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6 avril 2009 1 06 /04 /avril /2009 17:30
Voili voilou! Une nouvelle suite de Crampons et autres fantaisies hippiques!

Je préviens tout de suite: j'ai commencé à publier cette fic sur un forum également, sous le même pseudo (à peu près). Donc il n'y a pas plagiat. D'ailleurs, cette suite a été publiée d'abord sur le forum en question, et maintenant ici. Ca sera d'ailleurs le cas pour le reste des suites je pense, car je publier par plus petits bouts sur le forum.

Sinon, je vous souhaite de passer une bonne soirée en compagnie de Mikaël, Peter, My et Sonia! Et bien sûr, une bonne lecture! (en espérant quelques commentaires, pour savoir ce que vous en pensez ^^)


Au passage, vous remarquerez que j'ai fait quelques changements dans la présentation du blog, etc. Ca va probablement évoluer au fil des mois selon mes envies et mes goûts du moment. Et aussi, j'ai mis une page "Résumés", pour ceux qui veulent un aperçu du contenu de mes écrits; ainsi qu'une page FAQ. Je vous laisse découvrir par vous-mêmes. ^^







     L'apéritif avait été plutôt houleux, chacun restant campé sur ses positions. Sonia avait persisté dans son opinion que l'équitation n'était pas un sport, et avait à peine écouté les arguments posés et construits de My. Mikaël menaçait d'imploser de rage à tout moment, et la transformation de la soirée en combat de catch avait miraculeusement été évitée grâce à Peter. En effet, celui-ci était intervenu à plusieurs reprises et avait dû user de son autorité face à Sonia et Mikaël qui n'en démordaient pas. La discussion avait donc été close sans que l'avantage n'ait été donné à aucun des deux partis. Le reste du repas se déroula alors dans une ambiance plus détendue, la cuisine de Peter y aidant pour beaucoup. En effet, les plats étaient délicieux et après quelques félicitations sincères de la part des invités, les conversations démarrèrent enfin. Peter engagea la discussion avec My et lui posa toutes sortes de questions à propos de la Suède, pays d'origine de la jeune femme. Cette dernière y répondait avec enthousiasme, ce qui ne présageait rien de bon pour le compte en banque de l'inspecteur. Elle avait en effet réussi à donner envie à Peter d'aller faire un tour dans ce pays nordique, et plus particulièrement dans sa capitale. Quant à Mikaël et Sonia, ils avaient entamé un débat sur la politique américaine et continuaient ainsi à se disputer, à cause de leurs opinions relativement opposées. Mais cela se passait de façon beaucoup moins violente qu'en début de soirée, et ils en venaient peu à peu à s'apprécier l'un l'autre.

Après avoir avalé le dessert, un délicieux mélange de sorbets aux fruits rouges, et discuté quelques minutes, Peter déclara qu'il allait fumer une cigarette dans le jardin. Il invita Mikaël à le suivre, et celui-ci faillit refuser, ne fumant pas et ne voulant pas s'encrasser les poumons par tabagisme passif. Mais au moment où il ouvrit sa bouche, il se rappela soudainement de la raison de ce dîner, et accepta donc avec entrain de suivre Peter à l'extérieur. Une fois dehors, il laissa l'inspecteur fumer sa cigarette tranquille. Par expérience, il savait que certains fumeurs n'aimaient pas être dérangés lors de ce moment, le manque les rendant agressifs. Cependant, lorsqu'il sortit une deuxième cigarette de son paquet, il lui lança un regard circonspect et Peter le remarqua.

-T'en veux une? demanda-t-il en tendant le paquet.
-Non merci, je ne fume pas.
-Ah, c'est vrai… Un sportif doit faire attention à sa santé…
-Oui, mais c'est pas uniquement ça. C'est juste que j'ai pas envie de mourir à 50 ans d'un cancer des poumons ou d'un accident cardio-vasculaire à cause de cette saloperie. D'ailleurs tu devrais faire attention toi aussi. En plus, il paraît que ça réduit la fertilité, et je parie que Sonia doit vouloir des enfants, dit Mikaël en rigolant légèrement.
-Sonia oui, moi… répondit alors Peter évasivement.
-Vous êtes pas d'accord sur ce sujet-là? questionna le cavalier d'une voix douce.
-On est pas d'accord sur pleins de choses… soupira-t-il.

Un silence s'installa entre les deux hommes. Mikaël attendait que Peter veuille bien se confier: il sentait que celui-ci en avait besoin, et avec les années, il avait appris à être une oreille attentive aux confidences de ses amis, leurs problèmes éclipsant un instant les siens. Quant à Peter, son esprit vagabondait parmi quelques souvenirs de sa vie pendant ces six dernières années, des souvenirs de sa vie de couple. Il pensait que tout allait bien entre eux, que c'était comme cela que ça se passait dans tous les couples, alors il ne ressentait pas le besoin particulier d'en parler. Toutes ces petites disputes, toutes ces fois où il avait tu son opinion, toutes ces fois où il s'était ruiné pour un bijou, tous ces petits riens qu'il avait faits pour la rendre heureuse sans qu'il n'ait rien eu en retour à part de temps en temps quelques reproches, c'était normal. C'était ainsi que cela devait se passer, parce que les femmes sont des êtres capricieux et égoïstes. Il ne pouvait donc pas s'en plaindre. Pourtant, chaque jour il se demandait pourquoi il avait le cœur si lourd, pourquoi il n'arrivait plus à ressentir tous ces sentiments qu'il avait à l'adolescence. Et pourquoi, depuis qu'il avait rencontré Mikaël, il ressentait tout cela encore plus nettement. Peut-être était-ce parce que le jeune homme semblait vivre comme il l'entendait… tout le contraire de lui.

-Tu veux en parler? finit par dire Mikaël, voyant que Peter ne se lancerait pas de lui-même.

La voix du cavalier, pourtant douce, fit sursauter l'inspecteur, perdu dans ses pensées. Il lui jeta un coup d'œil, puis contempla le ciel bleu nuit et les quelques étoiles visibles.

-Non, pas vraiment, répondit-il faiblement. Je suppose que c'est la même chose pour tout le monde, alors c'est pas la peine d'en faire tout un fromage… Ca doit être moi qui… M'enfin, c'est pas pour parler de ça qu'on est là! reprit-il d'une voix plus forte. Tu voulais me poser des questions sur l'enquête, alors je t'en prie!

Pris au dépourvu, Mikaël dit la première chose qui lui passa par la tête.

-Bah raconte-moi tout, du début jusqu'à aujourd'hui.
-Oulà! Ca risque de prendre longtemps ça tu sais. Ca te va si je te fais un résumé très très court?
-Du moment qu'il y a l'essentiel et que je comprends, ça me va, sourit Mikaël.

Peter lui sourit en retour et réfléchit quelques instants à comment commencer son récit.

-Si je me souviens bien, la première fois qu'on s'est vu, c'était mi-mars.
-Oui, c'est ça. Tu m'avais bousillé mon parcours.
-Désolé, s'excusa Peter de nouveau.
-Bah, je t'en veux pas… Ou plutôt je t'en veux plus. C'était un des premiers concours de la saison, y'avait pas une somme énorme à gagner. Et Will m'a beaucoup aidé par la suite. Bon je ne roule toujours pas sur l'or, mais j'ai au moins évité les huissiers et commencé à rembourser la banque. Et puis ça a aussi été un prétexte à un séjour en Allemagne, où je voulais aller depuis longtemps. Et en plus j'ai gagné un peu d'argent là-bas! Alors tu vois, finalement, c'était peut-être pas plus mal que je foire ce concours, conclut-il avec un sourire presque reconnaissant.
-Tant mieux! soupira Peter, comme si on venait de lui enlever un poids de la conscience. Je t'avoue que ça m'a pas mal turlupiné cette histoire.
-T'en fais pas, va! Ca va mieux… Et maintenant, continue sur l'enquête, l'encouragea Mikaël.
-Ok. Alors je disais: on s'est rencontré mi-mars. A ce moment-là, ça faisait un peu plus de deux semaines qu'on avait démantelé un gros réseau de drogue sur la côté Est. On a attrapé quelques gros dealers, mais on a pas réussi à faire tomber les vrais chefs. M'enfin, on a quand même eu la liste de pas mal de leurs clients… réguliers dirons-nous. Et parmi ceux-là, il y avait quelques personnes du monde hippique: un ou deux entraîneurs, un proprio qui a des chevaux qui marchent bien, et deux anciens champions si je me souviens bien. Bref, on a trouvé que ça faisait un peu trop pour que ce ne soit qu'une simple coïncidence. Donc on a commencé à enquêter là-dessus. Mais ça a filtré très vite à l'extérieur, la rumeur de dopage s'est répandue comme une traînée de poudre, et tu connais la suite.
-Les journaux s'en sont emparés, continua le cavalier, et la fédé a voulu régler le problème au plus vite. Pour pas que ça porte trop atteinte à l'image de l'équitation etc etc. Et elle a mis en œuvre de gros moyens financiers pour que vous résolviez l'affaire.
-Oui, c'est ça… Le seul problème c'est que ça n'avance pas aussi vite qu'on l'aurait voulu…

Peter soupira alors bruyamment et passa sa main gauche dans les cheveux, las. De sa main droite, il porta la cigarette à ses lèvres et en tira une dernière bouffée. Puis il l'écrasa au sol en maugréant qu'il avait encore gâché une cigarette: elle s'était consumée toute seule pendant qu'il réfléchissait.

-Ca avance rarement aussi vite qu'on le voudrait Peter. C'est comme ça la vie, on doit faire avec, dit Mikaël d'un ton apaisant, le regard vague.
-Peut-être… mais là, ça piétine carrément. Et plus ça piétine, plus on a de pression sur le dos… Et certains finissent par craquer, alors qu'on a tout juste deux mois d'enquête derrière nous.

Il fit une pause pour sortir pour sortir une nouvelle cigarette du paquet, puis se ravisa en voyant le regard noir de Mikaël.

-Et…
-Et d'habitude, ce genre d'enquête dure plusieurs années. Alors ça promet pour la suite.
-Ah… d'accord. Et pourquoi elle piétine l'enquête?
-Parce qu'on a aucun résultat concluant! Toutes les analyses qu'on a faites faire ne mènent à rien! Pareil pour les perquisitions! On en devient complètement dingues au bureau! s'exclama Peter.

Il commençait à s'énerver, à faire les cent pas devant Mikaël et à agiter les bras dans tous les sens. Il élevait de plus en plus la voix, jurant contre ces "foutus tests à la con qui sont même pas capables d'être en accord avec les perf des sportifs" et contre "ses chefs qui comprennent rien à la vie", et contre tout un tas d'autres choses que Mikaël renonça à comprendre. Mais il avait saisi l'essentiel de ce qu'il voulait savoir au milieu des récriminations de l'inspecteur, et sa curiosité était maintenant satisfaite. Lorsqu'au bout de dix minutes, une fenêtre s'alluma à la maison voisine, avec apparemment une vieille dame qui regardait vers le bout de jardin où ils se tenaient, le plus jeune se décida à intervenir.

-Peter, c'est bon? Tu t'es bien défoulé? Tu peux te calmer maintenant?
-Non! Je suis pas calme du tout! Et je vais te dire pourquoi!

Peter repartit alors dans de longues explications embrouillées sur le déroulement de l'enquête, et sur les trafics de drogues, et Mikaël soupira, se passant une main sur le visage.

-Et c'est reparti pour un tour…

Il s'approcha rapidement de son ami et entreprit de le faire taire de la manière la plus vulgaire qu'il soit.

-Pete! Ta gueule! cria-t-il.

Surpris, celui-ci resta coi, la bouche ouverte, et Mikaël en profita pour l'attraper par le col de la chemise et le ramener dans le salon, avant qu'il ne décide de recommencer.


     Les garçons venaient de quitter le salon pour aller fumer dehors, et My se demandait de quoi elle allait bien pouvoir parler avec Sonia. Peut-être de la Suède, comme avec Peter. Ou alors peut-être de politique. Elle avait entendu la conversation de la jeune femme avec son meilleur ami lors du repas, et celle-ci était restée très courtoise. Ce n'était donc pas un sujet à risque, comme l'équitation. La jeune suédoise se torturait encore les neurones à la recherche d'un sujet de conversation quand Sonia revint de la cuisine, où elle avait fait un peu de rangement. Elle s'assit dans le canapé, non loin de My, et tourna légèrement le buste pour être le plus en face possible de son interlocutrice. Puis elle entama sans détour la conversation, d'un ton se voulant assuré.

-My, puis-je te poser une question délicate? Et peut-être indiscrète…
-Bien sûr, mais je me réserve le droit de répondre ou pas alors, dit My en rigolant un peu pour ne pas tendre l'atmosphère dès le début.
-On voit tout de suite que tu as l'habitude des interviews, répondit Sonia sur le même ton.

Elle hésita un court moment avant de continuer, mais d'un ton légèrement moins assuré.

-Est-ce que tu peux me promettre de garder le silence quant à ce que je vais te dire? C'est très personnel et j'aimerai que personne ne soit au courant, pas même Peter.
-Je suis connue pour ma discrétion parmi mes amis, si cela peut te rassurer.
-Tant mieux…
-Alors, qu'est-ce que tu voulais me demander? reprit My après un moment de silence.
-Ah oui, excuse-moi, je réfléchissais… Alors voilà: que penses-tu de l'homosexualité?

La question surprit tellement la cavalière que celle-ci resta silencieuse pendant de longues secondes, la bouche entrouverte, ne sachant pas quoi répondre. L'homosexualité était bien le dernier sujet qu'elle pensait aborder avec Sonia, qu'elle croyait plutôt intolérante.

-Alors? la pressa Sonia, inquiète.
-Ah désolée, tu m'as prise de court là j'avoue. Bah, à vrai dire, j'en pense rien du tout.
-Comment ça?
-Ca ne me gêne pas du tout. D'ailleurs je vois pas pourquoi ça me gênerait: c'est quelque chose de normal. Ceux qui disent que c'est une aberration de la nature sont complètement débiles, et ont besoin qu'on leur ouvre l'esprit. En fait, moi ce qui me gêne le plus, c'est l'exhibitionnisme. Les gens qui s'embrassent à n'en plus finir au milieu du trottoir… Franchement, y'a des baffes qui se perdent moi je dis! conclut My en rigolant franchement cette fois-ci.
-C'est pas faux, confirma Sonia avec un sourire, qu'elle perdit aussitôt. Et tu ferais comment pour ouvrir les esprits des imbéciles qui pensent que l'homosexualité est une aberration de la nature?
-… Et si tu m'expliquais clairement la situation, ça me permettrait peut-être de mieux t'aider.

Sonia tressaillit à l'entente de cette phrase, qu'elle avait souhaité ne jamais voir apparaître dans la conversation. Le sujet qu'elle venait d'aborder avec cette jeune femme quasi inconnue était un secret qu'elle gardait habituellement au plus profond d'elle-même, évitant ainsi d'y penser. Car il s'agissait de sa plus grande honte. Alors l'exposer de cette manière à des yeux impudiques, elle hésitait. Et plus elle hésitait, plus sa détermination à avoir enfin un conseil extérieur à toute cette affaire flanchait. Elle tortilla pendant quelques secondes ses mains sur ses genoux, replaça une mèche de cheveux derrière son oreille droite, et déclara, le regard fuyant.

-Je crois qu'il vaut mieux que tu oublies ce que je viens de te dire.
-Je ne crois pas, non, répliqua aussitôt My avec fermeté, habituée qu'elle était grâce à l'esprit girouette de Mikaël.

Sonia ouvrit grand ses yeux et les fixa sur son invitée, choquée par son initiative et son assurance. Certes, elle avait elle-même provoqué cette situation, et elle le regrettait amèrement. Mais un invité digne de ce nom ne devait-il pas se conformer aux désirs de la maîtresse des lieux, notamment en ce qui concernait l'orientation des conversations? Confortée par cette règle de courtoisie que sa mère lui avait souvent répétée, elle reprit la parole avec bien plus de fermeté que son interlocutrice.

-Je crois que si. Cette conversation va s'arrêter là.

Etonnée par ce regain de puissance, My faillit se laisser déstabiliser, avant de se souvenir que c'était probablement dû à l'avantage du terrain. Sonia était chez elle, et donc parfaitement à l'aise, contrairement à My, qui se sentait guindée dans ce salon qui respirait l'atmosphère puritaine propre à certaines familles américaines.

-Bien. Dans ce cas, je ne peux pas m'opposer à la décision de la maîtresse de maison, concéda My d'un ton mielleux. Parlons donc d'autre chose veux-tu.
-Tout à fait.

La face réjouie et la lueur de victoire brillant dans les yeux de Sonia irritèrent la jeune femme, qui avait plutôt l'habitude de diriger les conversations, sauf avec des proches. Elle décida donc de reprendre les rênes de cette joute verbale, et de démontrer à son hôtesse que les cavaliers n'étaient pas uniquement des bourreaux d'animaux.

-Alors suis-je indiscrète si je demande à en savoir un peu plus sur toi et Peter? Parce que j'avoue que Mikaël a été
très secret sur ce point là. Il préfère toujours qu'on se fasse soi-même une idée des gens.

My s'engageait sur un terrain dangereux, elle le savait. Pourtant, c'était plus fort qu'elle même: elle avait envie de savoir. L'ambiance amicale lors du repas, la maison, et même le couple, tout ceci paraissait trop beau pour être vrai. La seule tache qui venait éclaircir ce tableau trop parfait, trop conforme, était Mikaël. Il n'avait pas sa place ici, et elle non plus par la même occasion. Cependant, il était impossible qu'il soit la seule tache. En grattant un peu la peinture de surface, elle était presque sûre d'en trouver d'autres, plein d'autres. Alors peut-être qu'à ce moment là, Mikaël serait en accord avec le reste du tableau, enfin à la place qu'il cherchait depuis des années.

-Je comprends, dit Sonia, l'interrompant dans ses pensées. Il m'a l'air d'être un jeune homme remarquable, intelligent et épanoui.
-Effectivement, c'est grâce à l'équitation qu'il est ce qu'il est aujourd'hui, confirma My, lançant par la même occasion une petite pique. Mais dis-moi plutôt comment tu as rencontré Peter, continua-t-elle, son sourire cachant à moitié ses intentions.

Toutefois, cela n'alerta pas Sonia. Celle-ci abaissait très facilement ses défenses dès lors qu'il s'agissait de parler de sa relation avec Peter. Elle éprouvait tellement de plaisir à exposer son bonheur, qu'elle ne pensait pas un seul instant que les personnes en face d'elle pussent le ressentir différemment. Ou qu'elles pussent avoir des desseins différents de celui de se réjouir pour elle.

-En fait, nos parents sont des amis de longue date. Nos pères se sont rencontrés à l'université, ils se sont mariés, et de fil en aiguille, nos mères en sont venues à s'apprécier mutuellement, et à devenir de très bonnes amies. Depuis cette époque, ils ne se sont jamais quittés pour ainsi dire. Je me souviens que quand nous étions petits, Peter et moi les appelions la bande des quatre. Parce que nous pensions qu'ils étaient invincibles, et que leur amitié était indestructible… Ah! Excusez-moi, je dis des inepties, se reprit-elle, plus que gênée d'avoir dévoilée des souvenirs d'enfance. Donc, nos parents sont de très bons amis, et grâce à cela, Peter et moi, nous nous voyions souvent quand nous étions enfants. On jouait tout le temps ensemble, surtout que nos maisons étaient situées dans la même rue. Il nous suffisait de traverser la chaussée, et de marcher une cinquantaine de mètres pour être chez l'un ou chez l'autre. A l'époque, on était les meilleurs amis du monde, et je peux dire, sans vouloir paraître prétentieuse, que nous avons grandi dans la chaleur l'un de l'autre.
-Comme un frère et une sœur? questionna My.
-Oui, je crois qu'on peut dire ça. A vrai dire, je ne me suis jamais très bien entendu avec mon petit frère, et Peter est enfant unique, donc les relations fraternels, on ne connaît pas vraiment. Mais je suppose que notre relation pouvait être qualifiée de fraternel: nous ne pouvions pas nous passer l'un de l'autre.

My voulut dire quelque chose, une banalité sur les relations frère-sœur, une remarque de circonstance, mais elle n'en eut pas le temps. Emportée qu'elle était dans son récit, Sonia le continuait déjà, sans prêter la moindre attention aux réactions de son interlocutrice. Cela aurait pu lui porter préjudice en vexant My, mais cette dernière ne s'en offensa nullement. Bien au contraire. Cet enthousiasme la servait plus qu'autre chose: Sonia en venait à oublier sa présence, et pouvait ainsi peut-être confier certaines choses qui pourraient être utiles à Mikaël. My sursauta imperceptiblement à cette pensée: pourquoi avait-elle pensé que cela pourrait être utile à Mikaël? Elle avait sentie que l'inspecteur et lui étaient devenus amis particulièrement vite, surtout si l'on considérait la personnalité de Mikaël. Mais c'était tout. Ou alors peut-être qu'il y avait autre chose entre ces deux là, chose qu'elle avait perçue inconsciemment. Mais Mikaël n'était pas gay, du moins pas à sa connaissance. Il n'avait jamais fait l'amour à un homme, juste à des femmes, d'innombrables femmes. Néanmoins, maintenant qu'elle y réfléchissait, était-il possible pour un homme de passer presque tout son temps avec une femme pendant plusieurs années, sans qu'il y ait une once de sexe entre eux? C'était impossible pour un hétéro de tenir dans cette situation. Pourtant, Mikaël l'avait fait pendant presque dix ans avec elle: jamais un geste déplacé, jamais une proposition, même lorsqu'ils étaient tous deux célibataires. Juste de l'amitié pure et franche. Alors peut-être que effectivement, Mikaël avait des tendances gay. Des idées farfelues et des pensées plus rationnelles virevoltaient sans relâche dans l'esprit de My, s'affrontant audacieusement pour le plus grand déplaisir de la jeune femme, qui commençait à avoir mal à la tête. Surtout que par-dessus toutes ces considérations de gayttitude ou non, se rajoutait le fait que Peter et Mikaël n'étaient pas simplement deux hommes. Ils étaient inspecteur et suspect, dans une affaire importante de surcroît. Alors que tout s'embrouillait encore plus dans sa tête, My fut sortie de ses pensées par le ton claironnant de Sonia qui semblait conclure son récit, qu'elle n'avait absolument pas écouté soit dit en passant.

-Donc voilà! On ne s'est pas quitté depuis l'adolescence, Peter et moi. Et on ne se quittera jamais. Je suis sa première fois, il ne connaît que moi, et il en est de même de mon côté. Et nous serons ensemble toute notre vie. N'est-ce pas magnifique?

Le sourire de Sonia était si franc et si sincère qu'elle en déduisit qu'elle pensait réellement ce qu'elle venait de dire. Et elle ne put s'empêcher de se faire la réflexion que le lavage de cerveau et le bourrage de crâne tout frais payés par l'Eglise était définitivement efficace. Elle décida alors de voir jusqu'où ça allait.

-Comment tu peux être sûre que Peter ne t'a jamais trompée?

La face horrifiée puis totalement furieuse que lui montra Sonia ne présagea rien de bon, et My fut sauvée par les deux hommes qui venaient de rentrer du jardin. Ceux-ci affichaient un air bizarre sur leur visage, un mélange de colère, de tristesse, et un peu de honte. My se leva pour aller à leur rencontre et tenter une petite blague pour les dérider. Mais ce fut Sonia qui prit la parole la première, malheureusement pas pour le même objectif: elle pria fermement le couple de sportifs de sortir de sa maison immédiatement.

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commentaires

Cindy 30/07/2009 16:21

c'est normal que je soit morte de rire pendant tout le chapitre ??? xDDDD

Skorpan 18/08/2009 00:22


Euuuh... C'était pas le but vraiment de ce chapitre. Y'a d'autres passages qui sont plus drôles.


Merlin 29/05/2009 19:24

yihou ça prend une tournure intéressante, je suis franchement heureuse d'avoir retrouvé ton blog

Skorpan 29/05/2009 20:05


J'ai honte: je suis obligée d'aller me relire pour savoir à quoi tu fais référence. -_-'
Mais maintenant que je sais, c'est vrai que cette scène (enfin, ces deux scènes) sont particulièrement intéressantes, et importantes pour la suite. Surtout celle avec Sonia... M'enfin, si je change
pas d'avis en cours de route! ^_-


Yurolytcha 09/04/2009 23:57

Mince alors, My est quand même un peu trop directe pour pouvoir apprivoiser Sonia et ca fini mal!Mais malgré le semblant de certitude de Sonia quant au couple qu'elle forme, ses questions sur l'homosexualité ne sont pas anodines! Et puis je persiste à la défendre, elle y est pour rien!c'est marrant aussi la façon dont My a soudain des doutes sur Mickael alors qu'elle le connait depuis 10 ans. Hop, tout a coup!J'aime bien aussi le coup du "ta gueule!" . ca promets! Hate d'avoir la suite!

Skorpan 10/04/2009 00:13


Salut! =)

My est directe certes, mais Sonia l'a été tout autant. Elle ne fait que lui rendre la pareille. ^^

Quant à Sonia, "elle y est pour rien", "elle y est pour rien", tu verras bien. :P Mais en tout cas, c'est sûr que ses questions sur l'homosexualité ne sont pas anodines. Elles ont même une raison
bien précise. :P

Pour les doutes de My, pareil, ça s'expliquera prochainement. Ce n'est pas une si mauvaise amie que ça, pour soudainement avoir des doutes. Juste peut-être un peu trop égoïste, comme tout un
chacun. ^^

La suite arrivera normalement lundi prochain, même heure. ;-)

Bisous

Skorpan


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