Saker att veta

Choses à savoir


Les textes publiés sur ce blog sont de ma propre invention et sont écrits par moi, à moins que le contraire ne soit précisé en début d'article. Je vous demanderai donc de respecter mon travail et de ne pas plagier mes écrits.
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Lundi 23 novembre 2009
Bonsoir, bonsoir, chères lectrices, chers lecteurs,

Je vous annonce à regret que la publication de "Crampons et autres fantaisies hippiques" prendra bientôt fin. En effet, je n'ai plus beaucoup d'avance sur mes suites, de quoi faire une ou deux suites il me semble. Et je préfère ensuite prendre un peu d'avance pour publier régulièrement que de publier une suite de temps en temps, comme je le faisais au début. Car ainsi, vous suivrez mieux l'histoire. "Crampons et autres fantaisies hippiques" se prépare donc à entrer dans une pause à durée indéterminée (mais, je l'espère, pas trop longue -six mois tout au plus-).

En attendant, je ne vais pas vous laisser tomber! Bien au contraire... Tous les lundis ('fin, comme ça se passe maintenant, quoi ^^), il y aura un petit quelque chose sur le blog. Un OS, une fiction en anglais, un bout de trad de "Bröderna Lejonhjärta", un article sur un film, un manga, ou un groupe de musique... Bref, y'aura de quoi faire! ;-)

Enfin, pour faire passer la pilule de cette nouvelle qui, je le sais, vous attriste grandement (la fille qui ne se prend pas pour de la maverdaven! XD), je vous livre une très longue suite! J'espère qu'elle va vous plaire.

Bonne lecture! =D






      Tiling...

L'ordinateur de Peter avait émis un petit son, indiquant à son propriétaire qu'un nouveau mail venait d'arriver. Seulement, le dit propriétaire était en pause déjeuner avec ses collègues, et n'arriva qu'une bonne demi-heure plus tard. Il prit son temps pour s'installer tout en continuant sa discussion avec Stefen, puis se remit au travail tranquillement, un peu épuisé par le weekend qu'il venait de s'écouler. Trop de choses s'étaient passées en peu de temps, et il avait parfois encore du mal à réaliser.

-Hey! Pete! T'as reçu le mail de la fédé? l'interrompit Stefen alors qu'il commençait à ressasser les derniers évènements de sa vie.
-Hum... Ouais, fit-il en double-cliquant dessus. Tiens, c'est les résultats de ce weekend. Ils ont été efficaces pour une fois.
-Ouais, à croire que toutes les administrations ne sont pas merdiques. Alors, voyons voir... Ouah! J'avais pas réalisé mais Blowsworth a vraiment cartonné à ce concours là. Il a fait 3ème sur le CSO qu'on a vu, avec Spunk Of Troy, plus il est arrivé 8ème avec Jéricho au complet, et il a fait aussi premier sur le hunter le même jour. La veille, vendredi donc, il a fait quelques podiums, et hier, c'est là où il a fait carton plein! Il est arrivé 1er au concours complet avec Jewel de Blasty, et 3ème avec Ithaque! Et si je ne me trompe pas... dit-il avant de marquer une petite pause, le temps de vérifier ses données, il a été dans les dix premiers à chaque épreuve où il a participé.
-Hum... Je sais, je lui ai demandé hier quand je l'ai appelé, dit Peter distraitement.

Stefen ouvrit la bouche, la referma, tel un poisson hors de l'eau, puis il la rouvrit, ayant enfin trouvé quelque chose d'un minimum intelligent à dire.

-Et il était content?
-Ouais. Il s'attendait pas à être dans le top 10 à chacune de ses épreuves, et à faire pas mal de podiums. Son objectif était d'en faire trois, dont un en première place, et un sur le complet d'hier. Donc il était très content, et il a dit que ça avait valu le coup de se casser le cul pour préparer correctement ce weekend sans forcer sur sa blessure récente.
-Ok, mais c'est pas ce que je voulais dire. Est-ce qu'il était content que tu l'appelles?

Une sensation de chaleur parcourut les joues de Peter, et les coins de sa bouche se relevèrent légèrement. Mais son regard ne quitta pas la liste des résultats du CCE, qu'il avait imprimée quelques minutes plus tôt.

-Comme toute personne qui reçoit un appel de son petit ami après une dure journée, je suppose, répondit-il évasivement.
-Donc il était content! frétilla Stefen. Alors de quoi vous avez parlé? Qu'est-ce qu'il a dit?

Peter soupira et sans même se retourner vers son ami, entreprit de le calmer d'une phrase.

-Je bosse Stefen, alors tais-toi. Ce n'est pas le lieu pour parler de sa vie privée.

Un sourire victorieux naquit sur les lèvres du plus âgé: si le lieu n'était pas propice, il en trouverait bien un autre pour cuisiner son ami.

-Je retiens, Peter, je retiens!

Les deux hommes enfin se concentrèrent entièrement sur leur travail. Ils compilaient les résultats du weekend, essayait de voir quels cavaliers et quels chevaux avaient le mieux réussi, comparaient différentes données avec les concours précédents, et ainsi de suite. Ils notaient également sur des dossiers papiers, un pour chaque cavalier, et un pour chaque cheval, leurs différents résultats, qui avait monté qui, sur quelles épreuves, s'ils avaient remarqué des comportements étranges, et autres petites choses. Un véritable travail de fourmi qui semblait bien inutile si l'on restait à cette échelle-là. Mais lorsque l'on prenait un peu de hauteur et qu'on voyait la chose dans leur ensemble, il en ressortait bien souvent de précieuses conclusions.

Seulement, dans cette enquête là, même en prenant beaucoup de hauteur, ils n'arrivaient à aucune conclusion, et c'était bien le problème. Les informations se contredisaient et ne permettaient pas d'aboutir à quelque chose de logique. Tout ce qu'ils parvenaient à faire, c'étaient les listes des cavaliers et des chevaux qui gagnaient le plus souvent. Quant à savoir si ces listes correspondaient à ceux qui se dopaient pour améliorer leurs performances, c'était une autre histoire. Au début, il n'y avait aucune corrélation possible entre le fait de gagner, et le fait d'être désigné comme dopé par le laboratoire scientifique. Les quelques statisticiens du bureau avaient affirmé qu'il s'agissait de deux évènements indépendants. Mais peu à peu, au fil des semaines, les deux évènements semblaient de plus en plus liés. Et les soupçons se concentraient sur un groupe de cavaliers. Groupe plutôt large, mais dont Mikaël Blowsworth faisait partie. Et cela, Peter avait du mal à le concevoir.

-Stefen?
-Hum?
-On les aura quand les résultats du labo?
-Euh... d'ici quelques jours il me semble. Ca dépend s'ils sont motivés ou pas.
-Ok. Et pour "notre" labo? demanda-t-il, baissant un peu la voix. Je ne me souviens plus de ce qu'ils ont dit.
-Je crois que ça prendra un peu plus de temps. Ils ont pas l'habitude de traiter ce genre de demandes.
-C'est sûr! T'as vu la gueule qu'ils ont tirée ce matin quand on leur a apporté les échantillons, rigola Peter. Mais dès qu'on leur a montré nos plaques, ils ont arrêté de rechigner. C'est dingue ça!
-Eh ouais, le pouvoir de la plaque! plaisanta Stefen, avant de redevenir sérieux. Peter, je sais que t'espères beaucoup de ces tests, mais quand même, n'espère pas trop. Il est très probable qu'ils obtiennent exactement les mêmes résultats qu'ici.

Stefen le regardait avec une certaine appréhension, ne sachant pas comment son ami allait réagir en lui annonçant que lui-même n'était pas certain de l'innocence de Mikaël. Car c'était bien cela que voulaient dire ces paroles, puisque Peter avait fortement insisté pour que quelques tubes de sang de Mikaël se trouvent dans le lot des tubes à analyser à l'extérieur. Cependant, Peter ne s'énerva pas ni ne parut déçu, juste un peu troublé, avant de retrouver un grand sourire.

-Dans ce cas, j'irai encore draguer quelques infirmières. Il paraît que j'ai pas mal de succès!



      Il faisait encore jour quand Stefen et Peter sortirent du grand bâtiment où se situait le commissariat où ils travaillaient. Peter avait demandé à son collègue de venir l'aider à déménager ses affaires depuis la maison qu'il avait partagée avec Sonia jusqu'à son appartement, et ce dernier avait accepté avec joie: le plus tôt Peter tirait un trait sur la jeune femme, le plus tôt il pourrait se reconstruire une vie. Une vie pas forcément facile, vu qu'elle s'envisageait avec Mikaël, mais une vie nouvelle et entièrement à lui. C'était tout ce qui comptait.

-Au fait, Nathaniel va pas faire la gueule s'il reste tout seul ce soir? Je veux dire, c'était pas prévu, je t'ai demandé ce matin, donc... s'inquiéta Peter, alors qu'ils se dirigeaient vers sa voiture.
-Nan, t'inquiète. Il a même proposé de venir aider! Ca te dit qu'il vienne t'aider pour tout installer dans ton appart'? Parce que je pense pas que ton ex appréciera si on débarque à trois chez elle...
-Ouais, c'est sûr. Non mais dis-lui que c'est ok. On se retrouve chez moi et on se fait une petite bouffe tout en rangeant mes affaires.
-Ca marche! Je lui envoie un texto.

Stefen tapota quelques minutes sur son portable puis monta dans la Volvo noire que Peter avait ouverte entre temps. Une fois qu'ils furent partis, il baissa un peu le son de la radio et regarda attentivement Peter. Se sentant observé, le conducteur quitta la route des yeux pendant quelques centièmes de seconde pour les poser sur son passager. Puis il se concentra de nouveau sur l'asphalte qui s'étendait devant lui.

-Qu'est-ce qu'il y a Stefen? Tu veux me demander quelque chose?
-Hum... Tu lui as dit? Que tu avais rompu avec Sonia? se risqua-t-il.

Peter sursauta légèrement, mais pas suffisamment pour faire un écart.

-Non, pas encore, finit-il par répondre après une certaine hésitation. Je pensais le faire ce weekend, mais après je me suis dit que ça risquait de le déstabiliser et de le faire foirer, et ça je voulais pas. Alors je comptais lui dire demain, lorsque j'aurais pris toutes mes affaires dans mon ancienne maison.
-T'as raison. Je crois que c'est mieux comme ça.
-Et je voulais aussi lui demander de vivre avec moi, dans l'appart.
-Hein?! Mais mais mais... tu trouves pas que ça va un peu vite? balbutia Stefen, sous le coup de la surprise.

Qu'ils sortent ensemble, il ne voyait aucun problème à cela. Mais de là à ce qu'ils s'installent et vivent à deux! Il y avait un grand pas, et leur relation commençait à peine. Stefen avait peur que cela ne soit le début de la fin, mais il n'osa pas formuler ses craintes.

-Bah... De toute façon, il va refuser. Tant qu'il ne peut pas payer, il va pas vouloir. C'est dommage, parce que vu nos emplois du temps, on aura pas trop l'occasion de se voir. Surtout si on doit tout le temps faire attention dès qu'on est à l'extérieur.

Peter marqua une pause, que Stefen respecta. Maintenant que Peter s'ouvrait à lui, il comprenait mieux cet empressement à vouloir que Mikaël vive avec lui, même s'il pensait toujours qu'il ne s'agissait pas d'une bonne idée.

-Et puis, continua le plus jeune, incertain, j'ai peur que notre relation n'avance pas si on ne fait pas ça. Qu'elle stagne là où elle en est maintenant quoi. Notre situation est super compliquée, alors si en plus, on rajoute la distance, j'ai vraiment peur qu'on ne tienne pas le choc. Que je ne tienne pas le choc, surtout. Parce que pour Mikaël, je ne crois pas que ce sera un gros problème. Il peut résister à tout. Plus ou moins bien, bien sûr, mais il résiste. Alors que moi... Je sors d'une histoire pour plonger directement la tête la première dans une autre. Je sais que je ne devrais pas, que je devrais réfléchir encore un peu, me poser, parler avec mes parents...
-Avec tes parents? l'interrompit Stefen.

Il avait écouté les différentes réflexions, les craintes et les doutes de Peter avec beaucoup d'attention, comme un confident silencieux. Cependant, à l'évocation de la famille de Peter, il n'avait su retenir sa langue et la question était sortie toute seule. Il n'avait été qu'à moitié surpris de leur apparition dans le discours de son ami, mais il voulait néanmoins préciser l'importance qu'il leur accordait.

-Oui, avec mes parents. Ils ont toujours voulu que je me marie avec Sonia, que je fonde une famille, et tout et tout. Ils m'ont pas mal poussé et moi à chaque fois je freinais des quatre fers, me sentant mal à l'aise avec tout ça. Mais depuis que je sors avec Mikaël, j'ai re-réfléchi à leur attitude, et je crois que s'ils me poussaient autant, c'est parce qu'ils croyaient que je finirais ma vie avec Sonia... M'enfin, j'en sais rien. Moi, je les vois toujours comme de vieux réacs. Mais d'un autre côté, quand j'imagine le moment où je vais leur dire que je suis homosexuel et que je sors avec Mikaël, parce que je ne peux pas leur cacher ça indéfiniment, je les vois accepter tout ça, comme si c'était normal.
-Mais c'est normal Peter.

Peter lui jeta un rapide regard, à la fois honteux et contrit.

-Oui, je sais, mais tu vois ce que je veux dire, non?
-Hum...
-Et toi, comment ça s'est passé quand tu l'as dit à tes parents?
-Je crois qu'on peut dire que ça s'est à peu près bien passé. Je ne suis pas fait tabasser, et ils ne pouvaient pas me foutre dehors vu que j'avais déjà un appart.

Stefen rigola doucement, pour cacher sa gêne face à ce souvenir un peu douloureux, et Peter le suivit. Les minutes suivantes furent emplies de silence avant que Stefen n'ouvre de nouveau la bouche.

-Et au final, en fait, pourquoi tu ne te poses pas pour réfléchir un peu? Avant d'aller plus loin avec Mikaël? Tu n'es pas obligé de lui proposer d'habiter avec toi tout de suite.

Peter eut un petit sourire triste avant de répondre.

-Peut-être, mais je l'aime, j'en suis totalement sûr maintenant. Et je ne veux pas gâcher ma courte vie à repousser le moment où je pourrais être avec lui. Carpe diem disaient les latins, non?
-... Effectivement, vu comme ça... Mais tu... commença-t-il avant d'être interrompu par la sonnerie du téléphone de Peter.
-Ah Stefen, tu peux regarder dans ma veste derrière? Il doit être dans ma poche droite.

Après quelques secondes de recherche, le portable fut trouvé, et sur les consignes du conducteur, il fut mis sur le socle prévu à cet effet, à côté de l'autoradio. Puis d'une pression sur un bouton spécifique du volant, Peter décrocha et une voix de femme envahit l'habitacle.

-Allô Peter?
-Ah Maman, comment ça va?
-Bien, et toi?
-Bien, bien.
-T'as une petite voix. T'es sûr que t'es pas malade?
-Non, ça va bien. J'ai juste été un peu dépassé par les derniers évènements de ma vie, et mon meilleur ami m'aidait à faire le point. D'ailleurs il est là. Stefen, je t'en prie.
-Bonjour Madame, je suis Stefen Lashon, je travaille dans le même commissariat que votre fils, intervint Stefen, pour signaler sa présence.
-Ah bonjour, Monsieur. Merci de vous occuper de mon fils, répondit-elle cordialement. J'espère qu'il...
-Maman, tu voulais me dire quelque chose de précis? l'interrompit-il, reprenant la conversation en main.
-Euh... oui, hésita-t-elle. On a... comment dire? ... On a reçu un appel des Northwood ce weekend.
-Ah...
-Il paraît que tu as quitté Sonia.
-Oui. D'ailleurs, là on va chez elle pour récupérer mes affaires, et je vais m'installer dans l'appart, précisa-t-il.

La nouvelle eut l'air de faire un certain effet à sa mère, puisqu'elle resta sans rien dire pendant plusieurs secondes. Enfin, elle reprit contenance, et contrairement à ce qu'imaginait Peter, elle ne lui fit aucun reproche. Ou du moins, pas ceux auxquels il s'attendait.

-Pourquoi tu ne nous as rien dit? Ca nous a vraiment surpris quand ils ont appelé pour crier que tu n'étais qu'une goujat, et je te passe les autres amabilités que Kathleen a pu nous dire. Je crois, d'après ce que j'ai réussi à comprendre, que Sonia était effondrée, et ça l'a mise dans une certaine rage.
-Ca peut se comprendre, mais si Sonia a un problème, c'est avec moi qu'elle doit le régler. On est adultes, on a plus besoin de passer par l'intermédiaire de nos parents, fit-il, soudain plus ferme. Et je suis désolé de ne pas vous avoir prévenus, mais j'ai bossé samedi dimanche, donc c'était un peu dur.
-D'accord. Bon, je vais te laisser puisque ce n'est pas vraiment le bon moment pour parler de tout ça je crois. Je peux juste te poser une dernière question? C'est ton père qui veut absolument savoir.
-Vas-y, dis toujours.
-Voilà, il arrive pas à comprendre pourquoi tu as rompu. A ses yeux, vous formiez le couple parfait, et...
-Et pas aux tiens? sourit-il devant la formulation de sa mère.
-Disons que vous formiez un couple solide à mes yeux. Et puis de toute façon, personne n'est parfait...
-Mais nous essayons tous de l'être, c'est ça?
-Tout à fait. T'as bien retenu la leçon, mon chéri. Bref, qu'est-ce que je disais? Ah oui, ton père ne comprend pas ta décision et...
-Tu voudrais une explication?
-Voilà. J'aime bien quand tu comprends tout sans que je ne dise rien, Peter.

Il pouvait la voir sourire derrière le combiné et il poussa un soupir, soulagé qu'elle prenne sa rupture de façon aussi neutre.

-Eh bien, c'est tout simple en fait. Je ne l'aimais plus depuis un certain temps. Mais par lâcheté, je suis resté avec elle. Et il y a quelque mois j'ai rencontré quelqu'un... dont je suis véritablement tombé amoureux. Je veux construire quelque chose avec cette personne, et pour ça, je devais rompre avec Sonia. Voilà tout. Et ne t'inquiète pas Maman, j'organiserai un dîner ou quelque chose pour que vous vous rencontriez, mais pas avant un moment. Je veux d'abord... tu sais... profiter du temps à deux.

Elle resta silencieuse un petit moment, un peu sonnée par ce flot d'informations pour le moins étonnantes de la part de son fils. Cependant, sa curiosité ne mit pas longtemps avant de refaire surface.

-C'est bien. Je suis contente pour toi si tu es heureux. Par contre, ton père, ça va être une autre histoire. Moi, j'ai senti venir la fin avec Sonia, et j'ai eu le temps ce weekend de me faire à l'idée, mais lui pas du tout. Bref, ne t'inquiète pas pour ça. Je m'occupe de lui. Mais dis-moi, elle est comment cette jeune fille que tu as rencontrée? Blonde? Brune? Les yeux bleus? Marrons? Elle fait quoi comme boulot? Elle est pas trop conne j'espère!
-Maman! s'indigna-t-il.
-Quoi? Je m'informe sur ma future belle-fille, j'ai le droit, nan? Alors? Est-ce qu'elle cuisine bien? Est-ce...
-Maman! Ta gueule!

Le ton était ferme, sans appel, mais Stefen pouvait voir les coins de ses lèvres remonter, et une lueur d'amusement dans ses yeux.

-Est-ce que c'est une façon de parler à sa mère? Non mais oh!
-Ah oui, pardon, c'est vrai, on ne dit pas "Ta gueule" à sa mère. On dit: Votre gueule!

Les deux partirent d'un grand rire tandis que Stefen regardait alternativement le téléphone et Peter avec des yeux étonnés: la mère et le fils avaient une complicité particulière, cela ne faisait aucun doute.

-Bon, je dois te laisser. On arrive chez Sonia. Bisous Maman.
-Bisous, mon chéri. Et n'oublie pas de nous la présenter, hein?
-Non, non. Bon, j'y vais. Bye.

Il raccrocha aussitôt, ne laissant pas la possibilité à sa mère de répondre, et se gara en quelques manœuvres à quelques mètres de ce qui avait été sa maison pendant plusieurs années. Quelques minutes plus tard, les deux hommes se retrouvèrent devant la porte d'entrée, et tel un condamné qui va au supplice, Peter soupira longuement et se courba sous le poids d'une certaine culpabilité, tout en introduisant la clé dans la serrure.

-Eh mon vieux, relève la tête. Tu dois lui faire face si elle est là, pas lui donner des raisons de croire qu'elle peut te récupérer, le motiva Stefen.

Il lui asséna une grand tape dans le dos pour le redresser, et fit remonter son menton de quelques petits centimètres.

-Voilà, comme ça, c'est parfait. Tu n'as plus l'air de regretter ce que tu as fait. Et c'est ce qui compte, puisque c'est la vérité.
-Ouais, t'as raison. Allez, hop hop hop! 1, 2, 3, go! On va affronter la bête sauvage! rit-il en s'engouffrant dans la maison, la tête haute et le buste fier.

Ils n'avaient pas fait cinq pas à l'intérieur que Sonia déboula du salon dans le couloir. Elle avait les cheveux défaits et les yeux rouges d'avoir trop pleuré. Elle portait un vieux T-shirt, visible au travers du pull à grosses mailles rouge qu'elle avait mis, ainsi qu'un jogging noir. Le genre de vêtements que l'on met uniquement chez soi, pour se sentir bien. Elle resta un instant immobile, clignant des yeux face aux deux hommes, ne semblant pas réaliser qui ils étaient. Puis elle se précipita sur Peter et s'accrocha à sa chemise, ses yeux se remplissant de nouveau de larmes.

-Peter... Peter... Peter... Peter... Où est-ce que t'étais? ... Peter... Peter... Tu m'as fait tellement peur à partir comme ça pour le weekend! Peter... Tu vas revenir hein? Hein? Allez Peter... Dis que tu reviens... C'est pas une petite dispute qui va pouvoir nous séparer... Hein Peter? ... On est plus fort que ça, hein? ... Allez Peter, dis quelque chose... S'il te plaît...

Sonia avait réussi à ancrer son regard dans celui qu'elle considérait encore comme son homme, et ne le lâchait plus. Plus ou moins consciemment, elle savait que Peter était plus sensible au regard des gens qu'à n'importe quelle supplique. Et cela eut à peu près l'effet escompté. L'homme, malgré sa détermination, fut ému par la détresse qu'il pouvait lire dans les yeux sombres de Sonia, et son cœur en fut remué. Il hésita à la prendre dans ses bras, pour la consoler comme il le faisait lorsqu'ils n'étaient encore que des amis, mais il eut peur que ce geste ne soit mal interprété et ne lui donne de faux espoirs. Et surtout, il se souvint de la dernière étreinte de ce genre qu'il avait échangée. Il y avait quelques jours à peine, mais dans des circonstances bien différentes. Certes, la personne accrochée à son T-shirt pleurait également, mais pas de la même façon. Elle pleurait parce qu'elle savait qu'elle pouvait compter sur Peter, qu'elle pouvait se reposer sur lui. Elle pleurait devant lui parce qu'elle lui faisait confiance. Mikaël pleurait devant lui parce que c'était le seul endroit où il pouvait le faire. Alors que Sonia, elle, pleurait devant lui parce qu'elle espérait encore qu'ils puissent reconstruire quelque chose à deux à partir des décombres de leur relation. Elle pleurait parce qu'elle savait qu'elle pouvait y gagner. Ce n'était pas la même chose. Absolument pas.

Et au moment où il réalisa cela, Peter comprit que si jamais il enlaçait Sonia maintenant, cela signifiait trahir Mikaël, ses sentiments pour lui, ainsi que ce qu'il avait réussi à accomplir ces dernières semaines. Ses mains, qui auparavant pendaient inertes le long de son corps, s'avancèrent vers les épaules de la jeune femme et la repoussèrent doucement, mais fermement.

-C'est fini Sonia. Que tu l'acceptes ou non. Je sais que je pourrais pas continuer avec toi. Je voudrais te dire que j'aimerais qu'on reste amis mais je crois pour l'instant que ça nous ferait plus de mal que de bien. Alors s'il te plaît, laisse-moi partir, sans impliquer d'autres personnes que nous. Je vais chercher mes affaires, et après je ne mets plus les pieds ici. Je te le promets.

Le message sembla être passé et Peter relâcha Sonia, qui sous le choc de l'annonce, tomba à genoux, avant de se laisser carrément tomber à terre et de sangloter. Apparemment, leur dispute de vendredi n'avait pas eu la même signification pour elle que pour lui. Néanmoins, il refusa de se laisser attendrir et se dirigea avec volonté vers l'escalier. Lorsqu'il fut dans sa chambre, avec l'aide de Stefen, il récupéra tous ses vêtements, ainsi que d'autres babioles à lui. Il fit un tour par la salle de bains et par le bureau, récupérant quelques DVDs et de nombreux CDs. Il termina par le salon, tandis que son ami mettait les premiers sacs dans la voiture. Il prit tous ses livres et presque toute la discothèque, Sonia n'étant pas très musique. Stefen revint dans la maison au moment où il jetait un coup d'œil à la cuisine. Peter lui fit signe qu'il en avait fini, qu'il ne restait plus rien à lui ici lorsque Sonia se releva, s'appuyant tant bien que mal contre la cloison qui séparait l'entrée du salon. Elle leur lança un regard mauvais avant de prendre la parole d'une voix rauque.

-Fucking assholes! Go to hell! Et toi Peter, emporte cette salope de My! Qu'elle grille aussi!

Elle reprit son souffle, puis elle cria de toutes ses forces, pliée en deux.

-FUCKING ASSHOLES!!

Les deux hommes ne restèrent pas plus longtemps à se faire insulter, et partir en claquant la porte, sans oublier d'emporter les derniers sacs avec les affaires de Peter. Ils s'installèrent rapidement dans la voiture, et Peter démarra sans attendre. Après quelques secondes à réaliser ce qu'il venait de se passer, Stefen éclata d'un rire nerveux.

-Putain, elle est complètement tarée ton ex!
-Hum... Elle était pas comme ça avant. Du moins, elle apparaissait pas comme ça. Mais depuis qu'on a rompu, j'ai l'impression qu'il lui manque une case. Ca me fait un peu culpabiliser, mais d'un autre côté, égoïstement, je me sens tellement mieux maintenant. Surtout avec Mikaël.
-Veinard, va! plaisanta Stefen.
-Eh! Toi aussi! T'as Nathaniel il me semble.
-Ouais, c'est pas faux. Tiens au fait, la folle dingue, elle a parlé d'une... My, c'est ça? C'est qui?
-Mais tu sais, je t'en ai parlé. C'est la meilleure amie de Mikaël, My Andersson.
-Ah oui, l'autre personne qui est au courant de votre relation, à toi et à Mikaël.
-C'est ça! Dis, tu devrais pas appeler ton homme, parce que le temps qu'il vienne à la maison en métro, je pense qu'on sera rentré, ou presque.
-'Key.

Une fois l'appel téléphonique passé, les deux hommes envisagèrent avec enthousiasme le reste de la soirée, s'oubliant dans l'instant présent.
Par Skorpan - Publié dans : [Fic] Crampons et autres fantaisies hippiques - Communauté : Parlons d'amour
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Mardi 17 novembre 2009




     -Mesdames, Messieurs, veuillez accueillir sur la piste l'un des derniers concurrents de l'épreuve, crachaient les hauts-parleurs. Il s'agit de Spunk Of Troy, monté par Mikaël Blowsworth. Et je vous rappelle que d'ici une petite demi-heure, à 9h30 pétantes, commencera la reconnaissance du parcours d'obstacles du concours complet.

Peter et Stefen arrivèrent juste à temps en haut des tribunes pour voir Mikaël galoper quelques foulées en attendant que la cloche ne sonne. Ils avaient réussi, difficilement, à obtenir une petite pause en ce début de journée, et se trouvaient maintenant face à la grande carrière d'obstacle. Ils descendirent de quelques rangées dans les gradins, et s'installèrent sur deux sièges libres à côté des escaliers.

-Dis, tu vois Nathaniel? Il m'a dit qu'il serait dans ce coin là des gradins.
-Appelle-le, proposa Peter.

Stefen ne se le fit pas dire deux fois et au bout de quelques sonneries, son compagnon décrocha. Après quelques explications, les deux inspecteurs l'aperçurent tout en bas, au troisième rang, les saluant d'une main. Ils lui rendirent son salut puis se concentrèrent sur la carrière: la cloche marquant le début du parcours venait de sonner.

-C'est avec ce cheval là qu'il y a eu un problème, tu m'as dit? demanda Stefen.
-Oui, c'est ça, confirma son ami. C'est Gabriel Doscientos qui devait le monter, mais il ne voulait pas, parce que le cheval est dangereux. Donc c'est Mikaël qui l'a récupéré.
-Et il accepte de monter des chevaux dangereux ton copain? Il est pas bien! s'étonna Stefen. Ah oui putain, je comprends mieux maintenant, rajouta-t-il aussitôt.

Les deux premiers obstacles venaient d'être franchis avec une facilité déconcertante, alors que le second, un vertical en sortie de courbe serrée, avait fait des ravages parmi les concurrents précédents: barres, refus et dérobades s'y étaient enchaînés. Les autres obstacles furent sautés de la même manière, comme s'il ne s'agissait que de soixante petits centimètres, alors qu'en réalité ils oscillaient tous entre 1m10 et 1m20. De plus, la rapidité était au rendez-vous et les courbes entre les obstacles se faisaient au plus court. Il ne restait plus que le dernier obstacle, un triple, combinant un vertical et deux oxers, avant la ligne d'arrivée, une trentaine de mètres plus loin. Peter croisa les doigts pour que tout se passe bien, et se mordit la lèvre inférieure, craignant que le cheval ne devienne fou à la moindre occasion. Les obstacles a et b furent passés tranquillement, mais Mikaël fut un peu près du c et dut user de toute son expérience pour tenter de le franchir sans faire tomber la barre. Spunk répondit très bien à ses aides, et ne fit que toucher la barre du deuxième plan de l'oxer avec ses postérieurs. Alors, dès la réception, un tonnerre d'applaudissements s'éleva du public, félicitant le couple pour l'une des meilleures performances de l'épreuve. Et l'étalon, par joie, par peur, ou peut-être même par vice, participa à l'euphorie générale en projetant ses postérieurs le plus haut possible à plusieurs reprises. Mikaël, ne s'y attendant absolument pas, et ayant relâché sa vigilance comme il atteignait la fin du parcours, se retrouva à cheval sur l'encolure de Spunk, glissant inexorablement sur le côté.

Peter avait applaudi avec les autres, mais dès qu'il vit Spunk faire des siennes, il arrêta et porta, anxieux, ses mains à sa bouche. Il s'était levé pour mieux voir la scène, et il regarda avec angoisse Mikaël passer la ligne d'arrivée accroché comme il le pouvait à son cheval. Puis se laisser tomber sur le sol, faire un roulé-boulé et se relever comme si de rien n'était. Il crut même le voir rire et faire de grands signes pour dire qu'il allait bien, avant de s'épousseter. Un soupir de soulagement s'échappa de ses lèvres.

-Waow waow! C'est un sacré numéro ton Mikaël! s'exclama Stefen qui s'était également levé pour observer la scène. Il se scratche et il se relève en riant!
-Ouais, je sais. J'ai toujours pas compris comment il...
-Voilà une belle démonstration de Mikaël Blowsworth! les coupa la voix déformée des hauts-parleurs. Un sans-faute avec un temps excellent, ce qui le place en troisième position provisoire, à quelques centièmes derrière le second. Et pour tous ceux qui se le demandent, tant que le cavalier et le cheval passent la ligne d'arrivée ensemble, c'est valide, peu importe la position!

Des rires s'élevèrent des gradins, et Peter et Stefen ne purent s'empêcher de s'y joindre.

-D'ailleurs, très belle chute Mikaël! Tu nous refais ça quand tu veux! plaisanta la voix. Et d'après ce qu'on vient de me dire par talkie-walkie, Mikaël Blowsworth va très bien, et ne s'est absolument pas fait mal. Il est juste un peu poussiéreux pour les prochaines épreuves.

De nouveau des rires se firent entendre tout autour de la carrière de sable, tandis que de nombreuses personnes avaient envahi le terrain pour essayer de récupérer l'étalon, qui profitait allègrement de sa liberté. Au bout de plusieurs échecs, on fit entrer d'autres chevaux, appartenant au club organisateur, qui, après maintes manœuvres, réussirent à coincer Spunk dans un coin. Il fut récupéré par un ramasseur de barres, et quelques mètres plus tard, Mikaël remontait dessus. Il quitta la carrière au petit trot, sous de nouveaux applaudissements. Quelques coups de cul firent leur apparition, mais cette fois-ci, il les encaissa sans problème. Dès que le cavalier fut hors de vue, les deux inspecteurs quittèrent les gradins pour retourner travailler.



     Nathaniel déambulait tranquillement parmi les différents stands installés dans les allées du club hippique, prenant tout son temps pour observer divers articles, parfois plus farfelus les uns que les autres. Il était bientôt huit heures du soir, la lumière déclinait doucement et des spots puissants s'allumaient peu à peu pour éclairer la foule grouillante qui ne semblait pas vouloir quitter les lieux. Il avait entr'aperçu son amant et son collègue le matin même, lors du passage de Mikaël Blowsworth sur Spunk Of Troy, mais depuis, il n'avait pu ne serait-ce deviner leurs silhouettes. Vers l'heure du déjeuner, il avait tenté de se rendre dans la zone où travaillaient les policiers, pour déjeuner avec eux, mais celle-ci était interdite d'accès à toute personne non autorisée. Et malgré ses sourires, il n'avait su apprivoiser la jeune femme qui s'occupait de la régulation des entrées.

En désespoir de cause, il avait acheté un hot-dog et une barquette de frites hors de prix, et avait mangé seul, contemplant depuis une petite colline le ballet d'hommes et de chevaux mêlés qui se déroulait sous ses yeux. Il avait alors découvert qu'un club hippique ressemblait bien plus à un village qu'il ne le pensait. Il ne manquait que des noms de rues, et on aurait pu s'y croire. Il s'amusa à enlever tout le modernisme des installations et à imaginer ce que le club aurait pu être quelques siècles plus tôt. Et il eut un fou rire solitaire lorsqu'il posa son regard sur le parking à camions, soudain transformé en camps de roms, avec des tentes rapiécées au milieu desquelles évoluaient des hommes élégamment vêtus.

Après avoir englouti sa dernière frite, un peu trop salée à son goût, il essaya tant bien que mal de suivre Mikaël sur ses différentes épreuves. Heureusement pour lui, le cavalier n'était engagé que sur un seul cheval, Jéricho, pour le concours complet du jour, d'un niveau légèrement moindre que celui du lendemain. Mais les difficultés se révélèrent lorsque le jeune homme découvrit que d'autres épreuves, hunter et dressage notamment, étaient organisées en même temps, et que Mikaël participait à plusieurs d'entre elles, sur différents chevaux. Et c'est en cavalant entre les différents terrains qu'il se demanda comment Mikaël réussissait à tout enchaîner sans le moindre problème apparent. L'après-midi passa donc rapidement, et il n'eut pas vraiment l'occasion de penser à son compagnon, ni à son absence. Ce n'est que le soir venu qu'il en ressentit un grand vide, d'autant plus grand qu'il avait été très occupé durant les heures précédentes. Alors surgit dans son esprit une idée qu'il jugea lumineuse.



     -Coach, j'ai vraiment pas besoin que tu me fasses un compte-rendu et une critique complète de mes épreuves de la journée, soupira Mikaël en essayant d'attraper avec sa fourchette les dernières spaghettis qui se battaient en duel dans son assiette. Je suis crevé, j'ai encore Jéricho à m'occuper, et je voudrais vérifier quelques petits trucs sur les autres. En plus, je ne monte pas les mêmes chevaux demain. Donc tous les conseils que tu pourras me donner ne feront que m'embrouiller, et je ferai une moins bonne performance.
-Et tu veux faire ça quand alors?
-Lundi, en début d'après-midi, par exemple, proposa Mikaël avant de se lever. Bon, moi je vais voir mes chevaux. Salut, dit-il à la petite assemblée réunie pour le dîner.

Il déposa son assiette vide à l'endroit prévu pour la vaisselle sale, puis rejoignit, les mains dans les poches et la tête dans les nuages, l'endroit qui leur avait été attribué pour leurs chevaux: un petit bout de pré, bien plus agréable que le parking à camions où ils avaient évolué toute la journée. Il était à une grosse cinquantaine de mètres de ses chevaux lorsqu'une voix le héla.

-Hé! Blowsworth! Y'a quelqu'un qui veut te voir à la grande salle!

Le cavalier tourna la tête et reconnut sans difficulté l'une des personnes qui s'assuraient que le concours se déroulait correctement. Ils avaient plusieurs fois eu l'occasion de discuter, mais ça n'avait jamais été plus loin que des conversations de travail.

-C'est qui? cria-t-il, ne voulant pas se déplacer jusqu'à son interlocuteur, trop fatigué.
-Aucune idée! Il m'a dit qu'il était fan de toi et qu'il voulait te voir!

Mikaël hésita un instant, n'aimant pas particulièrement rencontrer des personnes se disant fan de lui lors des concours. Il avait peur que cela le déstabilise si jamais quelque chose ne se passait pas bien. De plus, la plupart du temps, il ne s'agissait que de lèche-bottes qui ne connaissait de lui que ce que disait le programme du concours. Rien de bien intéressant ni excitant en somme. Mais ce soir, une petite voix lui dit qu'il s'agissait peut-être d'une autre ruse de Peter, pour qu'ils se retrouvent seuls tous les deux: toute la journée, ils n'avaient fait que se croiser, et ce uniquement dans le cadre de l'enquête. Jamais ils n'avaient pu discuter librement. Et ce fut cette petite voix qui dicta sa réponse.

-Ok! Dis-lui que je suis avec mes chevaux. Au pire, s'il me fait chier, je demanderai à Jéricho de me le jarter! plaisanta Mikaël.
-D'accord! rigola l'autre en retour, avant de repartir vers la grande salle, où le fan attendait depuis suffisamment longtemps une réponse.

Mikaël, quant à lui, rejoignit tranquillement ses chevaux, songeant avec un sourire à Peter. Cela lui ferait du bien de le voir après une journée aussi rude que celle qu'il venait de passer.  Certes, il adorait monter à cheval, et faire des concours pour repousser ses propres limites et celles de ses chevaux l'enchantait, mais il y avait de nombreux inconvénients. A commencer par tous les hypocrites qui venaient lui graisser la patte alors qu'ils ne l'aimaient pas. Avec le temps, il avait appris à les éviter, et il restait essentiellement avec les gens qu'ils connaissaient bien, mais ça n'en restait pas moins épuisant de toujours faire attention à ce qu'il disait. Surtout maintenant que le scandale du dopage éclaboussait le milieu. Tout le monde se soupçonnait mutuellement, au lieu de ses serrer les coudes. Chacun voulait sauver sa peau, et l'ambiance était de plus en plus détestable. Il espérait franchement que toute cette histoire se finisse au plus vite, et il maudissait les imbéciles qui avaient eu l'idée complètement inconsciente de doper leurs chevaux. Il fallait être fou, ou très irrespectueux de l'animal, pour faire une telle chose. Et rien que cette pensée le mettait en rage.

Mikaël commença à s'énerver tout seul, et ce fut un mouvement brusque de Spunk qui le sortit de ses ruminations. Il était arrivé sans s'en rendre compte dans le pré, où Ithaque flirtait un peu trop avec Spunk, de l'avis de ce dernier. D'un pas rapide, il arriva derrière les deux chevaux et se glissa entre eux, les empêchant de se toucher. Il vérifia rapidement que Spunk était bien pansé et qu'il n'avait aucune blessure, avant de constater que sa groom, Mary, avait fait du bon travail. Puis il changea l'étalon de place, le trouvant trop nerveux pour rester au milieu des autres chevaux. Ensuite, il vérifia l'état de ses chevaux du lendemain: Ithaque et Jewel étaient propres, nattés et piontés. Des bouts de coton avaient même été mis dans leurs mortaises à crampons. Mary avait été très efficace sur ce coup-là également: ils étaient fin prêts pour le concours complet, à condition qu'aucun n'ait l'idée de défaire ses pions durant la nuit. Il leur tapota amicalement l'encolure et la croupe avant d'aller voir son cheval. Jéricho brillait aussi de propreté, mais Mikaël avait envie de s'en occuper: ça leur ferait du bien à tous les deux. Il alla donc chercher un cure-pied, un bouchon et un pot de graisse: s'occuper de ses sabots ne lui ferait pas de mal. Il commençait tout juste à nettoyer la paroi externe de l'antérieur gauche qu'il entendit une voix l'appeler.

-Monsieur Blowsworth?

Le cavalier se releva, repéra l'inconnu et l'appela, un peu déçu qu'il ne s'agisse pas de son petit ami. Il s'était trompé: Peter ne risquerait pas de tout foutre en l'air en le voyant en privé dans de telles circonstances.

-Monsieur! Par ici! cria-t-il tout en faisant de grands signes de la main.

L'inconnu arriva rapidement à la hauteur du cheval et les deux hommes se serrèrent la main par dessus le dos de Jéricho.

-Bonjour, Mikaël Blowsworth. On m'a dit que vous vouliez me voir.
-Oui, je suis Nathaniel Lancaster, se présenta-t-il.
-Et? demanda le plus jeune, ne comprenant pas où son interlocuteur voulait en venir. Suis-je censé vous connaître?

Pris de court, Nathaniel balbutia avant de se reprendre et de compléter sa présentation.

-Ah... euh... oui, pardon. Je suis le compagnon de Stefen... Stefen Lashon, vous savez le collègue de Peter Mac Lean, votre...
-C'est bon, j'ai compris, l'interrompit-il, l'interdisant d'un regard de finir sa phrase. Et qu'est-ce que vous me voulez?

Le ton était sur la défensive: Mikaël se méfiait de lui, et il le lui fit bien comprendre.

-Je voulais faire votre connaissance. Peter nous a tellement parlé de vous, lorsqu'il est venu à la maison, que je suis devenu curieux. C'est tout.
-Et qu'est-ce qui me prouve que vous ne mentez pas?

De nouveau pris de court, Nathaniel ne sut quoi répondre à la paranoïa, qu'il trouvait peu justifiée, du cavalier. Heureusement, le silence gênant fut interrompu rapidement par une sonnerie de portable. Le jeune homme y répondit, indiquant à son interlocuteur où il se trouvait, sous l'œil suspicieux de Mikaël. S'ensuivit une dizaine de minutes où Nathaniel tenta d'expliquer tant bien que mal au petit brun qui lui faisait face que non, sa démarche n'avait rien d'intéressée, qu'il s'agissait uniquement d'un peu de curiosité envers quelqu'un qu'il avait l'impression de connaître sans l'avoir rencontré. Et que non, il n'allait pas vendre ce qu'il savait au chef de Peter, ni à des journalistes. Peu à peu, les doutes de Mikaël s'estompèrent, mais ce ne fut pas pour autant qu'il se laissa aller. Ainsi, l'ambiance était toujours assez tendue lorsqu'ils furent rejoints par deux autres personnes.

-Peter! Qu'est-ce que tu fous là? s'exclama Mikaël dès qu'il le reconnut.
-Ah! Stefen! Te voilà enfin! fit en même temps Nathaniel. Mikaël est assez réticent à me croire, mais je crois que maintenant que t'es là avec Peter, il va comprendre.

Les deux hommes, qui s'étaient apparemment concertés auparavant, emmenèrent chacun de leur côté leur amant sans prononcer un seul mot, ou presque. Tandis que Peter et Mikaël restaient dans le pré avec les chevaux, Stefen et Nathaniel s'éloignèrent sur le chemin qui y conduisait. Lorsqu'ils furent assez loin de l'autre couple, ils s'arrêtèrent et le plus âgé commença à sermonner son compagnon.

-Mais qu'est-ce qui t'a pris d'aller le voir comme ça, tout seul, sans même prévenir?
-J'étais curieux, je te l'ai déjà dit, il me semble, rétorqua-t-il, prenant assez mal le ton de reproche employé.
-Oui, mais tu peux pas débarquer comme une fleur comme ça. Tu comprends? demanda-t-il en se radoucissant, sachant qu'il ne servirait à rien de s'énerver.
-Non, je ne comprends pas, fit Nathaniel, de façon butée.

Stefen souffla puis prit son courage à deux mains, comptant sur la discrétion habituelle de celui qui partageait sa vie depuis si longtemps.

-Tu sais qu'ils ont une relation un peu compliquée, étant donné qu'ils sont tous les deux impliqués dans cette histoire de dopage, mais chacun d'un côté de la barrière. Donc ils sont très méfiants, et ils font très attention dès lors que le sujet vient sur la table. Ils n'en parlent pas avec n'importe qui, d'accord?
-Oui, oui, je sais tout ça. Mais rien ne permet de me relier à Peter, alors je ne vois pas où est le problème si je parle à Mikaël.
-Euh... à tout hasard, il y a moi qui permet de te relier à Peter, corrigea Stefen, plus blessé qu'il n'en laissa paraître.
-Oui, mais personne n'est au courant que tu sors avec moi à ton boulot, à part Peter.

Le silence se fit pendant quelques secondes, le temps que chacun prenne conscience de la portée de ces paroles.

-C'est un reproche?

La voix de Stefen était serrée, comme s'il se retenait de pleurer, et il détourna le regard lorsque Nathaniel essaya de le capter. Finalement, le plus jeune l'enlaça et posa sa tête au creux de son épaule. Au bout de quelques secondes, Stefen l'enlaça à son tour et Nathaniel prit la parole.

-On en a déjà parlé plusieurs fois. Tu sais bien que je ne t'en veux pas pour ça. Du moment que ta famille et tes amis proches, en dehors de tes collègues, le savent, ça me va. Et puisqu'ils le sont, c'est bon... Tu sais, le plus important pour moi, c'est que tu ne me renies pas. Que tu ne fasses pas comme si je n'existais pas. C'est tout ce qui compte. D'accord?

Stefen acquiesça avec empressement et resserra son emprise sur lui, avant de s'excuser et de lui murmurer à quel point il l'aimait, et à quel point il avait rendu sa vie merveilleuse.

Après de longues minutes tendrement silencieuses, Nathaniel reprit la parole.

-Dis, c'est si grave que ça que je sois allé voir Mikaël?

L'inspecteur se détacha de son compagnon et le regarda dans les yeux avant de le rassurer.

-Si tu parles du risque qu'ils soient découverts, je ne pense pas que ce soit grave. Comme tu l'as dit, il y a peu de chances qu'on fasse le lien entre toi et Peter, si jamais on s'intéresse à toi. Par contre... il hésita un instant avant de reprendre. Du point de vue de leur relation, je ne sais pas. Je ne crois pas que ça ait beaucoup d'incidence, parce que leur couple est plus fort que ça il me semble. Mais on ne sait jamais. Mikaël est quelqu'un de très fragile, et le fait que tu sois en quelque sorte intervenu dans son histoire avec Peter alors qu'il ne te connaît ni d'Eve ni d'Adam...
-Il avait pas l'air si fragile que ça pourtant, vu comment il se défendait face à moi. Verbalement j'entends, commenta Nathaniel.
-C'est vrai qu'il n'en a pas l'air comme ça, mais je t'assure qu'il vit sur un fil. Ou tout du moins, il a vécu tellement longtemps sur un fil que ça ne peut qu'avoir eu des répercussions sur comment il est aujourd'hui.
-Qu'est-ce que tu veux dire?

Stefen lui sourit avec amusement avant de mettre fin à la conversation en quelques mots.

-Tout ça, je l'ai déduit de que j'ai appris avec son dossier, vu que c'est moi qui m'occupe de son cas. Alors je n'en dirais pas plus: secret professionnel, tu comprends? termina-t-il sur le ton surjoué d'une confidence de la plus haute importance.

D'abord surpris, Nathaniel finit par en rire, et ils repartirent direction la sortie du club, puis de l'hôtel où ils avaient loué une chambre pour la nuit: Peter les rejoindrait plus tard.



     Peter avait attrapé le bras de Mikaël et l'avait emmené un peu plus loin à l'intérieur du pré. Mais aussitôt qu'il le lâcha, le cavalier retourna auprès de Jéricho, arguant qu'il devait s'en occuper. En réalité, et Peter le devina très vite, c'était pour se rassurer que Mikaël avait besoin de se trouver à côté de Jéricho. Jéricho qui avait été l'élément le plus stable de sa vie ces dernières années, et dont il avait eu besoin à plusieurs reprises depuis qu'il avait rencontré Peter. Et dont il aurait à nouveau besoin ce soir-là après l'intervention de Nathaniel.

-Eh Mikaël, ça va? demanda doucement Peter alors que le cavalier s'était assis par terre à côté des antérieurs de son cheval.

Il avait empoigné son bouchon et s'apprêtait à frotter le sabot avec lorsque Peter le lui prit délicatement des mains. Il s'agenouilla ensuite à ses côtés et l'attira contre lui, posant son nez dans ces cheveux bruns qu'il aimait tant et les parcourant de ses doigts. Mikaël, d'abord raide face à ce geste affectueux peu habituel hors du cocon que constituait l'appartement new-yorkais, y répondit avec retard. D'abord timidement, puis de manière plus franche, agrippant à l'en déformer le T-shirt de son amant et en y enfouissant sans pudeur son visage, y séchant des larmes qui commençaient à couler. Des larmes de rage, de frustration, d'impuissance face à leur situation, mais aussi et surtout des larmes de fatigue.

Après une bonne demi-heure à s'étreindre et à se murmurer des mots rassurants et pleins d'amour non dit, Mikaël se redressa et regarda de ses yeux rouges un Peter souriant tendrement.

-Ce Nathaniel Lancaster, c'est vraiment le mec de Stefen Lashon, l'ami dont tu m'as parlé? l'interrogea-t-il sans détour.
-Oui, je l'ai rencontré quelque fois. Et il m'a bien aidé lorsque je m'emmêlais dans mes propres sentiments.
-Tu veux dire: avant qu'on ne sorte ensemble?
-Oui, c'est ça.
-Ok... Et on peut lui faire confiance?
-Je pense.
-Peter... souffla Mikaël, mécontent de la réponse apportée.
-Ok, ok, j'en suis sûr, se reprit Peter avec un sourire, comprenant l'angoisse du cavalier: trop de choses étaient en jeu pour se contenter d'un "Je pense". Il est tout à fait capable de garder un secret et il est conscient de la situation dans laquelle on est.
-Tant mieux, fit-il, rassuré.

Il se leva et invita Peter à faire de même. Le temps que celui-ce se dégourdisse un peu les jambes, ankylosées à être restées pliées trop longtemps, il ramassa ses brosses et son pot de graisse, glissa quelques mots à l'oreille de Jéricho et se dirigea vers une grande malle en fer posée quelques mètres plus loin. Il y déposa toutes ses affaires, attrapa ce qui semblait être quelques couvertures et des pulls et revint aussitôt vers Peter. Il lui tendit la main et l'inspecteur ne se fit pas prier pour la prendre: ils étaient seuls dans ce coin-là, hormis les chevaux qui leur tenaient compagnie, et aucun spectateur indésirable ne serait témoin de leur ballade nocturne. Mikaël l'entraîna alors beaucoup plus loin dans le pré. Tellement loin que Peter finit par s'interroger.

-Dis, on va où comme ça?

Le jeune homme ne répondit pas mais s'arrêta quelques mètres plus loin, devant une minuscule colline sculptée par l'homme, avec un tronc posé en travers dessus.

-Ca, c'est un piano, suivi d'une banquette avec un tronc, puis un autre piano, expliqua Mikaël en levant la tête vers celui qui venait de l'enlacer par derrière, par besoin de chaleur mais aussi par envie. Il y a quelques années, on le sautait lors du cross du complet, mais depuis trois ans, comme ils ont rénové et ré-aménagé tout leur ancien parcours, l'obstacle n'est plus utilisé. Ce qui fait que plus personne ne vient par ici. Depuis le haut, continua-t-il en essayant tant bien que mal de monter les marches du piano, avec Peter toujours accroché à son dos, on voit tout le club de ce côté-là. Et de l'autre côté, on ne voit que la forêt. Y'a rien d'autre. Lorsque j'ai envie d'être tranquille dans ce club, je viens toujours ici. L'an dernier, je m'y suis même endormi sans faire gaffe. Mais je me suis réveillé en pleine nuit parce que j'avais froid.
-D'où les couvertures et les pulls, compléta Peter, une lueur d'amusement passant dans ses yeux à l'idée d'un camping improvisé avec l'homme qu'il aimait.

Mikaël acquiesça doucement avant de grimper sur le tronc, où il avait déposé leurs vêtements pour la nuit. De là-haut, il observa le visage calme et paisible de son amant, qui, lorsqu'il saisit son regard, monta à son tour pour se retrouver à ses côtés. Marchant avec prudence sur les aspérités nombreuses du bois, ils se rapprochèrent pour se toucher du bout des lèvres, puis du bout de la langue, avant de s'embrasser entièrement. Les bras passèrent derrière la nuque de l'un, autour des hanches de l'autre, et les corps se collèrent l'un à l'autre, se réchauffant mutuellement. Puis, les mains, en coquines exploratrices, s'aventurèrent sur la peau de l'autre, d'abord sur le T-shirt, puis dessous, jusqu'à descendre au niveau du pantalon et à s'y introduire. Les caresses se firent de plus en plus osées, semblant ne jamais pouvoir répondre à l'insatiabilité des deux hommes, lorsque soudain Peter dérapa.

Se raccrochant à Mikaël, il l'entraîna dans sa chute et les deux hommes se retrouvèrent cul à terre, l'un à côté de l'autre. Relevant la tête, le plus jeune remarqua qu'ils étaient tombés du côté de la forêt, et non du club, et étendant son bras, il attrapa les couvertures et les pulls pour les faire tomber à côté de lui. Il prit l'une des couvertures et l'étendit sur le sol, avant de s'y allonger. Enfin, il fit signe à Peter de le rejoindre, et sous la bienveillance de la lune, les deux amants découvrirent ensemble un monde déjà frôlé du bout des doigts, mais prudents, un peu inquiets et angoissés aussi, ils n'osèrent aller jusqu'au bout, et s'interrompirent à mi-chemin.
Par Skorpan - Publié dans : [Fic] Crampons et autres fantaisies hippiques - Communauté : Parlons d'amour
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Lundi 2 novembre 2009
Courte suite, mais vu son contenu, et le fait *de plus en plus extraordinaire, y compris dans la vie de tous les jours* que je ne sois pas en retard, je crois que vous me pardonnerez. Du moins je l'espère.

Sur ce, bonne lecture! =D







     Le trajet de retour jusque chez eux se passa dans un silence de mort, comblé seulement par la voix grave et rapide d'un présentateur radio, qui interrogeait des spécialistes quant aux énergies alternatives au pétrole. En sortant du cabinet du docteur Sutton, Sonia avait tenté de savoir ce que les deux hommes s'étaient dit, et pourquoi elle avait été mise à la porte. Peter lui avait juste affirmé que selon les dires du docteur, tout allait bien chez lui, et qu'il n'avait aucune espèce de maladie. Elle avait protesté, car un problème existait bel et bien, mais il n'avait pas voulu lui en dire plus, malgré son insistance. En montant dans la voiture, lui derrière le volant, et elle côté passager, car elle se sentait un peu fatiguée, elle avait cessé ses jérémiades. Elle savait en effet qu'il s'énervait beaucoup plus facilement lorsqu'il conduisait, et que cela pouvait devenir dangereux. Cependant, dès qu'ils furent arrêtés devant la porte de leur garage, le même manège recommença.

-Peter, je comprends vraiment pas pourquoi tu ne veux pas me dire ce que t'a dit le docteur Sutton, ré-attaqua-t-elle alors qu'ils sortaient de la voiture.
-Mais je te l'ai déjà dit, soupira-t-il. Tout va bien, je vais bien, je ne suis pas malade.
-Merci, j'avais compris. Mais il n'empêche que ça ne nous dit toujours pas pourquoi tu as eu ces pannes, et comme je suis également concernée, j'estime avoir le droit de savoir précisément ce que t'a dit le docteur.

Peter ne répondit rien et ouvrit la porte de la maison. Il ne voulait pas avoir ce genre de conversation dans leur jardin, à la portée de n'importe quelle oreille. D'ailleurs, il ne voulait pas avoir ce genre de conversation du tout.

Une fois la porte ouverte, il déposa ses clés à leur endroit habituel, dans une petite coupelle en céramique et se dirigea directement dans le salon, où il s'affaissa dans le canapé, épuisé moralement. Sonia l'y suivit et continua la discussion interrompue, ignorant délibérément son air exténué.

-Peter, je comprends que tu puisses être en colère contre moi parce que je t'ai caché le fait que le docteur Sutton était un sexologue, mais s'il te plaît, ne fais pas ta tête de mule et raconte-moi ce qu'il s'est passé. C'est vrai quoi, je...

A partir de ce moment-là, Peter ne l'écouta plus: elle était partie dans un réquisitoire inutile et ennuyeux, qui tentait de le faire céder. Il préféra se projeter dans l'avenir et réfléchir au problème épineux de sa future rupture avec Sonia. Il y avait déjà pensé dans la voiture, et était arrivé à la conclusion qu'il devait faire cela en douceur et la préparer mentalement. Même s'il n'aimait plus Sonia, il gardait un certain attachement pour elle, en raison de toutes leurs années d'amitié, et il ne voulait pas la faire souffrir plus que de raison. D'un autre côté, se dit-il, conserver la situation telle qu'elle était la ferait forcément souffrir a posteriori. Et cela blessait actuellement Mikaël, même s'il refusait de le montrer. Les choses devaient donc changer rapidement, mais pas trop. Le tout était de choisir le bon moment, un peu comme lorsqu'on se déclarait à quelqu'un: il ne fallait pas louper le coche.

-Dis Peter, tu m'écoutes au moins?! s'énerva-t-elle, en s'asseyant brutalement à côté de lui sur le canapé, le faisant ainsi sursauter.
-Oui, non, enfin, oui, oui, balbutia-t-il immédiatement, sortant peu à peu de ses pensées.
-Et en plus, tu te fous de ma gueule! Non mais, c'est quand même incroyable ça! Je suis peut-être bonne poire Peter, mais y'a des limites à ne pas dépasser, et là t'es en train de les franchir. Fais gaffe à toi si tu continues comme ça! le prévint-elle en s'excitant davantage. En plus, c'est pas la mer à boire ce que je te demande! Je veux juste savoir ce que le médecin t'a dit. On est ensemble, et on doit tout se dire, affirma-t-elle avec véhémence.
-C'est cela, oui, et c'est pour ça que tu ne veux jamais me dire ce qu'il se passe quand tu vas voir ta gynécologue, argua-t-il, totalement réveillé par les décibels employés par la jeune femme.
-Ce n'est pas la même chose! s'exclama-t-elle sans sourciller.
-Bien sûr que si.
-Non, ça ne l'est pas, répliqua-t-elle, butée. De toute façon, ce n'est pas le sujet. Le sujet, c'est cette visite chez Sutton. Ce qui permet aux couples de tenir le coup dans la longueur, c'est le fait que les deux parties se font confiance, et qu'ils peuvent discuter de tout entre eux.
-Eh bien justement! s'écria-t-il en se levant brusquement du canapé. Sur ce, Sonia, tu commences sérieusement à me faire chier. Et je sais que quand t'es comme ça, tu vas continuer pendant toute la soirée. J'ai pas envie de m'épuiser à me disputer avec toi, ou d'entendre tes inepties jusqu'au milieu de la nuit. Alors je vais dormir chez un ami, je bosse moi demain.

Il quitta ensuite le salon pour chercher quelques affaires de rechange dans leur chambre à l'étage. Il espérait juste que Stefen serait prêt à l'accueillir pour la nuit, et qu'il n'avait rien prévu avec Nathaniel, parce qu'il n'avait absolument aucune envie de rester seul ce soir.

Sur le canapé, Sonia était restée interdite devant les violentes paroles de son compagnon. Elle n'arrivait pas encore bien à
appréhender la portée de chacune d'entre elles, mais une information avait néanmoins réussi à connecter plusieurs de ses neurones pour apparaître clairement dans son esprit. Il allait la laisser seule dans leur lit ce soir. Il allait dormir autre part. Il allait dormir chez un ami. Chez un ami!

Soudain, elle se précipita dans les escaliers, monta les marches deux à deux, et se retrouva, essoufflée, devant la porte de leur chambre. Peter était en train de se préparer à partir, et elle le vit mettre deux boxers dans son vieux sac à dos noir, décoré depuis l'époque du lycée.

-Tu fais quoi? demanda-t-elle malgré l'évidence.
-Je prends de quoi me changer pour le weekend. Et n'essaie même pas, Sonia, anticipa-t-il, je ne changerai pas d'avis. J'ai supporté ton caprice et je suis allé voir ce foutu médecin. T'aurais dû être satisfaite, mais non! Depuis qu'on l'a quitté, t'as pas arrêté de me harceler, et là, je commence à en avoir sérieusement ras-le-bol. Alors avant de faire une connerie, je me casse. Je reviendrai probablement dimanche dans la nuit, donc on pourra discuter tranquillement, la tête reposée, lundi soir. Est-ce que ça te va?

Peter avait adouci le ton de sa voix au fur et à mesure, cachant du mieux qu'il pouvait la déferlante d'irritation et de colère qui s'agitait en lui. Diplomate, il avait tenté de trouver un compromis pour éviter que la situation ne dégénère encore plus, exactement comme il le faisait à son travail, lors de certains interrogatoires. Pour la première fois depuis qu'ils s'étaient installés ensemble, il avait dû recourir mentalement à son masque d'inspecteur de police chez lui. Dans sa vie privée et son intimité. Et il n'aimait pas du tout cette sensation.

-Oui, ça me va, finit-elle par accepter au bout d'un moment. C'est une promesse?
-Oui, c'est une promesse... Pardon, tu bloques le passage, s'excusa-t-il en essayant de sortir de la chambre.
-Qu'est-ce que tu fais? redemanda-t-elle, surprise.
-Je te l'ai déjà dit: je ne dors pas ici ce soir, répondit-il, surpris à son tour, croyant qu'elle avait fini par comprendre.
-Mais tu t'es calmé, donc c'est bon, tu peux rester, fit-elle d'un ton avenant tout en passant une main sur sa joue puis sur sa nuque.
-Non, je ne me suis absolument pas calmé, la contredit-il. J'essaie juste de ne pas passer mes nerfs sur toi. Alors, maintenant, si tu veux bien me laisser passer...

Il força le passage et s'engouffra dans l'escalier.

-Et tu vas dormir où? s'enquit-elle d'une voix forte.

Il s'arrêta et lui lança un regard exaspéré.

-Je te l'ai déjà dit! Tu peux au moins faire l'effort d'écouter quand on te parle, puisque tu tiens tant à la communication au sein du couple! Je vais dormir chez un ami!
-Un ami? Mais Peter, t'as pas d'amis, affirma-t-elle, étonnamment sûre d'elle.
-Pourquoi tu dis ça?

Il remonta lentement les marches une par une, tout en la fixant du regard, essayant de sonder son esprit. Il arriva près elle et répéta sa question d'un ton plus ferme, plus dur, craignant déjà la réponse. Car son cerveau avait en quelques secondes connecté bon nombre d'informations qu'il avait tenues cloisonnées les unes des autres pendant des années, par peur, par imbécillité.

-Pourquoi tu dis ça Sonia?
-Parce que c'est la vérité, répondit-elle, une lueur de défi dans les yeux. Tu n'as plus aucun contact avec tes potes du lycée, et tu as été incapable de nouer des liens solides avec quiconque à ton boulot. Tu n'as plus que moi Peter. Donc ce soir, tu restes.

Cette déclaration lui coupa le souffle pendant quelques secondes, mais il se reprit rapidement, usant encore une fois de son professionnalisme dans sa propre maison.

-Pourquoi dis-tu que je n'ai aucun ami à mon boulot?

Le ton s'était fait d'un coup plus froid, mais il n'impressionna nullement la jeune femme, campée sur ses positions.

-Parce que tu n'en as jamais parlé, et que tu n'as jamais invité personne à la maison.
-Parce que tu n'aimes pas mon boulot, que ça te fait chier quand j'en parle, et que tu m'as clairement fait comprendre un jour que tu détesterais si jamais l'idée me venait d'inviter des collègues à dîner. Mais Sonia, ôte-moi d'un doute: aurais-tu fait tout cela intentionnellement?

En guise de réponse, elle lui sourit. Puis elle prit la parole.

-Je suis celle qui te connais le mieux. Je connais tout de toi, il n'y a pas une part de toi que je ne connais pas. Ces prétendus amis que tu as, ils ne te connaissent pas. Ils ne peuvent pas être de vrais amis.
-Tu veux dire: ils connaissent une partie de moi que tu ne connais pas, et que donc tu nies.

La lumière, soudain, s'était faite dans l'esprit jusqu'alors embrumé de Peter. On y avait allumé tous les projecteurs, et la vérité y apparaissait comme en plein jour. Sonia, sous ses airs de gentille fille confiante, l'avait manipulé de façon à ce que sa vie finisse, un jour ou l'autre, par ne tourner qu'autour d'elle. Il songea avec effroi qu'elle n'avait pas été loin de réussir: hormis Stefen et Mikaël, il avait très peu de contacts avec des personnes autre que les amis de Sonia. A la seule pensée qu'il aurait pu être complètement dépendant de Sonia sur le plan relationnel, il se sentit mal, affreusement mal. Mais il contint ses hauts-le-cœur et ses vertiges pendant quelques minutes encore.

Il reprit la parole, d'une voix froide de colère aux intonations de dégoût, alors que Sonia restait souriante, apparemment persuadée qu'elle contrôlait la situation.

-Sonia, tu as un grain, sérieusement. Je regrette de ne pas avoir écouté Josh, mon meilleur ami au lycée, si tu te souviens de lui. Il te sentait pas, qu'il disait. Eh bien, il avait raison, pour une fois. D'ailleurs, je me demande comment j'ai pu être aussi aveugle pour ne m'apercevoir de rien jusqu'à aujourd'hui. A chaque fois, je passai l'éponge sur tes défauts, sur tes écarts. Et je refusais de faire le lien entre chaque.
-Parce que tu m'aimes, expliqua Sonia sereinement.

Peter la regarda, incrédule: il venait de lui débiter des horreurs à faire hurler d'hystérie n'importe quelle femme, et elle, elle lui répondait qu'il l'aimait.

-Non Sonia, je ne t'aime pas, ou du moins, je ne t'aime plus. Je ne sais pas ce qui s'est passé pour que tu...

Le reste de sa phrase fut perdue dans le hurlement que le jeune femme venait de pousser. Mélange de douleur, de rage et de colère. Mais surtout, cri d'un animal blessé. Sans réfléchir, alors qu'il était encore stupéfait face à sa réaction, elle l'attrapa par la nuque et le plaqua contre le mur, l'embrassant de force. Elle passa férocement ses mains sous sa chemise avant de descendre rapidement au niveau de sa braguette. Elle essaya de l'ouvrir, mais sous son empressement, elle se bloqua. Peter saisit alors son instant de distraction pour retourner la situation à son avantage. Il lui attrapa les mains et l'obligea à reculer, tout en lui criant dessus, sa colère prenant peu à peu le dessus sur lui.

-Non mais ça va pas la tête! T'es malade de m'agresser comme ça!
-Et toi! Ca va pas de me quitter comme ça! Je t'aime moi! Tu peux pas me quitter! On va se marier Peter!
-Non! On ne vas pas se marier! Et je peux maintenant t'affirmer que tu ne m'aimes pas! Tu aimes seulement l'image que tu t'es faite de moi! T'as refusé de voir que je correspondais pas à ton idéal! Et moi, comme un con, je faisais tout pour m'en rapprocher! Je faisais tout pour que tu ne me plaques pas, parce que j'avais la trouille de me retrouver tout seul! Ah putain quel con!
-C'est faux! Je t'aime! Je t'aime Peter! T'as pas le droit de me quitter! T'as une maîtresse c'est ça?! C'est pour ça que tu veux me quitter?! Parce que tu baises avec quelqu'un d'autre? Avec cette salope que t'as invitée l'autre jour? Avec ses insinuations de merde, j'aurais dû m'en douter! Lâche-moi Peter! Je vais aller lui casser la gueule!
-Mais ferme-la Sonia!
-Non! Je ne me la fermerai pas! Qu'est-ce qu'elle a de plus que moi cette salope? Elle baise mieux que moi, c'est ça? Je peux m'améliorer! Je ferai tout ce qu'il faut pour te garder!

Sonia, tout en vomissant ses insultes, se débattait en proportion de ses paroles, mais Peter lui tenait d'autant plus fermement ses poignets.

-Putain Peter! Comment t'as pu me faire ça à moi! A moi qui te faisais entièrement confiance! Et lâche-moi nom de dieu! Tu me fais mal!
-Rien à foutre! cria-t-il. A moi aussi tu m'as fait mal! A chaque fois que tu refusais que j'invite des amis ou des collègues à dîner! A chaque fois que tu me demandais de passer la journée au lit, en te contrefoutant de mon travail! A chaque fois que tu critiquais mon boulot, le rabaissant au maximum!
-C'est ça! Et maintenant tu te fais passer pour une victime! cracha-t-elle. Pauvre petit Peter martyrisé par sa compagne alors qu'il la trompe.
-Absolument pas! Je veux pas me faire passer pour une victime! Je veux juste que tu prennes conscience de ce que tu as fait. Mais après tout, qu'est-ce que j'en ai à foutre? T'as essayé de contrôler ma vie depuis plusieurs années, et tu le sais très bien. Donc je vois pas pourquoi je perds mon temps ici à te parler. Salut, je m'casse! Je reviendrai prendre mes affaires plus tard!

Il lâcha son ex-compagne et s'engagea dans les escaliers. Il ne tint pas compte de ses cris, l'accusant d'être un salaud fini, et claqua violemment la porte derrière lui. Il monta dans sa voiture, balançant son sac sur la banquette arrière, démarra, et roula jusque chez Stefen, si énervé que les limites de vitesse furent oubliées ce soir-là. Arrivé chez lui, il sonna avec insistance, et n'arrêta que lorsqu'il entendit des pas se diriger vers l'entrée. Quelques secondes plus tard, la porte s'ouvrit sur Nathaniel.

-Ah... Salut Peter! Ca va?
-Salut, est-ce que ce serait possible de squatter pour la nuit? souffla-t-il, exténué par son éprouvante soirée et atteignant ses limites.
-Euh... oui, je pense, répondit-il, pris au dépourvu. Eh, t'as pas l'air bien, qu'est-ce qu'il y a?

Il posa une main sur son front pour vérifier s'il avait de la fièvre, puis le fit entrer. L'inspecteur lui adressa un faible sourire, mais empli de reconnaissance. Puis il salua Stefen, qui les avait rejoints, ne voyant pas son amant revenir. Ce dernier jeta un regard interrogateur à son ami, puis lui demanda ce qui s'était passé.

-Je crois que j'ai atteint un point de non-retour dans ma vie... expliqua Peter d'une voix rauque d'avoir trop crié. Et je dois dire que ça fout sacrément la trouille.

Stefen, comprenant immédiatement la situation, s'approcha de lui et l'enlaça amicalement par les épaules, un sourire soulagé ornant ses lèvres.

-T'as fait le bon choix Peter, j'en suis sûr.
Par Skorpan - Publié dans : [Fic] Crampons et autres fantaisies hippiques - Communauté : Parlons d'amour
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Vendredi 30 octobre 2009
Désolée pour le retard, ça m'était un peu sorti de la tête. Et puisqu'il me semble que j'ai du mal à tenir les délais, je vais faire comme ça: je promets une sortie par semaine, de préférence le lundi. Mais si le lundi, vous ne voyez rien, c'est qu'elle sera faite plus tard dans la semaine. ;-)

Sur ce, je vous laisse à la lecture de cette suite, bien croustillante. (et je précise pour ceux qui ne sauraient pas: il est interdit de me jeter le contenu de votre sac du marché à la figure! XD)







     Sonia était venue spécialement en voiture chercher Peter, pour qu'ils aillent ensuite ensemble chez le médecin. Cela énerva l'inspecteur d'être traité comme un enfant incapable de se rendre chez le docteur, même s'il était vrai qu'il n'était pas particulièrement enthousiaste à cette idée. Heureusement pour la jeune femme, Stefen l'avait bien fait rire avec ses blagues à la con avant de partir. Il était ainsi détendu, et presque de bonne humeur. Il proposa même d'aller acheter quelques donuts avant leur rendez-vous, puisqu'ils avaient une bonne demi-heure d'avance. Mais Sonia, arguant qu'elle devait faire attention à sa ligne, refusa tout net. Il ne chercha pas à la convaincre, et la suivit jusque chez le médecin. A l'entrée de l'immeuble, il essaya de voir avec qui ils avaient rendez-vous, mais il n'eut que le temps de déchiffrer trois des nombreuses plaques qui trônaient de chaque côté de la porte, qu'une voix répondait déjà à l'interphone et que le mécanisme d'ouverture s'actionnait.

-Dis Sonia, j'ai vu qu'il y avait un nutritionniste, un dermato et un psychothérapeute. Et franchement, on a besoin d'aucun des trois, alors je comprends toujours pas pourquoi tu tiens tant à me traîner ici, remarqua-t-il d'une voix lasse, tentant avec désillusion de grappiller quelques informations.
-Parce qu'il n'y a pas que ça comme médecins ici. C'est un genre de cabinet qui regroupe de très nombreuses spécialités.

Sonia ne voulut pas en dire plus, mais Peter se sentit néanmoins soulagé d'un certain côté: ils n'allaient pas voir le psychothérapeute. Arrivés au 5ème étage, ils passèrent sans sonner la porte avec marqué "Cabinet médical" dessus, et Sonia se présenta à l'accueil.

-Bonjour, je suis Sonia Northwood, et j'ai rendez-vous avec le docteur Sutton.
-Bien, vous êtes venue avec votre mari? demanda-t-elle en levant les yeux sur Peter.
-Oui, tout à fait, dit-elle aussitôt, empêchant Peter de faire une remarque quelconque.
-Très bien, le docteur Sutton viendra vous chercher lorsque ce sera votre tour. Vous pouvez aller vous installer dans la salle d'attente pour patienter. C'est la première porte sur votre droite.

Durant tout cet échange, Peter ne remarqua rien qui put l'informer sur la spécialité du docteur Sutton. Aucune carte de visite n'était posée sur la réception, et le blanc des murs était seulement cassé de temps en temps par un tableau d'assez mauvais goût. Pas un seul message de prévention n'ornait les murs, et Peter dut se résigner à rejoindre la salle d'attente en restant dans l'ignorance. Là, il prit exemple sur Sonia et feuilleta un ou deux magazines. Quelques minutes avant l'heure du rendez-vous, Sonia dut se rendre aux toilettes. Peter n'hésita pas alors une seconde et saisit sa chance, même s'il devait passer un imbécile.

-Excusez-moi, lança-t-il à la cantonade, est-ce que l'un d'entre vous sait quelle spécialité exerce le docteur Sutton?

Les hommes présents se regardèrent, mal à l'aise, puis celui qui se trouvait en face de Peter lui répondit.

-C'est un sexologue.
-Un quoi? demanda-t-il bêtement, ne croyant pas à ce qu'il venait d'entendre.
-Un sexologue, répéta l'homme avec un regard embarrassé. Il peut intervenir sur des problèmes de stérilité, mais aussi de désir, de plaisir. Et aussi...
-C'est bon, merci, je crois que j'ai compris, l'interrompit l'inspecteur, affreusement gêné.

Peter avait vraiment du mal à croire que Sonia ait pu prendre rendez-vous chez un tel spécialiste, surtout qu'ils allaient devoir parler de leur vie intime à un total inconnu. Lui, ça ne lui posait pas de problèmes particuliers, car il était bien conscient que les médecins étaient soumis à une déontologie stricte, qui comprenait le secret médical. Dans un sens, les médecins et les policiers se ressemblaient sur ce point-là. Mais Sonia avait toujours eu du mal à avouer ses problèmes et ses complexes. Plongé dans ses pensées, il entendit à peine sa compagne revenir des commodités et celle-ci dut le secouer lorsque le docteur, un homme d'apparence sèche et aux tempes grisonnantes, les appela pour les mener à son bureau. Une fois les présentations faites, quelques paperasses remplies, et que tout le monde fut bien installé dans les fauteuils, le docteur s'enquit de la raison de leur venue.

-Eh bien, reprit-il après un moment de silence alors que ni Sonia ni Peter n'avaient parlé. Si vous voulez que je vous aide, il faudrait que je sache quel est votre problème.
-Peter, explique-lui, lui demanda Sonia en rougissant légèrement. Après tout, c'est toi le principal concerné.
-Mais c'est toi qui a pris ce rendez-vous sans même m'en parler auparavant. Et sans même me dire qu'il s'agissait d'un sexologue. J'ai eu l'air bien con tout à l'heure dans la salle d'attente à demander quelle était la spécialité du docteur Sutton, répliqua-t-il le ton froid de colère, et en la regardant à peine, préférant attarder son regard sur la décoration du cabinet.

En effet, celui-ci regorgeait de plaques d'anatomie, juxtaposées à des reproductions de célèbres tableaux tels Impression Soleil Levant, de Claude Monet, ou l'inachevé Concert de Nicolas de Staël. L'ensemble était hétéroclite, mais donnait une impression de chaleur, de vie à la pièce, renforcée par la grande bibliothèque aux livres plus ou moins rangés.

-Madame, Monsieur, je préférerais éviter les disputes de couple en ma présence: je suis sexologue, pas psychothérapeute. Alors soit vous m'expliquez la raison de ce rendez-vous, soit vous sortez, et vous pourrez aller consulter mon collègue si vous le souhaitez.

Sonia lança un regard choqué au praticien, puis un autre, plus noir, à Peter, qui s'était absorbé dans la contemplation des articles scientifiques qui s'entassaient sur une partie du bureau. Ce dernier ne semblait absolument pas enclin à l'aider, de quelque manière que ce soit. Alors elle inspira un grand coup, maudit Peter de ne pas voir qu'elle avait fait cela pour l'aider, et commença à parler au docteur Sutton.

-Voilà... Comment dire docteur, c'est un peu gênant...

Elle jouait sans s'en rendre compte avec l'une de ses bagues, et jetait sans arrêt des coups d'œil à Peter, espérant qu'il prenne le relais puisqu'elle avait fait le premier pas. Mais il restait complètement stoïque, et elle réalisa soudain la difficulté de parler de problèmes intimes avec un inconnu.

-Ne vous inquiétez Madame, vous pouvez tout me dire. Le serment d'Hippocrate m'oblige au silence: rien de ce qui sera dit dans cette pièce n'en sortira. Vous pouvez me faire confiance.
-Oui, bien sûr, je le sais, répliqua-t-elle, bêtement vexée qu'il lui ait rappelé cette règle de déontologie qu'elle connaissait. Mais cela reste gênant face à vous.

Le sexologue soupira: il avait souvent affaire à ce genre de personnes là, mais celle-ci allait certainement battre toutes les autres à plate couture. Non seulement elle prenait un rendez-vous sans en informer son conjoint, mais en plus, elle refusait ensuite de parler du problème qui les intéressait. Il allait poliment lui dire ce qu'il pensait de cette situation extravagante lorsque l'autre homme de la pièce s'en chargea.

-Sonia, arrête de faire chier le monde. Je comprends vraiment pas pourquoi t'as pris rendez-vous avec le docteur Sutton, vu que t'aimes pas aller chez le médecin. Alors soit tu lui dis pourquoi t'as pris rendez-vous, soit on se barre et on le laisse faire son boulot tranquillement.
-Mais Peter! Pourquoi tu veux pas comprendre que j'ai fait ça pour toi! fit-elle d'une petite voix, alors qu'il s'était déjà levé de son siège.
-Pour moi? Me fais pas rire! Aucune personne sensée n'aurait emmené son compagnon chez un sexologue sans le lui dire.
-Tu n'aurais pas accepté si je n'avais pas fait cela, expliqua-t-elle piteusement.
-Bien sûr que j'aurais pas accepté! Je n'ai pas besoin de l'aide d'un foutu docteur, sans vouloir vous dénigrer, rajouta-t-il à l'adresse du médecin, puisque je vais très bien.
-Mais non! Tu ne vas pas bien! s'écria-t-elle en se levant pour lui faire face, oubliant complètement le professionnel qui les observait. Tu es incapable de bander et de me faire l'amour! Et j'ai regardé sur le net et dans des bouquins, l'impuissance peut être l'un des premiers symptômes de maladies très graves. Je veux savoir ce que tu as, Peter, se radoucit-elle en posant une main sur son épaule.

D'un mouvement, il l'enleva et se laissa tomber dans le fauteuil, abasourdi. Le mot était tombé, tel un couperet, de la bouche de la jeune femme: elle le croyait impuissant. S'il n'avait pas été autant sous le choc, il aurait ri de l'absurdité de la situation. Il n'était absolument pas impuissant, loin de là. Il avait juste changé sans qu'elle ne s'en aperçoive, ou plutôt, sans qu'elle ne le comprenne, se raccrochant désespérément à d'autres explications.

-Bien! s'exclama le médecin, saisissant ce moment de calme après l'explication quelque peu houleuse du couple. Puisque je connais plus ou moins la raison de votre venue ici, je vais enfin pouvoir faire mon travail. Madame, je vais vous demander de sortir. J'aimerais parler à votre mari seul à seul.

Quelques protestations s'échappèrent des lèvres de Sonia, mais l'inflexion de la voix du praticien lorsqu'il renouvela sa demande la fit taire, et obéir. Une fois qu'elle fut sortie, et que la porte se fut refermée, le docteur Sutton poussa un long soupir et adressa un sourire compatissant à Peter, toujours ahuri dans son fauteuil.

-Eh beh dis donc, c'est un sacré morceau votre femme.

Le jeune homme sortit de son inertie et leva les yeux sur son interlocuteur.

-Ce n'est pas ma femme... heureusement.

Le médecin lui jeta un regard circonspect, puis sembla approuver. Mais il ne s'étendit pas plus longtemps là dessus, et revint rapidement à des choses qu'il connaissait mieux. Quand était apparu le trouble? Combien de fois depuis? Etait-ce la première fois? Etait-il stressé, nerveux, inquiet? Avait-il toujours des érections matinales? Arrivait-il à être en érection en dehors de ces fois où la jeune femme le sollicitait? Les questions de toutes sortes s'enchaînaient et Sutton notait les réponses au fur et à mesure sur son ordinateur. Après plusieurs minutes de cet interrogatoire, il résuma ce qu'il avait appris.

-Donc, votre premier trouble de l'érection est apparu il y a un environ deux semaines et demi, et s'est répété trois fois depuis lors. Cependant, cela n'arrive que lorsque votre conjointe souhaite faire l'amour avec vous, et lorsque vous vous masturbez seul, il n'y aucun problème d'érection, ni d'éjaculation. De plus, les érections matinales sont conservées. Est-ce bien cela?

Peter acquiesça.

-Vous n'avez pas non plus d'antécédents personnels ou familiaux de tels troubles, du moins pas à votre connaissance. Vous effectuez un travail relativement stressant, qui a quelques répercussions sur votre vie de couple...
-Oui... Enfin, ça dépend des fois, c'est comme tous les couples, quoi.
-Hmm... Est-ce que votre conjointe souhaite avoir un enfant?
-Oui.
-Et vous?
-Non, pas pour l'instant. Je ne m'imagine pas père... Enfin, je n'arrive pas à voir une vie à trois avec elle, avoua-t-il, soulagé que le secret médical couvre ses aveux.
-Bien, cela peut être un facteur de stress important, bien plus que le travail ou des conflits au sein du couple. Vous ne voulez pas d'enfants avec elle, et inconsciemment, votre corps vous empêche de le faire.

Peter hocha la tête: le raisonnement n'était pas si saugrenu que ça, même s'il savait que ce n'était pas la raison principale de ses pannes.

-Ensuite, Monsieur, j'aimerais que vous me répondiez sincèrement: est-ce que ces derniers temps, vous avez tendance à vous masturber en solitaire plus que d'habitude? Je veux dire: plus que vous ne le faisiez lorsque votre vie sexuelle avec votre conjointe était sans problème.
-Euh... non pas particulièrement, répondit-il après avoir réfléchi.
-Bien fit-il en notant quelques mots. Et avez-vous entretenu des relations sexuelles avec quelqu'un d'autre que votre femme?
-Non! s'exclama-t-il après quelques centièmes de seconde de silence.

Mais sa très légère hésitation, le rouge de ses joues et sa réponse un peu trop virulente l'avaient trahi et le docteur n'était pas naïf au point de se contenter de cette réponse.

-D'accord, alors disons: entretenez-vous une relation plus qu'amicale avec une autre femme que votre conjointe?
-Non.

Cette fois-ci, il n'avait pas hésité, et ses joues s'étaient calmées pour retrouver une couleur à peu près normale, à peine plus foncées que le reste de son visage. Il n'avait pas d'autre femme dans sa vie, de cela il en était sûr.

-Pas d'amante, de maîtresse, de flirt ou je ne sais quoi d'autre? reprit le médecin, étonné.
-Docteur! fit Peter, encore plus surpris d'entendre de tels mots sortir de la bouche d'une personne plus proche de la retraite qu'autre chose.
-Hehe, rit-il, je ne suis pas aussi vieux jeu que j'en ai l'air Monsieur MacLean. Et je me tiens au courant des nouvelles habitudes des jeunes grâce à mes fils et mes neveux. Grâce à eux, je sais que la fidélité n'est plus aussi respectée qu'auparavant, d'un côté comme de l'autre. Et que...

Il laissa sa phrase en suspens, son regard fixant sans le voir son patient, puis un sourire se dessina sur ses lèvres.

-Je sais! Un homme!
-Pardon? fit Peter, interloqué.
-Est-ce que vous voyez un homme, en tant qu'amant j'entends? Peu importe que vous ayez des relations sexuelles ou non avec lui,  je veux juste savoir si vous fréquentez un homme. Ou plusieurs même.

Peter balbutia de faibles protestations, s'emmêlant les pinceaux, puis renonça. Après tout, le secret médical s'appliquerait ici aussi.

-Vous avez raison, je vois un homme en dehors de Sonia. Et avec lui, je n'ai absolument aucun problème d'érection, avoua-t-il.
-Parfait! s'écria-t-il, son sourire s'élargissant. Je crois que nous avons trouvé la solution à votre problème
-Je crois aussi, mais excusez-moi, comment avez-vous su que je... ? l'interrogea-t-il, curieux face à cet homme bien plus sympathique qu'il ne l'aurait cru. Je veux dire, je viens ici avec une femme avec qui j'ai manifestement des relations intimes, et vous finissez par me demander si je suis gay.
-Oh vous savez, vous n'êtes pas le premier dans ce cas là. Quelques autres de mes patients ont été dans la même situation que vous, mais c'était plus flagrant. D'autant plus que j'avais plus d'informations les concernant. Pour vous, ce qui m'y a fait penser, c'est que l'un des neveux est homosexuel. Donc quand je vous ai parlé des nouvelles mœurs de la jeunesse, j'ai pensé aussi à lui, et c'est là que ça m'est revenu. Bref, pour en revenir à vous, vous êtes sûr qu'il n'y a aucun problème d'érection ou quoi que ce soit d'autre quand vous êtes avec cet homme.
-Sûr et certain, affirma-t-il.

Le médecin lui sourit, tapota encore quelques notes sur son ordinateur, puis se tourna de nouveau vers lui.

-Bien, dans ce cas, je crois que tout est réglé. Les troubles de l'érection avec votre conjointe actuelle sont probablement dus à un manque de désir, ainsi qu'à la peur de fonder une famille avec elle, expliqua-t-il d'un ton professionnel. Cependant, je vais quand même vous examiner, pour vérifier que le reste va bien. Déshabillez-vous et allongez-vous, demanda-t-il en désignant la table d'examen qui se trouvait derrière Peter.
-Entièrement?
-Vous pouvez garder votre boxer.

Le jeune homme enleva rapidement ses chaussures et ses vêtements, puis s'allongea comme demandé. Le docteur Sutton lui conseilla de rester tranquille et de se détendre alors qu'il lui palpait l'abdomen. Il passa ensuite ses mains sur tout le corps de son patient, lui demandant s'il sentait ses doigts, ou s'il éprouvait des sensations bizarres. Après une réponse négative, il continua son examen et vint le moment de palper les ganglions. La palpation des fosses poplitées fut un peu douloureuse, mais la recherche d'adénopathies fémorales se révéla bien plus gênante. Le praticien, concentré, passa ses mains, heureusement réchauffées, sous son sous-vêtement, et appuya fortement dans le creux inguinal. Peter grimaça mais ne laissa pas un son franchir ses lèvres. Puis Sutton les retira, n'ayant rien trouvé.

-Je vais baisser votre boxer pour examiner votre sexe et le reste, prévint-il tout en nettoyant ses mains une nouvelle fois à l'aide d'un gel transparent.

L'inspecteur ne put qu'acquiescer et leva les yeux au plafond alors qu'il sentit l'air frais caresser ses parties génitales. Il essaya de focaliser son esprit sur quelque chose d'ennuyant et de rébarbatif pour éviter de réagir aux attouchements, certes médicaux, mais attouchements quand même, du professionnel. Cela ne marcha pas aussi bien qu'il l'aurait voulu, et il sentit le sang affluer peu à peu dans son sexe. Heureusement, le docteur Sutton termina avant que cela ne devienne véritablement visible, et tout en remontant le boxer de son patient, il annonça d'un ton rassurant.

-Eh bien, ici tout va bien. Il ne me reste plus qu'à prendre votre tension, à vous ausculter et quelques petites autres trucs pas bien méchants.
-D'accord.

Une petite dizaine de minutes plus tard, il en avait fini et Peter put se rhabiller. Ils se réinstallèrent de part et d'autre du bureau.

-Côté cœur et poumons, tout va bien. Et le reste aussi. Vous avez une tension correcte, et vous m'avez l'air en forme, résuma-t-il rapidement avant de passer à un ton plus paternaliste. Concernant le problème à l'origine de cette consultation, je ne saurais que trop vous conseiller d'aplanir les choses, aussi bien avec la femme qui est dans la salle d'attente qu'avec l'homme que vous fréquentez. J'ai vu mon neveu complètement détruit par une relation avec un hétérosexuel dont il était fou amoureux, et je ne souhaite cela à personne.

-Ne vous inquiétez pas docteur, je tiens trop à lui pour lui faire du mal. Je crois que ce rendez-vous a finalement été plus bénéfique que je ne le pensais au départ. Il m'a ouvert les yeux sur ce que j'étais réellement en train de faire, avoua-t-il, et je vous en remercie, même si c'était pas le but premier de cette entrevue. Au fait, combien je vous dois?

Sutton lui indiqua le prix de la consultation, et rédigea la feuille de soins tandis que Peter remplissait un chèque. Ils s'échangèrent les papiers, et le médecin raccompagna son patient jusqu'à la porte de son cabinet. Alors qu'ils se serraient la main et se disaient au revoir, l'inspecteur confia une dernière chose à son interlocuteur.

-Saluez votre neveu pour moi, docteur, il m'a bien aidé, indirectement. Et souhaitez-lui tout le bonheur possible. Il le mérite, comme nous tous.

Sur ces quelques mots, ils se quittèrent, amusé et content d'avoir fait son travail pour l'un, et soulagé et heureux pour l'autre. Même Sonia se précipitant sur lui depuis la salle d'attente ne put entamer le sourire de Peter: sa décision était prise. Définitivement. Il ne reculerait plus. Il ne voulait pas continuer à mentir, à faire semblant de vivre une vie à deux avec Sonia, et à se construire un avenir hypothétique avec Mikaël. Il voulait vivre tel qu'il était, avec les gens qu'il aimait. Il voulait vivre tout simplement.
Par Skorpan - Publié dans : [Fic] Crampons et autres fantaisies hippiques - Communauté : Parlons d'amour
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Lundi 19 octobre 2009
Me revoilà! Bonjour à toutes et à tous! (oui, oui, je sais qu'il y a, ou au moins, il y a eu, des garçons qui passent par ici. Je crois qu'ils se reconnaîtront. ^^)

Désolée pour le faux bond de la semaine dernière. J'ai oublié, et je n'étais pas trop d'humeur. J'avais encore la tête dans ma merveilleuse soirée de samedi soir, avec pour clou du spectacle, Indochine live! Et la fin de soirée n'était pas trop mal non plus. :-p
Et aujourd'hui, même si j'ai encore la tête en plein dans Pierre Lapointe, que j'ai vu samedi soir avec une amie (c'est un artiste à voir live, ça change du tout au tout: j'ai appris à l'aimer sur scène), je fais un effort et je vous poste la suite. En espérant que vous aimerez.

Bonne lecture! =D






     Jeudi, en début d'après-midi, Stefen feuilletait tranquillement ses notes sur l'enquête, et tomba sur la programmation du concours complet du weekend. Il la parcourut des yeux, regardant rapidement quels cavaliers et quels chevaux étaient engagés, et essaya de repérer dans le tas ceux qui faisaient pour l'instant office de suspects principaux. Il jeta un coup d'œil à Peter pour voir ce qu'il faisait. Ce dernier était plongé dans le dossier d'un des cavaliers, et au vu de la page affichée sur l'ordinateur, il s'agissait de Gabriel Doscientos.

-T'as trouvé quelque chose? demanda Stefen en se rapprochant.
-Mmmh, non, pas encore. Mais hier, quand Mikaël est venu, il a par...
-Mikaël est venu chez toi? l'interrompit son collègue, le ton marquant son avidité d'anecdotes.
-Oui, il est venu chez moi, on a beaucoup discuté, point barre. Y'a rien à rajouter. Et je te signale qu'on est au bureau, le rappela-t-il à l'ordre, peu enclin de partager les quelques moments d'intimité qu'il réussissait à grappiller avec son petit ami.
-Ok, ok, je te demanderai plus rien, enfin je vais essayer, promit-il. Mais j'espère au moins que tu me diras quand tu ne seras plus vierge.
-Stefen! s'insurgea Peter, rougissant soudainement.
-Bah de toute façon, je le verrai bien, fit-il avec un sourire connaisseur. A moins que tu ne sois exclusivement actif, là c'est plus problématique pour savoir, ajouta-t-il en plissant le front.
-Stefen! On était en train de parler de l'enquête.
-Euh oui, oui. Donc tu disais, Mikaël est venu chez toi et...
-Et il m'a dit qu'il y avait un genre d'embrouille entre leur coach et Doscientos, continua-t-il. Donc je voulais vérifier.
-Et? Qu'est-ce que t'as trouvé?
-Alors effectivement, comme m'a dit Mikaël, Doscientos a eu un accident grave d'équitation il y a quelques années, d'après cet article. Hum... Alors... un journal datant de l'époque de l'accident, réfléchit-il à voix haute tout en tapotant les touches du clavier. Voilà... Gabriel Doscientos... cavalier émérite... jeune cheval du nom de Nemrod de Armouth... Ils ont de ces noms quand même les chevaux! plaisanta-t-il, avant de reprendre sa lecture en diagonale. Hum... première sortie en concours pour ce jeune étalon croisé pur-sang... Total échec... La cloche a retenti... n'importe quoi... rien fait... chandeliers... diagnostic: deux vertèbres fêlés... a déclaré ne plus vouloir monter à cheval.
-Hein? l'interrompit Stefen. Doscientos a déclaré ne plus vouloir monter à cheval?
-Ouais, c'est ce qu'il y a marqué dans l'article.
-Pourtant, il monte là. C'est sûr.
-Ouaip.

Face à ces faits nouveaux, les deux inspecteurs restèrent perplexe et se plongèrent dans un réflexion intense, à la recherche d'une explication sensée. De longues minutes passèrent, Stefen appuyé sur le bureau de son ami, fixant l'écran de l'ordinateur, et Peter faisant tour sur tour avec sa chaise. Soudain, il en arrêta le mouvement rotatif et fit plusieurs recherches dans l'ordinateur et dans ses papiers. Il trouva bientôt ce qu'il cherchait.

-Regarde Stefen, quand on l'a interrogé au tout début de l'enquête, il a bien dit s'être arrêté pendant plus d'un an pour cause de blessure. Au début, il a probablement dit qu'il ne remonterait plus, et puis, quelque chose l'a fait changé d'avis. Sûrement le fait de voir tous ses potes à cheval alors que lui restait à terre. Bref, il est remonté, mais si tu compares avant et après l'accident, il y a quelque chose qui change.
-Euh... oui? Et? Qu'est-ce que ça fait?
-Mais regarde, dit-il en tapotant l'écran. Avant l'accident, tu peux voir qu'il fait beaucoup de concours, il s'engage autant qu'il peut, et surtout, il tourne sur beaucoup de chevaux. Alors qu'après l'accident, il a recommencé doucement, mais ça c'est normal. En fait, le point important se trouve ici, affirma-t-il en montrant du doigt la liste des chevaux engagés sur les différents concours auxquels Gabriel Doscientos avait participé.

Stefen parcourut cette liste des yeux puis se rendit à l'évidence.

-Il ne sort que... quoi quatre cinq chevaux à tout casser.
-C'est ça! s'exclama Peter, comme s'il venait de résoudre une clé importante de l'enquête. Depuis qu'il a repris, il n'est sorti en concours que sur cinq chevaux. Au début, il en avait quatre. L'un d'eux a pris sa retraite, et un nouveau cheval, Sunset, est apparu dans le panel des chevaux qu'il monte. D'ailleurs, c'est un cheval qu'il partage avec Mikaël, les autres il n'y a que lui qui les monte.
-Mais avoir seulement quatre chevaux de concours, c'est pas un peu risqué? Je veux dire, si on regarde ce qu'il faisait avant et ce que font les autres, c'est pas du tout comme ça qu'ils fonctionnent.
-Ouais, et c'est pour ça qu'il fait moins de concours je pense. Mais ceux qu'il fait, il les fait bien.

Stefen réfléchit un instant à tout ce qu'il venait d'apprendre puis révéla son incompréhension à son ami.

-D'accord, on vient de montrer que Doscientos a des résultats super bons en ne montant que quatre chevaux. Qu'est-ce que ça apporte à notre affaire?
-Réfléchis deux secondes Stefen. Tous les résultats de Doscientos se basent sur une seule et unique chose: la confiance et la connaissance qu'il a de ses chevaux. Il refuse de monter en concours sur un cheval qu'il ne connaît pas, et ce d'autant plus si ce cheval a un grain, d'après ce que m'a dit Mikaël. Et vu que les drogues, peu importe lesquelles on utilise, ne sont pas réputées pour n'avoir aucun effet sur le mental et le comportement, je crois qu'on peut dire avec très peu de chances de se tromper que Gabriel Doscientos n'est pas impliqué dans cette affaire de drogue.

Le raisonnement de Peter bluffa Stefen. Certes, les quelques informations données par Mikaël l'avaient aidé à le monter, mais cette participation n'avait été que l'élément déclencheur. En quelques minutes, avec des informations qu'ils avaient pour la plupart depuis le début de l'enquête, il avait réussi à presque innocenter un cavalier. Cela mit encore plus en lumière pour Stefen l'importance de la connaissance du terrain, qu'ils avaient très peu dans cette affaire. Cependant deux choses le chiffonnaient.

-Dans l'ensemble, je suis plutôt d'accord avec toi Peter. Mais imaginons qu'il dope ses chevaux depuis très longtemps. Si c'est ça, il connaît aussi ses chevaux sous l'effet de la drogue.
-Ca tient pas deux minutes ton truc, Stefen. Les drogues vont toujours avoir une influence sur le comportement à plus ou moins long terme. Et cela peut se déclencher n'importe quand. T'as qu'à voir comment ça se passe chez les êtres humains. Alors chez les chevaux, dont on connaît pas bien les réactions face à certaines substances, je veux même pas l'imaginer. Et puis, s'il dope ses chevaux depuis longtemps, il y a un phénomène de dépendance qui se crée, et ils doivent avoir leurs doses à des intervalles réguliers, qui se raccourcissent au fur et à mesure. Je crois pas que Doscientos soit prêt à prendre le risque d'avoir un cheval en manque alors qu'il est dessus... Tiens, pour faire une comparaison bête, imagine que tu roules trop vite sur l'autoroute. Et manque de chance, t'as un accident grave, tu te fêles deux vertèbres. Hop, tu finis par sortir de l'hôpital, et question: est-ce que tu vas tout de suite re-conduire? Est-ce que tu vas même avoir le courage de monter dans une voiture?
-Non, effectivement.
-Et ensuite, continua Peter, difficile à arrêter maintenant qu'il était parti dans ses explications, si un jour, t'arrives à remonter dans ta bagnole, est-ce que tu vas dépasser les limites de vitesses?

La réponse était si évidente qu'il n'était nul besoin de la formuler.

-Et ben c'est pareil avec Doscientos. Il va pas prendre le risque d'avoir un autre accident pour une histoire de dopage. En plus, ça ne colle pas avec sa carrière, qui s'est faite très progressivement, ni avec son compte en banque. Il n'y a pas de retraits réguliers d'à peu près la même somme d'argent, que ce soit de façon directe ou indirecte. Et on peut faire une dernière vérification, conclut-il en farfouillant dans ses papiers.

Il attrapa le téléphone, tapa un numéro et parla quelques instants avec son interlocuteur, lui demandant à plusieurs reprises de confirmer ses dires. Enfin, il raccrocha, triomphant.

-Le cheval que Doscientos a envoyé à la retraite va parfaitement bien. Or on sait très bien que les sportifs qui se dopent ne vivent pas vieux.
-Bon, admettons, même si je connais pas très bien les notions de vieillesse chez le cheval. Alors comment t'expliques que plusieurs tests sont ressortis positifs pour lui?

Peter regarda aux alentours pour voir si une personne écoutait leur conversation, et fit signe à son collègue de se rapprocher.

-Justement, j'ai quelques doutes sur l'intégrité de toutes les personnes qui travaillent sur cette affaire.
-Tu penses qu'il y a une taupe?

Peter hocha la tête.

-Les résultats qu'on obtient sont trop aléatoires, d'après moi.
-Il y a quand même quelques cavaliers qui ressortent plus souvent que les autres, dont Mikaël d'ailleurs. Tu lui en as parlé?
-Ca va pas la tête?!
-Eh! Me regarde pas comme ça! C'est pour cette raison que vous vous êtes côtoyés au départ. C'est bien ce que tu m'as dit?
-Ouais, mais depuis notre relation a évolué je te rappelle, et je ne lui parle plus du tout de l'enquête. C'est quelque chose qui reste en dehors si on ne veut pas pourrir ce qui se crée entre nous.
-Hmmm... Je comprends. N'empêche que ton copain est un des suspects principaux dans cette enquête. Je te dis pas dans quelle merde profonde tu t'es fourré.
-Merci de me le rappeler Stefen. C'est pas comme si tout autour de moi au boulot ne me le rappelait pas déjà...
-Et ça te gêne pas? Je veux dire, pas par rapport au boulot, mais par rapport à toi, à ta conscience.
-Non, parce que j'ai la certitude qu'il est innocent. Je crois en lui, non seulement en tant que copain, mais aussi en tant qu'homme. Je sais que Mikaël n'est pas du genre à faire ça: le cheval représente plus que sa propre vie pour lui. Et il a beaucoup trop souffert quand il était enfant pour imposer quelque chose de similaire à un cheval, quel qu'il soit.
-Quelle belle déclaration, admira Stefen, un sourire mi-moqueur mi-heureux sur les lèvres.
-C'est ça, fous-toi de moi, je dirais rien, bougonna-t-il le temps de quelques mots. Bref, tout ça pour dire que moi, les résultats du labo, j'y crois moyen. Je m'en méfie comme de la peste. Et je me suis dit qu'on devrait faire analyser certains tubes par des labos extérieurs, totalement indépendants.
-Et comment tu veux convaincre le chef? demanda Stefen, déjà partant pour cette idée.
-Je ne veux pas le convaincre, parce que je vais pas lui dire. Au début au moins, je veux le faire en douce. Pour ne pas alerter la taupe, si taupe il y a.
-Euh... Peter, tu m'inquiètes là.
-Mais non, mais non. C'est très simple en fait.

Il se révéla que Peter avait une notion assez erronée de la simplicité. Car Stefen ne trouvait pas cela simple du tout d'aller subtiliser quelques tubes de sang et autres pots d'urines dans la tente médicale, d'autant plus que la sécurité y était importante. D'autre part, cela rajouterait à la confusion qui régnait autour de l'enquête que d'apprendre la disparition de plusieurs échantillons. Bien sûr, il y avait aussi la possibilité de se faire prendre, et ainsi de subir une mise à pied de plusieurs jours, voire semaines, ou pire, de se faire rétrograder. Mais Peter avait l'air de ne pas en tenir compte. Il avait balayé les risques d'un nonchalant: "Ca en vaut la peine." Stefen renonça alors à le convaincre de délaisser cette folie: le désir de prouver l'innocence de Mikaël était trop présent chez son ami pour qu'il soit ignoré.

-D'accord, on va essayer de faire analyser des échantillons par un labo extérieur. Mais s'il te plaît, Peter, ne commets pas d'imprudence, et jure-moi de ne pas faire ce que tu viens de proposer. Ca ne sera bénéfique ni pour toi, ni pour Mikaël.
-Et je fais quoi alors? rétorqua-t-il, amer de ne pas trouver de solution simple à son problème.
Stefen sourit et posa une main sur son épaule pour le rassurer. Puis il enchaîna sur son idée.
-Si je me fie aux racontars du service, et à ma propre vision des choses, tu fais partie de la catégorie des beaux gosses, et tu en fais craquer plus d'une ici. Et je crois que je suis pas trop mal non plus, d'après ce que j'ai entendu.
-Hein? fit Peter, assez surpris par ce nouvel angle d'attaque.
-Les murs ont des oreilles, expliqua Stefen, pensant qu'il voulait savoir d'où venaient ces informations. M'enfin bref, c'est pas l'important. Donc je disais que tous les deux, on avait des atouts physiques non négligeables, et qu'on pourrait en jouer pour convaincre une ou deux infirmières de faire quelques prélèvements de plus rien que pour nous, et cela bien sûr pour le bien de l'enquête.
-Tu veux draguer des filles pour obtenir des échantillons de sang et d'urine?
-Pour l'urine, je crois que ce sera un peu plus compliqué, mais oui, c'est l'idée.
-Et Mikaël dans tout ça? Et Nathaniel? C'est pas un peu les tromper de faire ça?
-Faut savoir faire quelques sacrifices pour obtenir ce que l'on veut Peter. Toi, tu es prêt à mettre en jeu ta carrière, moi pas. Du moins, pas autant que toi. Par contre, je suis ok pour ça, parce que d'une, complimenter une femme sur ce qu'elle porte par exemple, alors que je suis définitivement gay, j'appelle pas ça tromper. Et de deux, parce que je sais que Nathaniel comprendra. Et je pense que Mikaël comprendra aussi, surtout que c'est essentiellement pour lui qu'on fait tout ça. Et puis de toute façon, tu vas pas l'emmener boire un verre ou lui rouler un patin à la fille. Tu vas juste lui parler.
-Ok, ok, admettons. Donc le plan, c'est de draguer les infirmières, leur dire que c'est dans le cadre de l'enquête, ce qui en soi est vrai, et récupérer des échantillons. On les conserve bien comme il faut, et on les fait analyser par un labo extérieur, toujours sous couvert de l'enquête. C'est ça?
-C'est ça. Sauf qu'il va falloir répartir ça sur plusieurs concours, et sur plusieurs cavaliers, pour qu'on soit sûrs. Si jamais les résultats ne correspondent pas entre les deux labos, ça aura plus de force si on a plus d'échantillons.
-Je suis d'accord. Et pour les chevaux, on abandonne?
-Je pense. Déjà, ça me paraît plus compliqué pour avoir du sang, parce qu'ils sont beaucoup plus surveillés que les cavaliers. Et puis, je sais pas si un labo extérieur acceptera du sang de cheval, ou même si les tests sont identiques. Ouais, ouais, c'est bon, je suis nul en bio, pas la peine de te marrer.

Les deux hommes étaient enfin tombés d'accord sur un plan commun, et ils finalisaient quelques détails. Notamment les techniques de drague, car pour l'un comme pour l'autre, cela faisait bien longtemps qu'ils n'avaient plus fait du charme à une femme. Au bout d'une longue demi-heure, alors qu'ils partaient vers la machine à café pour leur pause, ils décidèrent de commencer la chose dès ce weekend, lors d'un des concours les plus importants de la saison.

-T'y vas les trois jours au concours? demanda nonchalamment Stefen en introduisant une pièce de monnaie dans la machine.
-Non. J'ai reçu un texto de Sonia ce matin me disant qu'elle avait pris rendez-vous chez le médecin pour nous deux demain à 17h30. Donc j'ai demandé au chef si je ne pouvais y aller que samedi et dimanche, et partir un peu plus tôt vendredi. Et il était ok.
-Chez le médecin? Elle t'a pas donné un nom?
-Non, rien du tout, soupira-t-il. Tout ce que j'espère, c'est que c'est pas un psy.
-Je veux pas te décourager, mais ça y ressemble bien.
-Eh merde, jura-t-il sans conviction en faisant glisser à son tour une pièce dans la fente de la machine. Et toi? T'y vas dès demain?
-Non, j'y vais que le weekend, comme toi. Nathaniel va aussi venir cette fois, même s'il va rester du côté spectateur, et qu'on va pas trop se voir, sauf le soir.
-Ah bon? Pourquoi il vient alors? Il s'intéresse aux chevaux?
-Il s'intéresse à Mikaël plutôt! précisa Stefen avec un clin d'œil. Il avait trop envie de voir à quoi ressemblait ton mec, et comme sur internet, c'est pas possible de trouver une photo de lui, sauf quand il est à cheval, il a décidé de venir voir lui-même.

Peter, d'abord étonné par la démarche de Nathaniel, finit par admettre que sa curiosité était légitime. Il en sourit et le reste de l'après-midi se déroula tranquillement.
Par Skorpan - Publié dans : [Fic] Crampons et autres fantaisies hippiques - Communauté : Parlons d'amour
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