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4 mai 2009 1 04 /05 /mai /2009 11:32
Une très très longue suite, pour une certaine personne qui revient de Prague. ;-)

Cette suite est... hum... Miam! *o* Alors je n'ai plus qu'à vous souhaiter une bonne lecture! =D








     Peter et Mikaël déambulèrent avec plaisir au travers du club. Mikaël expliquait les bases que tout cavalier devait savoir pour être à l'aise dans un club hippique, et Peter n'hésitait pas à l'interrompre à chaque fois que quelque chose l'intriguait autour d'eux, ou simplement pour demander des précisions quant à ce qu'il venait de dire. Ils finissaient de faire le tour des installations, et Mikaël s'emportait sur la pose des bandes de travail et de repos, lorsque le groom de William Hawlbird, un jeune châtain d'une vingtaine d'années, passa à quelques mètres devant eux en marchant rapidement, un pot de graisse ouvert à la main. Mikaël le salua d'un signe de tête, et continua à parler avec l'inspecteur. Mais surpris, le groom ne l'entendit pas de cette manière, et interpela fortement le jeune cavalier.

-Hey Micky! Tu devrais pas être à cheval à cette heure là? Il est trente-cinq passé!
-Hein?! Comment ça? cria Mikaël en retour, avant de jeter un coup d'œil à sa montre. Meeeerde! Je suis à la bourre! Merci Ash! dit-il au groom qui retournait déjà à ses occupations, avant de s'adresser à Peter. Bon toi tu me suis, et tu ne me quittes pas, sinon tu vas te perdre.

Il ne regarda même pas Peter pour avoir son assentiment, et s'élança au travers du pré où stationnaient les camions. Par chance, leur promenade avait été interrompue à cet endroit, mais son camion se trouvait à l'exact opposé de là où il était. Après quelques minutes d'une course effrénée au milieu des poids lourds et des chevaux qui attendaient patiemment qu'on vienne les chercher, Mikaël repéra le camion blanc et rouge qu'il partageait avec William, My et quelques autres. Sans même vérifier que Peter l'avait bien suivi, il monta dans la sellerie et s'enferma dedans. Peter, essoufflé, arriva peu après, et entre deux respirations, il réussit à dire, assez fort pour que Mikaël entende à travers la porte.

-Dis… tout à l'heure… tu m'avais pas dit… qu'on pouvait pas… passer juste derrière… les chevaux? … et là…
-C'était une urgence! rétorqua Mikaël avant qu'il ait fini. Et puis quand tu les connais, tu sais comment y faire. Il y a juste quelques chevaux avec lesquels il faut vraiment faire très gaffe.

Peter accepta cette réponse sans se poser trop de questions, même si dans un coin de son esprit, il se disait que ce n'était pas logique. Mais pour l'instant, cela importait peu: il devait tout d'abord reprendre son souffle. Cependant, avant qu'il n'ait eu le temps de se calmer, une flopée de juron se fit entendre à l'intérieur du camion, suivie d'un grand bruit, et d'un petit "Aïe".

-Ca va Mikaël? Qu'est-ce qu'il se passe?

Peter tenta d'ouvrir la porte, mais celle-ci résista et finalement s'ouvrit de l'intérieur.

-La lampe a encore lâché à l'intérieur, donc je me suis retrouvé d'un seul coup dans le noir, et je me suis pris les pieds dans un seau qui traînait par là. Et je me suis fait mal en tombant, expliqua Mikaël en massant alternativement sa cuisse et son coude.
-Je vois ça, murmura Peter, alors qu'il observait, légèrement gêné, son ami.

Mikaël s'était assis sur le pas de la porte de la sellerie, les pieds reposant sur la deuxième marche de l'escalier. Il portait encore son vieux T-shirt blanc, tâché de partout, mais il avait changé de pantalon. Son jeans troué avait été remplacé par une culotte d'équitation blanche, caractéristique des cavaliers de concours. Peter devina que c'était en essayant de l'enfiler que Mikaël était tombé: en effet, celle-ci n'était remontée qu'au niveau des genoux, et les pieds étaient encore invisible sous le tissu. De cette manière, l'inspecteur avait une vue plongeante, bien qu'involontaire, sur le haut des jambes de Mikaël, ainsi que sur son entrejambe. Bizarrement, il se sentit rougir, et il détourna la tête alors que ses joues devenaient de plus en plus chaudes. Il tenta de calmer son souffle qui s'accélérait de nouveau, mais ce fut peine perdue: la voix de Mikaël acheva de le perturber.

-Meeerde! Putain de merde! s'écria le cavalier en descendant tant bien que mal les quelques marches du camion. J'ai tâché mon pantalon en tombant! Je ne peux pas monter comme ça! pesta-t-il de plus en plus fort, absolument pas conscient du trouble de son ami: il était bien trop préoccupé par sa reprise de dressage et son retard pour s'en soucier à cet instant précis. Pete, t'es gentil, tu veux bien aller récupérer le grand sac noir qui est au fond de la sellerie. C'est un genre de sac de sport avec mon nom cousu en gros dessus.
-Ok, j'y vais, dit-il avant de grimper prestement dans la petite pièce sombre.

Pendant ce temps, Mikaël s'assit par terre et entreprit d'enlever sa culotte sale. Il la jeta en boule dans la sellerie, puis se risqua à toucher sa blessure à la cuisse. Ce n'était pas grand chose: une grande éraflure tout juste. D'ici le lendemain, il aurait un bleu de toutes les couleurs et d'une taille assez conséquente: environ un bon tiers de la cuisse. Cependant, ce n'était pas ça qui l'inquiétait le plus, ni même la douleur qu'il éprouvait, mais c'était de savoir si les gouttes de sang qui perlaient de l'écorchure allaient traverser le tissu blanc pour former une tâche disgracieuse sur le côté de sa jambe droite.

Lorsque Peter descendit avec le sac en question, Mikaël palpait toujours sa blessure avec une grimace, et l'inspecteur en fut troublé, de nouveau: le jeune homme aux jambes fuselées qui se tenait là, assis en boxer, dégageait un charme certain, même si un peu sauvage. Peter ne se laissa pas le temps de réfléchir plus longtemps aux attraits de son cadet, et déposa le sac à ses côtés.

-Tiens, voilà tes affaires. Ca va ta blessure? Tu t'es pas fait trop mal?
-Nan, nan, ça va. C'est juste que ça me fait chier: je sais pas si le sang va traverser ma culotte. En plus, en dressage, on se doit d'être irréprochable physiquement. T'aurais pas un pansement par hasard? demanda-t-il en se relevant.
-Désolé, je suis pas la croix rouge: je me trimballe pas avec une trousse de secours ambulante, répondit-il en rigolant.

Mikaël le regarda, surpris par ce trait d'humour inattendu, avant de lui sourire. Puis il attrapa son T-shirt par le bas, et l'enleva en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire. Celui-ci finit au côté de la culotte sale, dans la sellerie. En boxer noir, il s'accroupit devant son sac, et après l'avoir ouvert d'un geste sec, il se mit à farfouiller dedans pendant de longues secondes.

A partir du moment où Mikaël lui avait souri, Peter avait renoncé, renoncé à se dire qu'il ne le trouvait pas attirant, renoncé à détourner ses yeux de ce corps magnifique, renoncé à suivre les règles de bienséance; et il avait cédé à son envie de le contempler alors qu'il s'affairait auprès de lui. Le T-shirt enlevé, il observa la musculature bien formée du jeune homme, et remarqua également quelques cicatrices qui parsemaient son dos. Mikaël s'était baissé trop vite pour que Peter puisse admirer correctement ses abdominaux, mais il avait maintenant une vue magnifique sur ses muscles dorsaux. Ceux-ci jouaient avec une facilité déconcertante alors que Mikaël peinait à trouver ce qu'il voulait dans son sac. Les mouvements de sa colonne vertébrale s'accordaient parfaitement au reste, et donnait à Peter l'envie de la toucher, de laisser filer son doigt des cervicales jusqu'aux lombaires, voire jusqu'aux sacrées.

Soudain, le cavalier se releva triomphant, avec une culotte blanche entre les mains. Il ne perdit pas de temps et l'enfila prestement. Puis il tira du sac une chemisette d'un blanc immaculé elle aussi et la passa par la tête: seuls deux boutons étaient détachés pour que cela soit plus rapide à mettre. Ensuite, il prit sa veste de concours noire et tendit qu'il vérifiait qu'elle n'avait aucune tâche, il demanda à Peter de lui apporter ses bottes, qui étaient dans la sellerie, juste à côté de la porte. Le blond les attrapa et les posa devant lui alors que le cavalier ajustait la veste sur lui. Puis il glissa son pied gauche dans la première botte avant de remonter la fermeture éclaire qui se trouvait à l'arrière. Il allait pour mettre la seconde botte quand il jura horriblement.

-Qu'est-ce qui se passe? osa Peter, tout à la fois étonné et effrayé par le ton du jeune.
-Il se passe que j'ai encore mis un boxer noir sous un pantalon blanc! Et que ça se voit! Putain de merde!
-C'est si grave que ça? se risqua Peter.

Pour toute réponse, il reçut un regard noir et Mikaël s'attela à un déshabillage et rhabillage express. Sans enlever ses hauts, il retira sa botte et sa culotte, qu'il confia à Peter. Puis il fit rapidement glisser son boxer sur ses jambes minces sans même prendre le temps de se retourner. Le boxer noir finit au fond du sac, et quelques secondes plus tard, un boxer blanc exactement identique en ressortit, comme si Mikaël, par un quelconque tour de magie, en avait changé la couleur. Il l'enfila, récupéra sa culotte auprès d'un Peter tout déboussolé de sentir un début d'érection dans son propre boxer à la vue de ce spectacle, et se vêtit correctement. Une fois les bottes mises, il y plaça ses éperons, puis attrapa ses gants et son stick. Son chapeau haut de forme étant introuvable, il essaya de secouer Peter pour l'aider à le chercher, mais celui-ci était définitivement sur une autre planète pour encore un bon moment. Alors il se mit à pester contre tout et n'importe quoi jusqu'à ce que deux secondes plus tard, une jeune fille arrive avec le dit chapeau.

-Oh Mary! C'était toi qui l'avais! s'exclama-t-il avec joie. Merci beaucoup!
-Micky, c'est toujours moi qui l'aie avant une reprise de dressage: je te le donne avant que tu n'entres dans le paddock pour la détente. Tu te souviens? lui fit-elle remarquer avec une certaine mauvaise humeur.
-Ah oui, c'est vrai. Désolé, quand je suis stressé, j'oublie tout. Et puis pour Gallium, je t'ai pas aidé à le préparer comme d'habitude, désolé, s'excusa-t-il auprès de sa groom.
-C'est pas grave Micky, c'est mon boulot. Maintenant, tu mets ton haut de forme, et tu montes sur Gallium. T'es sacrément à la bourre, et le coach, William et My sont furieux.
-Je m'en doute, dit-il alors qu'il enlevait le licol bleu et vert qui retenait l'alezan attaché au camion. D'ailleurs, c'est étonnant que le coach ne soit pas là en train de m'engueuler.
-Il a d'autres cavaliers aussi, Micky. Allez, grouille-toi! le pressa-t-elle.
-Tu m'aides?

Il avait la jambe gauche plié à 90°, attendant que Mary place ses mains en dessous. Puis donnant de l'impulsion sur le sol avec sa jambe droite, et en s'appuyant sur Mary, il passa sa jambe au dessus de la croupe de son cheval sans la toucher, et se mit en selle sans problème. Une fois correctement redressé, il enfila ses étriers, qui étaient déjà réglés à la bonne longueur, et réajusta son haut de forme. Puis il partit au pas vers le paddock.

La vision de Mikaël en tenue de concours resta ancrée dans la rétine de Peter, même lorsque le cavalier eut disparu derrière un bâtiment. Peter avait littéralement été subjugué par le personnage qu'était devenu Mikaël en enfilant ces quelques habits. Tout de blanc et de noir vêtu, c'était comme si la prestance des seigneurs d'autrefois était venue se déposer sur ses épaules pour l'envelopper complètement. Alors Peter comprit enfin ce qui l'avait attiré dès la première fois chez ce jeune cavalier. Il comprit enfin la raison des sensations étranges qui l'animaient depuis peu. Et il comprit surtout que jamais il ne pourrait se passer de lui, comme un alpiniste ne peut se passer d'une paroi rocheuse. A cet instant, Peter aurait voulu courir après Mikaël, accrocher sa botte, rencontrer ses yeux bruns et lui crier "J'ai compris!" avec un sourire accroché au visage. Mais il n'en fit rien, car il sut instinctivement que ç'aurait été inutile. Mikaël était entré dans un monde dont lui seul avait la clé, un monde où personne ne pouvait plus l'atteindre. Et alors peu importait que Peter ait compris ou non ce qui l'attachait irrémédiablement à lui.

-Monsieur? Ca va? Vous avez l'air bizarre… commenta Mary d'un ton intrigué.

La toute jeune groom d'à peine dix-huit ans interrompit soudainement Peter dans ses réflexions qui dérivaient de plus
en plus. Il lui en fut extrêmement reconnaissant car cela coupa court à l'excitation qui l'avait gagné, et commençait à se faire visible; et il lui répondit donc aimablement.

-Oui, oui, ça va. Merci Mary. Au fait, moi c'est Peter, et tu peux me tutoyer.
-Compris! dit-elle enthousiaste. On va voir Micky au paddock?
-D'accord, je te suis. Parce que je t'avoue que je suis un peu perdu.

Ils se mirent à marcher en direction du paddock et discutèrent d'un peu de tout et de rien, mais toujours en rapport avec l'équitation. D'ailleurs, Peter sembla s'étonner que Mikaël eut besoin d'aide pour monter sur son cheval. Alors Mary lui expliqua doctement qu'on préservait ainsi le dos du cheval, en ne tirant pas sur un seul côté. Mais que bien sûr, en général, on montait sans aide: seuls les chevaux de compétition, ainsi que quelques autres, avaient droit à ce traitement.


     Mikaël travaillait depuis quelques minutes ses départs au galop et en était plus que mécontent: au lieu de partir à la lettre, Gallium partait toujours légèrement avant. Il avait beau jouer dans les doigts, il n'arrivait pas à retenir son cheval jusqu'au moment où son dos était dans l'exact alignement de la lettre, là où il devait partir au galop. Enervé, il jeta un coup d'œil aux autres concurrents pour voir comment ils se débrouillaient. A l'autre bout de la carrière, William semblait avoir quelques difficultés: sa jument ne cessait de ruer à la moindre occasion. A sa droite, Joseph, un collègue de cinq ans l'aîné de Mikaël, était pitoyable à faire une si piètre cession à la jambe. A côté, My exécutait la moindre figure avec une maîtrise parfaite. Et derrière My, Mikaël aperçut enfin l'une des causes de ses problèmes de maîtrise et de dressage: Peter se tenait là et l'observait sans le quitter des yeux une seule seconde. Mikaël partit au trot voir son entraîneur qui se tenait au centre, discutant avec un autre de ses cavaliers.

-Coach! l'interpella-t-il pour attirer son attention.
-Mikaël? J'espère que t'es prêt parce que ton passage a été avancé.
-Ah bon? s'étonna-t-il. Pourquoi?
-J'en sais rien, on vient de me le dire. Tu voulais me demander quelque chose?
-Oui, j'arrive pas à partir au galop à la lettre. Et il se couche dans le cercle ensuite, et il accélère à la cession à la jambe. Et puis bien sûr, j'ai toujours ce problème pour changer de pied.
-En effet, j'ai remarqué que t'étais moins bon que d'habitude. Et ça c'est parce que t'es pas assez redressé! Redresse-toi nom de Dieu! Sois fier de monter à cheval, bombe le torse! Fais se toucher tes omoplates!
-Ok. Et pour le changement de pied? Parce que je crois que ça marchera pas même si je me redresse, objecta Mikaël.
-Il faut que tu l'allèges déjà avant le début de la cession, tu continues pendant toute la cession pour bien le mettre sur les postérieurs, mais fais attention de garder tes aides pour pas qu'il repasse au trot.
-Ouais, d'accord.
-Ensuite, quand t'arrives à la piste, tu l'allèges un bon coup, et à ce moment là précis, tu changes tes aides. Normalement, ça devrait être bon. Et ensuite tu l'empêches d'accélérer, parce qu'il va essayer de s'échapper.
-Oui je sais.
-Et l'allègement, tu le fais discrètement. Pas la peine de lever tes mains trois mètres au dessus du garrot, ça ferait pas classe.
-Compris coach.
-Dans ce cas, tu me refais tout ça: départ au galop à droite en R, cercle de 20 mètres en E, à partir de B, tu chasses les hanches à l'extérieur. En E, tu redresses, puis tu me fais la cession à la jambe RV. Tu rejoins la piste en V et tu changes de pied en K.
-Ok, j'y vais. Mais avant est-ce que tu peux dire au mec qui est là bas, à côté de Mary, de jarter. Je ne veux pas le voir sur le paddock. Et dis-le gentiment s'il te plaît!
-Oui, oui, pas de problème.

Le coach partit voir Peter, parlementa quelques minutes avec lui, puis le jeune homme blond quitta la carrière à regret. Il fut rapidement rejoint par Mary, qui ne souhaitait pas laisser seul un homme incapable de trouver un paddock indiqué par plusieurs panneaux. Lorsque les deux jeunes gens furent hors de vue, Mikaël exécuta les quelques figures qu'on lui avait demandé, sous l'œil critique de son coach. Et celui-ci ne trouva rien à redire.


     Les premiers concurrents venaient de dérouler leur reprise de dressage avec plus ou moins de succès, et Peter, assis dans les gradins où l'avait abandonné Mary, ruminait toujours. Il n'avait pas du tout apprécié que Mikaël demande à son coach de le faire partir. Il s'était senti terriblement blessé, et pas uniquement dans son amour propre. Mary avait eu beau dire que Mikaël ne supportait pas que des néophytes l'observent pendant qu'il s'entraînait, spécialement juste avant un concours, cela ne passait pas et restait en travers de la gorge de Peter. Peu importait dans quel sens il retournait la scène dans sa tête, il avait la désagréable impression de s'être fait rejeter, comme un amant qui en demande trop à sa maîtresse mariée, alors même qu'il n'était en aucun cas l'amant de Mikaël, et que ce dernier n'était pas marié, sauf peut-être à l'équitation. Cette comparaison le tourmenta pendant un long moment jusqu'à ce qu'une remarque de sa voisine de droite ne le sorte de ses pensées.

-Quel petit impertinent celui-là! Porter des bandes rouges! Autant qu'il mette un nez rouge aussi et nous fasse un spectacle de clown au lieu d'une reprise de dressage!

Peter, étonné par la virulence de ces propos envers un compétiteur, jeta un coup d'œil à la piste où il reconnut immédiatement son ami. Celui-ci paraissait plus concentré que jamais, et il ne douta pas un seul instant que la remarque de la vieille dame lui serait passée trois pieds au-dessus de la tête. Mais il n'était pas Mikaël, et ne possédait pas le calme olympien que celui-ci montrait en cet instant. Alors il s'adressa avec une pointe d'ironie à sa voisine.

-Excusez-moi, mais je ne vois pas ce que vous reprochez à ce cavalier.
-Voyons! C'est évident! s'exclama-t-elle. Il a osé mettre des bandes rouges à son cheval pour une reprise de dressage, alors qu'il en faut des noires, ou des blanches. Mais bien sûr, les jeunes d'aujourd'hui n'ont aucun respect des convenances! Ils ne savent plus monter à cheval! C'est inadmissible!

La vieille dame fit un petit mouvement de tête montrant tout son mépris de la jeunesse, dans laquelle son interlocuteur était compris, et ne lui jeta plus un seul regard. Face à cette attitude dédaigneuse, Peter oublia d'un coup sa colère contre Mikaël, et se rangea du côté de son ami face à la vieillesse intransigeante. Mais plutôt que de s'énerver contre sa voisine, il décida d'en rire, ce qui lui attira un regard désapprobateur, don il ne tint pas compte: il préféra s'intéresser à Mikaël saluant le jury.

Mikaël arrivait au bout de sa reprise, et ses jambes commençaient à devenir de plus en plus faibles. Il avait la bouche sèche, les doigts qui tremblaient, et ne souhaitait qu'une seule chose: saluer le jury et ainsi terminer de dérouler, car il n'allait plus pouvoir tenir longtemps. Mais avant de pouvoir faire cela, il lui restait encore une partie assez difficile à réaliser.

-Allez Gallium, murmura-t-il à son cheval en remuant à peine les lèvres. Tu peux le faire! Allez petit trot… Maintenant, tu doubles en R… Voilààà, comme ça c'est parfait. Arrêt en I. Ne bouge pas! Trois secondes d'immobilité complète. Ne bouge pas la tête connard! Et j'espère pour toi que t'es au carré. Bien, maintenant on recule de deux ou trois pas. Allez, ne te fais pas prier Gallium. Voilà, c'est bien, continue. Deux, trois. Et départ au galop à gauche. Bon, c'est bien ,t'es sur le bon pied. On reprend la piste en S, tu ne te couches pas! Et toi Mikaël, tu te redresses et tu l'allèges. On repasse au trot en K, bieeeen. On double en A, bien dans l'alignement. On regarde bien devant. Arrêt progressif… On est en L, on peut repasser au pas, et X… on s'arrête. Tu ne bouges plus, et je salue. Ne bouge surtout pas Gallium, ou tu t'en prends une! Hop, on sourie, et c'est bon, c'est fini!

Le relâchement, puis l'anxiété se lurent sur le visage de Mikaël, et il sortit rapidement de la carrière de dressage. Dès
que Mary fut à portée de voix, il la somma d'aller chercher l'un des vétérinaires présents sur le concours, et il demanda à son coach d'observer le trot de Gallium. Après quelques minutes, ce dernier confirma les doutes du cavalier. Mikaël descendit prestement, dessella et débrida son cheval avant de lui enfiler le licol que lui avait donné son coach. Puis il l'emmena brouter à l'écart en attendant le vétérinaire. Absorbé qu'il était dans la contemplation de son alezan de cheval, il n'entendit pas le bruit de pas qui se rapprochait et sursauta à l'entente de cette voix si familière déjà.

-Dis, pourquoi t'as demandé à ton coach de me virer du paddock tout à l'heure?

Mikaël se retourna et rougit sous les yeux scrutateurs de son ami. La question le dérangeait et il aurait bien voulu ne pas avoir à y répondre. Mais face à quelqu'un dont le métier était d'interroger toutes sortes de personne, il sentit bien qu'il n'avait pas le choix.

-J'arrivais pas à me concentrer, marmonna-t-il tout en flattant l'encolure de Gallium, plus pour se rassurer que pour féliciter le cheval.
-Tu veux dire que je te dérange?

Le ton furieux à peine voilé de Peter inquiéta Mikaël et sa réponse fusa bien trop vite à son goût, mais la peur de le voir partir avait pris le dessus.

-Non! Pas du tout! C'est juste que… que… me confronter au regard des gens que… balbutia-t-il, des gens que j'apprécie… me met mal à l'aise… Parce que j'ai l'impression qu'ils… qu'ils me jugent. Et je déteste ça… de peut-être passer pour un incompétent devant eux, finit-il en baissant les yeux, soudain absorbé par la contemplation de ses bottes noires légèrement recouvertes de poussière.

Peter, devant l'explication hésitante de son cadet, ouvrit la bouche, la referma, la rouvrit, puis la referma, imitant parfaitement le poisson hors de l'eau. Puis un éclair de compréhension le traversa, comme lorsque Mikaël s'était changé et mis à cheval devant lui. Le jeune homme avait beau être un génie et être envié par toute une ribambelle de concurrents et d'admirateurs; il avait beau montrer une assurance et une confiance en soi hors du commun; tout cela n'était que façade. Et derrière cette façade digne des beaux quartiers, se trouvait un intérieur miteux, branlant, rempli de doutes et d'incertitudes, où la peur côtoyait l'insécurité. Alors Peter éprouva l'envie et le besoin de soutenir cet être fragile, comme on l'avait soutenu par le passé. Il l'attira à lui et l'enlaça fermement en calant la tête du cadet dans le creux de son cou. Mikaël, d'abord surpris par ce geste affectueux, l'apprécia ensuite à sa juste valeur et entoura le torse de son ami de ses bras. Peu à peu, il s'abandonna à l'étreinte, et alors qu'il resserrait sa prise autour des reins de Peter, des larmes se mirent à couler le long des joues du cavalier. Comme s'il s'y attendait, l'aînée ne bougea pas et accepta que le brun mouilla son précieux T-shirt de hard rock. Puis il leva lentement sa main droite, la fit glisser doucement dans la courte chevelure encore pleine de sueur, et chuchota quelques paroles réconfortantes à son oreille. Peu à peu, Mikaël s'apaisa, et un baiser sur le front acheva de le calmer. Il se sépara délicatement de Peter, comme s'il craignait de casser quelque chose en le quittant, puis lui jeta un regard reconnaissant encore humide de larmes.

-Ca va mieux? demanda Peter d'une voix douce, presque caressante.
-Oui, merci. Je suis désolé de mettre donné en spectacle.
-Tu ne t'es pas donné en spectacle. Regarde: personne ne fait attention à nous, dit-il en faisant un large geste du bras en direction du paddock. Et puis ne t'excuse pas: les amis sont faits pour ça. Dimanche dernier, quand je t'ai appelé, tu n'as pas hésité à me réconforter toi aussi.
-Hum…
-Tu veux en parler? proposa Peter, prêt à respecter son silence si Mikaël répondait non.
-Mmm, c'est pas grand chose en fait, bafouilla-t-il. Juste le stress qui retombe d'un coup.
-Je croyais que tu n'étais pas stressé, plaisanta Peter pour le détendre.

Mikaël ria un peu mais les larmes remontèrent vite et il dut renifler à plusieurs reprises avant de pouvoir continuer.

-Oui, mais là… là y'a eu une montée de stress pendant la reprise.
-Comment ça? s'enquit Peter d'une voix tout à la fois curieuse et angoissée.
-Gallium s'est blessé. Il boîte maintenant. C'est très léger, mais je l'ai bien senti. Après le deuxième départ au galop, il s'est passé en truc bizarre, il a dû s'étendre un tendon ou un truc du genre, ou alors marcher sur un caillou, même si j'ai rien vu au niveau de sa sole. Il a boité pendant tout le reste de la reprise. J'espère que les juges n'ont rien vu. En tout cas, j'ai fait en sorte que ça se voit le moins possible. Mais il y a des signes qui ne trompent. Et puis le plus important, c'est quand même de savoir ce qu'il a, et qu'il se rétablisse vite.
-Bien sûr, acquiesça Peter, tout en lui ébouriffant les cheveux d'une main, et essuyant les dernières larmes de l'autre. C'est adorable comment tu t'inquiètes pour tes chevaux.
-C'est pas adorable, protesta Mikaël. C'est normal. Tiens, y'a le véto qui arrive, il va pouvoir nous dire ce que Gallium a.

Le vétérinaire accompagné de Mary s'approcha des jeunes hommes et salua amicalement Mikaël, qu'il semblait bien connaître. Après quelques minutes de palabres, il se mit à examiner le cheval plus en profondeur que ce que Mikaël avait déjà fait. Ensuite, il demanda au cavalier de faire marcher, puis trotter le cheval sur le béton. Il conclut alors à une légère boiterie de l'antérieur gauche, et après avoir palpé de nouveau les canons des deux antérieurs, pour comparer les températures de chacun, il donna quelques instructions à Mikaël et à Mary. La groom nota tout sur un papier, et ils remercièrent chaleureusement le vétérinaire. Alors que ce dernier allait partir, Mikaël aborda la question du règlement, et le docteur annonça qu'il faisait ça gracieusement, vu la prestation qu'il avait réussie à faire avec un cheval blessé. Gêné, Mikaël tenta de refuser, mais ce fut peine perdu: le vétérinaire ne lui laissa aucun autre choix que celui d'accepter en partant sans se retourner. Sur ce, Mary attrapa la longe de l'alezan pour le ramener au camion et lui appliquer les premiers soins. Lorsqu'ils furent enfin seuls, Peter, qui s'était tenu en retrait, ne se sentant pas à sa place dans cet univers, s'avança jusqu'au côté de Mikaël, qui était en train de rouler ses bandes, enlevées à l'occasion de l'examen clinique.

-Alors? Qu'est-ce qu'il a?
-Rien de bien grave d'après le véto, une petite inflammation de l'antérieur gauche. D'ailleurs je m'en suis douté tout à l'heure: il était plus chaud que le droit. Mary doit lui appliquer une crème plusieurs fois par jour, et lui poser des bandes de repos. Et puis forcément, il ne doit pas travailler pendant quelques jours. Mais il a dit qu'il serait sur pied d'ici le prochain concours.
-Bah, tu vois! Y'avait pas de quoi se faire tant de mouron, déclara Peter en lui ébouriffant une nouvelle fois les cheveux, de telle sorte que Mikaël ressemblait plus à un chimiste ayant raté une expérience qu'à un cavalier.

Le brun lui lança un regard mi-courroucé, mi-amusé, avant de se mettre à marcher en direction du pré à camions. Pris d'une impulsion subite, Peter le retint par l'épaule, lui embrassa furtivement la tempe, puis le devança. Abasourdi, Mikaël ne put remuer un seul muscle. Il regarda juste Peter qui s'éloignait tranquillement, comme si ce qu'il venait de faire était la chose la plus naturelle au monde. Ce dernier, n'ayant pas vu une imperfection du terrain, trébucha, et cela sortit le cavalier de sa léthargie. Il porta une main à la tempe qui avait été embrassée, l'effleura puis se mit à courir pour rejoindre Peter. Ce baiser fugace lui avait redonné la pêche pour la journée entière, et à bien y réfléchir, il se dit qu'après tout, My avait peut-être raison. Mais cela, il ne l'avouerait pas aux deux principaux concernés, du moins pas tout de suite.

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commentaires

Merlin 30/05/2009 11:04

MIAOUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUU

Skorpan 01/06/2009 17:01


Chat miaule fort par ici! XD


Nianiania 04/05/2009 13:18

C'est tout mignon tout ça! Je suis fiere de toi ( ben oui, c'est bien sur moi qui t'ai tout appris sur l'écriture! Evidemment!)nan mais j'aime beaucoup ce passage tout en douceur, contrairement à d'autres fics. Bravo!

Skorpan 04/05/2009 13:31


Merki beaucoup! Ca me fait plaisir que tu me dises ça, ô mon maître! XD


Så Här Är Det!

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  • Nangilima
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Sökande

"Un écrivain ne confie tout ni à ses journaux intimes, ni à sa correspondance;
seules ses créatures racontent sa véritable histoire, celle qu'il n'a pas vécue, mais a souhaité vivre."

François Mauriac 

Andra saker ni kan se

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Vad som helst...



"Je ne suis pas homosexuel, même si certains semblent le croire."

Ola Salo





"Aime moi, alors je t'aimerai peut-être."
J. R.-P.





"Tout est une question de goût. Toi tu aimes les femmes, moi j'aime les hommes, et lui aime les deux. Où est le problème?"
J. R.-P.





"Ne plus rêver, c'est être à demi mort, c'est faire de la réalité sa seule loi."
Jean-Baptiste Pontalis





"Si tu sens que tu plafonnes, perce un trou dans le plafond."
Gilles Goddard

"Alors si tu sens l'angoisse de la page blanche, prends en une rose."
J. R.-P. 

Lyssna!