Crampons et autres fantaisies hippiques - 5
Bien le bonjour à vous chers lecteurs et chères lectrices! =)
J'ai décidé d'essayer de tenir le rythme d'une parution de texte tous les lundis, que ce soit de Crampons et autres fantaisies hippiques, ou d'autre chose (OS, fics en anglais, autres fics...). Les autres articles (fics en suédois, musique, livre...) seront publiés à n'importe quel moment de la semaine, sans tenir compte du rythme d'un article par semaine.
Je vous laisse maintenant en compagnie de Mikaël et My, et bien sûr, je vous souhaite une bonne lecture! =D

La sonnerie stridente d'un réveil déchira le silence de la chambre. Quelques tâtonnements, le bruit sourd de quelque chose qui tombe par terre, la sonnerie qui repart de plus belle, et une voix grognon et énervée qui s'élève enfin.
-Putain My! T'aurais pas pu enlever ton réveil!
Mikaël se retourna plusieurs fois dans le lit avant de se retrouver face à face avec My, pour s'apercevoir qu'elle dormait encore paisiblement. Apparemment, toute la cacophonie qui venait d'avoir lieu ne l'avait absolument pas dérangée, alors que le jeune homme s'était réveillé en sursaut. Il décida donc de mettre en avant son côté sadique pour la faire sortir du lit: il repoussa la couette jusque sur ses hanches et lui asséna une grande claque sur son flanc gauche. Le coup de pied partit aussitôt, comme un réflexe, et un long gémissement étouffé se fit entendre.
-Putain, t'es violente dès le matin toi! En plein dans les parties… Ca fait vachement mal.
-Et alors? Je crois que j'ai eu ma dose aussi, nan? répliqua My, qui s'asseyait doucement sur le lit tout en s'étirant.
-Ouais, mais quand même… Et puis aussi pourquoi t'as mis un réveil? On est dimanche putain! Ce qui veut dire grasse matinée, et là, il est six heures du matin. Ce qui veut dire qu'on n'a dormi que quelques heures… Eh, tu m'écoutes? reprit-il après un petit moment.
-Oui, oui, répondit-elle, sortant de sa perplexité. Donc le réveil a sonné?
-Et pas qu'un peu si tu veux mon avis! Je sais pas comment t'as fait pour pas l'entendre!
-Ah, je suis désolée, j'avais oublié de l'enlever, dit-elle tout simplement. Et puis tu sais très bien que je suis un peu dure d'oreille depuis…
Elle fronça les sourcils et ne finit pas sa phrase. En voyant cela, Mikaël se dit qu'il faisait vraiment un piètre meilleur ami: lui rappeler de mauvais souvenirs n'était pas la chose à faire un dimanche matin. Alors il se releva tant bien que mal, et s'assit tout à côté d'elle pour l'enlacer.
-Je suis désolé… murmura-t-il.
-Je sais.
-Tu veux quoi pour le petit déjeuner?
-Eh! C'est chez moi ici, donc c'est à moi de te proposer.
-Nope, t'as été assez gentille pour m'héberger et me filer une place dans ton lit cette nuit, alors je peux bien préparer le petit déjeuner.
-D'accord, concéda-t-elle immédiatement, déjà lasse à l'idée d'argumenter avec Mikaël.
-Alors tu veux quoi?
-Dormir, dit-elle tout en baillant, puis elle se laissa tomber en arrière et ramena la couette sur elle. Et tu devrais en faire autant, tu bosses cette après-midi, nan?
-Ouais, je dois être au club à 14h.
-Ok. Bonne nuit.
-Bonne nuit My.
Quelques froissements de draps plus tard pour trouver la position idéale, Mikaël était prêt à s'endormir lorsque d'une petite voix, My lui fit part d'une dernière chose. Toujours la même à chaque fois qu'ils dormaient ensemble.
-N'en parle pas aux autres s'il te plaît. Il ne se passe rien entre nous, donc c'est pas la peine qu'ils aillent s'imaginer des trucs.
Il répondait alors invariablement.
-Bien sûr, croix de bois, croix de fer, si je mens, je vais en enfer.
-Merci, et elle s'endormit paisiblement.
Il n'était pas loin de 11h lorsque Mikaël se réveilla de nouveau. Il se redressa doucement pour ne pas déranger sa meilleure amie avant de s'apercevoir que ce n'était pas la peine: My était déjà levée et s'activait apparemment dans la minuscule cuisine de son petit appartement. Pris d'un accès de paresse, il décida de ne pas se lever pour aller l'aider et lui cria qu'il voulait trois œufs et du bacon.
-Espèce de morfale va!
-Roh, ça va! C'est juste que vu l'heure, je me suis dit qu'on pouvait faire brunch.
-Pas faux, admit My, affairée avec le bacon. Allez viens m'aider un peu Mikaël.
-T'es sûre que t'as besoin d'aide? demanda-t-il, espérant de tout cœur une réponse négative.
-Oui, alors tu bouges ton cul du lit et tu viens. Sinon, c'est moi qui viens te chercher et ça va pas être agréable.
-Ce que tu peux être vulgaire dès le matin.
-C'est toi qui m'as rendue comme ça, mon chou.
-Oh, s'teu plaît, garde tes "mon chou" pour quand on joue au couple, soupira Mikaël, pressentant déjà la dispute qu'ils allaient avoir.
-Comme hier soir, devant ton graaaaand copain l'inspecteur.
-Ou comme devant tes grands-parents paternels, qui sont assez bêtes pour vivre dans une communauté mormone.
-Arrête! Ne parle pas de ça! Tu sais très bien pourquoi je te fais passer pour mon mari devant eux.
-Et toi aussi tu sais pourquoi je t'ai demandé ce service hier soir. Alors me fais pas chier avec ça!
Mikaël, furieux, avait haussé la voix, et pour éviter que la conversation ne dégénère encore plus, il partit s'enfermer dans la salle de bains. Il claqua bien fort la porte pour montrer à quel point il était énervé, puis il se laissa glisser à terre contre elle. La tête entre les bras, les bras sur les genoux, il se mit à sangloter nerveusement. Puis de nerveux, ses sanglots devinrent réels, et se transformèrent peu à peu en un véritable torrent de larmes qu'il ne chercha pas à arrêter. De toute façon, tout le monde le savait: les torrents, il ne fallait pas les contrarier, car sinon ils dévastaient tout sur leur passage.
-T'aurais pas pu fermer ta grande gueule pour une fois, Mikaël, murmura-t-il pour lui-même lorsque ses pleurs se furent un peu calmés. Faut toujours que tu l'ouvres… Même pas capable de te contrôler cinq minutes. T'es qu'un minable, Mikaël! Un minable doublé d'un sale con! Oser lui rappeler cet accident à la con dès le matin, c'est
lamentable. Et ensuite enchaîner sur ses grands parents mormons, alors que tu sais que c'est un sujet sensible! Tout ça parce que t'acceptes pas qu'on s'oppose à toi! T'es vraiment qu'un sale con, Mikaël!
Soudain, ses récriminations contre lui-même cessèrent et ses pensées se posèrent lentement sur un sujet qu'il n'appréciait guère: le mormonisme des grands parents de My. Pourtant, cette fois-ci, il s'obligea à y réfléchir, s'infligeant par là même une punition volontaire, croyant ainsi pouvoir se pardonner ses paroles.
La première fois qu'il avait fait connaissance avec les grands parents de My, c'était environ six ans après l'avoir rencontrée. Ils venaient de se convertir au mormonisme, sur un coup de tête d'après son amie, et celle-ci souhaitait mettre fin à cette lubie le plus rapidement possible. Elle avait donc décidé d'aller les voir dans leur villa de Cape Cod. N'aimant pas conduire seule, elle avait obligé Mikaël à l'accompagner, et il avait accepté de bonne grâce, trouvant là l'occasion d'aller à la mer se détendre un peu. Seulement, rien ne s'était passé comme ils l'avaient imaginé: les grands parents étaient restés fermement campés sur leur position, et avaient tentés d'amener My de leur côté. Lasse, la jeune femme avait fini par déclarer, au bout de plusieurs heures d'une discussion houleuse, que Mikaël était son mari, et que c'était pour cela qu'elle n'adhérerait pas au mouvement: elle ne pouvait décemment pas le laisser seul du "mauvais côté". Stupéfaits, les aïeux s'étaient tus pendant quelques instants, puis avaient repris la conversation là où ils l'avaient laissé, essayant cette fois-ci de convaincre Mikaël. Et le jeune homme avait eu bien du mal à se retenir d'être grossier, surtout au vu de leur indifférence concernant son pseudo mariage avec leur petite fille. Depuis, My avait fini par accepter le choix de ses grands parents, à défaut de le comprendre, mais prenait bien soin de se faire accompagner par Mikaël à chaque fois qu'elle les voyait. Il était son rempart contre leur continuel assaut mormon, mais aussi contre les blessures qu'ils pouvaient s'infliger les uns aux autres. Et cela il l'avait très bien compris. Alors lui reprocher de jouer au couple devant eux n'était pas quelque chose à faire. Absolument pas.
De légers coups à la porte interrompirent ses réflexions de plus en plus sombres, et une petite voix cassée le sortit définitivement de son abattement.
-Mikaël… tu peux ouvrir s'il te plaît? … J'ai besoin d'aller aux toilettes.
-Oui, attends.
Il se leva rapidement, ouvrit la porte et prit spontanément My dans ses bras.
-Je suis désolé My. Je suis vraiment désolé. Je suis qu'un con. Pardon, pardon, pardon.
-T'inquiète pas, va. J'ai aussi ma part de responsabilité dans notre situation actuelle. Et puis si on se disputait pas de temps en temps, on serait pas meilleurs amis, pas vrai?
-C'est pas faux, admit timidement Mikaël.
-Bon maintenant, tu me laisses passer sinon je vais me faire dessus, dit-elle en rigolant.
-Ok, ok, vas-y!
Mikaël s'écarta en rigolant puis referma la porte derrière elle. Il se dirigea doucement vers la cuisine en se disant qu'il avait quand même bien de la chance d'avoir une meilleure amie telle que My. Arrivant près du plan de travail, il jeta un coup d'œil au bacon qui avait brûlé, puis à l'horloge qui indiquait midi: il ne lui restait qu'une heure avant de devoir partir pour le club. Le mieux était donc de préparer quelque chose de rapide. Il sortit de la semoule d'un des placards, prit des œufs dans le frigidaire, ainsi que des tomates, un poivron, et quelques cornichons, et lorsque My revint, le brunch était quasiment prêt. Elle installa deux assiettes sur la petite table du salon, et Mikaël arriva bientôt avec le repas. Les premières minutes passèrent dans un silence presque complet, brisé par les bruits des couverts contre l'assiette et des mâchoires qui s'entrechoquent. Puis après avoir avalé sa part d'omelette, My prit la parole.
-Mikaël, tout à l'heure t'as dit que je savais pourquoi tu m'avais demandé de jouer au couple hier soir. Mais en fait je ne sais pas…
-Hein? fit-il la bouche pleine, avant de se reprendre. Pardon? Je vois pas ce que tu veux dire?
-Tu sais, quand je te demande de jouer mon mari devant mes grands-parents, c'est pour éviter tout leur truc de conversion au mormonisme, et essayer de passer une après-midi agréable. Mais toi hier, t'avais aucune raison valable de me faire passer pour ta petite amie. Je veux dire, on aurait très bien pu y aller en disant qu'on était amis. Je ne crois pas que Peter l'aurait mal pris que t'amènes ta meilleure amie.
-Mais Sonia peut-être, répliqua Mikaël, tout d'un coup beaucoup plus attentif à ce que disait My.
-Tu ne la connaissais, donc tu ne pouvais pas savoir. En plus, Peter t'a dit d'amener quelqu'un, pas d'amener ta petite amie.
-C'est vrai, reconnut-il. Mais quand on dit ça, on sous-entend souvent petite amie. Et puis en fait, j'ai pas pensé qu'on pouvait y aller comme ça. Ca m'a même pas traversé l'esprit.
-Arrête Mikaël, tu t'enfonces là, déclara My d'un ton ferme, en le regardant droit dans les yeux.
-Comment ça? fit-il d'un ton étonné, mais en détournant les yeux.
-Je te l'ai dit, qu'on pouvait y aller comme des amis. Je m'en souviens très bien, t'allais monter sur Jawack, et tu m'as répondu qu'il en était hors de question.
Mikaël resta silencieux devant l'évidence, puis reprit la parole d'un ton las.
-Qu'est-ce que tu veux que je te dise? Je ne sais pas! Je ne sais pas pourquoi j'ai fait ça!
Ses yeux rencontrèrent ceux de My, et elle put y lire toute l'incertitude et tous les doutes qui habitaient Mikaël à cet instant même. Elle réalisa alors comment il se sentait: totalement dévasté et anéanti, car le peu de confiance qui était resté en lui depuis ce concours catastrophique en mars s'était envolée. Les quelques larmes qui perlaient au coin des yeux du jeune homme confirmèrent tout ceci à My, alors elle se leva pour l'enlacer comme lui l'avait fait plus tôt.
-Sssch, ça va aller Mikaël. Ca va aller. T'as pas à t'en faire. Tout va bien.
-Mais non, rien ne va, sanglota-t-il. Je fais n'importe quoi!
-C'est faux, répliqua My d'une voix à la fois douce te ferme. Et tu le sais très bien.
-Mais j'arrive pas à monter comme avant. Je suis nul, j'arrive à rien… continua-t-il sans prendre en compte les paroles de My.
-Faire une puissance de 1m40, et réussir un sans faute sur un parcours de 12 obstacles à 1,20-1,25, t'appelles ça "arriver à rien"? Bah alors t'as des exigences du feu de Dieu toi! dit-elle en rigolant, essayant ainsi de le détendre.
-Ouais, bon j'avoue je m'en suis pas mal sorti sur ce coup là.
-Et pas que sur ce coup là si tu veux mon avis, renchérit My.
-Mouais… mais…
Le ton de Mikaël était hésitant, plein de doutes: il ne voulait pas aborder le sujet suivant mais il savait qu'il devait le faire. Alors il fit comme quand il devait prendre un médicament au goût affreux: il respira un bon coup et se lança.
-Je crois que j'ai merdé à propos de Peter.
-Comment ça? le questionna My pour l'encourager à continuer sur sa lancée.
-Bah, il est inspecteur, je suis suspect. J'aurais jamais dû le recontacter.
-Mais c'est lui qui t'avait donné sa carte.
-Oui, mais même. C'est pas bon cette relation, on devrait pas être amis. En plus, j'ai l'impression que j'ai foutu la merde dans son couple hier. Déjà que ça m'a pas l'air d'aller très fort entre eux…
Il soupira longuement et My en profita pour passer sa main dans les cheveux bruns et encore en désordre du jeune homme.
-Tu sais Mikaël, s'ils rompent tous les deux, ça ne sera pas de ta faute. C'est pas en un dîner que tu détruis un couple, mais en plusieurs années. S'ils se séparent, ça sera à cause d'eux, d'accord?
-Ouais, mais je serais peut-être la goutte d'eau qui fera déborder le vase.
-Justement, tu ne seras qu'une goutte d'eau parmi toutes les autres qui remplissent le vase. Tu comprends?
-Oui, je crois.
-Très bien. Maintenant, réponds-moi franchement: est-ce que tu regrettes d'avoir recontacté Peter, malgré le fait que vous soyez tous deux impliqués dans cette affaire de dopage?
-Non, absolument pas! répondit Mikaël vivement.
My rigola franchement devant la réaction plus que rapide de son ami, et passa de nouveau sa main dans sa chevelure brune.
-Dans ce cas, tout va bien! Si tu veux mon avis, vous étiez faits pour être amis. Parce que à voir la vitesse avec laquelle t'as sympathisé avec lui… D'habitude tu mets des mois avant d'accepter clairement une relation amicale avec quelqu'un, et là, un déjeuner, et hop! C'est bon, t'es ami avec lui! Même avec moi ça a pris plusieurs semaines avant que tu n'acceptes de venir déjeuner à la maison, se souvint-elle en rigolant. Le seul truc avec vous deux, c'est que les circonstances de votre rencontre sont un peu particulières, donc il faudra que vous fassiez attention tant que l'enquête ne sera pas résolue. Mais je ne crois pas que ça sera une grande entrave à votre amitié.
-T'es sûre? murmura Mikaël, son ton étant devenu celui d'un enfant pris en faute.
-Comment ça?
-T'es sûre qu'on est juste amis? reprit Mikaël encore plus bas, et en baissant les yeux.
-Ca, c'est à toi de me le dire, nan? … Alors, qu'est-ce que t'en penses?
-… Je sais pas. C'est tout embrouillé dans ma tête. C'est pas clair comme avec toi, expliqua-t-il en fixant toujours le sol, avant de relever brusquement la tête pour continuer. Tu vois, quand on a déjeuné ensemble, je lui ai expliqué plein de trucs sur l'équitation. Et pendant ce temps là, il a pas arrêté de me fixer… de me mater même je dirais, ajouta-t-il en rougissant.
-Et…
-Et je sais pas… J'ai trouvé ça agréable de me dire qu'il me trouvait attirant.
-Et toi, tu le trouves attirant? demanda My, un grand sourire aux lèvres, et plus qu'intéressée.
-Objectivement, je peux clairement dire qu'il est beau, affirma Mikaël.
-Et subjectivement? demanda-t-elle, obtenant peu à peu la confirmation de ses réflexions de la veille.
-Subjectivement… je sais pas.
Mikaël avait rougi, et en détournant la tête pour éviter les yeux curieux de My, il avait aperçu l'horloge et l'heure plus que tardive.
-Merde! jura-t-il. Il est moins cinq! Bon, je me prépare et je file. Merci pour le brunch, le lit et pour hier, My!
Il se précipita sur ses vêtements, les enfila rapidement, passa un coup de brosse dans ses cheveux et se rua sur la porte d'entrée. Avant de refermer la porte, il se retourna une dernière fois.
-Désolé de te laisser tout en bordel. Je me ferai pardonner, promis!
-T'inquiète pas pour ça, lui répondit My en souriant. Et pour te faire pardonner, t'as qu'à réfléchir sérieusement à la conversation qu'on vient d'avoir.
Le jeune homme piqua un fard, la traita d'idiote et partit enfin.
J'ai décidé d'essayer de tenir le rythme d'une parution de texte tous les lundis, que ce soit de Crampons et autres fantaisies hippiques, ou d'autre chose (OS, fics en anglais, autres fics...). Les autres articles (fics en suédois, musique, livre...) seront publiés à n'importe quel moment de la semaine, sans tenir compte du rythme d'un article par semaine.
Je vous laisse maintenant en compagnie de Mikaël et My, et bien sûr, je vous souhaite une bonne lecture! =D

La sonnerie stridente d'un réveil déchira le silence de la chambre. Quelques tâtonnements, le bruit sourd de quelque chose qui tombe par terre, la sonnerie qui repart de plus belle, et une voix grognon et énervée qui s'élève enfin.
-Putain My! T'aurais pas pu enlever ton réveil!
Mikaël se retourna plusieurs fois dans le lit avant de se retrouver face à face avec My, pour s'apercevoir qu'elle dormait encore paisiblement. Apparemment, toute la cacophonie qui venait d'avoir lieu ne l'avait absolument pas dérangée, alors que le jeune homme s'était réveillé en sursaut. Il décida donc de mettre en avant son côté sadique pour la faire sortir du lit: il repoussa la couette jusque sur ses hanches et lui asséna une grande claque sur son flanc gauche. Le coup de pied partit aussitôt, comme un réflexe, et un long gémissement étouffé se fit entendre.
-Putain, t'es violente dès le matin toi! En plein dans les parties… Ca fait vachement mal.
-Et alors? Je crois que j'ai eu ma dose aussi, nan? répliqua My, qui s'asseyait doucement sur le lit tout en s'étirant.
-Ouais, mais quand même… Et puis aussi pourquoi t'as mis un réveil? On est dimanche putain! Ce qui veut dire grasse matinée, et là, il est six heures du matin. Ce qui veut dire qu'on n'a dormi que quelques heures… Eh, tu m'écoutes? reprit-il après un petit moment.
-Oui, oui, répondit-elle, sortant de sa perplexité. Donc le réveil a sonné?
-Et pas qu'un peu si tu veux mon avis! Je sais pas comment t'as fait pour pas l'entendre!
-Ah, je suis désolée, j'avais oublié de l'enlever, dit-elle tout simplement. Et puis tu sais très bien que je suis un peu dure d'oreille depuis…
Elle fronça les sourcils et ne finit pas sa phrase. En voyant cela, Mikaël se dit qu'il faisait vraiment un piètre meilleur ami: lui rappeler de mauvais souvenirs n'était pas la chose à faire un dimanche matin. Alors il se releva tant bien que mal, et s'assit tout à côté d'elle pour l'enlacer.
-Je suis désolé… murmura-t-il.
-Je sais.
-Tu veux quoi pour le petit déjeuner?
-Eh! C'est chez moi ici, donc c'est à moi de te proposer.
-Nope, t'as été assez gentille pour m'héberger et me filer une place dans ton lit cette nuit, alors je peux bien préparer le petit déjeuner.
-D'accord, concéda-t-elle immédiatement, déjà lasse à l'idée d'argumenter avec Mikaël.
-Alors tu veux quoi?
-Dormir, dit-elle tout en baillant, puis elle se laissa tomber en arrière et ramena la couette sur elle. Et tu devrais en faire autant, tu bosses cette après-midi, nan?
-Ouais, je dois être au club à 14h.
-Ok. Bonne nuit.
-Bonne nuit My.
Quelques froissements de draps plus tard pour trouver la position idéale, Mikaël était prêt à s'endormir lorsque d'une petite voix, My lui fit part d'une dernière chose. Toujours la même à chaque fois qu'ils dormaient ensemble.
-N'en parle pas aux autres s'il te plaît. Il ne se passe rien entre nous, donc c'est pas la peine qu'ils aillent s'imaginer des trucs.
Il répondait alors invariablement.
-Bien sûr, croix de bois, croix de fer, si je mens, je vais en enfer.
-Merci, et elle s'endormit paisiblement.
Il n'était pas loin de 11h lorsque Mikaël se réveilla de nouveau. Il se redressa doucement pour ne pas déranger sa meilleure amie avant de s'apercevoir que ce n'était pas la peine: My était déjà levée et s'activait apparemment dans la minuscule cuisine de son petit appartement. Pris d'un accès de paresse, il décida de ne pas se lever pour aller l'aider et lui cria qu'il voulait trois œufs et du bacon.
-Espèce de morfale va!
-Roh, ça va! C'est juste que vu l'heure, je me suis dit qu'on pouvait faire brunch.
-Pas faux, admit My, affairée avec le bacon. Allez viens m'aider un peu Mikaël.
-T'es sûre que t'as besoin d'aide? demanda-t-il, espérant de tout cœur une réponse négative.
-Oui, alors tu bouges ton cul du lit et tu viens. Sinon, c'est moi qui viens te chercher et ça va pas être agréable.
-Ce que tu peux être vulgaire dès le matin.
-C'est toi qui m'as rendue comme ça, mon chou.
-Oh, s'teu plaît, garde tes "mon chou" pour quand on joue au couple, soupira Mikaël, pressentant déjà la dispute qu'ils allaient avoir.
-Comme hier soir, devant ton graaaaand copain l'inspecteur.
-Ou comme devant tes grands-parents paternels, qui sont assez bêtes pour vivre dans une communauté mormone.
-Arrête! Ne parle pas de ça! Tu sais très bien pourquoi je te fais passer pour mon mari devant eux.
-Et toi aussi tu sais pourquoi je t'ai demandé ce service hier soir. Alors me fais pas chier avec ça!
Mikaël, furieux, avait haussé la voix, et pour éviter que la conversation ne dégénère encore plus, il partit s'enfermer dans la salle de bains. Il claqua bien fort la porte pour montrer à quel point il était énervé, puis il se laissa glisser à terre contre elle. La tête entre les bras, les bras sur les genoux, il se mit à sangloter nerveusement. Puis de nerveux, ses sanglots devinrent réels, et se transformèrent peu à peu en un véritable torrent de larmes qu'il ne chercha pas à arrêter. De toute façon, tout le monde le savait: les torrents, il ne fallait pas les contrarier, car sinon ils dévastaient tout sur leur passage.
-T'aurais pas pu fermer ta grande gueule pour une fois, Mikaël, murmura-t-il pour lui-même lorsque ses pleurs se furent un peu calmés. Faut toujours que tu l'ouvres… Même pas capable de te contrôler cinq minutes. T'es qu'un minable, Mikaël! Un minable doublé d'un sale con! Oser lui rappeler cet accident à la con dès le matin, c'est
lamentable. Et ensuite enchaîner sur ses grands parents mormons, alors que tu sais que c'est un sujet sensible! Tout ça parce que t'acceptes pas qu'on s'oppose à toi! T'es vraiment qu'un sale con, Mikaël!
Soudain, ses récriminations contre lui-même cessèrent et ses pensées se posèrent lentement sur un sujet qu'il n'appréciait guère: le mormonisme des grands parents de My. Pourtant, cette fois-ci, il s'obligea à y réfléchir, s'infligeant par là même une punition volontaire, croyant ainsi pouvoir se pardonner ses paroles.
La première fois qu'il avait fait connaissance avec les grands parents de My, c'était environ six ans après l'avoir rencontrée. Ils venaient de se convertir au mormonisme, sur un coup de tête d'après son amie, et celle-ci souhaitait mettre fin à cette lubie le plus rapidement possible. Elle avait donc décidé d'aller les voir dans leur villa de Cape Cod. N'aimant pas conduire seule, elle avait obligé Mikaël à l'accompagner, et il avait accepté de bonne grâce, trouvant là l'occasion d'aller à la mer se détendre un peu. Seulement, rien ne s'était passé comme ils l'avaient imaginé: les grands parents étaient restés fermement campés sur leur position, et avaient tentés d'amener My de leur côté. Lasse, la jeune femme avait fini par déclarer, au bout de plusieurs heures d'une discussion houleuse, que Mikaël était son mari, et que c'était pour cela qu'elle n'adhérerait pas au mouvement: elle ne pouvait décemment pas le laisser seul du "mauvais côté". Stupéfaits, les aïeux s'étaient tus pendant quelques instants, puis avaient repris la conversation là où ils l'avaient laissé, essayant cette fois-ci de convaincre Mikaël. Et le jeune homme avait eu bien du mal à se retenir d'être grossier, surtout au vu de leur indifférence concernant son pseudo mariage avec leur petite fille. Depuis, My avait fini par accepter le choix de ses grands parents, à défaut de le comprendre, mais prenait bien soin de se faire accompagner par Mikaël à chaque fois qu'elle les voyait. Il était son rempart contre leur continuel assaut mormon, mais aussi contre les blessures qu'ils pouvaient s'infliger les uns aux autres. Et cela il l'avait très bien compris. Alors lui reprocher de jouer au couple devant eux n'était pas quelque chose à faire. Absolument pas.
De légers coups à la porte interrompirent ses réflexions de plus en plus sombres, et une petite voix cassée le sortit définitivement de son abattement.
-Mikaël… tu peux ouvrir s'il te plaît? … J'ai besoin d'aller aux toilettes.
-Oui, attends.
Il se leva rapidement, ouvrit la porte et prit spontanément My dans ses bras.
-Je suis désolé My. Je suis vraiment désolé. Je suis qu'un con. Pardon, pardon, pardon.
-T'inquiète pas, va. J'ai aussi ma part de responsabilité dans notre situation actuelle. Et puis si on se disputait pas de temps en temps, on serait pas meilleurs amis, pas vrai?
-C'est pas faux, admit timidement Mikaël.
-Bon maintenant, tu me laisses passer sinon je vais me faire dessus, dit-elle en rigolant.
-Ok, ok, vas-y!
Mikaël s'écarta en rigolant puis referma la porte derrière elle. Il se dirigea doucement vers la cuisine en se disant qu'il avait quand même bien de la chance d'avoir une meilleure amie telle que My. Arrivant près du plan de travail, il jeta un coup d'œil au bacon qui avait brûlé, puis à l'horloge qui indiquait midi: il ne lui restait qu'une heure avant de devoir partir pour le club. Le mieux était donc de préparer quelque chose de rapide. Il sortit de la semoule d'un des placards, prit des œufs dans le frigidaire, ainsi que des tomates, un poivron, et quelques cornichons, et lorsque My revint, le brunch était quasiment prêt. Elle installa deux assiettes sur la petite table du salon, et Mikaël arriva bientôt avec le repas. Les premières minutes passèrent dans un silence presque complet, brisé par les bruits des couverts contre l'assiette et des mâchoires qui s'entrechoquent. Puis après avoir avalé sa part d'omelette, My prit la parole.
-Mikaël, tout à l'heure t'as dit que je savais pourquoi tu m'avais demandé de jouer au couple hier soir. Mais en fait je ne sais pas…
-Hein? fit-il la bouche pleine, avant de se reprendre. Pardon? Je vois pas ce que tu veux dire?
-Tu sais, quand je te demande de jouer mon mari devant mes grands-parents, c'est pour éviter tout leur truc de conversion au mormonisme, et essayer de passer une après-midi agréable. Mais toi hier, t'avais aucune raison valable de me faire passer pour ta petite amie. Je veux dire, on aurait très bien pu y aller en disant qu'on était amis. Je ne crois pas que Peter l'aurait mal pris que t'amènes ta meilleure amie.
-Mais Sonia peut-être, répliqua Mikaël, tout d'un coup beaucoup plus attentif à ce que disait My.
-Tu ne la connaissais, donc tu ne pouvais pas savoir. En plus, Peter t'a dit d'amener quelqu'un, pas d'amener ta petite amie.
-C'est vrai, reconnut-il. Mais quand on dit ça, on sous-entend souvent petite amie. Et puis en fait, j'ai pas pensé qu'on pouvait y aller comme ça. Ca m'a même pas traversé l'esprit.
-Arrête Mikaël, tu t'enfonces là, déclara My d'un ton ferme, en le regardant droit dans les yeux.
-Comment ça? fit-il d'un ton étonné, mais en détournant les yeux.
-Je te l'ai dit, qu'on pouvait y aller comme des amis. Je m'en souviens très bien, t'allais monter sur Jawack, et tu m'as répondu qu'il en était hors de question.
Mikaël resta silencieux devant l'évidence, puis reprit la parole d'un ton las.
-Qu'est-ce que tu veux que je te dise? Je ne sais pas! Je ne sais pas pourquoi j'ai fait ça!
Ses yeux rencontrèrent ceux de My, et elle put y lire toute l'incertitude et tous les doutes qui habitaient Mikaël à cet instant même. Elle réalisa alors comment il se sentait: totalement dévasté et anéanti, car le peu de confiance qui était resté en lui depuis ce concours catastrophique en mars s'était envolée. Les quelques larmes qui perlaient au coin des yeux du jeune homme confirmèrent tout ceci à My, alors elle se leva pour l'enlacer comme lui l'avait fait plus tôt.
-Sssch, ça va aller Mikaël. Ca va aller. T'as pas à t'en faire. Tout va bien.
-Mais non, rien ne va, sanglota-t-il. Je fais n'importe quoi!
-C'est faux, répliqua My d'une voix à la fois douce te ferme. Et tu le sais très bien.
-Mais j'arrive pas à monter comme avant. Je suis nul, j'arrive à rien… continua-t-il sans prendre en compte les paroles de My.
-Faire une puissance de 1m40, et réussir un sans faute sur un parcours de 12 obstacles à 1,20-1,25, t'appelles ça "arriver à rien"? Bah alors t'as des exigences du feu de Dieu toi! dit-elle en rigolant, essayant ainsi de le détendre.
-Ouais, bon j'avoue je m'en suis pas mal sorti sur ce coup là.
-Et pas que sur ce coup là si tu veux mon avis, renchérit My.
-Mouais… mais…
Le ton de Mikaël était hésitant, plein de doutes: il ne voulait pas aborder le sujet suivant mais il savait qu'il devait le faire. Alors il fit comme quand il devait prendre un médicament au goût affreux: il respira un bon coup et se lança.
-Je crois que j'ai merdé à propos de Peter.
-Comment ça? le questionna My pour l'encourager à continuer sur sa lancée.
-Bah, il est inspecteur, je suis suspect. J'aurais jamais dû le recontacter.
-Mais c'est lui qui t'avait donné sa carte.
-Oui, mais même. C'est pas bon cette relation, on devrait pas être amis. En plus, j'ai l'impression que j'ai foutu la merde dans son couple hier. Déjà que ça m'a pas l'air d'aller très fort entre eux…
Il soupira longuement et My en profita pour passer sa main dans les cheveux bruns et encore en désordre du jeune homme.
-Tu sais Mikaël, s'ils rompent tous les deux, ça ne sera pas de ta faute. C'est pas en un dîner que tu détruis un couple, mais en plusieurs années. S'ils se séparent, ça sera à cause d'eux, d'accord?
-Ouais, mais je serais peut-être la goutte d'eau qui fera déborder le vase.
-Justement, tu ne seras qu'une goutte d'eau parmi toutes les autres qui remplissent le vase. Tu comprends?
-Oui, je crois.
-Très bien. Maintenant, réponds-moi franchement: est-ce que tu regrettes d'avoir recontacté Peter, malgré le fait que vous soyez tous deux impliqués dans cette affaire de dopage?
-Non, absolument pas! répondit Mikaël vivement.
My rigola franchement devant la réaction plus que rapide de son ami, et passa de nouveau sa main dans sa chevelure brune.
-Dans ce cas, tout va bien! Si tu veux mon avis, vous étiez faits pour être amis. Parce que à voir la vitesse avec laquelle t'as sympathisé avec lui… D'habitude tu mets des mois avant d'accepter clairement une relation amicale avec quelqu'un, et là, un déjeuner, et hop! C'est bon, t'es ami avec lui! Même avec moi ça a pris plusieurs semaines avant que tu n'acceptes de venir déjeuner à la maison, se souvint-elle en rigolant. Le seul truc avec vous deux, c'est que les circonstances de votre rencontre sont un peu particulières, donc il faudra que vous fassiez attention tant que l'enquête ne sera pas résolue. Mais je ne crois pas que ça sera une grande entrave à votre amitié.
-T'es sûre? murmura Mikaël, son ton étant devenu celui d'un enfant pris en faute.
-Comment ça?
-T'es sûre qu'on est juste amis? reprit Mikaël encore plus bas, et en baissant les yeux.
-Ca, c'est à toi de me le dire, nan? … Alors, qu'est-ce que t'en penses?
-… Je sais pas. C'est tout embrouillé dans ma tête. C'est pas clair comme avec toi, expliqua-t-il en fixant toujours le sol, avant de relever brusquement la tête pour continuer. Tu vois, quand on a déjeuné ensemble, je lui ai expliqué plein de trucs sur l'équitation. Et pendant ce temps là, il a pas arrêté de me fixer… de me mater même je dirais, ajouta-t-il en rougissant.
-Et…
-Et je sais pas… J'ai trouvé ça agréable de me dire qu'il me trouvait attirant.
-Et toi, tu le trouves attirant? demanda My, un grand sourire aux lèvres, et plus qu'intéressée.
-Objectivement, je peux clairement dire qu'il est beau, affirma Mikaël.
-Et subjectivement? demanda-t-elle, obtenant peu à peu la confirmation de ses réflexions de la veille.
-Subjectivement… je sais pas.
Mikaël avait rougi, et en détournant la tête pour éviter les yeux curieux de My, il avait aperçu l'horloge et l'heure plus que tardive.
-Merde! jura-t-il. Il est moins cinq! Bon, je me prépare et je file. Merci pour le brunch, le lit et pour hier, My!
Il se précipita sur ses vêtements, les enfila rapidement, passa un coup de brosse dans ses cheveux et se rua sur la porte d'entrée. Avant de refermer la porte, il se retourna une dernière fois.
-Désolé de te laisser tout en bordel. Je me ferai pardonner, promis!
-T'inquiète pas pour ça, lui répondit My en souriant. Et pour te faire pardonner, t'as qu'à réfléchir sérieusement à la conversation qu'on vient d'avoir.
Le jeune homme piqua un fard, la traita d'idiote et partit enfin.
Commenter cet article
M
S
F
S
Y
S
/image%2F1540013%2F20200530%2Fob_ec86d5_no-prob-llama.jpg)