Crampons et autres fantaisies hippiques - 16
Bonne lecture! =D Moi, je vais me coucher.

Le brunch fini, Mikaël exposa le planning de la journée, auquel il avait eu largement le temps de réfléchir pendant la préparation du repas. Il avait choisi une activité neutre, qui leur permettrait de parler de choses et d'autres, et ainsi de se connaître mieux. De cette manière, il croyait naïvement pouvoir élucider la raison de son trouble matinal.
-Aujourd'hui, j'ai décidé d'être raisonnable, annonça-t-il.
-C'est pas trop tôt, plaisanta Peter.
-C'est ça, c'est ça, n'empêche qu'hier, tu t'es pas trop plaint ensuite hein! Bref, je me disais qu'on pouvait rester à la maison, et que je pouvais t'enseigner quelques trucs d'équitation. Bon bien sûr, on a pas le cheval, mais déjà, j'ai ramené pas mal d'affaires du club, pour les entretenir, et j'ai aussi acheté des trucs hier. Donc je me suis dit que je pouvais te montrer comment entretenir tout ça, et à quoi servait chaque truc.
Peter ne réfléchit pas longtemps avant de donner sa réponse, car cela promettait d'être une après-midi passionnante.
-Ca me va plus que bien!
-Magnifique! Tu débarrasses et je vais chercher mes affaires?
-Ca marche! dit-il en se levant, emportant déjà son assiette et son verre vers l'évier, tandis que Mikaël sautillait vers l'entrée, où il avait déposé ses achats de la veille, ainsi que toutes ses affaires qui n'étaient pas des vêtements.
Occupé à faire la vaisselle, Peter ne prêta pas vraiment attention à ce que faisait Mikaël, et lorsqu'il aperçut le salon arrangé par ses soins, il n'en crut pas ses yeux.
-Mais... Mais... Mikaël, comment t'as fait pour apporter tout ça? demanda-t-il en pointant les trois selles posées au sol, les cinq filets sur la table, et toutes les autres choses qu'il ne reconnaissait pas forcément.
Mikaël le regarda étonné, puis sourit de son incompréhension.
-Jeudi soir, quand on est allé chercher mes affaires au club, j'en ai profité pour prendre tout l'équipement que j'avais besoin d'entretenir... pour m'occuper quoi, expliqua Mikaël, qui peu à peu se rendait compte de tout ce qu'il avait emmené maintenant que c'était exposé dans le salon. Alors...
-Attends, attends, attends, tempéra Peter, qui sentait Mikaël parti pour expliquer chaque chose présente dans l'appartement. Tu n'étais pas si chargé jeudi pour pouvoir transporter tout ça.
-Bah si. Bon, c'est pas tout, ça, on s'y met ou pas?
-Euh... oui, si tu veux. Donc si j'ai bien compris, on doit... entretenir tout ton matériel, c'est ça? demanda Peter, hésitant sur le terme à employer.
-Exactement! Je suis censé le faire tous les mois, et là ça fait deux mois que je ne l'ai pas fait, et les cuirs commencent à souffrir. Regarde, dit-il en prenant en main un filet qui traînait sur la table. Ca se plie pas aussi bien qu'avant. Si je graisse pas, ça va finir par craqueler, et là, c'est irrécupérable. Et comme un filet, c'est cher, vaut mieux bien entretenir ceux qu'on a déjà.
-Ok. Tu m'expliques comment on fait?
Mikaël acquiesça et sortit différents pots avant de se lancer dans des explications relativement compliquées pour un néophyte. Le premier pot, celui de taille moyenne, était un dégraissant. A l'aide d'un chiffon, il servait à nettoyer en profondeur les cuirs, et on pouvait l'utiliser sur tous les cuirs: selles, filets, bottes... Seulement, comme il desséchait un peu la matière, il fallait ensuite passer du savon glycériné, expliqua Mikaël en pointant un savon jaune un peu transparent, de forme rectangulaire. Ca nettoyait en surface et ré-hydratait le cuir, mais il fallait le faire avec un chiffon différent du précédent. Lorsque les cuirs étaient enfin propres et secs, il fallait, en ce qui concernait l'équipement du cheval, les graisser, et pour cela, le gros pot allait être plus qu'utile. Pour les bottes, un simple cirage, comme pour les chaussures de ville, ferait l'affaire.
-D'accord, je crois que j'ai compris: dégraissage, savon, puis graisse ou cirage, résuma Peter avec précaution, pour ne pas se tromper.
-Oui, c'est ça. On va commencer par les filets parce que c'est ce qu'il y a de plus chiant à faire. Tu prends les filets et je prends les brides parce que c'est plus compliqué, ok?
-Ouais, mais dis-moi. Pourquoi t'as autant de filets?
-Parce que je préfère en avoir un pour chaque cheval, c'est plus simple. T'as pas à tout re-régler à chaque fois. Et puis, chaque cheval a certaines spécificités. Par exemple, pour Jéricho, j'ai un mors assez large, qui a une action plus douce, et un filet avec une muserolle croisée, qui va mieux lui maintenir la bouche fermée, parce qu'il a tendance à mordiller tout ce qui lui passe sous le nez. Le filet de Jazz a un mors encore plus gros, pour une action encore plus douce, parce que c'est un très jeune cheval, et il ne faut pas le brusquer ou lui faire mal. Pour Jewel, j'ai un filet à peu près normal, on va dire, mais avec quelques fioritures, puisque c'est le filet que j'utilise aussi en concours. Quant aux deux brides que j'ai amenées, ce sont celles de Gallium et de Jéricho. Je les utilise aussi pour les concours, donc j'ai intérêt à en prendre soin.
-Oulà, ça m'a l'air compliqué tout ça. Pour aujourd'hui, on va s'en tenir au lavage de tout ça, ça va être plus simple, et mon cerveau va avoir le temps de digérer avant la prochaine leçon, rigola Peter, qui pour l'instant ne remarquait pas trop les différences entre les harnachements de tel ou tel cheval.
Mikaël sourit en retour et attrapa l'une des brides tandis que Peter prenait l'un des chiffons sortis pour l'occasion, le trempait dans le pot de dégraissant et commençait à frotter l'un des filets -il ne savait pas lequel c'était- avec. Tout à sa bride, Mikaël ne fit pas vraiment attention à ce que faisait son ami, et ce n'est que lorsque celui-ci se plaignit pour la troisième fois qu'il consentit à lever la tête.
-C'est chiant quand même qu'il y ait autant de boucles. C'est super dur à dégraisser! râla Peter.
-Hein? Mais qu'est-ce que tu fais? s'écria Mikaël en lui arrachant presque le filet des mains. C'est pas comme ça qu'il faut faire. Faut le démonter d'abord!
-Le démonter? répéta, interrogatif, l'inspecteur, qui ne voyait pas en quoi il pouvait démonter un filet.
-Le défaire quoi. tu le mets en morceaux, et t'essaies de retenir à quels trous c'était mis, et comment c'était fait. Je suppose que c'est la première fois que tu démontes un filet.
-Bah ouais, répondit-il comme une évidence.
-Dans ce cas, quand tu le démontes, tu poses chaque partie de telle façon à ce que tu te souviennes comment c'était attaché. Par exemple, tu mets le frontal en haut, les montants du filet à l'extérieur, les montants de...
-Euh Mikaël, de quoi tu parles?
Le jeune homme le regarda étonné puis soupira. Il oubliait régulièrement qu'il avait à faire à quelqu'un qui n'y connaissait rien et qui apprenait dans le désordre. Habituellement, ceux qui entretenaient les cuirs savaient déjà démonter et remonter un filet, et ceux qui apprenaient à démonter et remonter un filet avaient déjà vu un bon nombre de filets dans leur vie. Leur apprentissage en était donc facilité. Là tout était à faire, et Mikaël n'en eut pas le courage. Après tout, ce n'était qu'une question de vocabulaire, et vu que Peter ne montait pas encore à cheval, ce n'était pas très utile de le lui apprendre dès maintenant. Il verrait tout ça en temps et en heure. Pour l'instant, Mikaël se contenterait de désigner les différentes parties du harnachement avec des "ça".
-Bon, on va faire simple: tu défais le filet de telle façon à ce que tu souviennes comment il faut le remonter, ok?
-Ok!
Si le début de l'après-midi commença studieusement, il se continua en un enchaînement de fous rires. Le premier fut causé par Peter, qui, quand il eut fini de dégraisser, savonner, puis graisser le filet de Jazz, tenta de le remonter. Ce remontage fut un succès total si l'on considère que les montants de muserolle peuvent venir s'attacher sur le mors, que le frontal peut être mis dans le sens opposé à celui de la muserolle, et si l'on peut mettre le mors à l'envers. Lorsqu'il présenta le filet, après de durs efforts, à Mikaël, celui-ci, le moment de stupeur passé, éclata franchement de rire. C'était la première fois qu'il voyait un filet aussi mal remonté, et la mine déconfite de Peter finit de l'achever. Il ne put parler pendant un petite dizaine de minutes, recommençant à rire à chaque fois qu'il ouvrait la bouche. Après maintes et maintes explications, Peter comprit à peu près comment un filet se montait, mais ce fut au prix d'avoir les mains pleines de graisse, à force de triturer le cuir tout juste nettoyé.
S'amusant de cette sensation graisseuse sur ses mains, que Peter ne semblait pas particulièrement aimer, Mikaël s'essuya joyeusement la main sur la joue de son ami. Ce dernier, sentant des doigts collants glisser sur son visage, commença à crier et tenta d'y échapper. Mais ce fut peine perdue et après une âpre bataille, où chacun reçut sa dose de graisse et de savon glycériné, ils finirent l'un sur l'autre, entremêlés sur le sol du salon, au milieu des cuirs. Mikaël, au-dessus, apprécia le contact de leurs deux corps l'un contre l'autre. Il aima sentir tous les muscles de Peter se tendre et se détendre au rythme de sa respiration de plus en plus rapide, il aima avoir ce sentiment de contrôle sur son ami, et surtout il aima ce qu'il sentait poindre au niveau de leurs bas ventres respectifs, preuve qu'ils n'étaient pas indifférents l'un à l'autre. Cependant, avant que cela ne soit gênant pour l'un comme pour l'autre, il se releva, s'appuyant de ses deux mains sur le ventre de son partenaire, sous son T-shirt, en profitant au passage pour le lui graisser.
Peter, au contact de ces mains froides et poisseuses, se contracta de tout son corps, et lorsqu'elles se retirèrent, il releva un peu le bassin pour pouvoir les garder un peu plus longtemps contre sa peau. Mikaël était maintenant accroupi sur ses cuisses, Peter s'était appuyé sur ses coudes, le buste légèrement décollé du sol, pour pouvoir le regarder dans les yeux. Ils se plongèrent chacun dans l'immensité aux couleurs changeantes des yeux de l'autre, cherchant à y décrypter leurs propres sentiments ainsi que ceux de l'autre. Mais les réponses étaient trop bien enfouies, trop bien cachées, pour qu'en un affrontement de regards ils puissent les trouver, et éventuellement y faire face. Mikaël abandonna le premier, plus faible quand il était question de sentiments que quand il était question de cheval. Il alla pour se lever quand Peter agrippa son T-shirt de la main gauche, s'asseyant du même coup, Mikaël toujours sur ses cuisses. Il passa son autre main derrière la nuque de son ami, et posa ses lèvres sur les siennes. Voyant qu'il n'était pas rejeté, il réitéra l'opération, en passant cette fois-ci sa langue sur les lèvres de Mikaël, qui les entrouvrit. La langue de Peter s'engouffra dedans et bientôt les deux langues dansèrent l'une contre l'autre, tandis que les quatre mains dessinaient des arabesques de graisses sur le corps de chacun.
Les T-shirts furent rapidement superflus et finirent à terre, abandonnés par leur propriétaire. Les ceintures subirent le même sort quelques minutes plus tard, et rejoignirent les T-shirts tandis que les deux hommes se relevaient pour aller s'appuyer violemment contre un mur, Peter menant toujours la danse. Les mains sur le mur encadrant la tête du plus jeune, il l'embrassait toujours, de plus en plus vigoureusement, comme s'il voulait aller de plus en plus loin dans ce corps inconnu. Comme s'il avait peur de lâcher prise s'il n'agissait pas. Mikaël, ressentant inconsciemment cette angoisse, croisa ses mains derrière la nuque de son ami et entreprit de lui masser les cervicales pour le détendre. Aussitôt Peter se calma et ralentit son baiser, le rendant plus sensuel, moins vorace, ce qu'apprécia sans conteste le jeune brun au mouvement brusque qu'il fit pour rapprocher leurs deux bassins. Enhardi par ce geste, Peter détacha ses mains du mur et les posa à plat sur les pectoraux de Mikaël, pour ensuite les laisser descendre le long de ses flancs, une de chaque côté. Elles atteignirent presque en même temps le haut du jeans et Peter faufila une ou deux phalanges de ses doigts entre ce tissu rêche et cette peau douce qu'il ne se lassait pas de toucher. Ses doigts firent le tour du bassin de Mikaël, se rejoignant d'abord dans le dos, là où la lordose lombaire commençait à laisser place à la cyphose sacrée. Il massa doucement cet endroit avant de s'enfoncer un peu plus profondément sous le tissu jusqu'à atteindre le départ de la raie fessière. Avec un doigt, il appuya un peu plus fortement à cet endroit et il sentit le corps de Mikaël tressaillir sous le sien, la langue de Mikaël s'agiter dans sa bouche.
Amusé, il décida néanmoins de ne pas pousser le jeu trop loin pour une première fois et fit glisser ses doigts sur le pourtour du bassin du jeune cavalier. Le tour fut vite fait et les doigts de Peter se croisèrent de nouveau au niveau du premier bouton du jeans. A l'aide du pouce et de l'index, Peter le défit aisément et s'enfonça un peu plus dans ce territoire qu'il connaissait si bien et qui pourtant lui était inconnu. Ses doigts jouaient avec les quelques poils de la fine ligne pubienne de Mikaël, qui semblait adorer ça: de longs gémissements que n'arrivait pas à étouffer leur baiser sortaient de la gorge du jeune homme tandis que ses mains accentuaient son massage de nuque, au plus grand plaisir de Peter. De plus en plus excité, Peter voulut faire ça dans les règles de l'art et tenta d'entraîner Mikaël vers la chambre, et le lit, où ils seraient plus à l'aise. Mais après un pas, Mikaël s'effondra sur le sol, haletant, et se tenant la cheville. Son visage, rouge de plaisir, esquissa une grimace qu'il contint du mieux qu'il put. Alarmé, Peter s'agenouilla à ses côtés, n'osant plus le toucher, de peur d'aggraver la situation: la chute de Mikaël lui avait fait reprendre ses esprits. Il se rendit soudainement compte de tout ce qu'ils avaient fait, et s'il ne le regrettait pas, il ne savait en revanche plus comment agir.
-Merde, ça va Mikaël? T'as mal?
Mikaël hocha la tête en se mordant la lèvre inférieure.
-Ok, alors euh... Qu'est-ce qu'il faut que je fasse? se dit-il a lui-même. Ah oui, il y avait des anti-douleurs sur la prescription du médecin, ils doivent encore être dans le sac de pharmacie.
Peter se releva rapidement et en quelques enjambées accéda au bar de la cuisine. Il attrapa le sac en papier de la pharmacie de l'hôpital, observa attentivement l'ordonnance, sortit une boîte jaune et blanche du sac, y prit un comprimé, puis se servit un verre d'eau avant de revenir vers Mikaël.
-Tiens, voilà, prends ça. Y'a marqué d'en prendre qu'un seul, et si au bout d'une demi-heure, ça ne fait pas effet, tu en prends un deuxième.
-Merci, murmura Mikaël qui avait repris son souffle et semblait mieux contenir mentalement sa douleur.
Il avala son cachet puis reposa son dos sur le mur, fermant les yeux pour essayer de ressentir les effets de l'antalgique le plus vite possible.
Peter, en face de lui, regardait avec envie ce visage tendu et ne voulait qu'une seule chose: recommencer là où ils s'étaient arrêtés. Certes la chute de Mikaël l'avait déstabilisé un instant, et il en avait perdu ses repères, mais maintenant, il était sûr de ce qu'il souhaitait. Cependant, il savait que cela se révélait pour l'instant impossible: d'abord, il fallait que cette envie soit réciproque, et rien n'était moins sûr; et ensuite, la douleur qu'éprouvait Mikaël empêchait Peter d'agir: il ne fallait pas aggraver l'entorse du jeune cavalier.
-Qu'est-ce qui s'est passé? demanda Peter dans le silence de plus en plus pesant, pour essayer de connaître l'opinion de Mikaël.
Le jeune homme, toujours appuyé contre le mur blanc cassé, ouvrit les yeux, regarda Peter, jeta un coup d'oeil circulaire à la pièce, puis sourit.
-Je crois bien qu'on a fait une bataille de graisse, et puis, je ne sais plus comment, je me suis retrouvé allongé sur toi. Quand j'ai voulu me relever, tu m'as retenu et tu m'as embrassé. Ensuite... ensuite... on a continué à s'embrasser, on s'est enlevé les T-shirts, on s'est encore embrassé, tu m'as plaqué contre le mur, toujours en m'embrassant. Après, je crois que t'as voulu finir ce qu'on avait commencé dans la chambre, mais t'avais oublié que je ne pouvais pas bien marcher, et je suis tombé. Et maintenant, on en est là, à se demander pourquoi c'est arrivé, je suppose.
-... T'es pragmatique toi, remarqua Peter, ce qui ne l'arrangeait pas vraiment: Mikaël n'avait en aucun cas révélé ses sentiments dans ce compte rendu de la situation.
-... Ouais, on me le dit souvent, fit-il avec retard, comme s'il accusait un reproche.
-Et t'en penses quoi? ré-attaqua Peter, oubliant tact et délicatesse: il avait absolument besoin d'une réponse, et le plus vite serait le mieux.
-Je pense qu'on a encore besoin d'y réfléchir, dit Mikaël posément en se relevant grâce au mur. Bon, je vais prendre une douche. T'occupes pas des selles et tout, je continuerai demain à les entretenir. Tu peux commander des pizzas pour le dîner s'il te plaît? Et je propose que pour l'instant, on fasse comme si rien ne s'était passé, et qu'on n'y fasse pas allusion pendant quelques jours. Comme ça, on pourra réfléchir tranquillement, chacun de notre côté, sans être influencé par l'autre.
Peter répondit un ok général et évasif, encore hébété sous le flot de paroles de Mikaël, et surtout sous leur contenu. Mikaël, rassuré par ce simple acquiescement, partit clopin-clopant vers la salle de bains. Alors qu'il allait refermer la porte sur lui, il lança à l'adresse d'un Peter toujours à terre, comme pour le réveiller.
-Je veux une calzone!
Il s'enferma ensuite dans la salle d'eau, retira rapidement ce qui lui restait de vêtements, entra dans la douche, ferma les portes de Plexiglas transparent, ouvrit à fond les robinets de telle sorte à avoir une eau assez chaude, puis se laissa glisser contre le carrelage blanc aux dessins bleu foncé. Le jet d'eau atterrissait entre ses jambes repliées, sur son ventre, qui se teinta rapidement d'un rouge écrevisse, et si le bruit de l'eau qui coule couvrait les hoquets de Mikaël, les larmes ruisselant sur ses joues étaient quant à elles bien visibles sur son visage encore épargné par la douche.

Le brunch fini, Mikaël exposa le planning de la journée, auquel il avait eu largement le temps de réfléchir pendant la préparation du repas. Il avait choisi une activité neutre, qui leur permettrait de parler de choses et d'autres, et ainsi de se connaître mieux. De cette manière, il croyait naïvement pouvoir élucider la raison de son trouble matinal.
-Aujourd'hui, j'ai décidé d'être raisonnable, annonça-t-il.
-C'est pas trop tôt, plaisanta Peter.
-C'est ça, c'est ça, n'empêche qu'hier, tu t'es pas trop plaint ensuite hein! Bref, je me disais qu'on pouvait rester à la maison, et que je pouvais t'enseigner quelques trucs d'équitation. Bon bien sûr, on a pas le cheval, mais déjà, j'ai ramené pas mal d'affaires du club, pour les entretenir, et j'ai aussi acheté des trucs hier. Donc je me suis dit que je pouvais te montrer comment entretenir tout ça, et à quoi servait chaque truc.
Peter ne réfléchit pas longtemps avant de donner sa réponse, car cela promettait d'être une après-midi passionnante.
-Ca me va plus que bien!
-Magnifique! Tu débarrasses et je vais chercher mes affaires?
-Ca marche! dit-il en se levant, emportant déjà son assiette et son verre vers l'évier, tandis que Mikaël sautillait vers l'entrée, où il avait déposé ses achats de la veille, ainsi que toutes ses affaires qui n'étaient pas des vêtements.
Occupé à faire la vaisselle, Peter ne prêta pas vraiment attention à ce que faisait Mikaël, et lorsqu'il aperçut le salon arrangé par ses soins, il n'en crut pas ses yeux.
-Mais... Mais... Mikaël, comment t'as fait pour apporter tout ça? demanda-t-il en pointant les trois selles posées au sol, les cinq filets sur la table, et toutes les autres choses qu'il ne reconnaissait pas forcément.
Mikaël le regarda étonné, puis sourit de son incompréhension.
-Jeudi soir, quand on est allé chercher mes affaires au club, j'en ai profité pour prendre tout l'équipement que j'avais besoin d'entretenir... pour m'occuper quoi, expliqua Mikaël, qui peu à peu se rendait compte de tout ce qu'il avait emmené maintenant que c'était exposé dans le salon. Alors...
-Attends, attends, attends, tempéra Peter, qui sentait Mikaël parti pour expliquer chaque chose présente dans l'appartement. Tu n'étais pas si chargé jeudi pour pouvoir transporter tout ça.
-Bah si. Bon, c'est pas tout, ça, on s'y met ou pas?
-Euh... oui, si tu veux. Donc si j'ai bien compris, on doit... entretenir tout ton matériel, c'est ça? demanda Peter, hésitant sur le terme à employer.
-Exactement! Je suis censé le faire tous les mois, et là ça fait deux mois que je ne l'ai pas fait, et les cuirs commencent à souffrir. Regarde, dit-il en prenant en main un filet qui traînait sur la table. Ca se plie pas aussi bien qu'avant. Si je graisse pas, ça va finir par craqueler, et là, c'est irrécupérable. Et comme un filet, c'est cher, vaut mieux bien entretenir ceux qu'on a déjà.
-Ok. Tu m'expliques comment on fait?
Mikaël acquiesça et sortit différents pots avant de se lancer dans des explications relativement compliquées pour un néophyte. Le premier pot, celui de taille moyenne, était un dégraissant. A l'aide d'un chiffon, il servait à nettoyer en profondeur les cuirs, et on pouvait l'utiliser sur tous les cuirs: selles, filets, bottes... Seulement, comme il desséchait un peu la matière, il fallait ensuite passer du savon glycériné, expliqua Mikaël en pointant un savon jaune un peu transparent, de forme rectangulaire. Ca nettoyait en surface et ré-hydratait le cuir, mais il fallait le faire avec un chiffon différent du précédent. Lorsque les cuirs étaient enfin propres et secs, il fallait, en ce qui concernait l'équipement du cheval, les graisser, et pour cela, le gros pot allait être plus qu'utile. Pour les bottes, un simple cirage, comme pour les chaussures de ville, ferait l'affaire.
-D'accord, je crois que j'ai compris: dégraissage, savon, puis graisse ou cirage, résuma Peter avec précaution, pour ne pas se tromper.
-Oui, c'est ça. On va commencer par les filets parce que c'est ce qu'il y a de plus chiant à faire. Tu prends les filets et je prends les brides parce que c'est plus compliqué, ok?
-Ouais, mais dis-moi. Pourquoi t'as autant de filets?
-Parce que je préfère en avoir un pour chaque cheval, c'est plus simple. T'as pas à tout re-régler à chaque fois. Et puis, chaque cheval a certaines spécificités. Par exemple, pour Jéricho, j'ai un mors assez large, qui a une action plus douce, et un filet avec une muserolle croisée, qui va mieux lui maintenir la bouche fermée, parce qu'il a tendance à mordiller tout ce qui lui passe sous le nez. Le filet de Jazz a un mors encore plus gros, pour une action encore plus douce, parce que c'est un très jeune cheval, et il ne faut pas le brusquer ou lui faire mal. Pour Jewel, j'ai un filet à peu près normal, on va dire, mais avec quelques fioritures, puisque c'est le filet que j'utilise aussi en concours. Quant aux deux brides que j'ai amenées, ce sont celles de Gallium et de Jéricho. Je les utilise aussi pour les concours, donc j'ai intérêt à en prendre soin.
-Oulà, ça m'a l'air compliqué tout ça. Pour aujourd'hui, on va s'en tenir au lavage de tout ça, ça va être plus simple, et mon cerveau va avoir le temps de digérer avant la prochaine leçon, rigola Peter, qui pour l'instant ne remarquait pas trop les différences entre les harnachements de tel ou tel cheval.
Mikaël sourit en retour et attrapa l'une des brides tandis que Peter prenait l'un des chiffons sortis pour l'occasion, le trempait dans le pot de dégraissant et commençait à frotter l'un des filets -il ne savait pas lequel c'était- avec. Tout à sa bride, Mikaël ne fit pas vraiment attention à ce que faisait son ami, et ce n'est que lorsque celui-ci se plaignit pour la troisième fois qu'il consentit à lever la tête.
-C'est chiant quand même qu'il y ait autant de boucles. C'est super dur à dégraisser! râla Peter.
-Hein? Mais qu'est-ce que tu fais? s'écria Mikaël en lui arrachant presque le filet des mains. C'est pas comme ça qu'il faut faire. Faut le démonter d'abord!
-Le démonter? répéta, interrogatif, l'inspecteur, qui ne voyait pas en quoi il pouvait démonter un filet.
-Le défaire quoi. tu le mets en morceaux, et t'essaies de retenir à quels trous c'était mis, et comment c'était fait. Je suppose que c'est la première fois que tu démontes un filet.
-Bah ouais, répondit-il comme une évidence.
-Dans ce cas, quand tu le démontes, tu poses chaque partie de telle façon à ce que tu te souviennes comment c'était attaché. Par exemple, tu mets le frontal en haut, les montants du filet à l'extérieur, les montants de...
-Euh Mikaël, de quoi tu parles?
Le jeune homme le regarda étonné puis soupira. Il oubliait régulièrement qu'il avait à faire à quelqu'un qui n'y connaissait rien et qui apprenait dans le désordre. Habituellement, ceux qui entretenaient les cuirs savaient déjà démonter et remonter un filet, et ceux qui apprenaient à démonter et remonter un filet avaient déjà vu un bon nombre de filets dans leur vie. Leur apprentissage en était donc facilité. Là tout était à faire, et Mikaël n'en eut pas le courage. Après tout, ce n'était qu'une question de vocabulaire, et vu que Peter ne montait pas encore à cheval, ce n'était pas très utile de le lui apprendre dès maintenant. Il verrait tout ça en temps et en heure. Pour l'instant, Mikaël se contenterait de désigner les différentes parties du harnachement avec des "ça".
-Bon, on va faire simple: tu défais le filet de telle façon à ce que tu souviennes comment il faut le remonter, ok?
-Ok!
Si le début de l'après-midi commença studieusement, il se continua en un enchaînement de fous rires. Le premier fut causé par Peter, qui, quand il eut fini de dégraisser, savonner, puis graisser le filet de Jazz, tenta de le remonter. Ce remontage fut un succès total si l'on considère que les montants de muserolle peuvent venir s'attacher sur le mors, que le frontal peut être mis dans le sens opposé à celui de la muserolle, et si l'on peut mettre le mors à l'envers. Lorsqu'il présenta le filet, après de durs efforts, à Mikaël, celui-ci, le moment de stupeur passé, éclata franchement de rire. C'était la première fois qu'il voyait un filet aussi mal remonté, et la mine déconfite de Peter finit de l'achever. Il ne put parler pendant un petite dizaine de minutes, recommençant à rire à chaque fois qu'il ouvrait la bouche. Après maintes et maintes explications, Peter comprit à peu près comment un filet se montait, mais ce fut au prix d'avoir les mains pleines de graisse, à force de triturer le cuir tout juste nettoyé.
S'amusant de cette sensation graisseuse sur ses mains, que Peter ne semblait pas particulièrement aimer, Mikaël s'essuya joyeusement la main sur la joue de son ami. Ce dernier, sentant des doigts collants glisser sur son visage, commença à crier et tenta d'y échapper. Mais ce fut peine perdue et après une âpre bataille, où chacun reçut sa dose de graisse et de savon glycériné, ils finirent l'un sur l'autre, entremêlés sur le sol du salon, au milieu des cuirs. Mikaël, au-dessus, apprécia le contact de leurs deux corps l'un contre l'autre. Il aima sentir tous les muscles de Peter se tendre et se détendre au rythme de sa respiration de plus en plus rapide, il aima avoir ce sentiment de contrôle sur son ami, et surtout il aima ce qu'il sentait poindre au niveau de leurs bas ventres respectifs, preuve qu'ils n'étaient pas indifférents l'un à l'autre. Cependant, avant que cela ne soit gênant pour l'un comme pour l'autre, il se releva, s'appuyant de ses deux mains sur le ventre de son partenaire, sous son T-shirt, en profitant au passage pour le lui graisser.
Peter, au contact de ces mains froides et poisseuses, se contracta de tout son corps, et lorsqu'elles se retirèrent, il releva un peu le bassin pour pouvoir les garder un peu plus longtemps contre sa peau. Mikaël était maintenant accroupi sur ses cuisses, Peter s'était appuyé sur ses coudes, le buste légèrement décollé du sol, pour pouvoir le regarder dans les yeux. Ils se plongèrent chacun dans l'immensité aux couleurs changeantes des yeux de l'autre, cherchant à y décrypter leurs propres sentiments ainsi que ceux de l'autre. Mais les réponses étaient trop bien enfouies, trop bien cachées, pour qu'en un affrontement de regards ils puissent les trouver, et éventuellement y faire face. Mikaël abandonna le premier, plus faible quand il était question de sentiments que quand il était question de cheval. Il alla pour se lever quand Peter agrippa son T-shirt de la main gauche, s'asseyant du même coup, Mikaël toujours sur ses cuisses. Il passa son autre main derrière la nuque de son ami, et posa ses lèvres sur les siennes. Voyant qu'il n'était pas rejeté, il réitéra l'opération, en passant cette fois-ci sa langue sur les lèvres de Mikaël, qui les entrouvrit. La langue de Peter s'engouffra dedans et bientôt les deux langues dansèrent l'une contre l'autre, tandis que les quatre mains dessinaient des arabesques de graisses sur le corps de chacun.
Les T-shirts furent rapidement superflus et finirent à terre, abandonnés par leur propriétaire. Les ceintures subirent le même sort quelques minutes plus tard, et rejoignirent les T-shirts tandis que les deux hommes se relevaient pour aller s'appuyer violemment contre un mur, Peter menant toujours la danse. Les mains sur le mur encadrant la tête du plus jeune, il l'embrassait toujours, de plus en plus vigoureusement, comme s'il voulait aller de plus en plus loin dans ce corps inconnu. Comme s'il avait peur de lâcher prise s'il n'agissait pas. Mikaël, ressentant inconsciemment cette angoisse, croisa ses mains derrière la nuque de son ami et entreprit de lui masser les cervicales pour le détendre. Aussitôt Peter se calma et ralentit son baiser, le rendant plus sensuel, moins vorace, ce qu'apprécia sans conteste le jeune brun au mouvement brusque qu'il fit pour rapprocher leurs deux bassins. Enhardi par ce geste, Peter détacha ses mains du mur et les posa à plat sur les pectoraux de Mikaël, pour ensuite les laisser descendre le long de ses flancs, une de chaque côté. Elles atteignirent presque en même temps le haut du jeans et Peter faufila une ou deux phalanges de ses doigts entre ce tissu rêche et cette peau douce qu'il ne se lassait pas de toucher. Ses doigts firent le tour du bassin de Mikaël, se rejoignant d'abord dans le dos, là où la lordose lombaire commençait à laisser place à la cyphose sacrée. Il massa doucement cet endroit avant de s'enfoncer un peu plus profondément sous le tissu jusqu'à atteindre le départ de la raie fessière. Avec un doigt, il appuya un peu plus fortement à cet endroit et il sentit le corps de Mikaël tressaillir sous le sien, la langue de Mikaël s'agiter dans sa bouche.
Amusé, il décida néanmoins de ne pas pousser le jeu trop loin pour une première fois et fit glisser ses doigts sur le pourtour du bassin du jeune cavalier. Le tour fut vite fait et les doigts de Peter se croisèrent de nouveau au niveau du premier bouton du jeans. A l'aide du pouce et de l'index, Peter le défit aisément et s'enfonça un peu plus dans ce territoire qu'il connaissait si bien et qui pourtant lui était inconnu. Ses doigts jouaient avec les quelques poils de la fine ligne pubienne de Mikaël, qui semblait adorer ça: de longs gémissements que n'arrivait pas à étouffer leur baiser sortaient de la gorge du jeune homme tandis que ses mains accentuaient son massage de nuque, au plus grand plaisir de Peter. De plus en plus excité, Peter voulut faire ça dans les règles de l'art et tenta d'entraîner Mikaël vers la chambre, et le lit, où ils seraient plus à l'aise. Mais après un pas, Mikaël s'effondra sur le sol, haletant, et se tenant la cheville. Son visage, rouge de plaisir, esquissa une grimace qu'il contint du mieux qu'il put. Alarmé, Peter s'agenouilla à ses côtés, n'osant plus le toucher, de peur d'aggraver la situation: la chute de Mikaël lui avait fait reprendre ses esprits. Il se rendit soudainement compte de tout ce qu'ils avaient fait, et s'il ne le regrettait pas, il ne savait en revanche plus comment agir.
-Merde, ça va Mikaël? T'as mal?
Mikaël hocha la tête en se mordant la lèvre inférieure.
-Ok, alors euh... Qu'est-ce qu'il faut que je fasse? se dit-il a lui-même. Ah oui, il y avait des anti-douleurs sur la prescription du médecin, ils doivent encore être dans le sac de pharmacie.
Peter se releva rapidement et en quelques enjambées accéda au bar de la cuisine. Il attrapa le sac en papier de la pharmacie de l'hôpital, observa attentivement l'ordonnance, sortit une boîte jaune et blanche du sac, y prit un comprimé, puis se servit un verre d'eau avant de revenir vers Mikaël.
-Tiens, voilà, prends ça. Y'a marqué d'en prendre qu'un seul, et si au bout d'une demi-heure, ça ne fait pas effet, tu en prends un deuxième.
-Merci, murmura Mikaël qui avait repris son souffle et semblait mieux contenir mentalement sa douleur.
Il avala son cachet puis reposa son dos sur le mur, fermant les yeux pour essayer de ressentir les effets de l'antalgique le plus vite possible.
Peter, en face de lui, regardait avec envie ce visage tendu et ne voulait qu'une seule chose: recommencer là où ils s'étaient arrêtés. Certes la chute de Mikaël l'avait déstabilisé un instant, et il en avait perdu ses repères, mais maintenant, il était sûr de ce qu'il souhaitait. Cependant, il savait que cela se révélait pour l'instant impossible: d'abord, il fallait que cette envie soit réciproque, et rien n'était moins sûr; et ensuite, la douleur qu'éprouvait Mikaël empêchait Peter d'agir: il ne fallait pas aggraver l'entorse du jeune cavalier.
-Qu'est-ce qui s'est passé? demanda Peter dans le silence de plus en plus pesant, pour essayer de connaître l'opinion de Mikaël.
Le jeune homme, toujours appuyé contre le mur blanc cassé, ouvrit les yeux, regarda Peter, jeta un coup d'oeil circulaire à la pièce, puis sourit.
-Je crois bien qu'on a fait une bataille de graisse, et puis, je ne sais plus comment, je me suis retrouvé allongé sur toi. Quand j'ai voulu me relever, tu m'as retenu et tu m'as embrassé. Ensuite... ensuite... on a continué à s'embrasser, on s'est enlevé les T-shirts, on s'est encore embrassé, tu m'as plaqué contre le mur, toujours en m'embrassant. Après, je crois que t'as voulu finir ce qu'on avait commencé dans la chambre, mais t'avais oublié que je ne pouvais pas bien marcher, et je suis tombé. Et maintenant, on en est là, à se demander pourquoi c'est arrivé, je suppose.
-... T'es pragmatique toi, remarqua Peter, ce qui ne l'arrangeait pas vraiment: Mikaël n'avait en aucun cas révélé ses sentiments dans ce compte rendu de la situation.
-... Ouais, on me le dit souvent, fit-il avec retard, comme s'il accusait un reproche.
-Et t'en penses quoi? ré-attaqua Peter, oubliant tact et délicatesse: il avait absolument besoin d'une réponse, et le plus vite serait le mieux.
-Je pense qu'on a encore besoin d'y réfléchir, dit Mikaël posément en se relevant grâce au mur. Bon, je vais prendre une douche. T'occupes pas des selles et tout, je continuerai demain à les entretenir. Tu peux commander des pizzas pour le dîner s'il te plaît? Et je propose que pour l'instant, on fasse comme si rien ne s'était passé, et qu'on n'y fasse pas allusion pendant quelques jours. Comme ça, on pourra réfléchir tranquillement, chacun de notre côté, sans être influencé par l'autre.
Peter répondit un ok général et évasif, encore hébété sous le flot de paroles de Mikaël, et surtout sous leur contenu. Mikaël, rassuré par ce simple acquiescement, partit clopin-clopant vers la salle de bains. Alors qu'il allait refermer la porte sur lui, il lança à l'adresse d'un Peter toujours à terre, comme pour le réveiller.
-Je veux une calzone!
Il s'enferma ensuite dans la salle d'eau, retira rapidement ce qui lui restait de vêtements, entra dans la douche, ferma les portes de Plexiglas transparent, ouvrit à fond les robinets de telle sorte à avoir une eau assez chaude, puis se laissa glisser contre le carrelage blanc aux dessins bleu foncé. Le jet d'eau atterrissait entre ses jambes repliées, sur son ventre, qui se teinta rapidement d'un rouge écrevisse, et si le bruit de l'eau qui coule couvrait les hoquets de Mikaël, les larmes ruisselant sur ses joues étaient quant à elles bien visibles sur son visage encore épargné par la douche.
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