Samedi 28 janvier 2012
6
28
/01
/Jan
/2012
19:29
Mon tout premier stage a eu lieu en P2 (évidemment, en P1, c'est le concours, la sélection, pas la médecine). Il y a d'abord eu le stage infirmier en septembre. Mais surtout mon premier vrai
stage en tant que "médecin" à la fin de l'année, vers mai-juin. Stage de sémiologie adulte.
Pour ceux qui ne le savent pas, la sémiologie, c'est l'étude des signes. Nous n'avions donc pas, pauvres petits P2 que nous étions, un stage de cardio, de pneumo ou de neuro, mais un stage
d'études des signes. Cela veut tout dire. Cela veut surtout ne rien dire.
Moi, avec trois autres étudiants de la même promo que moi, j'avais été affectée en dermatologie-allergologie, dans un hôpital parisien. Le service était en rénovation. Il n'y avait plus
d'allergo, et que des lits d'HDJ pour la dermato. L'HDJ, c'est l'Hôpital De Jour. Les patients arrivent le matin et repartent le soir, sans avoir à passer la nuit à l'hôpital. Une révolution pour
de nombreux patients. Quelque chose de très bien. Mais qui entraîne plus de boulot pour les médecins, vu qu'ils voient de nombreux patients par jour, et qu'ils changent tous, tous les jours
(contrairement à un service d'hospitalisation classique). Surtout quand les patients y mettent de la mauvaise volonté. La plupart étaient programmés à neuf heures du matin, pour faire leur chimio
ou je ne sais quoi d'autre, et souvent on les voyait arriver vers 10-11h. On s'estimait même chanceux qu'ils daignent se pointer le matin, et non l'après-midi.
Bref, imaginez-vous un vieux service hospitalier, bâché en partie à cause des travaux, qui n'a que quelques chambres à sa disposition. Et nous, qui nous retrouvons dans cet environnement inconnu,
avec nos gros sabots, qui ne comprenons rien à la dermato. Les premiers jours, on nous a parqués dans une pièce en nous donnant des dossiers à lire. A déchiffrer même. Car oui, le médecin écrit
mal. Et il écrit avec des abréviations.Combien de temps nous a-t-il fallu, à 4, pour comprendre que RGO voulait dire Reflux Gastro-Oesophagien? Ou BdC Bruits du Coeur? Ou encore MV Murmure
Vésiculaire? Mais surtout K Cancer? Je ne sais plus mais longtemps. Trop longtemps. Nous étions livrés à nous-mêmes.
Et soudain, un jour, ô joie, ô miracle, le FFI (Faisant Fonction d'Interne) du service est venu nous voir et nous a dit qu'il nous apprendrait à faire une observation. Vu que c'était quand même
le but du stage, apprendre à faire un interrogatoire et un examen clinique, nous étions contents. Le FFI nous a donc expliqué, dans un français approximatif, ce qu'il fallait demander lors d'un
interrogatoire, ce qu'il fallait voir, ou ne pas voir lors d'un examen clinique. Ca a dû nous prendre en tout et pour tout 2 jours (enfin, mâtinées, nous n'étions pas là l'après midi), sur 2 mois
de stage. Génial. Une fois finies toutes ses explications, il nous a demandé ce qu'on voulait faire d'autre, et nous, ingénus que nous étions, lui avons dit que nous voulions peut-être
éventuellement voir des patients. Il a eu l'air choqué. Puis il a répondu.
"D'accord. Alors demain, c'est moi qui joue le malade, et vous me ferez l'interrogatoire et le reste. Et puis vous trouverez ce que j'ai."
Euh... Oui mais non. Non. Nous on veut voir des patients. Des vrais patients, qui sont malades, et qui viennent à l'hopital pour être soignés. Si c'est pour s'amuser sur des simulacres de
patients, je ne vois pas l'intérêt de venir.
Heureusement, on a fini par voir des patients pendant ce stage. Il a juste fallu insister, s'imposer et choper la feuille avec les programmés du jour pour savoir qui était là.
Pendant ce stage, j'ai entrevu ce que serait mon externat. Et mon statut d'externe. Une rumeur, un dicton, une maxime, ou ce que tu veux, dit que quand tu es interne, tu es de la merdre; quand tu
es externe, tu es de la sous-merde; et quand tu es P2 (car nous ne sommes pas externes à ce moment là), tu n'es rien. Et c'est cruellement vrai.
De toute façon, moi plus tard, je ferai des PCR.