantin.
-Hum... Dis-moi juste... Je peux te demander quelque chose... hésita-t-il.
-Vas-y, je vais essayer de ne pas m'énerver, fit-il avec un petit sourire triste, conscient que l'altercation qu'ils venaient d'avoir avait ruiné une partie de la confiance que Peter avait en lui: désormais, il prendrait probablement des gants pour lui parler.

Et il se répugnait lui-même d'avoir provoqué cette situation.

-Si j'ai bien compris, il s'est passé un truc quand tu as eu 15 ans, pour que ta vie change. Vu que tout à l'heure, t'as pris ça comme référence, et pas ta majorité.
-Eh beh, pour une fois que je vois l'inspecteur en toi, il faut que ce soit au mauvais moment. Enfin bref, t'as pas tort. A ce moment là, les parents de My, avec qui j'étais pas encore meilleur ami même si on s'entendait très bien, m'ont proposé de venir habiter chez eux. Et j'ai sauté sur l'occasion pour sortir de tout mon univers familial de merde dans lequel j'étais.
-Et tes parents? Ils ont dit quoi?
-Je leur ai pas laissé le choix. De toute façon, mon père me parle à peine depuis que j'ai commencé à monter, c'est-à-dire vers mes 7 ans.
-Ah... Mais...
-Chut, ne dis rien, le coupa Mikaël avec douceur, avant de continuer sur un ton beaucoup plus joyeux. Allez, maintenant, roule ma poule!

Et il asséna une grande claque sur la cuisse de Peter, accompagnée d'un grand sourire, que Peter lui rendit, toujours aussi faible devant cette mimique de Mikaël.
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8 septembre 2009 2 08 /09 /septembre /2009 16:28
Je crois avoir trouvé mon maître question écriture, scénario et lenteur (du récit, pas de la publication). Il s'agit de Hiroyuki Asada! x)

Dans le manga I'll, dont je vais vous parler dans quelques lignes, il met un peu moins de trois tomes et demi pour raconter un match de basket. Les neuf dernières minutes prennent même un tome entier! Et pourtant, on ne s'ennuie pas une seule seconde! En tout cas moi, je ne m'ennuie pas une seulle seconde, peu importe le nombre de fois que je le relis, je suis toujours aussi excitée par l'enjeu du match. Bref, tout àa pour dire que moi, avec mes 60 pages Word pour raconter une nuit entière (sur ma fanficiton How does it feel?), je me sens tout petite! XD







Titre: I'll
Auteur: Hiroyuki Asada
Tomes: 14 + 1 oneshot (Crazy Kouzu BC) + 2 OAV
Remarques: d'abord édité chez Glénat (dont les couvertures sont immondes, et le titre a été changé en I'll Generation Basket), il a été arrêté au bout de quelques volumes à cause de se sfaibles ventes. Il a été repris par Tonkam, qui a ré-édité les premiers tomes et qui a fini la série, pour notre plus grand bonheur. Les couvertures sont superbes, et le nom original de l'œuvre restauré.
Un autre travail de Hiroyuki Asada est en cours de publication en France. Il s'agit de Letter Bee, que je vous conseille vivement. Deux tomes sont déjà sortis, le troisième sort le 2 octobre, et la série est toujours en cours au Japon (ils en sont à 6 ou 7 tomes).

Si l'on veut faire simple et court, I'll est un manga de basket. Mais stop, je vous arrête tout de suite, on est loin, très loin, de Slam Dunk. Car dans I'll, le basket, bien que prenant une part plus qu'importante à l'histoire, apparaît plus comme une toile de fond que le véritable moteur du récit. En effet, le manga s'attache beaucoup plus à raconter les histoires des différents membres de l'équipe de basket, en particulier de Akane Tachibana et de Hitonari Hiiragi, personnages piliers, et leurs relations, qu'à conter une bête montée vers les sphères hautes du basket national.

L'amitié est véritablement le thème principal de I'll. L'amitié et tout ce qu'elle comporte, l'amitié et toutes ses facettes, l'amitié dans toute sa splendeur. Quand Asada te raconte l'amitié, tu t'asseois et tu écoutes. Voilà ce que j'ai ressenti (après réflexion) sur le manga. Il la raconte si bien qu'il n'y a rien à dire.

Le basket tient bien sûr une place non négligeable, quel que soit le volume. Mais il est toujours au service de l'histoire. Dans le premier tome, c'est lors d'un match de basket (le dernier de leur dernière année de collège) que les deux crrrétins qui servent de protagonistes, Akane et Hitonari, vont se remarquer. Et c'est grâce au basket qu'ils vont se lier d'amitié. Le basket, c'est la chose qui relie tout ce petit monde, c'est leur endroit à eux, et on n'a qu'une seule envie: les rejoindre là-bas, sur ce bout de paradis au parquet lisse.
Pour ceux qui craignent que le basket soit un obstacle à la lecture, rassurez-vous, il n'en est rien. J'étai moi-même néophyte concernant ce sport en commençant la lecture. Et ça ne m'a posé aucun problème. Les termes techniques sont expliqués par de petites notes.

Le scénario est très bien construit. On ne s'ennuie pas une seule seconde, sans pour autant que cela fasse chargé. Au contraire, le manga donne une impression de fluidité, comme si tout s'écoulait naturellement, exactement comme dans la vraie vie. Les sujets sérieux sont abordés avec beaucoup de délicatesse et de sensibilité. Et le tout est saupoudré d'humour bien placé, notamment grâce à cet imbécile d'Akane Tachibana.

Les dessins... Ah! Les dessins de Asada... *o* Ils sont superbes, magnifiques, somptueux, à tomber par terre, à couper le souffle... Bref, on est pas loin de la perfection selon moi. Les lignes sont fluides et précises. Les cases ne sont pas surchargées, et une grande attention est portée aux détails. Par exemple, tous les décors de ville sont des décors qui existent réellement à Kouzu (ville où se déroule l'histoire). Ou alors les vêtements: ils sont particulièrement soignés. Chaque personnage a un style particulier, et parfois, notamment aux en-têtes de chapitre, on a le droit à tout un déballage de la garde-robe. ^^ Et puis petit plus: les yeux des personnages sont asiatiques. On a pas le droit aux grands yeux typiquement européens, et ça fait plaisir.

Les personnages enfin, sont très travaillés. Une psychologie approfondie pour chacun d'entre eux, et une histoire derrière chacun, y compris les personnages secondaires. En effet, si la lumière est plus souvent mise sur les deux protagonistes, ce n'est pas pour autant que les personnages secondaires sont mis de côté. Au contraire, comme en témoignent les quelques chapitres négatifs, qui racontent le passé de certains personnages.

Pour finir, je dirai que ce manga reste mon manga préféré, et ce depuis des années. Il a cette particularité qui le place, pour moi, au-dessus des autres: lorsqu'on referme le volume 14, on a l'impression que l'histoire ne fait que commencer. Que les 14 volumes que l'on vient de lire n'étaient que le prologue. Et cette sensation est magique.



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Published by Skorpan - dans BD-Manga
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7 septembre 2009 1 07 /09 /septembre /2009 19:28
Premier article depuis la rentrée, voici sur un plateau d'argent la 21ème partie de Crampons et autres fantaisies hippiques! =D (et pour la peine, une partie plus longue que d'habitude)

Enjoy!

Au passage, je voudrais signaler deux-trois petites choses:
-le premier anniversaire du blog est passé depuis le 3 septembre. Comme je suis tête en l'air j'ai oublié, mais voilà, vous le savez: Nangilima a un an! Et cela grâce à vous! J'espère qu'il vivra encore bien longtemps! ;-)
-la barre des 100 commentaires a été atteinte aujourd'hui grâce à une certaine lectrice/auteur dont le nom commence par un M comme Magicien. ^^
-j'ai ajouté cet été dans le module "Olika Saker ni måste se" le lien vers mon deviantART, où je poste mes travaux photos. Il n'y en a pas beaucoup actuellement (seulement deux séries), mais ça devrait augmenter prochainement. Laissez un com ici ou là-bas, ou même par mail, ça me ferait plaisir de connaître votre opinion.

Bref, j'espère ne pas avoir perdu trop de lecteurs cet été, et que vous ne serez pas trop perdu dans l'histoire. x)







     Assis sur la barrière de la carrière, Mikaël observait les élèves de Tessa tenter de faire une cession à la jambe. Ils n'étaient pas parmi les plus doués pour des cavaliers prétendant avoir un niveau galop 5, mais il n'eut pas le courage de pointer leurs défauts pour les améliorer. Après tout, il n'était que le remplaçant de Tessa, et il n'avait aucun droit sur ses élèves. Elle les avait formés à sa manière, qu'il n'appréciait guère, et il était illusoire d'espérer changer quoi que ce soit en une heure de temps. Alors il se contentait de temps en temps de conseils simples, et de quelques commentaires pour féliciter untel ou tel autre.

Bientôt, il ne resta que cinq minutes avant la fin du cours et Mikaël laissa les jeunes gens détendre leurs rênes tout en faisant récupérer les chevaux au trot. Il remarqua alors que la plupart avait bien travaillé, puisque les chevaux étendaient leur encolure autant qu'ils le pouvaient. Mais cette réflexion fut vite chassée de son esprit, dès lors qu'il aperçut la personne à laquelle il pensait depuis plusieurs heures près des boxes.

-Bon, vous repassez au pas! cria-t-il d'une voix forte à l'adresse des jeunes cavaliers. Vous vous alignez sur la ligne du milieu et vous mettez pied à terre. Vous rentrez vos chevaux, vous les chouchoutez, bref, vous vous en occupez.
-On les douche? demanda la plus jeune du cours.
-Les membres ouais! Et il me semble que les inscriptions pour l'année prochaine commencent lundi, alors n'oubliez pas de vous ré-inscrire! J'ai pas les horaires ni les tarifs en tête, mais vous devez pouvoir trouver tout ça au club house.

Mikaël laissa planer un petit silence pour voir si tout le monde avait entendu. Il aperçut quelques acquiescements de tête parmi les gestes sûrs et automatiques des élèves, qui préparaient leurs chevaux à rentrer au box. Il continua donc son petit speech de fin de cours.

-Quelqu'un a des questions sur ce qu'on a fait aujourd'hui? ... Non? Bon bah, très bien. Je vais vous laisser, j'ai encore des chevaux à sortir. Bonne soirée!

Avec empressement, il fit passer ses jambes par dessus la barrière. Il se retrouva en quelques enjambées sur le béton, à marcher rapidement vers Peter, qui s'était arrêté pour caresser un magnifique petit cheval gris. Mikaël le rejoignit devant le box, se plaça de l'autre côté de l'encolure, et salua Peter avec un sourire que son interlocuteur ne pouvait voir, mais qui se reflétait dans sa voix.

-Alors Peter? Prêt pour ta première leçon d'équitation?
-Ouais, enfin je crois. J'ai un peu peur, je dois avouer.
-C'est normal, le rassura Mikaël. C'est ta première fois. Et puis, après tout, avoir un animal de plusieurs centaines de kilos qui peut t'envoyer au tapis en moins de deux entre tes cuisses, c'est pas ce qu'il y a de plus rassurant au monde, plaisanta-t-il.
-Dis, tu veux me faire enfuir à toutes jambes ou quoi? demanda Peter d'une voix qui semblait avoir blanchi.

Mikaël remarqua ce subtil changement et passa sous l'encolure du cheval gris pour se retrouver face à Peter. D'un mouvement de la main, il ébouriffa ses cheveux, et se rapprocha encore plus de lui, jusqu'à coller leurs corps, qui n'étaient séparés jusque là que de quelques centimètres.

-Non, bien sûr que non, lui murmura-t-il en le regardant dans les yeux. Je veux juste te faire comprendre certaines choses.
Les débutants oublient souvent qu'ils ont un être vivant sous eux, et ça les amène à faire des choses inconsidérées. Et je ne veux pas que tu fasses les mêmes erreurs qu'eux, alors j'essaie d'ancrer cette idée en toi, quitte à te faire un peu peur. Mais tu verras, dès que tu commenceras à avoir des sensations, t'oublieras vite fait cette peur.

Peter était sceptique quant à la possibilité d'oublier la peur qui lui tordait le ventre en cet instant, mais préféra ne rien dire. D'autant plus qu'à cette peur se mélangeait une sensation des plus agréables qui remontait de son bas ventre, où son corps touchait celui de Mikaël. Et le mélange de ces deux sentiments donnait une chose étrange, sur laquelle il ne voulait pas s'appesantir. Il choisit donc de se concentrer plutôt sur une autre remarque de Mikaël.

-Et vous? Les pros, je veux dire? Vous oubliez jamais que vous avez des animaux entre les cuisses, comme tu dis?
-Ceux qui l'oublient se font rapidement rappeler à l'ordre par leur monture. Et puis, comment dire? ... C'est quelque chose qu'on ne peut pas oublier, ça fait partie de nous. On l'a intégré dans notre esprit. Mais si au lieu de philosopher sur tout ça, on allait monter?
-Euh... oui, hésita Peter, de moins en moins sûr de vouloir tester l'équitation.

En effet, il venait d'apercevoir une scène assez violente pour son esprit indécis. L'une des cavalières de Mikaël œuvrait à quelques mètres d'eux. Elle avait dessellé et débridé son cheval, maintenant attaché par un licol rouge et noir au mur. Elle voulait lui curer le pied, mais peu importait le poids qu'elle mettait sur l'antérieur du cheval, celui-ci ne bougeait pas d'un pouce. Alors dans un accès de rage, elle lui asséna une forte claque sur l'épaule, puis une autre, et essaya d'attraper l'antérieur qui se soulevait quelque peu. Mais le cheval avait apparemment peu apprécié ce comportement puisqu'il commença à reculer, et de cette façon à tirer sur la longe qui le retenait attaché au mur. Rapidement, la jeune fille se rendit compte de la situation, et attrapa la longe, obligeant avec force le cheval à se rapprocher du mur. Après quelques secondes de combat, tout était redevenu normal: le cheval se tenait près du mur, peut-être un peu plus aux aguets que précédemment, et la cavalière soufflait un peu, tout en flattant l'encolure de l'animal.

Mikaël avait également remarqué le petit manège qui s'était déroulé non loin d'eux, et avait décidé de ne pas intervenir. Le cheval avait failli tirer au renard, mais la jeune fille avait bien maîtrisé la situation, et rien de tout cela n'avait été dangereux. Il n'avait donc pas lieu de s'inquiéter, même si d'après l'expression qu'affichait Peter, c'était tout le contraire pour lui. Il l'entraîna donc à sa suite vers la cavalière. Arrivés près d'elle, ils s'arrêtèrent, Mikaël s'accoudant sur la croupe du cheval, et Peter restant en retrait.

-Sofia, tu feras mieux de détacher Green, parce qu'il est du genre à tirer au renard. Et il serait capable de le faire rien que pour te faire chier. Tu passes juste la longe dans l'anneau et il ne devrait pas bouger.
-Ok.
-Et la prochaine fois que t'attaches un cheval à un anneau, vérifie qu'il y ait une ficelle autour de l'anneau, et fais ton nœud de longe sur la ficelle. Comme ça, s'il tire au renard, ou qu'il y a un problème, c'est la ficelle qui pète en premier.
-Ok, j'y penserai.
-Bien. Bon ben salut!
-Salut! répondit-elle avec un sourire, tout en observant Peter par dessus l'épaule de Mikaël. Bonne soirée, ajouta-t-elle, avant de retourner à son occupation.

Mikaël fit un petit signe de tête et se retourna pour sourire à Peter. De nouveau, il l'entraîna à sa suite, et au bout de quelques minutes, ils se trouvèrent devant une série de boxes assez éloignés du centre du club. Mikaël fit coulisser la porte de l'un d'entre eux et d'un large geste de la main, il déclara.

-Peter, je te présente Kali. Kali, je te présente Peter. Il va te monter en longe dans pas longtemps, alors t'as pas intérêt à le faire tomber, hein? Sinon, t'auras à faire à moi.

Dans le même temps, il entra dans le box et caressa l'encolure de la jument. Du regard, il invita Peter à faire de même. Alors l'inspecteur fit quelques pas dans la paille, et s'approcha avec une légère appréhension de la jument alezane brûlée. Elle n'était pas très grande, mais un peu plus large que les autres chevaux qu'il avait eu l'occasion de voir, et cette particularité la rendait assez impressionnante. Mikaël lui expliqua que sa mère était une demi-trait, ce qui lui conférait donc cet aspect quelque peu imposant. Puis il encouragea Peter à toucher Kali, à se familiariser avec elle, à lui parler. A créer un lien avec elle. Lorsqu'il estima que cela fut fait, il lui montra comment panser l'animal. L'étrille, cette brosse de plastique avec plein de pics, ne devait être passée que sur les parties charnues, en faisant des cercles. Au vu de l'attitude de la jument, qui étendait l'encolure en levant légèrement la tête, elle appréciait le massage. Peter découvrit même un point un peu plus sensible que les autre, à côté du garrot, qu'il frotta plus longtemps que les autres. Mikaël lui conseilla d'utiliser ses doigts, et après quelques minutes, le cavalier éclata de rire devant la mine déconfite de son petit ami, qui découvrait ses doigts gris de poussière. Ensuite, il fallut passer le bouchon, et curer les sabots. Malgré tout la bonne volonté que mit Peter, il ne réussit pas à faire déplacer une seule jambe de Kali, et Mikaël fut obligé de curer les quatre sabots. En même temps, il vérifia que les fers tenaient bien, et fut soulagé en constatant que le maréchal ferrant avait eu le temps de venir le matin même: le fer de son postérieur droit ne bougeait plus. Dans un souci de perfectionnisme, ils passèrent la brosse douce, puis Mikaël confia le bouchon à Peter pour qu'il démêle la queue. Pendant ce temps, lui-même posa des bandes de polo rouges aux antérieurs et aux postérieurs de la jument, qui, gentiment, resta immobile pendant l'opération.

Enfin, il fallut harnacher Kali. Sous les yeux attentifs et les oreilles grandes ouvertes de Peter, Mikaël mit le filet en quelques minutes. Il installa ensuite un tapis, puis un amortisseur, et encore un tapis, cette fois-ci plié en deux, sur le dos de la jument. Et au lieu de poser par dessus toutes ces protections une selle, il déposa un surfaix qu'il sangla pas trop fort pour le début. Il expliqua rapidement à Peter à quoi cela servait puis il fit sortir la jument du box d'une tape sur la croupe. Celle-ci fit quelques pas dehors puis attendit sagement Mikaël, qui attrapa une grande longe beige, ainsi qu'un gogue, puis se plaça à hauteur de sa tête. Il avança d'un pas sûr, sans tenir la jument, vers un petit chemin de terre, le même qu'avait emprunté Peter lorsqu'il était venu le voir la dernière fois. Soudain, il s'arrêta et la jument fit de même. Il se retourna et mit ses mains en porte-voix.

-Eh Peter! Tu comptes coucher là ou tu viens me rejoindre? Et prends ma bombe et mes gants en même temps!
L'interpellé sursauta et d'un geste ramassa ce que lui demandait son petit ami. Puis il le rejoignit au pas de course.



     Les deux amants et la jument s'étaient arrêtés au centre de la carrière. Après avoir installé le gogue et re-sanglé Kali, Mikaël expliqua à Peter, dans les grandes lignes, comment longer un cheval.

-Alors d'abord, les règles de sécurité. Super important! Premièrement, tu longes avec des gants, sinon tu te retrouves à coup sûr avec des brûlures. Ensuite, pas d'éperons, dit-il en désignant le talon de ses boots, montrant ainsi qu'elles étaient nues de tout objet métallique. Parce que tu risques de t'emmêler les pieds et de tomber. Hum... réfléchit-il, qu'est-ce qu'il y a d'autre? Ah oui! La façon de tenir sa longe. Regarde comment je la tiens.

Mikaël rapidement crocheta le mors de Kali avec l'une des extrémités, et plaça le reste de la longe dans ses mains comme s'il s'apprêtait à longer. Il laissa Peter observer quelques minutes, puis changea sa manière de tenir la longe.

-Et ça, montra-t-il, c'est comment tu dois pas la tenir. T'as compris?
-Euh... non, avoua Peter.
-Regarde, prends ce bout là, et tire. Qu'est-ce qu'il se passe?

Peter tira le bout que lui avait donné Mikaël, faiblement d'abord, puis de plus en plus fort, jusqu'à enserrer les quatre doigts de Mikaël.

-Alors?
-Bah, ça t'entoure les doigts. Mais je vois toujours pas ce que tu veux dire.
-Pff, toujours aussi lent d'esprit, rigola Mikaël en faisant tomber la lanière qui lui bandait les doigts.

Il la ramassa et ensuite l'enroula de manière correcte.

-Imagine que c'est pas toi qui tire, mais un cheval au grand galop. Ca fait quoi à ton avis?
-Euh... Ca te traîne derrière? tenta Peter.
-Ca t'arrache les doigts surtout.
-Quoi?!?

Mikaël haussa les épaules devant l'exclamation de Peter. Les blessures à cheval, c'était quelque chose qu'il avait acceptée depuis longtemps, et ça ne l'émouvait plus, ou presque.

-Mais si tu la tiens comme ça, continua-t-il d'un ton didactique, en montrant comment il posait sa longe toujours par-dessus sa main, on ne risque rien. Vas-y, tire pour voir.

Un peu réticent, Peter s'exécuta néanmoins, et constata que toute la longe venait à lui sans que Mikaël ne subisse un quelconque désagrément.

-Eh mais c'est génial! s'exclama-t-il avec joie, l'image d'un Mikaël sans doigts s'éloignant d'un coup de son esprit.
-Si tu le dis, sourit son amant, amusé par l'enthousiasme du débutant. Bon, je crois que niveau sécurité, j'ai tout fait. Après je vais pas te faire un cours sur comment longer un cheval, ça sert à rien. Mais si tu veux savoir le truc de base, c'est de toujours se maintenir au niveau des épaules de son cheval, ni devant, ni derrière. Et de dessiner soi-même un petit cercle au centre.

Peter acquiesça comme un élève studieux, puis son front se plissa d'un trait soucieux.

-Et quand je vais monter, comment ça va se passer? demanda-t-il.
-T'es inquiet, Peter?
-Bah oui, quand même un peu, répondit-il honnêtement. Et tu me rassures pas, avec tous tes trucs là, de brûlures et d'arrachage de doigts.
-Ca va bien se passer, je te le promets, le rassura Mikaël.

Sentant que quelques mots jetés en l'air ne suffirait pas à calmer l'angoisse de son petit ami, Mikaël s'avança pour enlacer sa taille. Doucement, il remonta ses mains dans le dos de Peter, chastement au-dessus de son T-shirt. Il arriva au niveau de ses épaules, repassa devant pour effleurer ses pectoraux et remonter immédiatement vers son cou. Là, il sentit ses carotides se déformer beaucoup trop vite sous son pouls accéléré. Prenant note de cela, il murmura tout près de son visage.

-Il ne faut pas que tu stresses, il ne faut pas que tu aies peur, sinon Kali va le sentir. Et c'est pas bon, fit-il, sans trop entrer dans les détails.

Enfin, ses mains atteignirent les joues de son amant et il sentit leurs muscles se contracter sous un sourire. Comme un réflexe, il se mit à sourire en réponse, et déposa délicatement ses lèvres contre celles de Peter. Puis, il se détacha, et répéta de nouveau.

-Ca va bien se passer, y'a pas de crainte à avoir.

Les derniers mots furent chuchotés dans le cou, alors que Mikaël étreignait fortement Peter, et ce dernier frissonna sous leur souffle. Après de longues secondes, ils se détachèrent et Mikaël envoya d'une tape sur les fesses Peter rejoindre les bords de la carrière. Quant à lui, il enfila ses gants, attacha la longe en Colbert sur Kali et enleva ses rênes, pour qu'elles ne gênent pas. Il allait la faire partir sur un cercle lorsqu'il sembla se souvenir de quelque chose. Il posa tout à terre, chuchota à la jument de rester tranquille sous peine de représailles, et courut vers la lettre C. En fouillant un peu dans les hautes herbes qui entourait le panneau, il trouva une chambrière et en profita pour déposer les rênes qu'il avait coincées à l'arrière de son pantalon. Il revint en trottinant vers Kali et commença enfin à la longer.

Le cercle que la jument traçait s'agrandissait au fur et à mesure que Mikaël allongeait la longe, tout en la gardant tendue. Lorsqu'il estima qu'elle était sur un cercle suffisamment grand, il voulut la faire partir au trot en l'encourageant de sa voix. Cependant, Kali ne semblait pas prête à faire beaucoup d'efforts, et malgré les injonctions du jeune homme, elle restait tranquillement au pas. Excédé, il finit par changer la position de sa chambrière, et la rapprocha de sa queue. Cela n'eut aucun effet non plus, et il fut obligé de la faire claquer en l'air, à plusieurs reprises. Quelques foulées plus tard, la jument tomba dans un petit trot, lent et absolument pas actif. Mikaël, peu enclin à la laisser gagner la partie, ne lui laissa aucun instant de répit et au bout de plusieurs minutes, la jument trottait activement. Il la fit partir à l'allure supérieure avec un grand "Gaaaalop!" et cette fois-ci, elle ne se fit pas prier. Il lui fit faire plusieurs transitions, montantes et descendantes, et finalement, il lui demanda de ralentir tout en rétrécissant le cercle jusqu'à ce qu'ils se trouvent à l'arrêt, côte à côte. Il détacha la longe, la rattacha de l'autre côté, brancha le gogue et changea de main. Il fit alors exactement la même chose qu'à l'autre main, et au bout d'un certain temps, il fit arrêter la jument, mais cette fois-ci sur le cercle. Tenant toujours la longe et la chambrière en main, et gardant un œil vigilant sur Kali, il s'adressa d'une voix forte à Peter.

-Tu vas bientôt pouvoir venir! J'ai fini de la détendre. Mais je la connais, Kali, et à chaque fois qu'on la longe, elle pète son câble un coup.

Il vit Peter se redresser vivement et il s'empressa d'expliciter ses paroles.

-Je veux dire, elle fait la conne une fois, mais seulement une fois. Et après qu'elle ait fait la conne, t'es tranquille. Donc je vais provoquer ce petit coup de folie. Et c'est pour ça que j'aimerais que tu t'éloignes. Ca risque d'être plus violent que d'habitude si elle s'est pas déchaînée pendant la détente.

Peter s'éloigna encore plus de la zone de longe, sans vraiment comprendre ce qu'avait voulu dire Mikaël. Puis il l'entendit demander le galop férocement, en criant plus qu'il n'en avait l'habitude, et faire claquer plusieurs fois la chambrière en l'air. La réaction ne se fit pas attendre: Kali leva ses postérieurs et partit ensuite dans un grand galop. Bien qu'il ait prévu, et même provoqué cela, Mikaël fut entraîné de quelques pas vers l'avant et laissa filer quelques mètres de longe, sous la force du galop de la jument. Lorsqu'il se fut un peu stabilisé, il enfonça ses talons dans le sol et suivit sans intervenir le galop un peu fou, ponctué de coups de cul, de l'alezane. Il préférait la laisser se défouler, et s'épuiser un minimum avant que Peter ne monte dessus. Puis, il estima que cela suffisait et il récupéra peu à peu les mètres de longe qu'il avait perdus. La jument se calma un peu, mais ce fut de courte durée: elle repartit de plus belle quelques secondes plus tard. Mais cette fois-ci, Mikaël ne se laissa pas faire. D'une voix douce mais forte, il l'incita à ralentir. Dans le même temps, il rétrécissait le cercle. Pour finir, il plaça la chambrière devant la tête de Kali et elle s'arrêta complètement.

-C'est bon Peter! Tu peux venir! T'enfiles ma bombe, j'espère que t'as pas pris la grosse tête depuis hier, quand on l'a essayé, plaisanta-t-il. Et tu me rejoins. Tu dois arriver dans mon dos, ok?

Peter hocha la tête, peu sûr de lui, posa la bombe sur son crâne, dut s'y reprendre à deux fois avant de l'attacher, et marcha jusqu'à Mikaël. Arrivé à sa hauteur, il n'eut pas le temps de se préparer une dernière fois mentalement que son petit ami l'envoya, seul, rejoindre la jument, en suivant la longe. Obéissant, et de plus en plus mort de peur, Peter s'exécuta. Il posa une main tremblante sur le chanfrein alezan de la jument, qui souffla un bon coup à ce contact. Surpris, autant par le bruit que par toutes les projections humides qu'il venait de recevoir sur lui, il retira sa main. Il ne la reposa que plusieurs secondes plus tard, constatant que Kali ne bougeait plus. Il essaya de la caresser mais ses gestes étaient mal assurés, gauches. Il faillit même lui mettre un doigt dans l'œil, sans qu'elle ne bronche particulièrement. Il fit revenir sa main sur le centre de la tête, et soudain, elle fut recouverte par une autre, gantée de noir. Une voix se glissa dans son cou, chaleureuse, rassurante, même si amusée. Terriblement sensuelle.

-Il faut être plus ferme Peter. Rappelle-toi: ne pas montrer sa peur. Ca passe par les caresses. Si tu l'effleures comme ça, elle sait que tu as peur de la toucher. Mais si tu poses ta main à plat sur elle et que tu caresses fermement, elle sait que tu as confiance, en toi et en elle.
-Oui, mais... répliqua-t-il en se retournant.
-Pas de mais! Bon, Kali, tu m'excuses deux minutes, je vais devoir expliquer les choses de manière expérimentale à mon imbécile de copain.
-Je suis pas...
-Chuuuut, dit-il en posant un doigt sur ses lèvres.

Ce doigt, des lèvres glissa sur le côté et bientôt, ce furent les deux mains du cavalier qui envahirent les joues de l'inspecteur. Mikaël approcha son visage de celui de Peter, lui sourit et commença à l'embrasser. Du bout des lèvres, il toucha la bouche de son petit ami. Il se risqua à sortir la langue et à titiller ses lèvres, mais il se retira aussitôt. Il recommença à l'embrasser, un peu plus fermement cette fois-ci: leurs lèvres se touchaient réellement, et ne faisaient pas que s'effleurer. De nouveau, sa langue sortit de sa bouche pour explorer celle de Peter, mais dès qu'elle eut passé la barrière de ses lèvres, elle se rétracta. C'était un baiser timide, inhabituel, totalement différent de leurs précédents baisers et Peter, alors que le manège se répétait plusieurs fois, commençait à douter. Enfin, ce baiser étrange se termina, et Mikaël, en s'éloignant, affichait un grand sourire. Peter cut même déceler une légère lueur perverse dans ses yeux. Cependant, il n'eut pas le loisir d'y réfléchir plus longtemps que son petit ami se rapprochait de lui, pour l'embrasser. Pour l'embrasser d'un véritable baiser: passionné, profond, humide, entraînant, furieux même. Un baiser comme seuls deux amants pouvaient s'en faire. Alors cette fois-ci, il y répondit sans scrupules, et la danse entre leurs langues dura plus que de raison. Mikaël fut le premier à rompre le contact, en douceur, sans perdre le lien qu'ils avaient ainsi créé.

-Alors, lequel t'as préféré? demanda-t-il d'une voix malicieuse.
-Le deuxième!

La réponse avait fusé sans qu'il ait même eu le temps de réfléchir, et cela les amusa tous les deux.

-Et pourquoi? voulut savoir Mikaël, un sourire voguant toujours sur ses lèvres.
-Bah, dans le deuxième, t'y as vraiment mis du tien. Je sentais bien que t'avais envie de m'embrasser comme j'en avais envie. C'était un vrai baiser, si je puis dire. Alors que dans le premier, à un moment, je me suis limite demandé si t'avais pas peur de m'embrasser. T'étais tout timide, presque peureux. Et j'avoue: j'ai commencé à douter de toi et de moi.
-Et bah tu vois! s'écria, ravi, Mikaël, qui leva les bras au ciel avec un grand sourire.
-Comment ça je vois?
-En fait, le premier baiser, c'était pour te montrer comment toi tu caresses Kali, et le second, comment il faut la caresser.

Peter resta interdit devant la déclaration de Mikaël. Il sentit plus fortement que jamais que le cheval pour lui n'était pas un métier, ni une passion, mais sa propre vie. Néanmoins, il ne s'attarda pas sur cette pensée légèrement inquiétante, et préféra rire du moyen tarabiscoté, mais terriblement sensuel et agréable, d'expliquer l'équitation.

-Toi alors! éclata-t-il de rire.
-Quoi? dit-il avec une petite moue, avant d'arborer un visage un peu plus sérieux, mais également plus joyeux. Bon, on y va? Tu montes?

Mikaël fit la courte échelle à Peter, qui se hissa avec beaucoup de difficulté sur le dos de Kali. Mikaël en rigola pendant plusieurs minutes, le traitant de manchot. Une fois son rire disparu, il lui prodigua quelques conseils: tenir les poignées, avancer son bassin, se rapprocher le plus possible du garrot, s'asseoir sur le gras des fesses s'il ne voulait pas avoir trop mal aux couilles, se pencher en arrière, et ainsi de suite. Tranquillement, ils se mirent au pas, et pour le commencement, Mikaël préféra rester aux côtés du débutant. En plus, de cette manière, ils pouvaient continuer à se parler, et même de temps en temps, se caresser furtivement.

Après plusieurs tours de carrière, Mikaël estima qu'il était temps de lâcher un peu Peter, et il l'envoya sur un petit cercle, au pas. Une fois que son petit ami eut repris confiance en lui, il l'entraîna au petit trot. Les premières foulées ne se passèrent pas trop mal, mais au fur et à mesure que le temps passait, Peter avait de plus en plus de mal à se maintenir droit sur l'animal, d'autant plus que celui-ci accélérait un peu, sous ses involontaires coups de talons, lorsqu'il serrait les jambes pour ne pas tomber. Finalement, l'allure sautée qu'était le trot eut raison de lui, et il glissa lentement mais sûrement vers le sol sablonneux. Il tenta à plusieurs reprises de se re-stabiliser en agrippant les poignées et en tirant dessus, mais rien n'y fit. Surtout que Mikaël prenait un malin plaisir à maintenir la jument au tout petit trot. Dans un dernier effort, Peter s'accrocha à la seule poignée qu'il pouvait encore atteindre et tira dessus. Malheureusement pour lui, elle bougea  de quelques centimètres sous le poids, et surpris, il lâcha prise, pour s'étaler lamentablement dans le sable. Au centre du cercle, Mikaël était mort de rire, et il avança avec difficulté jusqu'à l'endroit où gisait son amant. Il se laissa tomber à genoux à ses côtés, lâchant la longe par la même occasion, et rigola de plus belle devant sa mine.

-Oh putain! Oh putain! Oh putain! rit-il de plus en plus fort. T'es trop bon, Peter! Excellent! Ca c'est trop fort! T'es vraiment tombé comme une merde, tout doucement, et puis plof! Excellent! Et puis comment tu te raccrochais à Kali! Hahahaha!

Toujours allongé dans le sable, Peter finit par se sentir vexé et trouva rapidement un moyen de fermer le caquet de Mikaël. Il porta son bras gauche à son épaule droite et avec une grimace, déclara d'un ton sur-joué.

-J'ai maaaaal Mikaël.
-Quoi?

Le jeune homme s'était redressé avec vivacité et commençait déjà à palper l'épaule de Peter. Ne trouvant rien, il lui demanda de s'asseoir et de retirer son T-shirt. Trop angoissé pour remarquer le visage goguenard de Peter, il suivait attentivement chacun de ses mouvements des yeux. Une fois torse nu, il entreprit d'examiner plus attentivement l'épaule de son amant.

-Si j'appuie là, ça fait mal?
-Affreusement, affirma Peter avant d'attraper le visage de Mikaël et de l'embrasser avec empressement.

Les lèvres un peu sèches de son cavalier lui avaient manqué depuis tout à l'heure, et là, il en profita largement. Mikaël, constatant la supercherie, laissa échapper un rire, avec lequel s'envolait son stress; et entra complètement dans le jeu de Peter. Il le rallongea sur le sable, passa par dessus lui, puis se fit lui-même plaquer au sol, et ainsi de suite.
Ce n'est que tard le soir, les vêtements remplis de sable mais le sourire aux lèvres et des souvenirs merveilleux pleins la tête, qu'ils ramenèrent Kali à son box.
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18 août 2009 2 18 /08 /août /2009 20:52
Bon, je sais que j'ai rien à faire sur OB en ce moment, que je dois bosser, et tout, et tout. Mais là, rien à faire! Je viens de lire un manga tellement bien, et tellement différent du reste, que je me dois de vous en parler tout de suite, de peur de perdre mes émotions plus tard, ou de ne plus en avoir le courage. Et ce serait dommage de vous faire passer à côté de cette perle!

Les images utilisées appartiennent à Attractive Fascinante.







Titre: Ake Nure Goyou ni Furu Yuki wa
Auteur: Hori Tomoki
Tomes: 1
Remarques: le manga n'est pas édité en France, à ma connaissance. Je l'ai lu grâce à un groupe de scantrad anglais (de très grande qualié et que je vous recommande d'ailleurs): Attractive Fascinante. Pour télécharger le manga, cliquez ici.
Edit: les teams Naked Truth, Yaoi Bronze Katsuai, Tomo, Rêve Fruité, Yaoi Boy's et Le coin des fans ont fait un travail remarquable en traduisant ce manga en français. Pour le télécharger, cliquez ici ou .

Il s'agit d'un manga qui regroupe plusieurs histoires:
-"Staining the White Pine with crimson frosted Snow" (ce qui veut dire en gros "Souiller le Pin Blanc avec de la neige givrée rouge sang". Comme vous le voyez, ça rend beaucoup mieux en anglais. -_-'), qui comporte trois chapitres.
-"At First Sight" ("Au premier coup d'œil"), qui est une OS en un seul chapitre.
-"Cry for the Sun" ("Pleurer pour le soleil"), qui est aussi une OS en un seul chapitre.
-"Garance", qui est une sequel en un chapitre de la première histoire.

Je ne crois pas nécessaire de faire un résumé des histoires, car j'aurais l'impression de vous spoiler une grande partie des histoires (mais AF a fait un résumé de la première histoire). Je crois que savoir que c'est du shonen-aï/yaoï suffit, au vu de la longueur (et de la qualité) de la chose.

Venons-en justement à la qualité de ce manga. Elle réside en deux poinbts essentiels je pense: les dessins, et l'expression des sentiments.
Les dessins ont un côté réaliste marquant (je ne sais pas comment dire ça autrement: moi c'est une des premières choses qui m'a sauté aux yeux), mais assez envoûtant. On est bien loin du manga stéréotypé où les personnages ont de grands yeux qui brillent, ou du crayonné de Samura (L'habitant de l'Infini), fouillé et recherché. Ici, on est capté par la pureté et le dénudement des traits, ainsi que leur justesse. Les dessins sont focalisés essentiellement sur les personnages, et en particulier leurs visages, et en ce sens, il ressemble à de nombreux mangas, où le paysage et l'arrière-plan sont secondaires. Bref, je suis tombée sous le charme de ces dessins.
Les sentiments, quant à eux, sont exprimés de manière très douce et intuitive, avec beaucoup de non-dits, surtout au début des histoires. C'est plus clairement dit à la fin, mais pas de façon à s'imposer au lecteur je trouve. J'ai un peu de mal à m'exprimer, mais l'impression que j'ai ressentie en lisant ce manga était douceur et apaisement. De la tristesse et un peu de colère aussi (mais toujours entourés de cette douceur caractéristique-je sais, c'est bizarre), mais plutôt qu'elle soit dirigée vers les malheurs des personnages, c'était plutôt pour les injustices de la vie auxquelles ce manga pouvait me faire penser.

Et petit plus de ce manga qui rentre tout de suite dans mon top mangas, les histoires sont plutôt originales. Bien sûr, vous n'allez pas tomber des nues en le lisant, mais ça aborde des thèmes relativement connus d'une manière différente, et que j'aime beaucoup. Et puis si la première histoire se passe dans le Japon et aborde ses traditions (comme la cérémonie du thé), les autres se passent à l'étranger, en Angleterre je dirais (probablement à cause des prénoms), et c'est agréable de voir quelque chose qui se passe en dehors du Japon.



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12 août 2009 3 12 /08 /août /2009 21:32

Hello!

Je n'ai pas le temps de répondre correctement à tous les commentaires que j'ai reçus, mais je fais ça dès que je suis chez moi. En tout cas, sachez qu'ils me font très plaisir. =D

Quant au petit OS que vous avez là, il s'agit juste de décharger mon trop plein d'envie de lecture! ^^

Bonne lecture! =D







"Cours d'éducation sexuelle". C'était marqué en gros, en lettres capitales, à la craie blanche sur le tableau vert foncé. Il était environ dix-huit heures, un vendredi d'hiver, et le professeur principal avait miraculeusement réussi à tenir assez calme sa classe pendant l'heure entière qu'avait duré ce cours un peu particulier. Bien sûr, les garçons avaient rigolé lorsqu'il avait expliqué comment mettre un préservatif, et les filles avaient un peu rougi. Mais au final, cela s'était relativement bien passé. Le message principal, "Protégez-vous, quelles que soient les circonstances", avait l'air d'être bien passé, et c'était maintenant le temps d'achever l'heure par la question rituelle.

-Est-ce que quelqu'un a des questions? interrogea le professeur d'une voix forte, ramenant un peu de calme parmi les conversations qui commençaient.

Les élèves se regardèrent, goguenards pour certains, émoustillés ou timides pour d'autres, mais personne ne leva la main. Seule une voix forte, masculine, retentit du fond de la pièce.

-Eh! M'sieur! Ca sert à quoi le lubrifiant qu'ils mettent avec la capote?
-Etienne, lève la main si tu veux prendre la parole. Et répète ta question s'il-te-plaît, je n'ai pas entendu.
-Vous savez, M'sieur, quand on prend des capotes gratuites, il y a toujours un sachet de lubrifiant avec, continua le jeune homme avec un grand sourire, apparemment parfaitement au courant de l'utilisation qu'on en faisait, mais voulant l'entendre de la bouche de son aîné.
-Eh bien, il arrive parfois que la femme ne "mouille" pas assez comme vous dîtes, commença-t-il à expliquer. Le vagin n'est pas assez lubrifié, et le rapport peut être douloureux dans ces cas-là.
-Mais y'a pas que le vagin qui lubrifie pas assez, hein M'sieur? continua le voisin d'Etienne, moqueur.
-Ouais, y'a aussi les trous du cul! N'est-ce pas M'sieur? relança un autre, assis au troisième rang.
-Antoine, cesse d'être vulgaire s'il-te-plaît, le réprimanda le professeur. Et effectivement, le lubrifiant est très utile lorsque vous pratiquez la sodomie. Cependant il faut savoir que la sodomie est une pratique très douloureuse, et plus à risques que la pénétration normale. C'est pourquoi il faut absolument mettre un préservatif, même s'il n'y a aucun risque de mettre enceinte votre copine.
-Ou votre copain! D'te façon, y'a qu'les p'tits PDs pour se sodomiser entre eux! se moqua Antoine. Les mecs normaux, ils feraient pas ça à leur copine. Y'a qu'les déviants pour faire ça.

Le professeur asséna son poing sur la table pour ramener le silence parmi les rires gras provoquées par cette sortie.

-Silence! Je ne tolérerai pas ce genre de propos diffamants et insultants dans mon cours! Antoine, apporte-moi ton carnet, que je te mettre une heure de retenue. Les autres, pour la semaine prochaine, vous me ferez une recherche sur un personnage important de votre choix. A deux conditions: que ce soit quelqu'un que vous admiriez, ou qui a influencé votre vie. Et que cette personne soit homosexuelle.
-Mais M'sieur, couina une jeune fille assise dans un coin de la classe. Ca n'a rien avoir avec le programme d'histoire. Et puis, c'est trop dur, ça existe pas ça, des personnages importants homos.
-Eh bien Catherine, va voir Mme Collignan, ton professeur de français, ou M. Dupuis, ton professeur d'arts plastiques, et demande-leur s'il n'existe pas des auteurs ou des artistes homosexuels. Je suis sûr qu'ils en trouveront quelques-uns. Sur ce, ça vient de sonner, vous pouvez donc partir. A lundi!

Les chaises raclèrent le sol dans un bruit assourdissant et les lycéens sortirent les uns après les autres de la salle, discutant avec animation du devoir de dernière minute donné par M. Pifrin, ainsi que des événements qui avaient conduit à ce devoir.

Seul Antoine resta dans la classe, debout à côté du bureau de son professeur d'histoire, qui remplissait le feuillet rose des retenues au centre de son carnet de correspondance.

-Tu viendras lundi à huit heures, en salle 203.
-Mais M'sieur, je commence à onze heures le lundi! Vous pouvez pas me faire ça! protesta-t-il.
-Antoine, en général, les retenues ne sont pas faites pour arranger les élèves. Mais bon, ce n'est pas pour ça que je te la mets à huit heures. C'est seulement que moi, je commence à neuf heures, et j'aimerai discuter avec toi pendant cette heure de retenue. Alors ça sera huit heures, lundi matin, non négociable. D'ici là, j'aimerais que tu réfléchisses à tes paroles, et à leur caractère insultant, dit-il d'un ton calme tout en lui tendant son carnet.

Antoine le lui arracha des mains et marmonna quelques mots pleins de colère.

M. Pifrin, qui s'était retourné pour chercher quelque chose dans un tiroir, releva la tête et lui demanda aimablement de répéter, n'ayant pas entendu les supposées protestations de son élève.
Antoine hésita un instant, puis, alors que son regard se posait sur son carnet où la retenue venait d'être inscrite, sa colère éclata, et il la déversa sur son professeur.

-Espèce de sale PD! Tu crois pouvoir me diriger et me foutre des heures de colle! Va te faire enculer par ta tarlouze de copain! J'espère que vous attraperez le sida et que vous en crèverez tous les deux!

Le professeur était d'abord resté interloqué par les paroles violentes de son élève, avant d'en être totalement ulcéré. Mais ce furent ses derniers mots qui le mirent hors de lui, et le conduisirent à lui asséner une claque magistrale.

-Ne souhaite jamais la mort de gens que tu ne connais pas, petit con!

Sur ce, il attrapa ses quelques affaires et sortit de la salle en claquant la porte, laissant Antoine interdit et encore sous le choc de la claque. Il se dirigea rapidement vers la salle des professeurs, vide à cette heure, se prit un café, et s'affala sur l'une des chaises. Presque aussitôt, son téléphone portable sonna, et il sourit tristement en voyant le nom de Samuel s'afficher sur l'écran.

-Allô? dit-il d'une voix automatique.
-Allô Philippe? Devine quoi? Je viens d'avoir mes résultats du labo! Et tiens-toi bien, parce que tu vas sauter au plafond: ma charge virale est indétectable! Je viens d'appeler le docteur, et il a dit que c'était très bon signe! Et que j'étais quasiment plus contaminant! Bon, je pense qu'il vaut mieux continuer à utiliser des capotes, mais au moins comme ça, on a tous les deux l'esprit un peu plus tranquille, non?

Philippe Pifrin ne répondit pas tout de suite, un peu abasourdi par l'enthousiasme de son compagnon.

-Philippe? Ca va? demanda soudain Samuel, étonné de son manque de réaction devant cette bonne nouvelle.
-Oui, ça va beaucoup mieux maintenant, réussit-il à dire avant d'éclater en sanglots.

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