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8 août 2010 7 08 /08 /août /2010 12:38

Suite et fin de Mariage, amant, divorce?, la sequel de Métro, boulot, dodo?

 

Vous êtes priés de ne rien jeter sur l'auteur suite à la lecture de cet article! Merci d'avance! *ange*

 

Sur ce, enjoy! x)

 


Valises.jpg

 

 

 

Depuis une ou deux semaines, j'ai enfin l'impression de retrouver Etienne. Pas qu'il n'était pas lui ces derniers temps, mais il n'était plus celui que je connaissais. Il avait changé, mais là, il est revenu à ses anciennes habitudes. On rentre quelques fois ensemble du boulot, on va déjeuner tous les deux à la cantine de l'hôpital, on se fait des petites soirées rien qu'à nous, ciné ou télé, peu importe. On se retrouve, et c'est l'essentiel. Je crois que la crise est passée, et ça me soulage à un point...

 

Pourtant, un doute subsiste en moi: c'est allé trop vite. Ca fait à peine un mois, un mois et demi depuis cette fameuse conversation où je me suis effondré en pleurs dans ses bras, et où il n'a pas pu me rassurer. Or un mois et demi, c'est court. Enfin, j'ai trouvé ça long, mais c'était suffisamment court pour qu'Etienne puisse me rassurer. Or il ne l'avait pas fait. Alors je doute, je doute tous les jours à chaque fois qu'il n'est plus là, et surtout quand il n'est pas là alors qu'il devrait l'être. Et toujours, dès que je le vois, j'enfouis toutes ces craintes au fond de mon esprit, au fond de moi-même, et je lui souris. Parfois même, je me dégoûte à jouer ainsi un double-jeu avec lui. Mais je me sens acculé.

 

Je suis persuadé que si je lui révèle ce que je ressens, il se moquera de moi, balaiera mes presque certitudes d'un vague geste de la main comme si cela n'avait pas d'importance, et si j'insiste, il me quittera. Peur irrationnelle, je le sais: Etienne ne peut pas vivre sans moi, tout comme je ne peux pas vivre sans lui. On s'est construit l'un avec l'autre, on a pris la forme de l'autre, et sans l'autre, on est incomplet. Et pourtant... pourtant... je suis terrorisé à la simple idée qu'il envisage de me quitter. Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas, dirait notre cher Pascal. Dieu comme il avait raison!

 

 

 

Aujourd'hui, j'avais des manips de culture cellulaire à faire, et elles m'ont fait finir très tard. Parce que les cellules c'est vivant, et que ça n'attend pas, comme dirait mon premier maître de stage. Pas possible de les mettre au frigo, ou de les congeler comme on veut, à moins de vouloir les tuer. Alors on les bichonne, et on s'en occupe à toute heure de la journée ou de la nuit, et même pendant le weekend! Je rigole tout seul dans la rame de métro à revoir mon ancien chef déclamer cette tirade d'un air si pénétré. Et les gens qui partent en soirée -il est quasiment neuf heures du soir- regarde ce trentenaire solitaire que je suis comme s'il était fou. Eh oui, je suis fou, fou, fou! Fou de mon homme, et uniquement de lui! Et j'ai hâte de le retrouver.

 

Je sors à ma station, je monte quatre à quatre les marches du métro, et dix petites minutes plus tard, je suis devant notre immeuble. Cinquième étage, et je suis enfin chez moi. Chez nous. J'entre, et bizarrement, je ne sens aucune odeur de cuisine, alors qu'il avait dit qu'il préparerait à dîner. Mais j'entends comme si on farfouillait dans notre chambre. Je m'y dirige et je vois Etienne en train de faire sa valise. Mes peurs reviennent d'un coup et me tordent le ventre avant que je ne me souvienne qu'il m'avait dit qu'il devait partir une semaine ou deux en Belgique parce qu'il travaillait avec une équipe là-bas et qu'il devait les rencontrer, discuter avec eux, apprendre quelques-unes de leurs techniques, se former à d'autres choses, et récupérer des ADN. Bref, que des joyeusetés.


-Salut, je fais, avec un petit sourire un peu triste.

 

Il relève la tête et me fait un vrai sourire, tout content de me voir.

 

-Salut! Ca va? T'as une petite mine.

 

Voilà quelque chose qui marque définitivement qu'on est revenu à comme avant: il remarque le moindre changement d'humeur chez moi, la moindre petit gêne, le moindre petit moment de tristesse. Et je trouve cela agréable, car je sais qu'il est enfin là, avec moi, entièrement. Alors je m'assois derrière lui et l'enlace alors qu'il tente maladroitement d'organiser sa valise.

 

-Mmmh... J'avais oublié que c'était demain que tu partais. Tu vas me manquer.

 

Il pose ses chemises un peu au hasard dans la valise et se retourne vers moi. Il prend mon visage entre ses mains et me dit sérieusement, avec cependant beaucoup de douceur dans la voix.

 

-Eh... C'est qu'une ou deux semaines. C'est pas la mort. On a déjà vécu plus longtemps séparés.
-Oui, je sais. J'suis bête. Mais ça commençait à aller mieux entre nous... Je sais pas pourquoi, mais ça allait mieux. Et là tu dois partir...
-Tu as peur?

 

Je baisse les yeux et ne réponds rien: est-ce qu'on peut sérieusement dire quand on a trente-six ans qu'on a peur parce que son mari part deux semaines pour le travail? Mais même si je ne dis rien, il a très bien compris. Il me prend dans ses bras et me sert fort contre lui, et je fais de même. Je suis pas loin de pleurer. C'est idiot mais c'est comme ça.

 

-Je t'appellerai tous les jours, me chuchote-t-il à l'oreille. Je te raconterai tout ce que je fais de mes journées et toi aussi.

 

Ca y est, j'ai les larmes qui coulent. Parce que là, à l'écouter, son départ devient beaucoup plus réel, et pas seulement une chimère qui aura peut-être éventuellement lieu demain. Je sais qu'il a remarqué que je sanglotais mais il ne me fait aucune remarque. Il préfère continuer à me parler et à me serrer encore un peu plus fort.

 

-Et tu verras, à se parler tous les jours au téléphone, tu te rendras même pas compte que je suis parti.
-C'est faux... C'est faux, t'as pas le droit de dire ça, je hoquette dans son cou.

 

C'est vrai quoi! Il a pas le droit de dire que s'il est là ou pas, c'est la même chose pour moi! Il a pas le droit, il a pas le droit!

 

-D'accord, j'ai pas le droit, il murmure doucement. D'ailleurs, si je te manque trop, on pourra faire comme quand je suis parti au Canada pour mon stage. Tu sais? Quand on était chacun dans notre lit, tout seul, avec le téléphone posé sur l'oreiller... et qu'on s'endormait ensemble en écoutant l'autre respirer. Tu te souviens?
-Bien sûr que je me souviens, je souffle. Mais t'as la mémoire bien sélective. On ne faisait pas que s'endormir au téléphone, je plaisante.

 

Il rigole aussi avant de commencer à faire comme il le faisait à l'époque, d'une voix sensuelle.

 

-Nico...
-Hum?
-Je suis assis par terre, à côté de mon lit... Je porte le jeans noir taille basse que tu m'as offert pour mes 26 ans... Tu sais, celui que t'adores... Et puis en haut j'ai un vieux T-shirt des Stones... Je t'imagine en train de me l'enlever en passant tout doucement tes doigts sur mon ventre, sur mon torse, bien au centre, puis sur les épaules, les bras... Et une fois que tu l'as enlevé, tu m'embrasses, tout doucement aussi, sur la bouche, sur le bout du nez, sur l'oreille droite, et là, tu me dis ces petits mots qui me font frissonner à chaque fois. Tu sais, ceux qui me rendent dingue... de toi.

 

Ouais, je sais parfaitement desquels il parle. De ces trois petits mots qui peuvent faire monter un homme au ciel ou le détruire plus sûrement que n'importe quoi d'autre. Alors d'un sourire, je m'exécute. Je passe mes doigts sous son T-shirt et je remonte lentement jusqu'à ses épaules. Je l'enlève et je viens l'embrasser, sur la bouche, sur le bout du nez, et sur l'oreille droite, où il est si chatouilleux. Je lui dis ces quelques mots. Il frissonne de partout et se sert un peu plus contre moi, passant ses doigts sous mon T-shirt, directement sur mes reins. On a envie l'un de l'autre, et putain, qu'est-ce que c'est agréable! Je me sens bien, vraiment bien.

 

Mais déjà, alors que je me repais de cette sensation de plénitude, les mains d'Etienne remontent dans mon dos. Il s'approche de mon oreille et me souffle les mêmes mots que je lui ai dit quelques secondes plus tôt, avant de les agrémenter d'un baiser. J'en frissonne aussi, même si le frisson prend un goût amer: cette peur douloureuse de le perdre remonte insidieusement me prendre aux tripes. Alors j'en profite. J'en profite comme si c'était la dernière fois. Comme si c'était le dernier jour où je peux dire nous.

 

 

 

Ca fait plus de trois jours qu'il est parti, et il me manque. Certes, on s'appelle tous les jours, on se raconte tout ce qu'on fait de nos journées, mais tout me semble bien vide quand il n'est pas là. Sans intérêt même. Heureusement que ce soir, je vais dîner chez Robin. Il a vu que j'avais de nouveau une petite baisse de moral, alors il a décidé de me prendre en charge. J'ai eu beau lui dire que ça allait, il n'en a pas démordu, et au fond, je l'en remercie. Résultat: ce soir, dîner chez lui, avec sa copine, et c'est bien possible que je dorme aussi là-bas. Surtout que je sens qu'on va pas mal boire. Pas comme des trous non plus. Mais y'aura quand même des cadavres de bouteille demain.


Bon allez hop! Il est cinq heures de l'aprem, j'ai juste une réunion avec l'équipe de l'étage du dessous, pour leur présenter un mécanisme de duplication-délétion de l'ADN assez particulier, et puis après je pourrai partir. Robin, lui, est déjà sur le point de quitter le labo. Il est arrivé vers sept heures et demi ce matin pour partir un peu plus tôt, et avoir le temps de ranger l'appart, qui est dans un bordel monstre, m'a-t-il avoué. Je lui souhaite bonne chance pour le rangement et lui dis que je viendrai vers sept-huit heures chez lui.

 

Une heure et demi plus tard, j'ai fini ma présentation et les autres n'ont enfin plus aucune question à me poser. Je range mon ordi et le vidéo-projecteur pendant que tout le monde sort de la salle. Seule Line reste et vient me voir.

 

-Merci pour la présentation. Ca va nous aider à expliquer à cette famille ce qu'ils ont.
-De rien, je dis en zippant mon sac.
-J'espère au moins que c'est pas juste pour ça que t'as sacrifié tes vacances avec Etienne, plaisante-t-elle. Parce qu'on aurait pu demander à quelqu'un d'autre.
-Mes vacances avec Etienne? je répète, suspicieux, arrêtant tout ce que je fais et la regardant droit dans les yeux.
-Bah ouais... Il a posé deux semaines de vacances. Je pensais que c'était pour partir avec toi en amoureux... mais apparemment je me suis trompée, conclut-elle, embarrassée.

 

Mais à vrai dire, là, j'en ai rien à foutre qu'elle soit gênée ou plus rouge qu'un homard cuit. Tout ce qui m'importe, c'est mon homme. Et ce qu'il a fait. Il m'a menti. Il m'a menti! Nom de dieu de putain de merde, il m'a menti et il est parti deux semaines je ne sais où avec je ne sais qui! Ce connard m'a menti! Il m'a dit qu'il m'aimait. Il me l'a répété toute la nuit et il m'a menti! C'est la fois de trop. Je sors de la salle, plantant là Line qui ne sait plus trop quoi faire, et je rentre chez nous le plus rapidement possible.

 

Une fois à l'appart', je prends un grand sac et j'y mets une grande partie de mon armoire. Je prends aussi quelques CDs à moi, plus les vinyles qui sont à moi. Je récupère mes bouquins dans notre bibliothèque et je mets le tout dans le sac, sauf les vinyles, que je mets dans un sac en plastique à part. Au moment de passer la porte d'entrée avec toutes mes affaires sous le bras, je reviens dans notre chambre et attrape mon oreiller: Robin n'en a pas de rab chez lui, et les coussins de son canapé, c'est bon pour une nuit, mais c'est tout.

 

En repassant par le salon, j'enlève ma bague et je la pose sur la table. Il m'a menti une fois de trop. Juste au moment où je pensais re-grimper la pente, quand ça allait mieux, il m'a menti. Et ça me détruit. Alors je le quitte. Pour la première fois. La première et unique fois. Il n'y en aura pas d'autres. Maintenant on est séparés. Il ne le sait pas encore, mais on vient de se quitter.

 

Ca me fait bizarre de me dire ça. Il faut que j'aille chez Robin. Il faut que je le vois. Je sais pas ce que je peux faire d'autre. Ce que je dois faire d'autre. Parce que des idées pas drôles du tout me traversent l'esprit. J'en ai pas envie, mais c'est quand même drôlement tentant.

 

 

Robin me retrouve en pleurs devant la porte de son appart'. Il a dû entendre le bruit que j'ai fait en m'écroulant contre la porte parce que je ne me souviens pas avoir sonné. Il réussit à me traîner à l'intérieur et à m'installer sur le canapé. Je me laisse totalement faire. Pour ce que j'en ai à foutre de toute façon... Une fois qu'il est sûr que je ne vais pas tomber du canapé, il récupère tous mes sacs sur le palier et les pose dans un coin du salon. Je vois Maëlle, sa copine, sortir de la salle de bains. Elle lui demande quelque chose et il lui répond en désignant la cuisine, puis moi, de la tête. J'entends rien à ce qu'ils se disent, je vois juste leurs lèvres bouger. En fait, j'entends plus rien du tout. C'est le silence total dans ma tête.

 

Enfin, je préfèrerais que ce soit le silence total dans ma tête. Parce que pour l'instant, tout ce que j'entends, c'est la voix d'Etienne qui me dit qu'il m'aime. Encore et encore. Je n'entends que ça et ça fait mal. De l'entendre dire qu'il m'aime. De m'entendre répondre que je l'aime aussi. Et de savoir que malgré tout, il m'a trahi. Je ne sais pas s'il a couché avec quelqu'un d'autre, et à vrai dire, je m'en fous. Il a trahi ma confiance, il a trahi notre couple en me mentant. C'est tout ce qui compte. Il m'a trahi, et maintenant, c'est cette phrase qui tourne en boucle dans ma tête. Et qui à chaque fois enfonce un peu plus loin le couteau dans mon cœur, le tourne dans tous les sens, pour me faire saigner un peu plus, pour me faire pleurer encore.


Je sens Robin qui s'assoit à côté de moi et qui m'attire dans ses bras. Il me murmure des "Schhh" pour me calmer, et des "Tout va bien, je suis là" pour me rassurer tout en me caressant le dos. Mais je me fais toujours l'effet d'une chiffe molle jusqu'au moment où je l'entends renifler. Je crois que j'ai réussi à le faire pleurer. Il est tellement triste de me voir dans cet état sans pouvoir rien faire qu'il en pleure. Et là je craque.

 

Les larmes s'écoulent plus vite, plus nombreuses de mes yeux humides, j'ai de la morve qui coule du nez, je ne vois plus rien, tout est flou et mon esprit s'embrouille. Je ne sais plus ce qu'il se passe, je ne sais plus tout à fait qui je suis. J'ai l'impression de tomber alors je me raccroche à la seule chose sûre à portée de main: Robin, Robin et son T-shirt qui définitivement devra aller à la machine tellement je le salis. Et une fois que mon appui est assuré sur mon meilleur ami, j'arrive à laisser échapper d'une voix cassée que je ne reconnais pas.

 

-C'est fini... C'est fini... C'est fini... Il m'a trahi... C'est fini...

 

Et je répète ça comme une litanie. Peu à peu les mots s'imprègnent en moi et je prends conscience au fur et à mesure de ce que cela veut dire. Je ne me réveillerai plus jamais à ses côtés, je ne pourrai plus jamais l'observer quand il dort, je ne pourrai plus le faire sursauter lorsqu'il prépare consciencieusement notre repas, je ne pourrai plus le faire sourire en lui volant un baiser dans la file d'attente du supermarché. Je ne le verrai plus. Je ne le verrai plus et j'en pleure de douleur.
Robin semble choqué par ce que je lui dis. Probablement parce qu'il croyait que notre couple était incassable, qu'il tiendrait jusqu'à ce que mort nous sépare, comme on dit si bien lors du mariage. Tu parles, rien n'est infaillible, et nous ne sommes que des hommes.


-Sssch, calme-toi Nico. Qu'est-ce qui s'est passé?
-Il m'a trahi, il m'a trahi! je sanglote encore. Il a dit qu'il partait en Belgique pour le... pour le boulot... et en fait... il a pris deux semaines de vacances... sans me le dire... Il m'a menti! ... Il m'a trahi... Il m'a trahi...

 

Robin ressert sa prise autour de moi et m'embrasse le haut du crâne. Il ne dit rien, et c'est tant mieux, parce qu'il n'y a rien à dire. J'entends un bruit et en tournant légèrement la tête je vois deux tasses sur la table basse. C'est Maëlle qui nous a préparé du thé me dit Robin, et il m'encourage à en prendre. Je m'extirpe avec lenteur du cocon de ses bras, je prends la tasse, replie mes genoux contre mon torse et commence à boire, la tasse calée entre mes mains et mes genoux. Et replié que je suis sur moi-même, mon esprit commence à faire de même et je me sens retomber à cet état de chiffe molle incapable de réfléchir. Ne voulant plus réfléchir surtout. Je n'aime pas cet état, je me déteste quand je suis comme ça, mais c'est pour l'instant le seul moyen que j'ai pour ne pas trop souffrir. Alors je me déconnecte de la réalité.


J'entends vaguement leur téléphone fixe sonner. Robin ne se bouge pas pour répondre et c'est Maëlle qui décroche. Elle fait signe à Robin que c'est pour lui. Il lui dit de dire qu'il n'est pas là mais elle lui répond que c'est important. C'est étrange comment j'arrive à comprendre tout ça alors que je ne fais plus attention à rien. Les automatismes du cerveau, sûrement. Comme là, à voir la gueule que tire Robin, je sais intuitivement que c'est Etienne.

 

-Comment tu oses appeler ici et me demander comment ça va, salopard?!

 

Et j'ai raison, mais je m'en fous.

 

-Nan, tu ne peux pas lui parler! De toute façon, je suis pas sûr qu'il ait envie de te parler. ... Comment ça, je décide à sa place? Non mais tu crois vraiment que j'ai le choix?! Je viens de le récupérer en miettes, complètement détruit à cause de toi et pour l'instant, j'essaie juste de faire en sorte qu'il ne s'écroule pas encore plus. Alors non, tu ne peux pas lui parler! De toute façon, tout ce qu'il a réussi à décrocher depuis qu'il est là, c'est que tu l'as trahi.

 

Je sens que Robin flanche à son tour, sa voix déraille un peu. Au fil des années, Etienne est devenu son ami aussi, et je comprends que ça soit dur pour lui de l'engueuler comme ça. Mais il n'est pas obligé. Il peut nous laisser tomber tous les deux, on ne va pas recoller les morceaux. Il m'a trahi, c'est fini.

 

-Non, j'ai pas dit qu'il avait dit que tu l'avais trompé, mais que tu l'avais trahi. Et je crois que c'est très différent. ... Mais je m'en fous de savoir que tu avais fait une promesse à quelqu'un! Tu as trahi tout ce que vous avez construit à deux depuis neuf ans! Tu penses vraiment que la personne à qui tu as fait cette promesse en valait le coup? Parce que là, je crois que tu viens de foutre sa vie en l'air, et la tienne aussi du même coup. ... Ouais, c'est ça, ramène ton cul ici, et vite fait. Et passe chez vous d'abord, je crois que Nico y a laissé son alliance.

 

Tu t'échines pour rien Robin. Pour rien du tout. Il m'a trahi et c'est fini.

 

 

Il fait nuit maintenant je crois. En tout cas, Maëlle est allée se coucher. Robin reste avec moi, pour me tenir compagnie. Il ne parle pas et moi non plus. De toute façon, je ne vois pas ce qu'on pourrait dire. Alors on ne fait qu'être assis côté à côté dans le silence le plus total. Je voudrais que le matin ne vienne pas, comme ça je n'aurais plus à vivre. Parce que rien d'imaginer de nouveau qu'il ne sera plus à mes côtés, j'en ai les larmes aux yeux. Mais je me retiens du mieux que je peux. J'ai déjà beaucoup pleuré ce soir, et un homme ça ne pleure pas.

 

Soudain, on entend quelques coups à la porte et Robin se lève d'un bond. Il va ouvrir la porte et laisse entrer Etienne. Robin ne veut vraiment pas laisser tomber aussi vite. D'un côté, ça me soulage, parce qu'il croit en notre couple à ma place.

 

Etienne le remercie et Robin lui dit qu'il est dans la chambre si jamais il a besoin de lui, puis il part. Etienne se dirige alors directement sur moi et s'accroupit devant moi. Il pose ses mains sur mes genoux et plonge ses yeux dans mon regard vide. Je vois la tristesse et la douleur le prendre en me découvrant ainsi, mais c'est de sa faute.

 

-Nicola... Mon amour... S'il te plaît, ne me quitte pas... Je pourrai pas vivre sans toi...

 

Parce que tu crois que je peux, abruti?

 

-Je veux que tu saches que tout ce que j'ai fait ces derniers temps, c'était pas de gaité de cœur. Et je veux aussi que tu saches pourquoi je l'ai fait.

 

Et ta promesse connard? Celle que tu invoquais à chaque fois pour fuir mes questions?

 

-Je lui ai demandé de mettre fin à ma promesse et elle a accepté. Tu te souviens de Benoît, un de mes bons potes de lycée? Il y a quelques mois, je l'ai retrouvé au bord de la tentative de suicide avant une soirée. Pour te la faire courte, il a fait ça parce qu'il ne se sentait pas bien, pas à sa place dans le corps qu'il a. Je lui ai promis de l'aider et il m'a fait promettre de ne rien dire à personne, même pas à toi. Et là, on était en Belgique pour rencontrer des médecins qui accepteraient de s'occuper de lui, enfin d'elle...

 

Il marque une pause avant de murmurer, la voix tremblante.

 

-Nicola, je t'aime.

 

Il me prend ensuite la main gauche, y enfile mon alliance sur l'annulaire. Et je ne sais pas ce que je dois en faire.

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1 août 2010 7 01 /08 /août /2010 15:25

 

Voilà la seconde partie de Mariage, amant, divocre?, la sequel de Métro, boulot, dodo?

 

Vous allez voir, au début je me suis tapée un bon gros délire sur ce que je faisais au labo. Si vous comprenez pas certains trucs, dîtes moi, j'essaierai de vous expliquer. ;-)

 

Vers le milieu du texte, faut écouter une chanson, enfin, c'est mieux. Je vous mets la vidéo Youtube à ce moment là. Et après avoir lu, vous pouvez revoir la vidéo aussi, parce que le clip est une vraie merveille! =D

 

Sur ce, bonne lecture!

 

 

 

Gel-d-agarose.jpg

 

 

-Et tu chantes chantes chantes ce refrain qui te plaît, et tu tapes tapes tapes, c'est ta façon d'aimer, ce rythme qui t'entraîne jusqu'au bout de la nuit, réveille en toi le tourbillon d'un vent de foliiiiiiiiie! Et tu chantes chantes chantes ce refrain qui te plaît, et tu tapes tapes tapes...
-Nico? m'interrompt soudain Robin, qui prépare son mix de séquence à côté de moi, tandis que je fais mes mix de PCR.
-Oui?
-Ta gueule.


Oulà! Qu'est-ce qu'il peut être sympathique quand il veut celui-là. Bon, ok, c'est chiant d'être à côté de quelqu'un qui chante trente-six fois la même chose parce qu'il ne connaît pas le reste des paroles. Surtout lorsque cette personne se met à taper du pied. Et encore plus lorsqu'on doit supporter cette même personne tout le temps, parce que Robin, c'est quand même mon meilleur ami depuis des lustres. Mais bon, on va dire que ce petit côté chiant fait partie de mon charme, nan? Même si je ne veux pas charmer Robin, loin de là! Je suis un homme marié, moi maintenant! Et fidèle, s'iouplaît! N'empêche... Préparer mes mix de PCR dans le silence, ça me stresse.

 

-Et trois nuits par semaine, c'est sa peau contre ma peau et je suis avec lui!
-Nico! Si tu te tais pas tout de suite immédiatement maintenant, je te colle de maintenance de séquenceur toute cette semaine à ma place!

 

Alors ça, c'est déloyal! En plus, j'ai vu tout à l'heure sur le réseau qu'il y a déjà de quoi remplir trois plaques de 96 capillaires.

 

-Ok, ok, c'est bon, t'as gagné, je me résigne, avant qu'une lumineuse idée de vengeance ne me traverse l'esprit. Mais tu vas le payer: je vais faire toutes mes séquences avant jeudi soir, comme ça tu seras obligé de les passer!

 

Et là, je finis avec le petit sourire sadique, genre "Vlan, dans les dents!". Je le sens méfiant, d'un coup.

 

-Et t'en as combien de séquences?
-Oh... Voyons... Quarante-deux il me semble. Pas de quoi remplir une plaque. Je vais devoir les faire en barrettes.

 

Et vlan, deuxième petit sourire sadique. Je suis devenu un pro, à force! Je le vois soupirer, sûrement désespéré face à mes gamineries, et face aux 42 séquences qu'il va devoir transférer. Puis il se lève, rangeant ses réactifs dans le petit frigo.

 

-T'as de la chance, j'ai fini de préparer mon mix. Tu vas pouvoir chanter autant que tu veux!

 

Il emporte ses barrettes dans une boîte de cônes vide et ferme la porte. Aussitôt, je me détends, et forcément...

 

-I wonder how, I wonder why, yesterday you told me 'bout the blue blue sky. And all that I can see is just a yellow lemon tree.

 

Je rajoute l'enzyme, je mélange bien et mon mix est fini. Reste plus qu'à le répartir dans les tubes, 23 microlitres chacun. Voilà, c'est fait, sur un air des Beatles. Par contre, pour mettre l'ADN, je me concentre. Faudrait pas que je me goure de tube et que j'annonce une mutation à un patient qui n'en a pas en fait. En quelques minutes, j'ai réparti tous mes ADN de patients. Je centrifuge un coup mes barrettes pour qu'il n'y ait rien sur les parois, je range tout mon matos, et je lance la PCR dans la machine. Hum... Je vais monter à quarante cycles au lieu de trente-cinq: certains ADN étaient vraiment de qualité dégueulasse. Le temps qu'elle tourne, j'ai largement le temps de déposer sur gel mes tests de PCR d'hier, pour le nouveau gène candidat. Youpla boum, direction le grand labo!

 

J'enfile ma blouse, chope mes marqueurs indélébiles et j'attrape une paire de gants en latex tout en me dirigeant vers le frigo. J'en sors une boîte avec mes trente-six tubes que je vais m'amuser à déposer. Enfin, façon de parler. Ca me prend une bonne dizaine de minutes de préparer tous les mélanges avec le bleu de méthyl et à la fin, je m'aperçois que je n'ai plus de marqueur de taille. La flemme d'en décongeler un, je vais piquer celui de Robin. Voilà qui est fait, et ô joie, ô miracle! Il reste du gel! Par contre, vu ce que je vais utiliser, je vais devoir en refaire. Chier. A moins que je réussisse à refiler cette tâche ingrate à l'empotée de service, j'ai nommé Solange, la M2 que le chef a acceptée de prendre, je me demande toujours pourquoi. Tiens, en parlant du loup.

 

-Tu fais quoi Nico?
-Je dépose, ça se voit pas? Et je t'ai déjà dit que je m'appelais Nicolas.
-Mais Robin t'appelle bien Nico.
-Ouais, sauf que Robin, c'est Robin, je réplique sèchement. Et t'es pas Robin, aux dernières nouvelles, à moins que...

 

Je me retourne vers elle et lance un coup d'œil significatif vers son entrejambe. Elle a la décence de rougir un peu, mais tout juste. A croire qu'elle est maso, parce que j'ai beau tout faire pour m'en débarrasser, elle me colle de plus en plus. Plus que deux puits à déposer, et je m'en débarrasse, elle et le gel à faire. Je crois que je suis un génie! 'Fin, tout est relatif, mais là, je suis déjà fier de moi en avance.

 

-Ah au fait Solange, il ne reste quasiment plus de gel. Tu pourrais en refaire? Surtout que t'as tes PCR de ce matin à déposer aussi.

 

Elle a une fraction de seconde d'hésitation, mais je ne lui laisse pas le temps de répliquer et la plante là. Je crois que je suis tranquille pour une bonne demi-heure. Je vais pouvoir regarder les séquences qui sont passées hier.

 

 

Une bonne demi-heure, tu parles! J'ai à peine eu vingt-cinq minutes! Elle est venue me chercher dès que mon bac d'électrophorèse a bipé, indiquant la fin de la migration. De très mauvaise grâce je la suis, parce que sinon, elle ne va pas me lâcher. En sortant du bureau, je lance un regard suppliant à Robin qui y entre, et il me retourne un petit sourire sadique. Je crois qu'à l'avenir, je vais apprendre à me taire quand je prépare mes mix. Bon, c'est pas tout ça, mais je récupère délicatement mon gel dans le tampon, rendu chaud par le courant électrique qui y a circulé pendant presque une demi-heure, et je le mets sous la lampe UV. Je le positionne le plus correctement possible, ferme la porte de la sorte d'armoire et je mets en route la lampe.

 

-Eh merde... je murmure.
-Quoi? Qu'est-ce qu'il y a?

 

Mais qu'est-ce qu'elle fout encore là cette cruche?! Je vais finir par l'étrangler.

 

-Il se passe que mes PCR ne marchent pas du tout. J'ai pleins de bandes aspécifiques partout, ça se voit.
-Mais là, tente-t-elle vainement de m'aider -pauvre petite ignorante-, t'as une grosse bande et de toutes petites bandes aspécifiques. En purifiant, ça devrait aller.

 

Retenez-moi, je vais la trucider!

 

-Sauf que là, y'a trop de bandes et trop intenses pour les éliminer par purif', fait une voix que je connais trop bien derrière moi. Alors Nico, Robin m'a dit que tu avais des problèmes.

 

Mentalement, je note de remercier Robin d'avoir appelé Etienne, qui bosse maintenant à l'étage en-dessous du mien, pour me sauver de la sangsue. Parce qu'il ne faisait certainement pas allusion à mes PCR foireuses en parlant de problèmes. Puis, je me retourne vers Etienne et lui fait un grand sourire. Je me retiens à grand peine de l'embrasser, mais lui ne se gène pas, et il passe ses bras autour de mes hanches, et se penche par-dessus mon épaule pour mieux regarder l'écran où apparaît mon gel.

 

-Ouais, j'arrive pas à amplifier mon gène. Il a seulement trois exons avec des introns tout petit, donc j'ai fait un gros bloc de PCR. J'ai designé mes primers avec des conditions stringentes, vérifié qu'ils étaient pas dans des séquences répétées ou des séquences ALU et tout. Et pas moyen de l'amplifier.
-Quelle taille ton fragment?
-Deux kb.
-Ah ouais, t'as carrément aucune bande à 2 kb. Tu t'es pas gouré dans ton mix?
-Nan, c'est la 2ème fois que je le fais, et j'ai tout re-vérifié deux fois. Et j'ai beau changer les concentrations de MgCl2, les températures, ça marche pas.
-T'as changé d'enzyme?
-J'ai essayé avec la Promega, la Sigma, et là, c'est avec la Finzyme. J'en ai pas d'autre.
-J'en ai une autre. Je peux te filer un kit pour que tu essaies.
-Ok, je nettoie ça et je descends avec toi.

 

Vite fait, j'imprime la photo de mon gel, je jette mon gel dans la poubelle des produits cancérigènes, je nettoie la plaque où j'ai déposé mon gel et je jette mes gants dans une autre poubelle spéciale. D'un coup d'œil, je vois que Solange est comme statufiée, un peu genre poisson hors de l'eau, et je savoure ma -enfin, notre- victoire avec un grand sourire intérieur: elle aura peut-être finalement compris que l'anneau que je porte à l'annulaire depuis un peu plus de six mois n'est pas là pour faire joli. Puis, je rejoins Etienne en cinq enjambées. Je lui glisse un discret "Merci, t'es un amour." Il me répond, amusé: "Oui, je sais." avant de me coller un smack rapide. Là, je crois que Solange peut ramasser sa mâchoire par terre, et recoller les dents qui se sont cassées!

 

 

Presque dix-neuf heures trente. Je suis carrément à la bourre. Mais Etienne ne m'a pas bipé, donc il doit encore être en train de bosser. Je range deux-trois articles qui traînent, attrape mon sac et file par l'escalier jusqu'à l'étage en-dessous. Je fais le tour de son labo et ne le voit nulle part. Alors je reviens vers une des seules âmes qui vivent que j'ai vues, pour l'interroger, tout en subtilité.

 

-Salut Line! Comment tu vas?
-Bien, bien. Tu cherches Etienne je suppose?

 

Bon, pour la subtilité, on repassera: c'est encore un truc dans lequel je dois m'améliorer.

 

-Ouais. Tu sais où il est?
-Il a reçu un coup de fil un peu avant cinq heures et il a filé aussitôt. Il m'a même demandé de m'occuper de ses séquences, m'annonce-t-elle nonchalamment.

 

Ses paroles me font l'effet d'une douche froide. Ok, c'était à demi-mot qu'on avait convenu de s'attendre ce soir pour rentrer ensemble, mais on l'avait convenu quand même! Ca fait la troisième fois qu'il me fait le coup ce mois-ci. Merde à la fin! Et en plus, il refile son boulot à une de ses collègues! Il est sacrément gonflé. Et moi je suis sacrément con.

 

-Tu dois faire quoi avec ses séquences?
-Les purifier et les déposer au séquenceur. Mais j'ai pas encore eu le temps: j'ai des problèmes avec mes cellules.
-T'inquiète, je m'en occupe. Tu sais s'il a hydraté ses puits de Séphadex?
-Oui normalement. Regarde sur sa paillasse, ça devrait y être. Merci.
-De rien. T'as pas à faire son boulot.
-Toi non plus.

 

Je lui adresse un pauvre petit sourire tout en commençant à équilibrer les plaques pour la centrifugeuse. Je suis vraiment trop con.

 

 

 

J'ai entendu la porte de l'immeuble claquer et maintenant j'entends les clefs tourner dans la serrure de la porte d'entrée. Elle s'ouvre, quelques pas, se referme, et il enlève ses chaussures. Il veut se faire discret, probablement pour ne pas me réveiller. Mais manque de pô, je suis debout, enfin allongé dans notre lit. Mais pas endormi. Même s'il est presque trois heures du matin. Même si demain j'ai des TD à donner et que je vais pas assurer. Je m'en fous royalement là. Tout ce que je veux savoir, c'est où il était. Et je veux pas qu'il s'esquive. Qu'il me sorte un de ces petits sourires et me promette qu'on en parle plus tard. Je veux qu'on en parle maintenant. Tout de suite. Il vient de rentrer dans la chambre. Il n'a pas vu, dans le noir qu'il fait, que je ne dormais pas. Je le laisse se déshabiller, n'en profite même pas pour le mater, j'ai pas la tête à ça. Il enfile juste un boxer et se glisse sous la couette. Lentement, il s'approche de moi et passe un bras autour de mon ventre. Et cale sa tête dans mon cou. Comme il le fait tout le temps. Mais là, ça m'énerve. Parce qu'il sent le gel douche et qu'il n'a pas pris sa douche à la maison. Mais autre part. Alors je demande d'une voix enrouée d'avoir trop attendu.

 

-T'étais où?

 

Il se redresse d'un coup, surpris que je sois encore réveillé. Je le devine à ses yeux qui s'écarquille: les miens ont eu le temps de s'habituer au noir, alors je le vois bien, mon homme. D'ailleurs, je ne sais même pas si j'ai encore le droit de mettre le possessif devant homme. Est-ce qu'il est toujours le mien? Ou il va en voir un autre? Malgré nos anneaux?

 

-Je t'ai réveillé? Désolé, dit-il d'une voix un peu stressée, un peu fatiguée aussi.
-Non, je t'attendais.

 

Ah, il se mord la lèvre. Et rien qu'à ça, je sais déjà comment ça va se passer. Mal. Il s'en veut, mais ne va rien m'expliquer. Juste me rassurer avec des mots que je trouve de plus en plus creux. Il m'aime. Plus que tout. Je suis le seul. Tu parles. L'amour implique la confiance, surtout après autant de temps, et là, je n'en vois pas une once. Il me cache des choses, et je n'aime pas ça. J'en ai ras le bol d'être pris pour un con, et pour une fois, j'ai envie que ce soit lui le con. De lui faire mal. Consciemment. Parce qu'il n'arrête pas de m'en faire insidieusement. Alors je prends mon oreiller, lui dit de laisser tomber les prétextes et vais m'installer dans le canapé. Pour la première fois depuis longtemps. Je me demande bien où je dormirai demain.

 

 

J'ai entr'aperçu Etienne au petit déjeuner: je devais déjà partir alors qu'il se levait tout juste. Il avait une sale gueule de déterré. Je sais pas ce qu'il a foutu hier soir, et en fait, je suis plus très sûr de vouloir le savoir. Ensuite, il a essayé de m'appeler quelques fois dans la journée, mais quand je lui ai raccroché au nez pour la troisième fois, il s'est calmé. Désolé, mais chez moi, les explications ne se passent pas au téléphone, et il le sait depuis le temps. Je suis même pas passé au labo: je suis resté à la fac du matin jusqu'au soir, et lorsque je rentre enfin à la maison, me préparant comme jamais à la séance d'explications qu'il me doit, je suis obligé de tourner la clef deux fois dans la serrure. Il n'est pas là. Alors qu'il est presque huit heures du soir, et qu'il devrait être rentré.

 

Je n'ai pas trop le cœur à manger, même si j'ai déjà sauté le déjeuner, alors je file sous la douche. Mais j'ai à peine le courage de me laver correctement. Et aussitôt sorti, je file dans la chambre. Je mets un vieux T-shirt, vestige de ma participation adolescente aux championnats de France de volley-ball, et hésite entre le lit et le canapé. Ma raison me dit de prendre le canapé, pour lui montrer que je suis toujours en colère contre lui, et qu'il ne s'en sortira pas si facilement; mais mon corps me pousse à prendre le lit: trop fatigué, physiquement et moralement, pour supporter la petitesse du canapé. Finalement, c'est mon portable qui décide d'un texto. Alors ce soir, je dormirai dans le lit. Puisqu'il ne rentre pas. Il me l'a dit. Il me l'a écrit. Il dort chez une amie. Il a au moins eu la décence de me prévenir. Qu'il me trompait. Le féminin n'est qu'une excuse. Je le sais. Il est gay, mais il préfère ne pas m'avouer d'un coup d'un seul qu'il en voit un autre. Par texto en plus. Ce serait lâche. Et Etienne est loin d'être lâche. Alors les "E" ajoutés au déterminant et au nom commun ne sont là que pour préparer le terrain. Doucement. Parce qu'il se doute que je vais comprendre. Il me connaît trop bien. Et c'est réciproque. On se connaît trop, en fait, et c'est peut-être de là que vient notre problème.

 

Mais ce soir n'est pas soir à philosopher. Juste envie de dormir. Comme dirait Béarn: métro, boulot, bistro, mégots, dodo, zéro. J'en ai juste loupé deux. Alors ça fait: métro, boulot, dodo, zéro.

 

 

Plus d'une semaine qu'il découche régulièrement, pour ne pas dire tous les soirs. J'en peux plus. J'en ai marre, je jette l'éponge. Impossible de lui parler. Il se dérobe à chaque fois. Impossible d'en savoir plus en douce. Il efface régulièrement les appels sur son portable, qu'il ne laisse d'ailleurs plus traîner. A croire qu'il se méfie. M'enfin, il a bien raison: je me fais l'effet d'une fouine ces derniers jours, à fouiller, retourner ses vêtements, ouvrir son sac, forcer le mot de passe de son ordi. Mais il ne me laisse pas trop le choix j'ai l'impression. Tout comme là d'ailleurs: il vient de rentrer et m'entraîne de force hors de la cuisine où je préparais mon dîner, à défaut de préparer le nôtre, à ne pas savoir s'il allait daigner se montrer ou pas, et à quelle heure. Il m'assoit d'autorité sur la canapé et se met à côté de moi. Dans un souffle, il commence à s'excuser pour toutes les nuits qu'il a passées dehors, de m'avoir probablement foutu la trouille, de m'avoir empêché de dormir par son absence. Mais...


-J'avais pas le choix Nico. Je suis désolé, mais vraiment, j'ai pas eu le choix.

 

 

 

 

Bizarrement, à ce moment-là, la chanson qui passe à la radio me frappe de plein fouet. Un vieux tube, mais que j'aime toujours autant.

 

Je fais des rêves comme si j'avais mille ans
Un jour je peine le lendemain je mens
Et comment fais-tu pour t'endormir sans moi?
Et comment tu fais pour t'endormir sans moi?

 

Indo. Mais la voix de mon homonyme ne me calme plus autant qu'avant. Pas à cet instant précis. Surtout que les paroles résonnent douloureusement en moi. C'est vrai ça: comment il fait pour aller s'endormir autre part que dans notre lit? Dans d'autres bras que les miens?

 

-Pourquoi? Pourquoi t'as pas eu le choix? je demande, même si je connais déjà la réponse.
-Je peux pas t'expliquer, j'ai pas le droit. J'ai promis.

 

Et voilà, ça n'a pas loupé. Je sais bien que pour qu'il me parle ainsi, avec cette douleur au fond des yeux de me cacher aussi effrontément des choses, ce n'est pas un amant qu'il voit. Mais ça fait mal quand même. Et j'ai peur. Pour nous, pour l'avenir. Parce que depuis plus d'une semaine, je ne vis qu'avec des souvenirs.

 

Je revois et nos nuits et nos joies
Je revois notre vie notre toit
Je revois nos ennuis et nos droits
Je revis notre lit s'éteindra

 

Voilà ce que dit l'autre, mon autre comme je l'appelle de temps en temps. Mon autre qui a tout arrêté il y a quelques années. Et l'envie d'en faire autant me démange. Plus de boulot, plus d'amoureux, et surtout plus d'histoire tordue. Le bonheur. Ou plutôt, l'absence de douleur. L'absence de malheur. De craintes. D'espoir. Mais c'est cet espoir là qui m'empêche de tout foutre en l'air. Surtout au bout de si peu de temps. Ce n'est qu'une crise je me dis. Qu'une crise. Et on la traversera à deux, comme on l'a toujours fait. Et on deviendra plus fort. C'est à cet espoir là que je me raccroche désespérément. Corps et âme. Totalement. Et aussi à cet autre espoir: que cela ne va pas durer. Parce que je ne suis pas sûr de tenir le choc. Je ne suis plus aussi résistant qu'avant. Pas en ce moment alors que mes parents avancent d'un pas pour en reculer de trente dès qu'il s'agit de moi. Alors que je dois soutenir mon frère parce que la troisième grossesse de sa femme se passe mal. Alors je lui dis.

 

-Etienne, dis-moi que c'est bientôt fini. S'il te plaît. Et que tu me diras ce qu'il se passe. Je t'en supplie.

 

Je m'accroche comme un désespéré à son T-shirt, la voix cassée, et c'est les yeux pleins de larmes que je le vois se mordre la lèvre.

 

Je reviendrai fou fou mais sauf pour toi
Je reviendrai fou fou mais sauf pour toi

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26 juillet 2010 1 26 /07 /juillet /2010 22:25

Et voilà ce que vous attendez tous! *roulement de tambour* La sequel de Métro, boulot, dodo? =D Oui, oui, vous ne rêvez pas, elle est bien là! En chair et en os, enfin, plutôt en pixels et en couleur sur votre écran! Alors je vous laisse savourer... x)

 

 

 

Mains---1.jpg

 

 

      Il fait une chaleur à crever -normal, me direz-vous, pour un premier juillet- et je n'ai qu'une envie: me mettre en short! Et pourtant, je dois porter un foutu pantalon de costume. Noir, en plus! Je vais finir en nage avant la fin de l'après-midi, moi.
 
Allons, allons, calme-toi Nico, et mets-le, ça en vaut bien le coup. Une jambe, puis l'autre, et on remonte jusqu'à la taille. Tiens? Pourquoi il est trop petit ce con? Je suis passé chez le tailleur y'a même pas deux semaines pour le régler pile à ma taille. Et je peux pas avoir grossi en deux semaines, vu le peu que j'ai mangé. Ah! Je vois, y'a du fil bleu sur les coutures.
 
-Etienne! T'as mon pantalon et j'ai le tien!
 
Et mon chéri, mon amour, celui qui partage ma vie depuis, allez, facile plus de huit ans, se retourne et lève son magnifique visage -oui, c'est un superlatif, et alors? J'ai le droit d'en user et même d'en abuser vu que c'est mon amoureux rien qu'à moi!
 
-Je me disais aussi qu'il était trop grand. Tiens, prends-le.
 
Il l'enlève sous mes yeux avec cette élégance nonchalante qui me fait craquer à chaque fois. Depuis le temps, j'aurais pu m'habituer, mais non. Ca me fait systématiquement le même effet. Et il s'en rend compte.
 
-Putain Nico, c'est pas vrai. Tu sais vraiment pas contrôler tes ardeurs.
-Eh... C'est de ta faute!
 
Je sais, c'est lamentable de rejeter la faute sur lui. Mais bon, c'est vrai aussi que c'est pas de ma faute s'il a un corps de rêve. Ou plutôt un corps que j'adore... donc ouais, au final, c'est peut-être un peu de ma faute aussi. Mais on s'en fout, non?
 
-Mais bien sûr! répliqua-t-il, avec un petit sourire moqueur avant de s'approcher de moi pour me donner mon pantalon.
 
Je lui tends le sien et je vais pour attraper le mien, mais il le retire au dernier moment d'un mouvement vif. A la place, avec son autre main, il m'attire à lui et se colle à moi. Et je crois qu'en fait, je ne suis pas le seul à ne pas savoir contrôler mes ardeurs.
 
La petite remarque que j'ai sur le bout des lèvres y reste sans en sortir puisque presqu'aussitôt il m'embrasse. Pas d'un petit baiser donné à la va-vite. Mais d'un baiser fabuleux, qui laisse entrevoir le paradis sur terre (oui, il s'est sacrément amélioré avec les années, déjà qu'il était plutôt doué à la base). Le genre de baiser qu'on ne peut donner qu'à l'homme qu'on aime. Qu'à l'homme qu'on va épouser dans à peine une heure. Nos langues jouent ensemble quelques instants et avisant l'heure d'un regard sur le réveil de la table de nuit, je me vois obligé de mettre fin à ce merveilleux moment.
 
-Faut qu'on se grouille si on veut pas être en retard, Etienne. En plus, le samedi, avec les embouteillages, il faut compter facile un quart d'heure de plus en bus pour être à la mairie.
-Franchement, pourquoi on doit aller à notre mariage en bus? C'est pas classe.
-Pas classe ou pas, notre voiture est au garage et pour un bon bout de temps, si tu veux mon avis.
-Pourquoi? T'es pas allé les activer un peu avant-hier soir?
-Ils m'ont dit que c'était un vieux modèle et qu'ils avaient pas les pièces de rechange sur place. Faut qu'ils commandent et tout. Je sens que ça va nous coûter un max.
-Dis, tu veux pas tout simplement la mettre à la casse et on en rachète une d'occas'?
-Hum... Pourquoi pas? ... On devrait faire une annonce ce soir au dîner, genre "Merci d'être venus au mariage, et surtout si par hasard, vous connaissez quelqu'un qui revend une voiture, faîtes-nous signe, on est intéressé!", je rigole.
 
Etienne sourit et passe sa main dans mes cheveux, comme à un enfant qui dit que des bêtises mais qui est mignon quand même. C'est vrai que je dis des conneries, mais ça doit être le stress. On ne se marie pas tous les jours, non? Et encore moins à un homme qu'on aime de tout son corps, de tout son cœur? Surtout que ça fait tout juste un peu plus d'un an qu'on a le droit de le faire, légalement j'entends. Avant on avait juste le droit au Pacs, dont on a allègrement profité pendant trois ans. Maintenant, on va se marier, lui et moi, moi et lui, et je suis heureux comme jamais.
 
Allez hop, c'est pas tout ça de déblatérer des imbécilités et de réfléchir à sa vie, mais on a plutôt intérêt à partir genre... maintenant.
 
-T'es prêt Etienne?
-Oui, suffit juste que je prenne les deux fleurs à mettre dans nos vestes, et c'est bon.
-Ok. Tu me feras penser à remercier Théo pour ça, ils sont superbes ses origamis.
 
Parce qu'en fait, Théo, en apprenant qu'on hésitait à décorer nos vestes de costume, de façon tout à fait clichée certes, avec des fleurs, s'est proposé pour nous faire des fleurs en papier. Celle d'Etienne est blanche et bleue, pour s'accorder avec sa chemise rayée de plusieurs bleus, un peu comme ses yeux. La mienne par contre est blanche et rouge, comme mon haut, parce qu'Etienne me trouve super sexy avec cette chemise couleur Grenat, qui est, je le reconnais, beaucoup plus près du corps que mes autres chemises.
 
-Hmm, je lui dirai sinon, si t'oublies. T'as les alliances?
-Non, c'est Yann.
-Pourquoi?
-Parce que j'avais pas le temps d'aller les chercher et donc c'est lui qui y est allé. Et que vu qu'il est beaucoup moins bordélique que moi, je me suis dit qu'il risquait pas de les perdre, alors autant qu'il les garde. Et puis c'est mon témoin aussi, je te rappelle.
-C'est vrai que vu comment tu perds ton portable trois fois par jour, t'as eu raison de les confier à ton frère, c'est plus sûr, dit-il avec un petit sourire.
 
Il vient m'embrasser tendrement puis il me prend la main et m'emmène vers le palier. Au passage, il attrape ses clefs et moi les miennes, et dix minutes plus tard, on est dans le bus, direction la mairie.
 
 
 
      Oulà! Y'a un de ces mondes devant la mairie. J'ai l'impression que ça va être le parcours du combattant pour arriver jusqu'à la salle de mariage, et nous connaissant, on va laisser quelques cadavres sur les bas-côtés. Nan, je déconne! Mais sérieusement, j'aime pas ça. Y'a trop de monde. Moi qui suis un adepte du calme, je crois que c'est foutu. Heureusement qu'on a pas invité trop de monde à notre mariage. Tellement peu d'ailleurs que j'en vois aucun dans la foule amassée sur le parvis. Ou alors ils sont déjà à l'intérieur.
 
-Nico? Ca va? T'as pas l'air bien.
 
Et voilà qu'Etienne s'inquiète, je le vois bien. Surtout qu'il sait que j'aime pas trop les foules compactes et que je supporte pas la chaleur. Et puis aussi, il y a ce petit truc dans les yeux. Cette petite lueur de doute particulière que je connais très bien, pour l'avoir vue régulièrement depuis six mois. Je me souviens encore de la première fois où je l'ai vue.
 
Un moment unique, le premier janvier de cette année. La veille, on était allé fêter la nouvelle année avec pas mal de copains dans une boîte du Marais. Ils n'avaient pas lésiné sur la décoration, ni sur l'animation. Toute la salle était rouge-argenté, et il y avait des paillettes partout. Jusque sur les verres et dans les boissons. Je me souviens qu'au premier verre, je me suis demandé si c'était comestible, et puis pris dans l'ambiance, j'ai pas réfléchi et j'ai bu comme les autres. Ca devait l'être puisqu'aucun de nous n'a été malade après coup. A part d'avoir trop bu.
 
Bref, des paillettes partout, sur les verres, sur le bar, sur les tables, sur le sol, et surtout, surtout sur les corps magnifiques des gogo danseurs. Ouais, la boîte avait loué les services d'une petite dizaine de danseurs pour la soirée du nouvel an. Et je dois dire qu'ils avaient bien fait. On a été plusieurs à se régaler les yeux devant eux, Etienne et moi compris. Etonnamment, même si Etienne est plutôt du genre jaloux (bon, moi aussi, il faut bien le dire), il n'a rien dit ce soir-là (et moi non plus). Peut-être parce qu'on était tous les deux ensemble, que ce n'était qu'un plaisir des yeux, et qu'on savait tous les deux qu'on était trop dingues l'un de l'autre pour finir la soirée avec quelqu'un d'autre. On a fini la soirée chez Axel, un ami d'Etienne, en petit comité, à se remémorer l'année passée.
 
On est rentré chez nous au petit matin, en métro, pas trop bourrés mais complètement out, alors on est allé se coucher direct. On a tout juste eu la force de se déshabiller. J'ai pioncé jusque vers huit heures du soir, et je me suis réveillé avec une délicieuse odeur de croissants, de pains au chocolat, et de thé des Moines. Etienne s'était réveillé plus tôt que moi et avait réussi à trouver une boulangerie ouverte en ce premier janvier. On a fait petit déjeuner au lit, alors que la nuit était déjà tombée. Quand j'y repense, c'était bien comique, mais à l'époque, j'ai trouvé ça charmant.
 
Sur le plateau, il y avait aussi deux enveloppes, une pour Etienne, de ma main, et une pour moi, de la part d'Etienne. C'étaient nos résolutions pour l'année à venir. L'autre devait les lire et nous aider à respecter nos engagements. On avait pris cette habitude à notre deuxième nouvel an ensemble, je crois, après qu'on ait failli se séparer à cause d'une incompréhension mutuelle. On avait alors décidé de se parler plus, et cette idée de mettre nos résolutions du nouvel an par écrit et de demander à l'autre de veiller à ce qu'on les respecte, c'était un moyen assez drôle de mettre cette décision en application. Depuis, on a gardé l'habitude, parce qu'on aime bien, et que ça marche aussi un petit peu.
 
Donc ce jour-là, c'est Etienne qui le premier a ouvert son enveloppe. Je me souviens que j'avais d'abord mis des trucs assez banals: préparer mes cours en avance, ne pas mettre une chaussette d'une paire, et une autre d'une autre paire, aller chez le coiffeur au moins une fois l'an. Et aussi quelques petites choses un peu plus sérieuses, comme réussir à publier plus d'articles, dans de meilleurs journaux, ou me réconcilier avec mes parents. Et bien sûr, des petites attentions pour lui: lui préparer un petit déjeuner au lit le dimanche au moins une semaine sur deux, arrêter de l'engueuler quand je suis de mauvaise humeur, ou l'embrasser plus souvent (oui, il se plaignait que je ne l'embrassais pas assez, allez savoir pourquoi). Il a fait quelques petits commentaires, et on a bien rigolé.
 
Ensuite, ça a été mon tour d'ouvrir mon enveloppe. Bizarrement, il avait écrit chacune de ses résolutions sur une carte différente, et il n'y en avait pas beaucoup, au vu de la grosseur du paquet que je tenais entre les mains. Sa première résolution, c'était de faire plus d'efforts en cuisine (avec les années, il avait un peu abandonné les fourneaux, à mon plus grand regret parce qu'il cuisine très bien). La deuxième était aussi de préparer ses TD en avance, la troisième de prendre plus souvent des initiatives dans notre couple (là, j'ai approuvé avec force devant son petit sourire timide) et la quatrième de réussir à dire non à son frère quand il nous demandait de garder son petit garçon qui venait de naître (on avait annulé plusieurs de nos soirées à deux et passé des nuits blanches à cause de ce môme criard). Et quand j'ai lu le cinquième et dernier carton, les larmes sont venues toutes seules.
 
C'est à ce moment-là que j'ai vu pour la première ce regard, avec ce doute si particulier. Il sait déjà ce que je pense, il sait déjà ce que je vais dire, mais il ne peut s'empêcher de douter. Parce que c'est tellement important pour lui qu'il se sent incertain, quoi que je fasse. Et c'est aussi à ce moment-là que j'ai décidé de mettre immédiatement en pratique une de mes résolutions, donc je l'ai embrassé, d'un baiser tendre, chaste, plein d'amour. Parce que c'était la seule chose que je pouvais faire après avoir lu sa dernière résolution: "Me marier avec toi". Juste après ce baiser, j'ai dit oui, il a un peu pleuré, relâchant son stress par ses larmes, on a déposé le plateau du petit déjeuner par terre, et on a fait l'amour. On s'est aimé comme jamais, atteignant un état d'extase rare.
 
Alors forcément, face à tout ça, face à tout l'amour qu'il me porte, toute la tendresse dont il peut faire preuve avec moi, face à lui tout simplement, cette foule et cette chaleur ne sont rien, rien du tout. Donc...
 
-Oui, je vais bien, ne t'en fais pas, je le rassure d'un sourire.
-Tant mieux. Allez, on y va?
 
Il me tend la main et je la prends. On traverse la foule en jouant un peu beaucoup des coudes, comme dans un concert, mais en moins violent. On arrive enfin, toujours main dans la main, au bas des quelques marches qui mène à la porte d'entrée. On les grimpe rapidement, et une fois passée la porte, on se retrouve face à un énorme escalier, majestueux de par sa taille et sa couleur de marbre beige et son tapis rouge sang au centre, maintenu par des barres dorées. Un style ancien, qu'on peut trouver kitsch, mais là, je suis totalement sous le charme. Je m'imagine déjà le descendre lentement, au bras d'Etienne, après la cérémonie.
 
Lui, par contre, n'a pas l'air d'avoir la tête dans les nuages vu qu'il me tire un peu pour me signifier que la salle de mariage est au second étage. Et qu'il nous reste moins deux minutes pour y être. On grimpe les marches deux par deux et on est rapidement dans le couloir qu'il faut. Par contre, la salle, ça c'est une autre affaire. Toutes les portes se ressemblent. Et y'a pas grand chose de marqué dessus. Je crois qu'il va falloir toutes les faire. A moins que... Etienne vient de sortir son portable: apparemment, y'a quelqu'un qui l'appelle. Et ce quelqu'un a l'air furieux, mais Etienne répond avec calme tout en expliquant à son interlocuteur notre situation.
 
-On est dans le couloir, on sait pas quelle porte c'est. Et c'est juste que y'a eu des embouteillages et que ça a pris beaucoup plus de temps que prévu avec le bus.
 
Il raccroche et me dit dans un petit rire.
 
-Je viens de me faire engueuler par ton frère, parce que "Non mais c'est vraiment pas possible d'être en retard à son propre mariage. Qu'est-ce que vous avez dans le crâne mon frère et toi? Des petits pois?!"
 
Je rigole face à l'imitation et je lui colle un petit bisou au coin des lèvres. Puis je lui glisse à l'oreille que je ferai payer à mon frère de s'en être pris à mon futur mari. Il n'a pas le temps de répondre que j'entends la voix de Yann à quelques mètres de nous.
 
-C'est ça Etienne, moque-toi de moi! Parce que sans moi, vous trouviez pas la salle, lance-t-il, crâneur.
-Mais bien sûr! On aurait ouvert chaque salle et on aurait fini par tomber sur la bonne, hein Nico?
-Exactement! Bon, c'est pas tout ça, on y va? Ca serait con qu'on soit vraiment en retard alors qu'on est juste à côté.
-Tout juste! m'approuve Etienne.
 
Il m'attrape la main et on se dirige tous les deux vers Yann pour qu'il nous indique quelle porte c'est. Mais il n'ouvre pas la bouche et à la place, il pose une main sur mon épaule et me regarde droit dans les yeux.
 
-Nico, Papa et Maman ont répondu à la carte d'invitation que tu leur avais envoyé. Ils sont là, au dernier rang.
 
Oh putain! Si je m'y attendais! Ca fait des années que j'ai coupé les ponts avec eux. Depuis que je leur avais dit que j'étais homosexuel et que je sortais avec Etienne, en fait. J'avais bien tenté de renouer contact de temps en temps, mais vu les vents violents que je me prenais à chaque fois, j'avais renoncé.
 
Ma résolution du nouvel an m'avait donné une nouvelle envie de réparer les pots cassés entre nous, mais le fait de m'être fait copieusement insulté par téléphone pour avoir osé envoyer une carte d'anniversaire et un petit cadeau par la poste à ma mère pour ses 65 ans, ça m'avait un peu beaucoup refroidi. Et le carton d'invitation, c'est Etienne qui le leur a envoyé en douce. Il me l'a dit juste après être l'avoir mise dans une boîte aux lettres.
 
Oula! J'ai l'impression que ça tourne. Je me sens pas super bien. Tiens, je crois que y'a Etienne qui vient de me prendre dans ses bras. Heureusement, parce que je suis pas sûr que mes jambes puissent vraiment me porter.
 
-Yann, va leur dire que Nico ne se sent pas très bien à cause de la chaleur et qu'on arrive dans cinq minutes. Et ce n'est pas la peine qu'ils viennent. Juste Théo et Robin, et qu'ils ramènent de l'eau et du sucre. Ou quelque chose de sucré.
 
Ah! J'adore mon homme quand il prend les choses en main comme ça. Il dirige tout, donne des ordres à tout le monde -bon, là y'a que Yann, mais je parle d'expérience-, et en plus, il fait les choses bien.
 
-Allez viens Nico, on va s'asseoir un peu. T'es tout pâle.
 
Il m'oblige tout doucement à m'asseoir sur le tapis et m'ouvre un peu la cravate et la chemise, pour que je puisse mieux respirer.
 
-Ca va? T'es tout pâle.
 
Je hoche la tête, un peu incertain quand même, et il passe une main douce sur ma joue.
 
-C'est parce que tes parents sont là? Je suis désolé, j'aurais pas dû les inviter.
-Non, non... T'as bien fait. C'est juste que ça m'a... disons surpris qu'ils soient là. T'y rajoutes le stress, la chaleur, et ça te donne moi en ce moment, j'essaie de plaisanter.
 
Mais je sens que ça tombe lamentablement à l'eau. Heureusement, Robin, mon meilleur ami, et Théo, mon futur beau-frère, arrivent pour faire diversion. L'un a une bouteille d'eau d'un litre cinq avec lui, l'autre des petits bonbons de tous les goûts, et chacun me tend ce qu'il a.
 
-Depuis quand tu te balades avec des bonbons sur toi Théo? fait, un peu incrédule, mon amoureux.
-Depuis que je les ai piqués à l'accueil de la mairie, lui répond son frère avec un grand sourire.
 
J'en avale quelques-uns, sous leurs yeux attentifs, je m'étouffe un peu en buvant de l'eau. Et puis Etienne renvoie les deux autres dans la salle. Quand on est de nouveau seuls, il me rassure sur son amour, et me dit que si mes parents se sont déplacés de leur retraite de la Côte d'Azur pour venir à mon mariage, ce n'est certainement pas pour le gâcher. Parce qu'il leur aurait suffi d'un coup de fil pour le faire. S'ils sont là, c'est sûrement parce qu'ils ne veulent pas rater le plus beau jour de la vie de leur fils cadet, et que s'ils sont au dernier rang, c'est qu'ils ne se sentent peut-être pas le droit d'être au premier, après avoir déserté ma vie pendant si longtemps.
 
J'essaie de le croire, je me raccroche à ses paroles et grâce à ça, je réussis à me relever. On entremêle nos mains, avançant vers la fameuse porte. Juste avant de la pousser, il me dépose un dernier baiser près de l'oreille et me glisse une nouvelle fois qu'il m'aime. Je lui souris et je lui dis que moi aussi, je l'aime. Puis on entre.
 
Je vois toutes ces personnes assises sur des bancs qui d'un coup se retournent vers nous. J'ai l'impression de pas être à ma place et je n'ai qu'une seule envie: me retourner et rentrer directement à la maison, parce que c'est encore pire que de se retrouver face à un amphi de six cents personnes. Mais Etienne, qui a dû sentir mes légers tremblements, resserre ses doigts sur ma main. Il a le regard fixé sur l'adjoint au maire qui va officier la cérémonie.
 
Alors je décide de l'imiter et on se dirige vers lui d'un même pas. Celui-ci me demande si je vais mieux, et je lui murmure un petit oui. Parce que là, je me sens juste au bord de la syncope, et que ce n'est que la main d'Etienne qui me maintient dans le monde réel. Mais apparemment, ça lui suffit comme réponse, puisqu'il commence à faire tout son petit discours sur les engagements qu'on prend l'un envers l'autre lorsqu'on se marie. J'écoute que dalle, ça m'intéresse pas des masses: c'est pas un contrat de mariage qui va dicter ma vie de couple. Etienne, lui, est concentré et boit limite les paroles de l'adjoint. Et je me plais à l'admirer, partant dans mon petit monde où l'on est que tous les deux. Je ne remets pieds sur terre que lorsque j'entends.
 
-Monsieur Etienne Barriel, voulez-vous prendre pour époux Monsieur Nicolas Adrien Austier ici présent?
-Oui.
-Et vous, Monsieur Nicolas Adrien Austier, voulez-vous prendre pour époux Monsieur Etienne Barriel ici présent?
-Oui.
-Au nom de la loi et par les pouvoirs qui me sont conférés, je vous déclare unis par les liens du mariage.
 
Yann apporte les alliances, on se les enfile mutuellement, puis on s'embrasse sous les applaudissements de la salle. Ensuite, on signe le registre tendu par le maire adjoint, qui en profite pour nous féliciter, et il nous donne notre livret de famille. Tout ça se passe comme dans un rêve. Je suis pas très sûr que c'est moi qui viens de vivre ce mariage. Jusqu'au moment où Etienne m'embrasse langoureusement à la sortie de la mairie et me murmure en me regardant dans les yeux: "Félicitations, Monsieur Austier-Barriel".

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