Saker att veta

Choses à savoir


Les textes publiés sur ce blog sont de ma propre invention et sont écrits par moi, à moins que le contraire ne soit précisé en début d'article. Je vous demanderai donc de respecter mon travail et de ne pas plagier mes écrits.
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Les mineurs et tous ceux que ça dérange, vous connaissez la sortie: la petite croix rouge.


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Lundi 2 novembre 2009
Courte suite, mais vu son contenu, et le fait *de plus en plus extraordinaire, y compris dans la vie de tous les jours* que je ne sois pas en retard, je crois que vous me pardonnerez. Du moins je l'espère.

Sur ce, bonne lecture! =D







     Le trajet de retour jusque chez eux se passa dans un silence de mort, comblé seulement par la voix grave et rapide d'un présentateur radio, qui interrogeait des spécialistes quant aux énergies alternatives au pétrole. En sortant du cabinet du docteur Sutton, Sonia avait tenté de savoir ce que les deux hommes s'étaient dit, et pourquoi elle avait été mise à la porte. Peter lui avait juste affirmé que selon les dires du docteur, tout allait bien chez lui, et qu'il n'avait aucune espèce de maladie. Elle avait protesté, car un problème existait bel et bien, mais il n'avait pas voulu lui en dire plus, malgré son insistance. En montant dans la voiture, lui derrière le volant, et elle côté passager, car elle se sentait un peu fatiguée, elle avait cessé ses jérémiades. Elle savait en effet qu'il s'énervait beaucoup plus facilement lorsqu'il conduisait, et que cela pouvait devenir dangereux. Cependant, dès qu'ils furent arrêtés devant la porte de leur garage, le même manège recommença.

-Peter, je comprends vraiment pas pourquoi tu ne veux pas me dire ce que t'a dit le docteur Sutton, ré-attaqua-t-elle alors qu'ils sortaient de la voiture.
-Mais je te l'ai déjà dit, soupira-t-il. Tout va bien, je vais bien, je ne suis pas malade.
-Merci, j'avais compris. Mais il n'empêche que ça ne nous dit toujours pas pourquoi tu as eu ces pannes, et comme je suis également concernée, j'estime avoir le droit de savoir précisément ce que t'a dit le docteur.

Peter ne répondit rien et ouvrit la porte de la maison. Il ne voulait pas avoir ce genre de conversation dans leur jardin, à la portée de n'importe quelle oreille. D'ailleurs, il ne voulait pas avoir ce genre de conversation du tout.

Une fois la porte ouverte, il déposa ses clés à leur endroit habituel, dans une petite coupelle en céramique et se dirigea directement dans le salon, où il s'affaissa dans le canapé, épuisé moralement. Sonia l'y suivit et continua la discussion interrompue, ignorant délibérément son air exténué.

-Peter, je comprends que tu puisses être en colère contre moi parce que je t'ai caché le fait que le docteur Sutton était un sexologue, mais s'il te plaît, ne fais pas ta tête de mule et raconte-moi ce qu'il s'est passé. C'est vrai quoi, je...

A partir de ce moment-là, Peter ne l'écouta plus: elle était partie dans un réquisitoire inutile et ennuyeux, qui tentait de le faire céder. Il préféra se projeter dans l'avenir et réfléchir au problème épineux de sa future rupture avec Sonia. Il y avait déjà pensé dans la voiture, et était arrivé à la conclusion qu'il devait faire cela en douceur et la préparer mentalement. Même s'il n'aimait plus Sonia, il gardait un certain attachement pour elle, en raison de toutes leurs années d'amitié, et il ne voulait pas la faire souffrir plus que de raison. D'un autre côté, se dit-il, conserver la situation telle qu'elle était la ferait forcément souffrir a posteriori. Et cela blessait actuellement Mikaël, même s'il refusait de le montrer. Les choses devaient donc changer rapidement, mais pas trop. Le tout était de choisir le bon moment, un peu comme lorsqu'on se déclarait à quelqu'un: il ne fallait pas louper le coche.

-Dis Peter, tu m'écoutes au moins?! s'énerva-t-elle, en s'asseyant brutalement à côté de lui sur le canapé, le faisant ainsi sursauter.
-Oui, non, enfin, oui, oui, balbutia-t-il immédiatement, sortant peu à peu de ses pensées.
-Et en plus, tu te fous de ma gueule! Non mais, c'est quand même incroyable ça! Je suis peut-être bonne poire Peter, mais y'a des limites à ne pas dépasser, et là t'es en train de les franchir. Fais gaffe à toi si tu continues comme ça! le prévint-elle en s'excitant davantage. En plus, c'est pas la mer à boire ce que je te demande! Je veux juste savoir ce que le médecin t'a dit. On est ensemble, et on doit tout se dire, affirma-t-elle avec véhémence.
-C'est cela, oui, et c'est pour ça que tu ne veux jamais me dire ce qu'il se passe quand tu vas voir ta gynécologue, argua-t-il, totalement réveillé par les décibels employés par la jeune femme.
-Ce n'est pas la même chose! s'exclama-t-elle sans sourciller.
-Bien sûr que si.
-Non, ça ne l'est pas, répliqua-t-elle, butée. De toute façon, ce n'est pas le sujet. Le sujet, c'est cette visite chez Sutton. Ce qui permet aux couples de tenir le coup dans la longueur, c'est le fait que les deux parties se font confiance, et qu'ils peuvent discuter de tout entre eux.
-Eh bien justement! s'écria-t-il en se levant brusquement du canapé. Sur ce, Sonia, tu commences sérieusement à me faire chier. Et je sais que quand t'es comme ça, tu vas continuer pendant toute la soirée. J'ai pas envie de m'épuiser à me disputer avec toi, ou d'entendre tes inepties jusqu'au milieu de la nuit. Alors je vais dormir chez un ami, je bosse moi demain.

Il quitta ensuite le salon pour chercher quelques affaires de rechange dans leur chambre à l'étage. Il espérait juste que Stefen serait prêt à l'accueillir pour la nuit, et qu'il n'avait rien prévu avec Nathaniel, parce qu'il n'avait absolument aucune envie de rester seul ce soir.

Sur le canapé, Sonia était restée interdite devant les violentes paroles de son compagnon. Elle n'arrivait pas encore bien à
appréhender la portée de chacune d'entre elles, mais une information avait néanmoins réussi à connecter plusieurs de ses neurones pour apparaître clairement dans son esprit. Il allait la laisser seule dans leur lit ce soir. Il allait dormir autre part. Il allait dormir chez un ami. Chez un ami!

Soudain, elle se précipita dans les escaliers, monta les marches deux à deux, et se retrouva, essoufflée, devant la porte de leur chambre. Peter était en train de se préparer à partir, et elle le vit mettre deux boxers dans son vieux sac à dos noir, décoré depuis l'époque du lycée.

-Tu fais quoi? demanda-t-elle malgré l'évidence.
-Je prends de quoi me changer pour le weekend. Et n'essaie même pas, Sonia, anticipa-t-il, je ne changerai pas d'avis. J'ai supporté ton caprice et je suis allé voir ce foutu médecin. T'aurais dû être satisfaite, mais non! Depuis qu'on l'a quitté, t'as pas arrêté de me harceler, et là, je commence à en avoir sérieusement ras-le-bol. Alors avant de faire une connerie, je me casse. Je reviendrai probablement dimanche dans la nuit, donc on pourra discuter tranquillement, la tête reposée, lundi soir. Est-ce que ça te va?

Peter avait adouci le ton de sa voix au fur et à mesure, cachant du mieux qu'il pouvait la déferlante d'irritation et de colère qui s'agitait en lui. Diplomate, il avait tenté de trouver un compromis pour éviter que la situation ne dégénère encore plus, exactement comme il le faisait à son travail, lors de certains interrogatoires. Pour la première fois depuis qu'ils s'étaient installés ensemble, il avait dû recourir mentalement à son masque d'inspecteur de police chez lui. Dans sa vie privée et son intimité. Et il n'aimait pas du tout cette sensation.

-Oui, ça me va, finit-elle par accepter au bout d'un moment. C'est une promesse?
-Oui, c'est une promesse... Pardon, tu bloques le passage, s'excusa-t-il en essayant de sortir de la chambre.
-Qu'est-ce que tu fais? redemanda-t-elle, surprise.
-Je te l'ai déjà dit: je ne dors pas ici ce soir, répondit-il, surpris à son tour, croyant qu'elle avait fini par comprendre.
-Mais tu t'es calmé, donc c'est bon, tu peux rester, fit-elle d'un ton avenant tout en passant une main sur sa joue puis sur sa nuque.
-Non, je ne me suis absolument pas calmé, la contredit-il. J'essaie juste de ne pas passer mes nerfs sur toi. Alors, maintenant, si tu veux bien me laisser passer...

Il força le passage et s'engouffra dans l'escalier.

-Et tu vas dormir où? s'enquit-elle d'une voix forte.

Il s'arrêta et lui lança un regard exaspéré.

-Je te l'ai déjà dit! Tu peux au moins faire l'effort d'écouter quand on te parle, puisque tu tiens tant à la communication au sein du couple! Je vais dormir chez un ami!
-Un ami? Mais Peter, t'as pas d'amis, affirma-t-elle, étonnamment sûre d'elle.
-Pourquoi tu dis ça?

Il remonta lentement les marches une par une, tout en la fixant du regard, essayant de sonder son esprit. Il arriva près elle et répéta sa question d'un ton plus ferme, plus dur, craignant déjà la réponse. Car son cerveau avait en quelques secondes connecté bon nombre d'informations qu'il avait tenues cloisonnées les unes des autres pendant des années, par peur, par imbécillité.

-Pourquoi tu dis ça Sonia?
-Parce que c'est la vérité, répondit-elle, une lueur de défi dans les yeux. Tu n'as plus aucun contact avec tes potes du lycée, et tu as été incapable de nouer des liens solides avec quiconque à ton boulot. Tu n'as plus que moi Peter. Donc ce soir, tu restes.

Cette déclaration lui coupa le souffle pendant quelques secondes, mais il se reprit rapidement, usant encore une fois de son professionnalisme dans sa propre maison.

-Pourquoi dis-tu que je n'ai aucun ami à mon boulot?

Le ton s'était fait d'un coup plus froid, mais il n'impressionna nullement la jeune femme, campée sur ses positions.

-Parce que tu n'en as jamais parlé, et que tu n'as jamais invité personne à la maison.
-Parce que tu n'aimes pas mon boulot, que ça te fait chier quand j'en parle, et que tu m'as clairement fait comprendre un jour que tu détesterais si jamais l'idée me venait d'inviter des collègues à dîner. Mais Sonia, ôte-moi d'un doute: aurais-tu fait tout cela intentionnellement?

En guise de réponse, elle lui sourit. Puis elle prit la parole.

-Je suis celle qui te connais le mieux. Je connais tout de toi, il n'y a pas une part de toi que je ne connais pas. Ces prétendus amis que tu as, ils ne te connaissent pas. Ils ne peuvent pas être de vrais amis.
-Tu veux dire: ils connaissent une partie de moi que tu ne connais pas, et que donc tu nies.

La lumière, soudain, s'était faite dans l'esprit jusqu'alors embrumé de Peter. On y avait allumé tous les projecteurs, et la vérité y apparaissait comme en plein jour. Sonia, sous ses airs de gentille fille confiante, l'avait manipulé de façon à ce que sa vie finisse, un jour ou l'autre, par ne tourner qu'autour d'elle. Il songea avec effroi qu'elle n'avait pas été loin de réussir: hormis Stefen et Mikaël, il avait très peu de contacts avec des personnes autre que les amis de Sonia. A la seule pensée qu'il aurait pu être complètement dépendant de Sonia sur le plan relationnel, il se sentit mal, affreusement mal. Mais il contint ses hauts-le-cœur et ses vertiges pendant quelques minutes encore.

Il reprit la parole, d'une voix froide de colère aux intonations de dégoût, alors que Sonia restait souriante, apparemment persuadée qu'elle contrôlait la situation.

-Sonia, tu as un grain, sérieusement. Je regrette de ne pas avoir écouté Josh, mon meilleur ami au lycée, si tu te souviens de lui. Il te sentait pas, qu'il disait. Eh bien, il avait raison, pour une fois. D'ailleurs, je me demande comment j'ai pu être aussi aveugle pour ne m'apercevoir de rien jusqu'à aujourd'hui. A chaque fois, je passai l'éponge sur tes défauts, sur tes écarts. Et je refusais de faire le lien entre chaque.
-Parce que tu m'aimes, expliqua Sonia sereinement.

Peter la regarda, incrédule: il venait de lui débiter des horreurs à faire hurler d'hystérie n'importe quelle femme, et elle, elle lui répondait qu'il l'aimait.

-Non Sonia, je ne t'aime pas, ou du moins, je ne t'aime plus. Je ne sais pas ce qui s'est passé pour que tu...

Le reste de sa phrase fut perdue dans le hurlement que le jeune femme venait de pousser. Mélange de douleur, de rage et de colère. Mais surtout, cri d'un animal blessé. Sans réfléchir, alors qu'il était encore stupéfait face à sa réaction, elle l'attrapa par la nuque et le plaqua contre le mur, l'embrassant de force. Elle passa férocement ses mains sous sa chemise avant de descendre rapidement au niveau de sa braguette. Elle essaya de l'ouvrir, mais sous son empressement, elle se bloqua. Peter saisit alors son instant de distraction pour retourner la situation à son avantage. Il lui attrapa les mains et l'obligea à reculer, tout en lui criant dessus, sa colère prenant peu à peu le dessus sur lui.

-Non mais ça va pas la tête! T'es malade de m'agresser comme ça!
-Et toi! Ca va pas de me quitter comme ça! Je t'aime moi! Tu peux pas me quitter! On va se marier Peter!
-Non! On ne vas pas se marier! Et je peux maintenant t'affirmer que tu ne m'aimes pas! Tu aimes seulement l'image que tu t'es faite de moi! T'as refusé de voir que je correspondais pas à ton idéal! Et moi, comme un con, je faisais tout pour m'en rapprocher! Je faisais tout pour que tu ne me plaques pas, parce que j'avais la trouille de me retrouver tout seul! Ah putain quel con!
-C'est faux! Je t'aime! Je t'aime Peter! T'as pas le droit de me quitter! T'as une maîtresse c'est ça?! C'est pour ça que tu veux me quitter?! Parce que tu baises avec quelqu'un d'autre? Avec cette salope que t'as invitée l'autre jour? Avec ses insinuations de merde, j'aurais dû m'en douter! Lâche-moi Peter! Je vais aller lui casser la gueule!
-Mais ferme-la Sonia!
-Non! Je ne me la fermerai pas! Qu'est-ce qu'elle a de plus que moi cette salope? Elle baise mieux que moi, c'est ça? Je peux m'améliorer! Je ferai tout ce qu'il faut pour te garder!

Sonia, tout en vomissant ses insultes, se débattait en proportion de ses paroles, mais Peter lui tenait d'autant plus fermement ses poignets.

-Putain Peter! Comment t'as pu me faire ça à moi! A moi qui te faisais entièrement confiance! Et lâche-moi nom de dieu! Tu me fais mal!
-Rien à foutre! cria-t-il. A moi aussi tu m'as fait mal! A chaque fois que tu refusais que j'invite des amis ou des collègues à dîner! A chaque fois que tu me demandais de passer la journée au lit, en te contrefoutant de mon travail! A chaque fois que tu critiquais mon boulot, le rabaissant au maximum!
-C'est ça! Et maintenant tu te fais passer pour une victime! cracha-t-elle. Pauvre petit Peter martyrisé par sa compagne alors qu'il la trompe.
-Absolument pas! Je veux pas me faire passer pour une victime! Je veux juste que tu prennes conscience de ce que tu as fait. Mais après tout, qu'est-ce que j'en ai à foutre? T'as essayé de contrôler ma vie depuis plusieurs années, et tu le sais très bien. Donc je vois pas pourquoi je perds mon temps ici à te parler. Salut, je m'casse! Je reviendrai prendre mes affaires plus tard!

Il lâcha son ex-compagne et s'engagea dans les escaliers. Il ne tint pas compte de ses cris, l'accusant d'être un salaud fini, et claqua violemment la porte derrière lui. Il monta dans sa voiture, balançant son sac sur la banquette arrière, démarra, et roula jusque chez Stefen, si énervé que les limites de vitesse furent oubliées ce soir-là. Arrivé chez lui, il sonna avec insistance, et n'arrêta que lorsqu'il entendit des pas se diriger vers l'entrée. Quelques secondes plus tard, la porte s'ouvrit sur Nathaniel.

-Ah... Salut Peter! Ca va?
-Salut, est-ce que ce serait possible de squatter pour la nuit? souffla-t-il, exténué par son éprouvante soirée et atteignant ses limites.
-Euh... oui, je pense, répondit-il, pris au dépourvu. Eh, t'as pas l'air bien, qu'est-ce qu'il y a?

Il posa une main sur son front pour vérifier s'il avait de la fièvre, puis le fit entrer. L'inspecteur lui adressa un faible sourire, mais empli de reconnaissance. Puis il salua Stefen, qui les avait rejoints, ne voyant pas son amant revenir. Ce dernier jeta un regard interrogateur à son ami, puis lui demanda ce qui s'était passé.

-Je crois que j'ai atteint un point de non-retour dans ma vie... expliqua Peter d'une voix rauque d'avoir trop crié. Et je dois dire que ça fout sacrément la trouille.

Stefen, comprenant immédiatement la situation, s'approcha de lui et l'enlaça amicalement par les épaules, un sourire soulagé ornant ses lèvres.

-T'as fait le bon choix Peter, j'en suis sûr.
Par Skorpan - Publié dans : [Fic] Crampons et autres fantaisies hippiques - Communauté : Parlons d'amour
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Vendredi 30 octobre 2009
Désolée pour le retard, ça m'était un peu sorti de la tête. Et puisqu'il me semble que j'ai du mal à tenir les délais, je vais faire comme ça: je promets une sortie par semaine, de préférence le lundi. Mais si le lundi, vous ne voyez rien, c'est qu'elle sera faite plus tard dans la semaine. ;-)

Sur ce, je vous laisse à la lecture de cette suite, bien croustillante. (et je précise pour ceux qui ne sauraient pas: il est interdit de me jeter le contenu de votre sac du marché à la figure! XD)







     Sonia était venue spécialement en voiture chercher Peter, pour qu'ils aillent ensuite ensemble chez le médecin. Cela énerva l'inspecteur d'être traité comme un enfant incapable de se rendre chez le docteur, même s'il était vrai qu'il n'était pas particulièrement enthousiaste à cette idée. Heureusement pour la jeune femme, Stefen l'avait bien fait rire avec ses blagues à la con avant de partir. Il était ainsi détendu, et presque de bonne humeur. Il proposa même d'aller acheter quelques donuts avant leur rendez-vous, puisqu'ils avaient une bonne demi-heure d'avance. Mais Sonia, arguant qu'elle devait faire attention à sa ligne, refusa tout net. Il ne chercha pas à la convaincre, et la suivit jusque chez le médecin. A l'entrée de l'immeuble, il essaya de voir avec qui ils avaient rendez-vous, mais il n'eut que le temps de déchiffrer trois des nombreuses plaques qui trônaient de chaque côté de la porte, qu'une voix répondait déjà à l'interphone et que le mécanisme d'ouverture s'actionnait.

-Dis Sonia, j'ai vu qu'il y avait un nutritionniste, un dermato et un psychothérapeute. Et franchement, on a besoin d'aucun des trois, alors je comprends toujours pas pourquoi tu tiens tant à me traîner ici, remarqua-t-il d'une voix lasse, tentant avec désillusion de grappiller quelques informations.
-Parce qu'il n'y a pas que ça comme médecins ici. C'est un genre de cabinet qui regroupe de très nombreuses spécialités.

Sonia ne voulut pas en dire plus, mais Peter se sentit néanmoins soulagé d'un certain côté: ils n'allaient pas voir le psychothérapeute. Arrivés au 5ème étage, ils passèrent sans sonner la porte avec marqué "Cabinet médical" dessus, et Sonia se présenta à l'accueil.

-Bonjour, je suis Sonia Northwood, et j'ai rendez-vous avec le docteur Sutton.
-Bien, vous êtes venue avec votre mari? demanda-t-elle en levant les yeux sur Peter.
-Oui, tout à fait, dit-elle aussitôt, empêchant Peter de faire une remarque quelconque.
-Très bien, le docteur Sutton viendra vous chercher lorsque ce sera votre tour. Vous pouvez aller vous installer dans la salle d'attente pour patienter. C'est la première porte sur votre droite.

Durant tout cet échange, Peter ne remarqua rien qui put l'informer sur la spécialité du docteur Sutton. Aucune carte de visite n'était posée sur la réception, et le blanc des murs était seulement cassé de temps en temps par un tableau d'assez mauvais goût. Pas un seul message de prévention n'ornait les murs, et Peter dut se résigner à rejoindre la salle d'attente en restant dans l'ignorance. Là, il prit exemple sur Sonia et feuilleta un ou deux magazines. Quelques minutes avant l'heure du rendez-vous, Sonia dut se rendre aux toilettes. Peter n'hésita pas alors une seconde et saisit sa chance, même s'il devait passer un imbécile.

-Excusez-moi, lança-t-il à la cantonade, est-ce que l'un d'entre vous sait quelle spécialité exerce le docteur Sutton?

Les hommes présents se regardèrent, mal à l'aise, puis celui qui se trouvait en face de Peter lui répondit.

-C'est un sexologue.
-Un quoi? demanda-t-il bêtement, ne croyant pas à ce qu'il venait d'entendre.
-Un sexologue, répéta l'homme avec un regard embarrassé. Il peut intervenir sur des problèmes de stérilité, mais aussi de désir, de plaisir. Et aussi...
-C'est bon, merci, je crois que j'ai compris, l'interrompit l'inspecteur, affreusement gêné.

Peter avait vraiment du mal à croire que Sonia ait pu prendre rendez-vous chez un tel spécialiste, surtout qu'ils allaient devoir parler de leur vie intime à un total inconnu. Lui, ça ne lui posait pas de problèmes particuliers, car il était bien conscient que les médecins étaient soumis à une déontologie stricte, qui comprenait le secret médical. Dans un sens, les médecins et les policiers se ressemblaient sur ce point-là. Mais Sonia avait toujours eu du mal à avouer ses problèmes et ses complexes. Plongé dans ses pensées, il entendit à peine sa compagne revenir des commodités et celle-ci dut le secouer lorsque le docteur, un homme d'apparence sèche et aux tempes grisonnantes, les appela pour les mener à son bureau. Une fois les présentations faites, quelques paperasses remplies, et que tout le monde fut bien installé dans les fauteuils, le docteur s'enquit de la raison de leur venue.

-Eh bien, reprit-il après un moment de silence alors que ni Sonia ni Peter n'avaient parlé. Si vous voulez que je vous aide, il faudrait que je sache quel est votre problème.
-Peter, explique-lui, lui demanda Sonia en rougissant légèrement. Après tout, c'est toi le principal concerné.
-Mais c'est toi qui a pris ce rendez-vous sans même m'en parler auparavant. Et sans même me dire qu'il s'agissait d'un sexologue. J'ai eu l'air bien con tout à l'heure dans la salle d'attente à demander quelle était la spécialité du docteur Sutton, répliqua-t-il le ton froid de colère, et en la regardant à peine, préférant attarder son regard sur la décoration du cabinet.

En effet, celui-ci regorgeait de plaques d'anatomie, juxtaposées à des reproductions de célèbres tableaux tels Impression Soleil Levant, de Claude Monet, ou l'inachevé Concert de Nicolas de Staël. L'ensemble était hétéroclite, mais donnait une impression de chaleur, de vie à la pièce, renforcée par la grande bibliothèque aux livres plus ou moins rangés.

-Madame, Monsieur, je préférerais éviter les disputes de couple en ma présence: je suis sexologue, pas psychothérapeute. Alors soit vous m'expliquez la raison de ce rendez-vous, soit vous sortez, et vous pourrez aller consulter mon collègue si vous le souhaitez.

Sonia lança un regard choqué au praticien, puis un autre, plus noir, à Peter, qui s'était absorbé dans la contemplation des articles scientifiques qui s'entassaient sur une partie du bureau. Ce dernier ne semblait absolument pas enclin à l'aider, de quelque manière que ce soit. Alors elle inspira un grand coup, maudit Peter de ne pas voir qu'elle avait fait cela pour l'aider, et commença à parler au docteur Sutton.

-Voilà... Comment dire docteur, c'est un peu gênant...

Elle jouait sans s'en rendre compte avec l'une de ses bagues, et jetait sans arrêt des coups d'œil à Peter, espérant qu'il prenne le relais puisqu'elle avait fait le premier pas. Mais il restait complètement stoïque, et elle réalisa soudain la difficulté de parler de problèmes intimes avec un inconnu.

-Ne vous inquiétez Madame, vous pouvez tout me dire. Le serment d'Hippocrate m'oblige au silence: rien de ce qui sera dit dans cette pièce n'en sortira. Vous pouvez me faire confiance.
-Oui, bien sûr, je le sais, répliqua-t-elle, bêtement vexée qu'il lui ait rappelé cette règle de déontologie qu'elle connaissait. Mais cela reste gênant face à vous.

Le sexologue soupira: il avait souvent affaire à ce genre de personnes là, mais celle-ci allait certainement battre toutes les autres à plate couture. Non seulement elle prenait un rendez-vous sans en informer son conjoint, mais en plus, elle refusait ensuite de parler du problème qui les intéressait. Il allait poliment lui dire ce qu'il pensait de cette situation extravagante lorsque l'autre homme de la pièce s'en chargea.

-Sonia, arrête de faire chier le monde. Je comprends vraiment pas pourquoi t'as pris rendez-vous avec le docteur Sutton, vu que t'aimes pas aller chez le médecin. Alors soit tu lui dis pourquoi t'as pris rendez-vous, soit on se barre et on le laisse faire son boulot tranquillement.
-Mais Peter! Pourquoi tu veux pas comprendre que j'ai fait ça pour toi! fit-elle d'une petite voix, alors qu'il s'était déjà levé de son siège.
-Pour moi? Me fais pas rire! Aucune personne sensée n'aurait emmené son compagnon chez un sexologue sans le lui dire.
-Tu n'aurais pas accepté si je n'avais pas fait cela, expliqua-t-elle piteusement.
-Bien sûr que j'aurais pas accepté! Je n'ai pas besoin de l'aide d'un foutu docteur, sans vouloir vous dénigrer, rajouta-t-il à l'adresse du médecin, puisque je vais très bien.
-Mais non! Tu ne vas pas bien! s'écria-t-elle en se levant pour lui faire face, oubliant complètement le professionnel qui les observait. Tu es incapable de bander et de me faire l'amour! Et j'ai regardé sur le net et dans des bouquins, l'impuissance peut être l'un des premiers symptômes de maladies très graves. Je veux savoir ce que tu as, Peter, se radoucit-elle en posant une main sur son épaule.

D'un mouvement, il l'enleva et se laissa tomber dans le fauteuil, abasourdi. Le mot était tombé, tel un couperet, de la bouche de la jeune femme: elle le croyait impuissant. S'il n'avait pas été autant sous le choc, il aurait ri de l'absurdité de la situation. Il n'était absolument pas impuissant, loin de là. Il avait juste changé sans qu'elle ne s'en aperçoive, ou plutôt, sans qu'elle ne le comprenne, se raccrochant désespérément à d'autres explications.

-Bien! s'exclama le médecin, saisissant ce moment de calme après l'explication quelque peu houleuse du couple. Puisque je connais plus ou moins la raison de votre venue ici, je vais enfin pouvoir faire mon travail. Madame, je vais vous demander de sortir. J'aimerais parler à votre mari seul à seul.

Quelques protestations s'échappèrent des lèvres de Sonia, mais l'inflexion de la voix du praticien lorsqu'il renouvela sa demande la fit taire, et obéir. Une fois qu'elle fut sortie, et que la porte se fut refermée, le docteur Sutton poussa un long soupir et adressa un sourire compatissant à Peter, toujours ahuri dans son fauteuil.

-Eh beh dis donc, c'est un sacré morceau votre femme.

Le jeune homme sortit de son inertie et leva les yeux sur son interlocuteur.

-Ce n'est pas ma femme... heureusement.

Le médecin lui jeta un regard circonspect, puis sembla approuver. Mais il ne s'étendit pas plus longtemps là dessus, et revint rapidement à des choses qu'il connaissait mieux. Quand était apparu le trouble? Combien de fois depuis? Etait-ce la première fois? Etait-il stressé, nerveux, inquiet? Avait-il toujours des érections matinales? Arrivait-il à être en érection en dehors de ces fois où la jeune femme le sollicitait? Les questions de toutes sortes s'enchaînaient et Sutton notait les réponses au fur et à mesure sur son ordinateur. Après plusieurs minutes de cet interrogatoire, il résuma ce qu'il avait appris.

-Donc, votre premier trouble de l'érection est apparu il y a un environ deux semaines et demi, et s'est répété trois fois depuis lors. Cependant, cela n'arrive que lorsque votre conjointe souhaite faire l'amour avec vous, et lorsque vous vous masturbez seul, il n'y aucun problème d'érection, ni d'éjaculation. De plus, les érections matinales sont conservées. Est-ce bien cela?

Peter acquiesça.

-Vous n'avez pas non plus d'antécédents personnels ou familiaux de tels troubles, du moins pas à votre connaissance. Vous effectuez un travail relativement stressant, qui a quelques répercussions sur votre vie de couple...
-Oui... Enfin, ça dépend des fois, c'est comme tous les couples, quoi.
-Hmm... Est-ce que votre conjointe souhaite avoir un enfant?
-Oui.
-Et vous?
-Non, pas pour l'instant. Je ne m'imagine pas père... Enfin, je n'arrive pas à voir une vie à trois avec elle, avoua-t-il, soulagé que le secret médical couvre ses aveux.
-Bien, cela peut être un facteur de stress important, bien plus que le travail ou des conflits au sein du couple. Vous ne voulez pas d'enfants avec elle, et inconsciemment, votre corps vous empêche de le faire.

Peter hocha la tête: le raisonnement n'était pas si saugrenu que ça, même s'il savait que ce n'était pas la raison principale de ses pannes.

-Ensuite, Monsieur, j'aimerais que vous me répondiez sincèrement: est-ce que ces derniers temps, vous avez tendance à vous masturber en solitaire plus que d'habitude? Je veux dire: plus que vous ne le faisiez lorsque votre vie sexuelle avec votre conjointe était sans problème.
-Euh... non pas particulièrement, répondit-il après avoir réfléchi.
-Bien fit-il en notant quelques mots. Et avez-vous entretenu des relations sexuelles avec quelqu'un d'autre que votre femme?
-Non! s'exclama-t-il après quelques centièmes de seconde de silence.

Mais sa très légère hésitation, le rouge de ses joues et sa réponse un peu trop virulente l'avaient trahi et le docteur n'était pas naïf au point de se contenter de cette réponse.

-D'accord, alors disons: entretenez-vous une relation plus qu'amicale avec une autre femme que votre conjointe?
-Non.

Cette fois-ci, il n'avait pas hésité, et ses joues s'étaient calmées pour retrouver une couleur à peu près normale, à peine plus foncées que le reste de son visage. Il n'avait pas d'autre femme dans sa vie, de cela il en était sûr.

-Pas d'amante, de maîtresse, de flirt ou je ne sais quoi d'autre? reprit le médecin, étonné.
-Docteur! fit Peter, encore plus surpris d'entendre de tels mots sortir de la bouche d'une personne plus proche de la retraite qu'autre chose.
-Hehe, rit-il, je ne suis pas aussi vieux jeu que j'en ai l'air Monsieur MacLean. Et je me tiens au courant des nouvelles habitudes des jeunes grâce à mes fils et mes neveux. Grâce à eux, je sais que la fidélité n'est plus aussi respectée qu'auparavant, d'un côté comme de l'autre. Et que...

Il laissa sa phrase en suspens, son regard fixant sans le voir son patient, puis un sourire se dessina sur ses lèvres.

-Je sais! Un homme!
-Pardon? fit Peter, interloqué.
-Est-ce que vous voyez un homme, en tant qu'amant j'entends? Peu importe que vous ayez des relations sexuelles ou non avec lui,  je veux juste savoir si vous fréquentez un homme. Ou plusieurs même.

Peter balbutia de faibles protestations, s'emmêlant les pinceaux, puis renonça. Après tout, le secret médical s'appliquerait ici aussi.

-Vous avez raison, je vois un homme en dehors de Sonia. Et avec lui, je n'ai absolument aucun problème d'érection, avoua-t-il.
-Parfait! s'écria-t-il, son sourire s'élargissant. Je crois que nous avons trouvé la solution à votre problème
-Je crois aussi, mais excusez-moi, comment avez-vous su que je... ? l'interrogea-t-il, curieux face à cet homme bien plus sympathique qu'il ne l'aurait cru. Je veux dire, je viens ici avec une femme avec qui j'ai manifestement des relations intimes, et vous finissez par me demander si je suis gay.
-Oh vous savez, vous n'êtes pas le premier dans ce cas là. Quelques autres de mes patients ont été dans la même situation que vous, mais c'était plus flagrant. D'autant plus que j'avais plus d'informations les concernant. Pour vous, ce qui m'y a fait penser, c'est que l'un des neveux est homosexuel. Donc quand je vous ai parlé des nouvelles mœurs de la jeunesse, j'ai pensé aussi à lui, et c'est là que ça m'est revenu. Bref, pour en revenir à vous, vous êtes sûr qu'il n'y a aucun problème d'érection ou quoi que ce soit d'autre quand vous êtes avec cet homme.
-Sûr et certain, affirma-t-il.

Le médecin lui sourit, tapota encore quelques notes sur son ordinateur, puis se tourna de nouveau vers lui.

-Bien, dans ce cas, je crois que tout est réglé. Les troubles de l'érection avec votre conjointe actuelle sont probablement dus à un manque de désir, ainsi qu'à la peur de fonder une famille avec elle, expliqua-t-il d'un ton professionnel. Cependant, je vais quand même vous examiner, pour vérifier que le reste va bien. Déshabillez-vous et allongez-vous, demanda-t-il en désignant la table d'examen qui se trouvait derrière Peter.
-Entièrement?
-Vous pouvez garder votre boxer.

Le jeune homme enleva rapidement ses chaussures et ses vêtements, puis s'allongea comme demandé. Le docteur Sutton lui conseilla de rester tranquille et de se détendre alors qu'il lui palpait l'abdomen. Il passa ensuite ses mains sur tout le corps de son patient, lui demandant s'il sentait ses doigts, ou s'il éprouvait des sensations bizarres. Après une réponse négative, il continua son examen et vint le moment de palper les ganglions. La palpation des fosses poplitées fut un peu douloureuse, mais la recherche d'adénopathies fémorales se révéla bien plus gênante. Le praticien, concentré, passa ses mains, heureusement réchauffées, sous son sous-vêtement, et appuya fortement dans le creux inguinal. Peter grimaça mais ne laissa pas un son franchir ses lèvres. Puis Sutton les retira, n'ayant rien trouvé.

-Je vais baisser votre boxer pour examiner votre sexe et le reste, prévint-il tout en nettoyant ses mains une nouvelle fois à l'aide d'un gel transparent.

L'inspecteur ne put qu'acquiescer et leva les yeux au plafond alors qu'il sentit l'air frais caresser ses parties génitales. Il essaya de focaliser son esprit sur quelque chose d'ennuyant et de rébarbatif pour éviter de réagir aux attouchements, certes médicaux, mais attouchements quand même, du professionnel. Cela ne marcha pas aussi bien qu'il l'aurait voulu, et il sentit le sang affluer peu à peu dans son sexe. Heureusement, le docteur Sutton termina avant que cela ne devienne véritablement visible, et tout en remontant le boxer de son patient, il annonça d'un ton rassurant.

-Eh bien, ici tout va bien. Il ne me reste plus qu'à prendre votre tension, à vous ausculter et quelques petites autres trucs pas bien méchants.
-D'accord.

Une petite dizaine de minutes plus tard, il en avait fini et Peter put se rhabiller. Ils se réinstallèrent de part et d'autre du bureau.

-Côté cœur et poumons, tout va bien. Et le reste aussi. Vous avez une tension correcte, et vous m'avez l'air en forme, résuma-t-il rapidement avant de passer à un ton plus paternaliste. Concernant le problème à l'origine de cette consultation, je ne saurais que trop vous conseiller d'aplanir les choses, aussi bien avec la femme qui est dans la salle d'attente qu'avec l'homme que vous fréquentez. J'ai vu mon neveu complètement détruit par une relation avec un hétérosexuel dont il était fou amoureux, et je ne souhaite cela à personne.

-Ne vous inquiétez pas docteur, je tiens trop à lui pour lui faire du mal. Je crois que ce rendez-vous a finalement été plus bénéfique que je ne le pensais au départ. Il m'a ouvert les yeux sur ce que j'étais réellement en train de faire, avoua-t-il, et je vous en remercie, même si c'était pas le but premier de cette entrevue. Au fait, combien je vous dois?

Sutton lui indiqua le prix de la consultation, et rédigea la feuille de soins tandis que Peter remplissait un chèque. Ils s'échangèrent les papiers, et le médecin raccompagna son patient jusqu'à la porte de son cabinet. Alors qu'ils se serraient la main et se disaient au revoir, l'inspecteur confia une dernière chose à son interlocuteur.

-Saluez votre neveu pour moi, docteur, il m'a bien aidé, indirectement. Et souhaitez-lui tout le bonheur possible. Il le mérite, comme nous tous.

Sur ces quelques mots, ils se quittèrent, amusé et content d'avoir fait son travail pour l'un, et soulagé et heureux pour l'autre. Même Sonia se précipitant sur lui depuis la salle d'attente ne put entamer le sourire de Peter: sa décision était prise. Définitivement. Il ne reculerait plus. Il ne voulait pas continuer à mentir, à faire semblant de vivre une vie à deux avec Sonia, et à se construire un avenir hypothétique avec Mikaël. Il voulait vivre tel qu'il était, avec les gens qu'il aimait. Il voulait vivre tout simplement.
Par Skorpan - Publié dans : [Fic] Crampons et autres fantaisies hippiques - Communauté : Parlons d'amour
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Lundi 19 octobre 2009
Me revoilà! Bonjour à toutes et à tous! (oui, oui, je sais qu'il y a, ou au moins, il y a eu, des garçons qui passent par ici. Je crois qu'ils se reconnaîtront. ^^)

Désolée pour le faux bond de la semaine dernière. J'ai oublié, et je n'étais pas trop d'humeur. J'avais encore la tête dans ma merveilleuse soirée de samedi soir, avec pour clou du spectacle, Indochine live! Et la fin de soirée n'était pas trop mal non plus. :-p
Et aujourd'hui, même si j'ai encore la tête en plein dans Pierre Lapointe, que j'ai vu samedi soir avec une amie (c'est un artiste à voir live, ça change du tout au tout: j'ai appris à l'aimer sur scène), je fais un effort et je vous poste la suite. En espérant que vous aimerez.

Bonne lecture! =D






     Jeudi, en début d'après-midi, Stefen feuilletait tranquillement ses notes sur l'enquête, et tomba sur la programmation du concours complet du weekend. Il la parcourut des yeux, regardant rapidement quels cavaliers et quels chevaux étaient engagés, et essaya de repérer dans le tas ceux qui faisaient pour l'instant office de suspects principaux. Il jeta un coup d'œil à Peter pour voir ce qu'il faisait. Ce dernier était plongé dans le dossier d'un des cavaliers, et au vu de la page affichée sur l'ordinateur, il s'agissait de Gabriel Doscientos.

-T'as trouvé quelque chose? demanda Stefen en se rapprochant.
-Mmmh, non, pas encore. Mais hier, quand Mikaël est venu, il a par...
-Mikaël est venu chez toi? l'interrompit son collègue, le ton marquant son avidité d'anecdotes.
-Oui, il est venu chez moi, on a beaucoup discuté, point barre. Y'a rien à rajouter. Et je te signale qu'on est au bureau, le rappela-t-il à l'ordre, peu enclin de partager les quelques moments d'intimité qu'il réussissait à grappiller avec son petit ami.
-Ok, ok, je te demanderai plus rien, enfin je vais essayer, promit-il. Mais j'espère au moins que tu me diras quand tu ne seras plus vierge.
-Stefen! s'insurgea Peter, rougissant soudainement.
-Bah de toute façon, je le verrai bien, fit-il avec un sourire connaisseur. A moins que tu ne sois exclusivement actif, là c'est plus problématique pour savoir, ajouta-t-il en plissant le front.
-Stefen! On était en train de parler de l'enquête.
-Euh oui, oui. Donc tu disais, Mikaël est venu chez toi et...
-Et il m'a dit qu'il y avait un genre d'embrouille entre leur coach et Doscientos, continua-t-il. Donc je voulais vérifier.
-Et? Qu'est-ce que t'as trouvé?
-Alors effectivement, comme m'a dit Mikaël, Doscientos a eu un accident grave d'équitation il y a quelques années, d'après cet article. Hum... Alors... un journal datant de l'époque de l'accident, réfléchit-il à voix haute tout en tapotant les touches du clavier. Voilà... Gabriel Doscientos... cavalier émérite... jeune cheval du nom de Nemrod de Armouth... Ils ont de ces noms quand même les chevaux! plaisanta-t-il, avant de reprendre sa lecture en diagonale. Hum... première sortie en concours pour ce jeune étalon croisé pur-sang... Total échec... La cloche a retenti... n'importe quoi... rien fait... chandeliers... diagnostic: deux vertèbres fêlés... a déclaré ne plus vouloir monter à cheval.
-Hein? l'interrompit Stefen. Doscientos a déclaré ne plus vouloir monter à cheval?
-Ouais, c'est ce qu'il y a marqué dans l'article.
-Pourtant, il monte là. C'est sûr.
-Ouaip.

Face à ces faits nouveaux, les deux inspecteurs restèrent perplexe et se plongèrent dans un réflexion intense, à la recherche d'une explication sensée. De longues minutes passèrent, Stefen appuyé sur le bureau de son ami, fixant l'écran de l'ordinateur, et Peter faisant tour sur tour avec sa chaise. Soudain, il en arrêta le mouvement rotatif et fit plusieurs recherches dans l'ordinateur et dans ses papiers. Il trouva bientôt ce qu'il cherchait.

-Regarde Stefen, quand on l'a interrogé au tout début de l'enquête, il a bien dit s'être arrêté pendant plus d'un an pour cause de blessure. Au début, il a probablement dit qu'il ne remonterait plus, et puis, quelque chose l'a fait changé d'avis. Sûrement le fait de voir tous ses potes à cheval alors que lui restait à terre. Bref, il est remonté, mais si tu compares avant et après l'accident, il y a quelque chose qui change.
-Euh... oui? Et? Qu'est-ce que ça fait?
-Mais regarde, dit-il en tapotant l'écran. Avant l'accident, tu peux voir qu'il fait beaucoup de concours, il s'engage autant qu'il peut, et surtout, il tourne sur beaucoup de chevaux. Alors qu'après l'accident, il a recommencé doucement, mais ça c'est normal. En fait, le point important se trouve ici, affirma-t-il en montrant du doigt la liste des chevaux engagés sur les différents concours auxquels Gabriel Doscientos avait participé.

Stefen parcourut cette liste des yeux puis se rendit à l'évidence.

-Il ne sort que... quoi quatre cinq chevaux à tout casser.
-C'est ça! s'exclama Peter, comme s'il venait de résoudre une clé importante de l'enquête. Depuis qu'il a repris, il n'est sorti en concours que sur cinq chevaux. Au début, il en avait quatre. L'un d'eux a pris sa retraite, et un nouveau cheval, Sunset, est apparu dans le panel des chevaux qu'il monte. D'ailleurs, c'est un cheval qu'il partage avec Mikaël, les autres il n'y a que lui qui les monte.
-Mais avoir seulement quatre chevaux de concours, c'est pas un peu risqué? Je veux dire, si on regarde ce qu'il faisait avant et ce que font les autres, c'est pas du tout comme ça qu'ils fonctionnent.
-Ouais, et c'est pour ça qu'il fait moins de concours je pense. Mais ceux qu'il fait, il les fait bien.

Stefen réfléchit un instant à tout ce qu'il venait d'apprendre puis révéla son incompréhension à son ami.

-D'accord, on vient de montrer que Doscientos a des résultats super bons en ne montant que quatre chevaux. Qu'est-ce que ça apporte à notre affaire?
-Réfléchis deux secondes Stefen. Tous les résultats de Doscientos se basent sur une seule et unique chose: la confiance et la connaissance qu'il a de ses chevaux. Il refuse de monter en concours sur un cheval qu'il ne connaît pas, et ce d'autant plus si ce cheval a un grain, d'après ce que m'a dit Mikaël. Et vu que les drogues, peu importe lesquelles on utilise, ne sont pas réputées pour n'avoir aucun effet sur le mental et le comportement, je crois qu'on peut dire avec très peu de chances de se tromper que Gabriel Doscientos n'est pas impliqué dans cette affaire de drogue.

Le raisonnement de Peter bluffa Stefen. Certes, les quelques informations données par Mikaël l'avaient aidé à le monter, mais cette participation n'avait été que l'élément déclencheur. En quelques minutes, avec des informations qu'ils avaient pour la plupart depuis le début de l'enquête, il avait réussi à presque innocenter un cavalier. Cela mit encore plus en lumière pour Stefen l'importance de la connaissance du terrain, qu'ils avaient très peu dans cette affaire. Cependant deux choses le chiffonnaient.

-Dans l'ensemble, je suis plutôt d'accord avec toi Peter. Mais imaginons qu'il dope ses chevaux depuis très longtemps. Si c'est ça, il connaît aussi ses chevaux sous l'effet de la drogue.
-Ca tient pas deux minutes ton truc, Stefen. Les drogues vont toujours avoir une influence sur le comportement à plus ou moins long terme. Et cela peut se déclencher n'importe quand. T'as qu'à voir comment ça se passe chez les êtres humains. Alors chez les chevaux, dont on connaît pas bien les réactions face à certaines substances, je veux même pas l'imaginer. Et puis, s'il dope ses chevaux depuis longtemps, il y a un phénomène de dépendance qui se crée, et ils doivent avoir leurs doses à des intervalles réguliers, qui se raccourcissent au fur et à mesure. Je crois pas que Doscientos soit prêt à prendre le risque d'avoir un cheval en manque alors qu'il est dessus... Tiens, pour faire une comparaison bête, imagine que tu roules trop vite sur l'autoroute. Et manque de chance, t'as un accident grave, tu te fêles deux vertèbres. Hop, tu finis par sortir de l'hôpital, et question: est-ce que tu vas tout de suite re-conduire? Est-ce que tu vas même avoir le courage de monter dans une voiture?
-Non, effectivement.
-Et ensuite, continua Peter, difficile à arrêter maintenant qu'il était parti dans ses explications, si un jour, t'arrives à remonter dans ta bagnole, est-ce que tu vas dépasser les limites de vitesses?

La réponse était si évidente qu'il n'était nul besoin de la formuler.

-Et ben c'est pareil avec Doscientos. Il va pas prendre le risque d'avoir un autre accident pour une histoire de dopage. En plus, ça ne colle pas avec sa carrière, qui s'est faite très progressivement, ni avec son compte en banque. Il n'y a pas de retraits réguliers d'à peu près la même somme d'argent, que ce soit de façon directe ou indirecte. Et on peut faire une dernière vérification, conclut-il en farfouillant dans ses papiers.

Il attrapa le téléphone, tapa un numéro et parla quelques instants avec son interlocuteur, lui demandant à plusieurs reprises de confirmer ses dires. Enfin, il raccrocha, triomphant.

-Le cheval que Doscientos a envoyé à la retraite va parfaitement bien. Or on sait très bien que les sportifs qui se dopent ne vivent pas vieux.
-Bon, admettons, même si je connais pas très bien les notions de vieillesse chez le cheval. Alors comment t'expliques que plusieurs tests sont ressortis positifs pour lui?

Peter regarda aux alentours pour voir si une personne écoutait leur conversation, et fit signe à son collègue de se rapprocher.

-Justement, j'ai quelques doutes sur l'intégrité de toutes les personnes qui travaillent sur cette affaire.
-Tu penses qu'il y a une taupe?

Peter hocha la tête.

-Les résultats qu'on obtient sont trop aléatoires, d'après moi.
-Il y a quand même quelques cavaliers qui ressortent plus souvent que les autres, dont Mikaël d'ailleurs. Tu lui en as parlé?
-Ca va pas la tête?!
-Eh! Me regarde pas comme ça! C'est pour cette raison que vous vous êtes côtoyés au départ. C'est bien ce que tu m'as dit?
-Ouais, mais depuis notre relation a évolué je te rappelle, et je ne lui parle plus du tout de l'enquête. C'est quelque chose qui reste en dehors si on ne veut pas pourrir ce qui se crée entre nous.
-Hmmm... Je comprends. N'empêche que ton copain est un des suspects principaux dans cette enquête. Je te dis pas dans quelle merde profonde tu t'es fourré.
-Merci de me le rappeler Stefen. C'est pas comme si tout autour de moi au boulot ne me le rappelait pas déjà...
-Et ça te gêne pas? Je veux dire, pas par rapport au boulot, mais par rapport à toi, à ta conscience.
-Non, parce que j'ai la certitude qu'il est innocent. Je crois en lui, non seulement en tant que copain, mais aussi en tant qu'homme. Je sais que Mikaël n'est pas du genre à faire ça: le cheval représente plus que sa propre vie pour lui. Et il a beaucoup trop souffert quand il était enfant pour imposer quelque chose de similaire à un cheval, quel qu'il soit.
-Quelle belle déclaration, admira Stefen, un sourire mi-moqueur mi-heureux sur les lèvres.
-C'est ça, fous-toi de moi, je dirais rien, bougonna-t-il le temps de quelques mots. Bref, tout ça pour dire que moi, les résultats du labo, j'y crois moyen. Je m'en méfie comme de la peste. Et je me suis dit qu'on devrait faire analyser certains tubes par des labos extérieurs, totalement indépendants.
-Et comment tu veux convaincre le chef? demanda Stefen, déjà partant pour cette idée.
-Je ne veux pas le convaincre, parce que je vais pas lui dire. Au début au moins, je veux le faire en douce. Pour ne pas alerter la taupe, si taupe il y a.
-Euh... Peter, tu m'inquiètes là.
-Mais non, mais non. C'est très simple en fait.

Il se révéla que Peter avait une notion assez erronée de la simplicité. Car Stefen ne trouvait pas cela simple du tout d'aller subtiliser quelques tubes de sang et autres pots d'urines dans la tente médicale, d'autant plus que la sécurité y était importante. D'autre part, cela rajouterait à la confusion qui régnait autour de l'enquête que d'apprendre la disparition de plusieurs échantillons. Bien sûr, il y avait aussi la possibilité de se faire prendre, et ainsi de subir une mise à pied de plusieurs jours, voire semaines, ou pire, de se faire rétrograder. Mais Peter avait l'air de ne pas en tenir compte. Il avait balayé les risques d'un nonchalant: "Ca en vaut la peine." Stefen renonça alors à le convaincre de délaisser cette folie: le désir de prouver l'innocence de Mikaël était trop présent chez son ami pour qu'il soit ignoré.

-D'accord, on va essayer de faire analyser des échantillons par un labo extérieur. Mais s'il te plaît, Peter, ne commets pas d'imprudence, et jure-moi de ne pas faire ce que tu viens de proposer. Ca ne sera bénéfique ni pour toi, ni pour Mikaël.
-Et je fais quoi alors? rétorqua-t-il, amer de ne pas trouver de solution simple à son problème.
Stefen sourit et posa une main sur son épaule pour le rassurer. Puis il enchaîna sur son idée.
-Si je me fie aux racontars du service, et à ma propre vision des choses, tu fais partie de la catégorie des beaux gosses, et tu en fais craquer plus d'une ici. Et je crois que je suis pas trop mal non plus, d'après ce que j'ai entendu.
-Hein? fit Peter, assez surpris par ce nouvel angle d'attaque.
-Les murs ont des oreilles, expliqua Stefen, pensant qu'il voulait savoir d'où venaient ces informations. M'enfin bref, c'est pas l'important. Donc je disais que tous les deux, on avait des atouts physiques non négligeables, et qu'on pourrait en jouer pour convaincre une ou deux infirmières de faire quelques prélèvements de plus rien que pour nous, et cela bien sûr pour le bien de l'enquête.
-Tu veux draguer des filles pour obtenir des échantillons de sang et d'urine?
-Pour l'urine, je crois que ce sera un peu plus compliqué, mais oui, c'est l'idée.
-Et Mikaël dans tout ça? Et Nathaniel? C'est pas un peu les tromper de faire ça?
-Faut savoir faire quelques sacrifices pour obtenir ce que l'on veut Peter. Toi, tu es prêt à mettre en jeu ta carrière, moi pas. Du moins, pas autant que toi. Par contre, je suis ok pour ça, parce que d'une, complimenter une femme sur ce qu'elle porte par exemple, alors que je suis définitivement gay, j'appelle pas ça tromper. Et de deux, parce que je sais que Nathaniel comprendra. Et je pense que Mikaël comprendra aussi, surtout que c'est essentiellement pour lui qu'on fait tout ça. Et puis de toute façon, tu vas pas l'emmener boire un verre ou lui rouler un patin à la fille. Tu vas juste lui parler.
-Ok, ok, admettons. Donc le plan, c'est de draguer les infirmières, leur dire que c'est dans le cadre de l'enquête, ce qui en soi est vrai, et récupérer des échantillons. On les conserve bien comme il faut, et on les fait analyser par un labo extérieur, toujours sous couvert de l'enquête. C'est ça?
-C'est ça. Sauf qu'il va falloir répartir ça sur plusieurs concours, et sur plusieurs cavaliers, pour qu'on soit sûrs. Si jamais les résultats ne correspondent pas entre les deux labos, ça aura plus de force si on a plus d'échantillons.
-Je suis d'accord. Et pour les chevaux, on abandonne?
-Je pense. Déjà, ça me paraît plus compliqué pour avoir du sang, parce qu'ils sont beaucoup plus surveillés que les cavaliers. Et puis, je sais pas si un labo extérieur acceptera du sang de cheval, ou même si les tests sont identiques. Ouais, ouais, c'est bon, je suis nul en bio, pas la peine de te marrer.

Les deux hommes étaient enfin tombés d'accord sur un plan commun, et ils finalisaient quelques détails. Notamment les techniques de drague, car pour l'un comme pour l'autre, cela faisait bien longtemps qu'ils n'avaient plus fait du charme à une femme. Au bout d'une longue demi-heure, alors qu'ils partaient vers la machine à café pour leur pause, ils décidèrent de commencer la chose dès ce weekend, lors d'un des concours les plus importants de la saison.

-T'y vas les trois jours au concours? demanda nonchalamment Stefen en introduisant une pièce de monnaie dans la machine.
-Non. J'ai reçu un texto de Sonia ce matin me disant qu'elle avait pris rendez-vous chez le médecin pour nous deux demain à 17h30. Donc j'ai demandé au chef si je ne pouvais y aller que samedi et dimanche, et partir un peu plus tôt vendredi. Et il était ok.
-Chez le médecin? Elle t'a pas donné un nom?
-Non, rien du tout, soupira-t-il. Tout ce que j'espère, c'est que c'est pas un psy.
-Je veux pas te décourager, mais ça y ressemble bien.
-Eh merde, jura-t-il sans conviction en faisant glisser à son tour une pièce dans la fente de la machine. Et toi? T'y vas dès demain?
-Non, j'y vais que le weekend, comme toi. Nathaniel va aussi venir cette fois, même s'il va rester du côté spectateur, et qu'on va pas trop se voir, sauf le soir.
-Ah bon? Pourquoi il vient alors? Il s'intéresse aux chevaux?
-Il s'intéresse à Mikaël plutôt! précisa Stefen avec un clin d'œil. Il avait trop envie de voir à quoi ressemblait ton mec, et comme sur internet, c'est pas possible de trouver une photo de lui, sauf quand il est à cheval, il a décidé de venir voir lui-même.

Peter, d'abord étonné par la démarche de Nathaniel, finit par admettre que sa curiosité était légitime. Il en sourit et le reste de l'après-midi se déroula tranquillement.
Par Skorpan - Publié dans : [Fic] Crampons et autres fantaisies hippiques - Communauté : Parlons d'amour
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Lundi 5 octobre 2009
Vous avez de la chance, je ne suis pas d'humeur sadique ce soir! XD Sinon j'aurais coupé cette suite en deux! Niark!

Bonne lecture! =D







     Mikaël ramenait tranquillement Mousse dans son box après une petite demi-heure de marcheur. Elle ne boitait plus et semblait plutôt en forme. Elle pourrait peut-être faire une ou deux épreuves le week-end prochain selon ce que donnerait la séance montée du lendemain. Après quelques caresses, il quitta son box et il fit à peine deux pas dehors qu'il fut abordé par un Gabriel assez tendu.

-Salut Micky! Est-ce que t'as vu Spunk au paddock ce matin?
-Le grand gris pommelé qui est arrivé y'a pas longtemps?
-Ouais, c'est ça. Tu l'as vu? C'était qui dessus?
-J'ai un peu regardé, vers la fin. Je sais pas qui était dessus parce que moi quand j'y étais, c'était Ed qui le longeait.
-Il le longeait? fit Gabriel, apparemment de plus en plus anxieux. Mon dieu, mon dieu. Il m'a dit qu'il allait le faire monter aujourd'hui, mais s'il le longeait, ça veut dire que ça s'est mal passé. Je devais venir voir, mais je devais absolument sortir Jaylen sur un peu de cross.
-Il a peut-être changé d'avis en cours de route, nan? Tu sais, Ed est un peu lunatique, des fois il dit une chose et en fait une autre.
-Ouais, sauf que là, j'ai entendu dire qu'une fille était plutôt mal tombée ce matin en montant un nouveau, mais j'ai pas réussi à savoir qui.
-Ah...
-Et Ed m'a dit hier qu'il voulait que je monte Spunk ce week-end sur l'épreuve de 1m10. Il m'a déjà inscrit et tout, alors que j'ai jamais foutu mon cul sur ce cheval! J'en peux plus! Je veux pas monter sur ce taré! Paraît qu'il te jette à la moindre erreur!
-Merde...

Gabriel passait sa main frénétiquement dans ses cheveux comme pour se calmer, tout en faisant les cent pas, et Mikaël ne savait quoi dire pour le détendre. Les décisions de leur coach quant aux couples à former, aux chevaux à sortir et aux concours à faire n'avaient jamais été des plus rationnelles, mais depuis quelques mois, cela empirait. Il mettait énormément de pression sur ses deux meilleurs cavaliers, en l'occurrence Gabriel Doscientos et Mikaël Blowsworth. Si Mikaël avait pu décompresser au début de la saison en partant en Allemagne, ce n'était pas le cas de Gabriel, qui avait alors hérité de la plupart des attentes et des exigences du coach. Il commençait à être à bout moralement, et l'idée de monter un cheval qu'il ne connaissait pas pour un concours important semblait le détruire plus que de raison. Mikaël, attristé de voir ce cavalier qu'il estimait beaucoup dans une telle situation, finit par prendre une décision risquée.

-Ecoute Gabriel, je vais aller parler avec Ed, et il va te retirer de l'épreuve, d'accord?
-Arrête, tu le connais, il voudra jamais! Il veut absolument sortir ce malade mental en concours parce qu'il trouve qu'il saute bien, et qu'il est déjà sorti avec d'autres clubs. Tu parles! Il a jamais rien gagné à cause de son foutu caractère! s'énerva-t-il.
-Je te dis que j'en fais mon affaire, ok? Considère que tu ne le montes plus, moi je vais voir le coach.

Gabriel, après quelques hésitations, acquiesça, vaincu par la confiance apparente de Mikaël. Cependant, alors qu'ils allaient se quitter pour chacun vaquer à leurs occupations, un doute le prit.

-Eh Micky! l'interpella-t-il. Comment tu comptes convaincre le coach?
-Secret! fit-il en posant son index sur sa bouche.
-Attends, me dis pas que tu comptes le monter à ma place?

Gabriel lui avait attrapé le bras, énervé mais surtout inquiet de ce qui pouvait lui arriver en montant un étalon tel que Spunk. Malgré son stress, il ne voulait pas non plus se décharger de ses responsabilités et être indirectement responsable d'un accident.

-Secret, je te dis, fit-il avec un sourire tout en essayant de se dégager.

Mais la poigne de Gabriel était trop forte, et il aurait eu à répondre si la petite Anna n'était apparue à ce moment là.

-Micky! cria-t-elle du bout de l'allée. Y'a quelqu'un au téléphone pour toi! Faut que t'ailles au club-house tout de suite!
-D'accord, j'arrive!

Il adressa un sourire d'excuse à son collègue, qui se trouva dans l'obligation de le lâcher. Puis il rejoignit au pas de course la grande salle située à l'entrée du club hippique. Il salua les quelques personnes présentes, reprit un peu son souffle puis attrapa le téléphone posé sur le bar.

-Mikaël Blowsworth à l'appareil.
-Ah! Enfin j'ai réussi à te joindre!
-Peter? Mais... Mais pourquoi t'appelles ici? C'est pas...
-J'ai appelé sur ton portable plusieurs fois, mais tu répondais pas, le coupa-t-il. Je t'ai laissé un message, j'espère que t'es libre ce soir?
-Euh oui, pourquoi?
-Super! Ecoute ta messagerie et tu comprendras. Bon je te laisse, je crois deviner que t'es pas seul, donc je sais pas si c'est une bonne idée de continuer la conversation comme ça.
-Ouais, t'as raison. Je te rappelle tout à l'heure. J'ai encore des choses à faire, répondit-il, soulagé que la conversation se finisse aussi rapidement, mais aussi intrigué par le message dont il avait parlé. A plus!

Il raccrocha sans plus de cérémonie et récupéra son portable qu'il avait laissé à charger dans un coin de la salle. Il l'alluma et alors qu'il allait sortir pour avoir un peu de tranquillité, il tomba sur son coach, qui sortait du bureau.

-Ah! Coach, faut que je te parle! On peut sortir s'il te plaît?
-Je t'écoute, fit-il en le suivant à l'extérieur.
-Ok, alors voilà: j'ai parlé avec Gabriel, et je pense que c'est mieux si c'est moi qui monte Spunk ce week-end.

Surpris de l'initiative de son cavalier, il ne répondit pas tout de suite, puis protesta.

-Mais tu ne l'as jamais monté.
-Gabriel non plus. Et d'après ce qu'il m'a dit et ce que j'ai vu ce matin, ce cheval a pas l'air super bien dans sa tête. Moi ça ne me gêne pas, j'ai l'habitude de monter des chevaux tarés, et j'aime bien ça. Mais je crois pas que Gabriel arrivera à gérer ça. Il n'aime pas monter sur des chevaux qu'il ne connaît pas depuis qu'il a eu son accident. Alors si en plus ce cheval est complètement con.
-Mais il l'a surmonté, son accident! Regarde: il n'est plus du tout crispé quand il monte, il a retrouvé son niveau d'avant, et même plus, argumenta Ed, peu enclin à changer ses plans.
-Parce que ce sont des chevaux qu'il connaît! Putain coach! Il s'est fêlé deux vertèbres à cause d'un cheval qui avait un grain! Tu peux quand même comprendre qu'il ne veuille pas monter un cheval du même genre?
-Peut-être, mais il est le seul ayant un niveau suffisant pour maîtriser Spunk. Les autres se laisseront trop faire. Gabriel a la main suffisamment dure pour se faire obéir par lui dès la première fois.
-Arrête, j'ai le niveau aussi! explosa Mikaël, énervé par l'inflexible bêtise de son coach.
-Sauf que toi t'es déjà engagé sur toutes les épreuves que tu peux faire avec le maximum de chevaux.
-Dans ce cas, tu m'en retires un et je sors Spunk. Et si tu tiens tant que ça à ce que Gabriel fasse le plus de tours possibles, t'as qu'à lui donner Sunset! Je le lui laisse!
-Mikaël, ne m'oblige pas à faire quelque chose que tu n'aimerais pas, le menaça-t-il.
-Très drôle coach. Les menaces, ça ne marche pas avec moi, surtout que nous savons tous les deux très bien que tu n'as aucun moyen de pression. Sur ce, je dois y aller, j'ai des choses à faire. Mais n'oublie pas: si tu laisses Gabriel inscrit sur Spunk, je ne monte pas ce week-end.

Mikaël était rentré dans le jeu d'intimidations de son coach. Tout comme lui, ses paroles ressemblaient plus à des coups d'épée dans l'air qu'à de réelles menaces, car il ne pouvait pas se permettre de ne pas participer au concours du week-end. Mais il comptait sur la couardise d'Ed pour qu'elles aient quand même l'effet escompté: jamais il ne prendrait le risque, aussi infime soit-il, que son meilleur cavalier se retire d'une épreuve, ou pire d'un concours.

Le temps d'arriver à sa chambre pour y déposer son téléphone, il avait eu le temps d'écouter le message de Peter et un sourire joyeux s'était dessiné sur ses lèvres. Il en oublia même son altercation avec Ed. Seul l'embêtait le travail qui lui restait à faire. Il était sept heures et demi bien sonnés et il voulait partir au plus vite, mais il ne pouvait négliger ses obligations. Par chance, la solution à son problème se présenta d'elle-même à la porte de sa chambre.

-Oui entrez! ... Ah My, ça va? dit-il par habitude.
-Ouais, je t'ai appelé quand tu montais les escaliers mais tu m'as pas entendue. Y'a la nouvelle prof qui se demande pourquoi t'es pas en train de sortir Kalam.
-Raaah! Elle m'énerve celle-là à toujours être sur notre dos alors qu'on connaît mieux le club qu'elle! Dis, tu me ferais une faveur?
-Tu veux que je sorte Kalam, c'est ça?
-Et que tu nourrisses les chevaux, s'il te plaît.

Mikaël prit un air de chien battu, une moue suppliante aux lèvres et les yeux brillants. My rigola devant la mise en scène, mais n'accepta pas pour autant.

-Et pourquoi je ferais ça?
-Parce que je suis ton meilleur ami et que je sors ce soir!

Le sourire était si sincère et heureux que la raison en parut évidente.

-Peter?

Il fit un léger hochement de tête, et son sourire s'élargit encore un peu plus.

-Bon d'accord pour cette fois, mais n'abuse pas trop, hein?
-Oui, oui, bon je dois me préparer. Alors, jeans et T-shirt, ça devrait aller, dit-il en sortant des vêtements propres de l'armoire. Et puis boxer, chaussettes, et à la douche.

My, avec amusement, le regarda faire, puis se décida à sortir. Au moment où elle allait refermer la porte, elle lui rappela ce que la directrice du club avait annoncé le matin même.

-Au fait Mikaël, l'eau est coupée dans tout le club jusqu'à neuf heures. Ils doivent changer je ne sais quoi.
-Quoi? hurla-t-il en sortant à moitié défroqué de sa minuscule salle de bains.

My sourit, goguenarde, et lui fit un petit clin d'œil.

-Bon, je te laisse, Dom Juan. J'espère qu'il va apprécier ton nouveau parfum le Peter!



     Lorsque l'on sonna à la porte d'entrée, Peter se dit que lui donner un double des clefs ne serait peut-être pas superflu.

-Salut! fit-il tout sourire en ouvrant la porte.
-Salut, répondit Mikaël, un peu préoccupé. Euh... Je suis désolé pour la tenue, mais j'ai pas pu me doucher au club.

Le blond, qui se tenait encore sur le pas de la porte, remarqua alors que son petit ami ne payait pas de mine. Ou plus exactement, il avait une tenue assez folklorique. Les cheveux en bataille, quelques petits brins de paille étaient restés accrochés aux mèches. Le visage était à peu près propre, mais une longue trace de graisse venait décorer son cou, ainsi que son large T-shirt blanc, à l'effigie d'une quelconque marque. Son pantalon d'équitation noir, qui moulait parfaitement ses jambes, laissait quant à lui voir toute la poussière et tous les poils qui avaient eu la bonne idée de s'y aventurer. De vieilles baskets un peu trouées complétaient le tout.

-Je vois ça. Vas-y, entre. Tu sais où est la douche, prends une serviette propre dans le placard et fais comme chez toi. Moi je vais préparer le dîner.
-Merci, souffla Mikaël avant d'aller s'enfermer dans la salle de bains, une serviette à la main.

Pendant ce temps, Peter observa sans les voir ses courses, à la recherche d'une idée pour le repas. Il avait acheté quelques tomates, un poivron rouge et un jaune, et quelques tranches de jambon sec. Il n'avait pas vraiment fait attention lorsqu'il avait été au magasin, anticipant un peu trop sur la suite de la soirée. Mais maintenant qu'il était devant le fait accompli, il se rendait compte qu'il n'y avait pas assez à manger. En désespoir de cause, il ouvrit tous les placards un par un et finit par découvrir un paquet de tagliatelles et quelques boîtes de conserve, dont du maïs. C'était décidé: ce soir, ce serait salade de pâtes!

Tandis que les pâtes cuisaient à feu moyen sur le gaz, Peter préparait les légumes. Il avait déjà mis les tomates en petits quartiers, lavé les poivrons et étaient en train de les couper lorsqu'une tranche de poivron jaune disparut sous ses yeux.

-C'est quoi ce truc? demanda Mikaël, qui venait de sortir de la salle de bains, les cheveux encore trempés par la douche.

Il tenait devant ses yeux la tranche de poivron jaune et l'observait avec circonspection.

-C'est du poivron, répondit Peter en reprenant la tranche.
-Mais c'est jaune! protesta-t-il en prenant une autre tranche que celle que Peter avait dans la main.
-Et alors?
-Bah je croyais que c'était rouge le poivron, moi.

Peter ouvrit grand les yeux devant cet aveu d'ignorance, puis sourit avec bienveillance: ces quelques mots révélaient à quel point leurs vies avaient été différentes jusqu'à ce jour.

-Eh non, il y en a du rouge, du jaune, du orange, et du vert aussi je crois. T'en as jamais mangé avant?
-Hum... réfléchit-il. A la maison, c'était que des légumes en conserve ou presque. Chez My, on n'en mangeait pas parce que son père n'aimait pas ça. Quand j'ai vécu tout seul, j'étais pas très doué pour la bouffe, alors je ne prenais que ce que je connaissais au supermarché. Et puis au club, c'est pas un restaurant quatre étoiles, alors voilà.
-Tiens, tu veux goûter et comparer? demanda-t-il en lui tendant une tranche de poivron rouge.

Mikaël la prit, mordit dedans, mâcha un instant puis fit de même avec la tranche de poivron jaune.

-C'est quasiment le même goût, non?
-Ouais, mais ça fait joli d'avoir plusieurs couleurs?

Les deux hommes se regardèrent puis éclatèrent de rire. Quelques minutes plus tard, le dîner était prêt et ils passèrent à table. Ils mangèrent tranquillement, à discuter de choses et d'autres, et à rire de trivialités. L'un et l'autre ne pensaient à rien sinon à l'instant présent et ils en savouraient la délicieuse saveur sucrée, qui n'était pas sans rappeler les sorbets framboise-citron qui faisaient office de dessert. Une fois les assiettes léchées jusqu'au point qu'elles semblaient propres, ils débarrassèrent et firent la vaisselle: Mikaël, n'ayant pas peur de se salir les mains, à la plonge, et Peter à l'essuyage. Puis, fatigué, Mikaël alla s'installer sur le canapé, et ferma les yeux, tandis que son compagnon rangeait assiettes, saladier et couverts. Ce dernier arriva ensuite derrière son amant, passa des mains caressantes sur ses épaules, et les croisa au milieu de son torse. Il déposa un baiser amoureux sur sa joue et sur son cou, avant de s'attarder un instant à observer son visage aux traits tendus, même s'il semblait dormir, à se reposer ainsi les yeux fermés.

-Est-ce que ça va Mikaël?
-Mmmh... Pourquoi?
-Tu m'avais l'air un peu stressé en arrivant. Et là t'as l'air complètement crevé. Mais plus crevé moralement que physiquement.
-... Tu sais analyser les gens, fit-il avec un sourire tout en ouvrant les yeux. C'est rien de bien grave. Juste le coach qui demande beaucoup trop de Gabriel. Il veut lui faire monter un cheval taré alors que Gabriel a eu un accident grave à cause d'un cheval comme ça. Et que depuis il refuse de monter sur ce genre de chevaux. Bref, le coach lui met trop de pression, sur lui et aussi sur ses autres cavaliers en général. Mais j'ai pas trop envie d'en parler, conclut-il en se frottant les paupières comme pour se réveiller.

Peter accepta et respecta ce désir de silence de Mikaël. Il l'avait déjà brusqué une fois pour parler, il n'allait pas recommencer au risque de détruire la relation qui se construisait entre eux. Il y tenait trop. Il attendrait le plus patiemment possible qu'il se confie à lui comme un amant se confierait à celui qu'il aime: sans complexe et sans pudeur, juste avec confiance.

-Dis, ça te dirait une partie de Trivial Pursuit? demanda soudain Peter, se disant que le jeu reléguerait au fond de son esprit les soucis de son compagnon.
-Why not? T'as de quoi jouer ici?
-Ouais, ouais, t'inquiète pas!

L'inspecteur afficha un grand sourire tout en sortant la boîte violette d'un placard: il avait toujours été doué pour ce jeu là et avait pas mal de culture générale. Il était rare qu'il ne finisse pas premier.

Ils poussèrent la table basse de devant la télé et s'installèrent sur le tapis beige, un peu années 70, qui se trouvait au pied du canapé.

-Alors? Quel camembert Mikaël?
-Euh... Passe moi le bleu là.
-Ok, je prends le rouge.

Ils installèrent les deux camemberts au centre de la planche de jeu, et commencèrent à lancer les dés. Les questions défilèrent et Mikaël semblait en difficulté face à Peter: un seul quartier contre quatre.

-Alors Mikaël! Tu joues pour un camembert, annonça Peter d'un ton solennel si exagéré que le plus jeune éclata de rire. Es-tu bien concentré? As-tu bien rassemblé tous tes neurones?
-Oui, oui, monsieur l'inspecteur, allez, poursuivez l'interrogatoire! Quelle est la question?
-Catégorie "Arts et littérature", une facile en plus, quelle est la souris la plus célèbre des Etats-Unis?
-Je sais! s'écria-t-il. Mickey Mouse!
-Correct! Et un camembert de plus pour toi.
-Eh eh, je te rattrape, fais gaffe que je ne vienne pas te botter le cul, rigola-t-il tout en tirant les dés. Alors, pouf, pouf, pouf, je suis là. Encore arts et littérature, j'ai pas de chance, j'aime pas ça.
-Alors, voyons voir, une difficile cette fois-ci! Dans les années 1990, quel auteur américain a été récompensé du prix Nobel de Littérature? Petit a, Toni Morrison. Petit b, Joseph Brodsky.
-Biiiiiiiip! Je donne ma langue au chat, je ne sais pas.
-Tu ne veux pas savoir les autres propositions?
-Non, puisque j'en ai aucune idée, et que juste là maintenant, ça me fait chier de deviner. Bon, à toi de jouer, allez hop, je tire pour toi, annonça-t-il en prenant le dé et en le lançant.

Celui-ci se glissa sous le canapé et pendant les quelques secondes que Mikaël mit à aller le chercher, Peter eut une vue plongeante sur son dos, sa chute de reins et ses fesses, ce qui le fit fortement rougir.

-Ca va Peter? T'es tout rouge? fit Mikaël en ressortant de dessous le canapé.
-Toi aussi, t'es tout rouge, répondit-il, ne trouvant aucune excuse, et le brun étant réellement rouge du sang qui lui était monté à la tête durant cette expédition à ras de terre.
-Ah ouais, c'est vrai, j'ai un peu chaud. Bon, t'as fait cinq. Alors pif, paf, pouf, ça te met là, et cette fois-ci, c'est "Il était une fois"! Alors, alors, alors, question pour un camembert: quel est le premier état américain à avoir légalisé le mariage homosexuel? Le Connecticut, l'Iowa, le Massachusetts ou le Vermont?

Pris dans le feu du jeu, ils firent abstraction du fait que cette question pourrait les concerner directement dans un avenir plus ou moins proche, et Peter mit toute son ardeur à essayer de trouver la bonne réponse.

-C'est le Vermont! Attends, non, non, je suis pas sûr. J'hésite maintenant. C'est quoi la question? Ils disent mariage ou union civile?
-Ils disent mariage.
-Ah merde! Pour l'union civile, je suis sûr que c'est le Vermont. Au moment où ça allait passer, je suis allé dîner chez mes parents, et on a eu une discussion plutôt houleuse sur le sujet. Au final, j'ai réussi à convaincre ma mère que c'était tout à fait légitime de la part des homosexuels de réclamer une telle loi, en vertu de l'égalité pour tous notamment. Mais mon père a fait sa tête de mule, comme toujours. Il refuse d'admettre qu'il a tort devant les autres, donc je suppose qu'après y avoir re-réfléchi, il a fini par se ranger du même côté que ma mère...
-Mmmh... marmonna Mikaël, un peu gêné par ces confidences familiales. Mais tout ça ne nous dit pas quel est le premier état à avoir légalisé le mariage homosexuel.
-Allez, je table sur le Vermont! s'exclama-t-il en rigolant.
-C'est votre dernier mot, Peter MacLean?
-Oui, c'est mon dernier mot, Mikaël Blowsworth.
-Eh bien eh bien, fit-il en imitant le roulement de tambour en tapotant sur le tapis, c'est.... perdu! Retente ta chance!
-Raaaah! C'était le Massachusetts?

Mikaël hocha la tête, goguenard de voir enfin l'inspecteur perdre, puis il se leva et se dirigea vers la cuisine.

-J'ai soif, je vais me prendre un verre de grenadine. Tu veux quelque chose?

Il n'entendit aucune réponse mais ne s'en inquiéta pas. Il lui redemanderait après avoir bu. Mais alors que, penché légèrement au-dessus de l'évier, il buvait à grandes gorgées l'eau légèrement aromatisée et sucrée, deux mains se glissèrent sous son T-shirt. La surprise fut telle qu'il avala de travers la dernière gorgée.

-Je te fais tant d'effet que ça? demanda malicieusement Peter une fois que la toux violente de Mikaël se fut calmée.

Le cavalier sourit au mur, puis se retourna pour faire face à son blond de petit ami. Comme toujours lorsqu'ils étaient seuls tous les deux, Mikaël se sentait décomplexé, totalement et entièrement lui, un nouveau lui qu'il ne connaissait pas encore mais qu'il se plaisait à découvrir chaque jour. Et ce soir-là, il avait envie de lui montrer son vrai lui, et de lui faire sentir qu'ils étaient seuls sur Terre. Qu'ils pouvaient dire merde à l'extérieur car le monde d'en dehors n'existait plus pendant quelques heures. Car il se doutait bien de la raison qui avait poussé Peter à le joindre si urgemment. Une raison bien trop féminine. Une raison qui le stressait de façon irraisonnée.

-Si tu me fais tant d'effet que ça? reprit-il en le regardant droit dans les yeux, son sourire ne quittant pas ses lèvres. Bien plus que ça, souffla-t-il tout contre sa bouche avant de l'embrasser.

Peter y répondit sans hésiter et posa ses deux mains sur le visage du cavalier, avant de les passer dans ses cheveux, pour les triturer délicieusement. Mikaël, quant à lui, avait posé ses mains dans le creux des reins de son homme, et ne faisait que mouvoir ses doigts de quelques millimètres, dans une caresse imperceptible. Puis, alors qu'ils avaient cessé le baiser quelques instants pour se sourire, Mikaël retira ses mains du dos de Peter pour monter sur le bord de l'évier. Maintenant assis en équilibre, les jambes dans le vide d'un côté, les fesses à une petite distance du métal mouillé de l'autre, Mikaël dominait enfin Peter de plusieurs centimètres. Ainsi, il n'aurait plus à se mettre sur la pointe des pieds pour l'embrasser. Ce serait beaucoup plus simple, et pour se confirmer à lui-même ses dires, il éprouva sa nouvelle position aussitôt. Au vu du baiser de plus en plus vorace qu'ils partagèrent, et du fait que Mikaël faillit se retrouver le cul trempé à cause des avances un peu trop poussives du plus âgé, monter s'asseoir sur l'évier n'était pas une si mauvaise idée que ça. La prochaine fois, il éviterait juste d'avoir le robinet enfoncé dans le dos.

Pendant le baiser, les mains de Mikaël s'étaient tranquillement re-positionnées derrière sa nuque, tandis que celles de Peter ne tenaient pas en place. Après avoir exploré la chevelure brune, elles s'attaquèrent au dos, en passant sur la nuque. Elles firent quelques incursions de repérage sur le torse, et enfin, elles descendirent jusque sur les fesses, qu'elles caressèrent un instant, goûtant avec délice leur forme et leur fermeté. Puis elles les empoignèrent et le baiser cessa brusquement.

Peter accrocha le regard de Mikaël, et dans ses yeux verts, quelques étincelles d'amusement y firent apparaître un reflet bleu.

-Mikaël, question "Divertissement": lorsqu'un homme vient de chauffer à fond son copain sur la paillasse de la cuisine, que se passe-t-il ensuite?
-Il se passe que cela se finit au lit, répondit-il avec le même amusement au fond de ses yeux marrons.
-Je crois que tu viens de gagner un camembert Mikaël.
-T'es sûr?
-Certain!

Mikaël rigola avant de l'embrasser dans le cou. Puis il le repoussa et lança un regard éloquent vers une porte entrouverte, qui laissait voir un lit double aux draps beiges. Il descendit de l'évier et rejoignit son homme, qui s'était avancé à reculons vers la chambre, ne voulant pas le quitter des yeux. Quelques mètres plus tard, ils se retrouvaient tous deux allongés sur le lit, côte à côte, main dans la main. Le silence haletant, tendu des plaisirs à venir, fut rompu par Peter, qui fit remarquer, la voix heureuse.

-Tu ne boîtes plus du tout, n'est-ce pas?
-Plus du tout du tout. Je suis même prêt à remonter n'importe quand! s'exclama-t-il en basculant sur le côté et en s'asseyant sur les hanches du blond, un sourire éclairant son visage.
-Je vois ça! rit-il, alors que Mikaël enlevait son T-shirt et l'envoyait balader à l'autre bout de la pièce.

Les deux amants s'endormirent bien plus tard, satisfaits et bienheureux.
Par Skorpan - Publié dans : [Fic] Crampons et autres fantaisies hippiques - Communauté : Parlons d'amour
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Lundi 28 septembre 2009
Bonsoir, bonsoir,

Je sens que tous mes lundis vont être crevants à mourir, alros ne m'en voulez pas si parfois j'oublie de poster. ;-)
Sur ce, je vous laisse déguster les fameuses retrouvailles entre Peter et Sonia! XD

Bonne lecture! =D






     Assis en tailleur, Peter était confortablement installé sur le canapé du salon. A la main, il tenait un livre de poche corné et abîmé par de trop nombreuses lectures. C'était Stefen qui le lui avait prêté, disant que cela pourrait l'intéresser, et il n'avait pas eu tort. Peter était plongé dedans depuis qu'il était rentré, après avoir déposé Mikaël près du club hippique. Cela lui permettait non seulement de se distraire, mais aussi de tenir son esprit occupé, et de l'empêcher de ressasser de trop bons souvenirs, qui ne reviendraient pas de sitôt.

Il était vingt et une heures passées d'une dizaine de minutes lorsqu'il entendit la porte d'entrée s'ouvrir et se refermer. Mais trop accaparé par le récit, il ne se déplaça pas pour accueillir Sonia, qui venait de rentrer de son voyage scolaire. Celle-ci, étonnée de ne pas trouver son homme lui souhaitant un bon retour à la maison, traversa rapidement le hall pour jeter un œil au salon, où elle le découvrit, toujours assis en tailleur sur le canapé. Amusée par ce tableau, elle le contempla pendant quelques minutes sans rien dire, puis alluma la lumière: la petite lampe de la table basse que Peter avait allumée ne suffisait absolument pas à éclairer la pièce. A ce changement soudain de luminosité, le jeune homme releva la tête et sembla enfin se rendre compte du retour de sa compagne.

-Ah, salut. T'es rentrée?
-Comme tu vois, répondit Sonia d'un ton doux, voyant qu'il n'était pas encore tout à fait dans la réalité. C'est quoi ce que tu lis?
-Les Chroniques de San Francisco, dit-il en montrant la couverture. C'est Stefen qui me l'a conseillé, et franchement, j'adore.
-Stefen? C'est qui? releva-t-elle.
-Un collègue, fit-il évasivement alors qu'il essayait de se replonger parmi les pages couvertes de mots.
-Et qui a écrit ce bouquin tellement passionnant que tu peux pas le lâcher deux secondes?

Elle s'assit à côté de lui, un léger sourire aux lèvres. Elle commençait à être un peu énervée du manque d'intérêt manifeste de Peter à son égard, mais tenta de le cacher, espérant que cela se résoudrait bientôt. De plus, cela ne lui ferait pas de mal de s'intéresser à ce que lisait son compagnon, estima-t-elle.

-Alors? C'est qui l'auteur? reprit-elle puisqu'il n'avait pas répondu.

Il leva le livre sur le côté pour qu'elle puisse voir son nom sans qu'il ait à interrompre sa lecture.

-Armistead Maupin... Ca me dit vaguement quelque chose...

Peter approuva d'un "Hmmm" révélateur.

-Dis Peter, tu pourrais au moins me regarder quand je te parle. Et lâcher deux secondes tes foutues Chroniques de San Francisco! Ca fait une semaine qu'on s'est pas vus, et quand je rentre, toi qu'est-ce que tu fais? Tu bouquines! s'exclama-t-elle dans un mouvement d'humeur.

Surpris, il sursauta et reposa précipitamment le livre sur la table basse sans même prendre le temps de marquer la page. Puis il adressa un regard d'excuse à la jeune femme, et un petit sourire timide, sachant qu'elle résistait difficilement lorsqu'il prenait cette attitude. Il avait envie de passer une soirée tranquille, et c'était le meilleur moyen pour ne pas provoquer de dispute.

-Désolé, j'étais un peu trop pris dans l'histoire. Au fait, tu as mangé?
-Oui, on avait des sandwichs pour le voyage. Et toi?
-Ouais, j'ai grignoté un truc tout à l'heure. J'avais pas très faim.

Le silence retomba entre eux et Peter s'était décidé à reprendre ses Chroniques lorsque Sonia éleva la voix.

-T'as passé une bonne semaine?
-Ouais, super! s'enthousiasma-t-il. J'ai fait plein de trucs, j'en ai découvert pleins d'autres, et j'ai bien avancé dans mon boulot. Bref, super bonne semaine. Et toi?

Elle laissa passer quelques secondes avant de répondre, digérant peu à peu ces paroles.

-Moi... Pour résumer, un gamin m'a vomi dessus dans le car, un autre m'a fait prendre un bain forcé dans la rivière, mes migraines sont revenues, et tu m'as énormément manqué. Mais à part ça, tout va bien.

Peter comprit d'un coup l'erreur qu'il venait de faire, et pour couper court à toute possible interrogation, il s'approcha d'elle, la prit dans ses bras et déposa un baiser sur le haut de son crâne.

-Désolé... Ca va mieux? Tu as pris tes cachets pour tes migraines?
-Oui. J'ai encore un peu mal, mais maintenant que t'es là, ça va aller mieux, affirma-t-elle en l'enlaçant à son tour.

Ils restèrent ainsi quelques minutes, jusqu'à ce que Sonia bouge un peu pour pouvoir atteindre son cou de ses lèvres. Dès que cela fut possible, elle y déposa un baiser, puis un autre, et encore un autre, remontant peu à peu vers l'oreille de Peter. Celle-ci atteinte, elle souffla un peu dessus, mordilla doucement le pavillon, puis continua son exploration de baisers vers les yeux. Elle baisa les deux paupières, avant de descendre du bout de la langue l'arête du nez. Elle ne s'arrêta qu'à la lèvre supérieure, qu'elle entreprit de re-dessiner, et enfin, elle posa ses lèvres contre celles de son homme.

Peter, qui jusque là avait évité de répondre aux probables attentes de Sonia, ne sut comment réagir lorsqu'il fut embrassé. Devait-il l'embrasser à son tour? Ou pas? S'il restait stoïque, Sonia trouverait cela bizarre, il en était certain. En général, il refusait rarement ce genre d'avances, surtout après avoir été séparés pendant plusieurs jours. Mais d'un autre côté, il n'avait pas très envie de rentrer dans le jeu de la jeune femme. Il ne se sentait pas d'humeur pour lui faire l'amour, puisque c'était certainement là où elle voulait en venir. Par contre, quelques câlins... pourquoi pas? se dit-il. Alors il entrouvrit les lèvres pour permettre aux deux langues de se retrouver et de commencer à jouer ensemble. Ce ne fut que lorsqu'elles se touchèrent qu'il réalisa ce qu'il venait de faire. L'image de Mikaël souriant s'imposa dans son esprit, vite remplacée par celle d'un Mikaël en larmes, prostré dans leur lit du petit appartement new-yorkais. Il eut un haut-le-cœur et repoussa brusquement Sonia.

-Euh... Désolé, je me sens pas très bien. Je vais me coucher, annonça-t-il sans oser la regarder dans les yeux, de peur qu'elle ne devine ce qu'il cachait.

Il se leva immédiatement et quelques secondes plus tard, il s'enferma dans la salle de bains, pour se passer un peu d'eau sur le visage et se préparer à se mettre au lit. Lorsqu'il en sortit, Sonia avait déjà passé sa nuisette et attendait tranquillement que la place se libère. Elle lui colla un baiser sur la joue et lui conseilla d'aller s'allonger, mais de ne pas s'endormir, car elle avait une surprise pour lui. L'esprit encore chamboulé par la vision de Mikaël en pleurs, il acquiesça sans trop y prêter attention, et se glissa sous la couette. Un peu plus tard, elle s'y glissa à son tour, apparemment plus fraîche et dispos. Elle s'approcha doucement de lui, cala sa tête dans le creux de son cou et posa sa main sur son torse, recouvert d'un T-shirt cette nuit là.

-Ca va mieux, chéri?
-Hmmm...
-Tant mieux...

Sa main délicatement commença à tracer un chemin tortueux parmi les plis du tissu, mais un grognement l'interrompit. Sonia releva la tête et regarda avec circonspection Peter, qui avait fermé les yeux, s'enfermant dans quelques souvenirs. Elle lui déposa un baiser au coin des lèvres.

-Peter... J'en ai vraiment envie... murmura-t-elle à son oreille, tentant d'être sensuelle.

Il ouvrit les yeux, lui lança un regard, mélange de dégoût et de pitié, puis refusa sa proposition avec le plus de diplomatie possible.

-Sonia, je ne me sens pas bien, je t'ai dit. Je sais pas si je serais capable de grand chose ce soir.
-T'avais pourtant l'air bien tout à l'heure, avant que je t'embrasse...

Le ton était acide, presque accusateur. Pourtant Peter n'en ressentit aucune culpabilité: d'instinct, il savait qu'il ne pourrait rien faire avec Sonia ce soir là. Mikaël était encore bien trop présent dans son esprit. Il voulait garder toutes ses sensations avec lui le plus longtemps possible.

-Sonia... soupira-t-il.
-Allez... Si tu veux, tu me laisses tout faire. Que dirais-tu de... ça? demanda-t-elle malicieuse, alors que l'une de ses mains descendait sous son boxer.
-Je vais dormir dans le salon.

Il se dégagea brusquement, attrapa son oreiller et alla pour sortir du lit lorsqu'il fut arrêté par une main agrippée à son T-shirt.

-Excuse-moi... Tu peux rester, je vais me taire et dormir.

Peter ne mit pas sa parole en doute, préférant largement dormir dans son lit que sur le canapé. Au pire, ce n'était que partie remise. Il se rallongea sans dire un mot, et après quelques minutes, sa respiration se fit régulière. Sonia se rapprocha alors de lui et passa un bras par dessus sa taille. Au contraire de son compagnon, elle ne réussit pas à s'endormir tout de suite et passa un long moment à réfléchir. L'attitude de Peter l'intriguait, mais surtout elle avait été vexée qu'il ait passé une super semaine sans elle. Après une longue réflexion et de perverses divagations de son esprit, elle se résolut à lui montrer qu'il aurait pu passer une meilleure semaine si elle avait été près de lui.



     -Sonia, je peux savoir ce que tu comptes faire? l'interrogea Peter, soucieux de la suite des événements.

Alors qu'après une dure journée de travail, comme tous les lundis ou presque, il avait imaginé se reposer en lisant dans le canapé, Sonia lui avait enlevé Les Chroniques de San Francisco des mains pour le poser par terre. Puis elle lui était montée sur les cuisses, le dominant ainsi d'une courte tête.

-Je compte profiter de mon homme, répondit-elle, un sourire aguicheur au visage.

Elle défit le col de sa chemise, puis la déboutonna lentement, déposant un baiser sur chaque partie de peau mise ainsi à nu.

-Mais... voulut-il protester, sans trouver de prétexte valable si ce n'est qu'il n'en avait pas envie.
-Ssssch... Pas d'excuse cette fois-ci... fit-elle d'un ton doux alors que ses yeux louchaient sur ses lèvres, qu'elle embrassa avidement la seconde suivante.

Peter répondit tant bien que mal au baiser, surpris par l'ardeur, voire l'agressivité, qu'elle y mettait. Elle semblait vouloir marquer sa possessivité sur lui, et il fut impuissant à l'en empêcher. Après un temps qu'il trouva excessivement long, elle lui lâcha les lèvres pour mieux les reprendre ensuite, s'amuser avec elles et finir par les quitter pour aller explorer sa mâchoire. Le temps d'arriver à l'oreille, elle avait réussi à déboutonner toute la chemise et ses mains se faisaient de plus en plus baladeuses, sans pour autant franchir la limite de la ceinture. Peter, quant à lui, avait posé ses mains sur les cuisses de sa compagne et les laissa là durant tous les préliminaires. Il ne souhaitait pas participer, et espérait de tout cœur qu'elle arrête. Alors il n'allait certainement pas l'encourager. Mais cela fut peine perdue: la nuit tombante avait plongé la pièce dans la pénombre et cela excita un peu plus Sonia, qui commença à déboucler la ceinture de Peter. Comme elle semblait avoir un peu de mal, il prit les choses en main: plus cela se prolongeait, plus il se sentait mal et plus il voulait en finir. Alors autant faire les choses à sa manière pour éviter le pire, conclut-il.

Il la souleva et l'allongea sur le canapé, puis lui enleva son chemisier et son pantalon. Ensuite, il descendit et retira son propre pantalon ainsi que son boxer, avant de se coucher sur elle. Il essaya de l'embrasser comme il en avait l'habitude, mais la passion dont il avait pu faire preuve avec Mikaël était comme paralysée au fond de lui, refusant de se dévoiler. Il fit son possible pour ne pas y penser, pour ne pas les comparer, et se concentra sur les caresses qu'il lui procurait. Sur la poitrine, doucement, en l'effleurant, puis sur le flanc, encore plus doux, comme une plume. Passer sur le nombril, puis remonter entre les deux seins. Passer quelques doigts sous le soutien-gorge, les retirer avant d'aller jusqu'au bout. Explorer l'épaule, passer dans le dos. Lui faire comprendre qu'il voulait dégrafer son haut, le faire. L'enlever, et le laisser tomber par terre. Puis masser ces deux globes de chair maintenant nue. L'embrasser elle, puis les embrasser eux. Elle adorait ça, il la sentit frissonner.

Puis descendre à coup de baisers jusqu'au nombril, le lécher, puis descendre encore plus bas. Jusqu'à la culotte. Jusqu'à la jolie culotte sexy qu'elle avait mise pour l'occasion. En attraper les bords avec ses mains, la faire descendre le long des cuisses, la faire glisser sur les chevilles pour l'enlever définitivement. L'entendre gémir alors qu'elle attendait la suite. Alors qu'il se rendait compte que ce qu'il avait sous les yeux n'était pas ce qu'il voulait voir en cet instant. En faire abstraction, ne plus rien penser. Vider son esprit et embrasser les lèvres déjà humides qui se présentaient à lui. Les embrasser encore et encore, les titiller, les lécher, enfoncer sa langue dans les replis, et oublier les gémissements beaucoup trop aiguës pour être ceux d'un homme. Pour être ceux de Mikaël. Puis enfin quitter ce sexe trop féminin pour remonter jusqu'à la bouche et embrasser d'autres lèvres. Lui sourire en faisant disparaître son mal tout au fond de lui, éviter que cela ne soit trop visible. L'embrasser de nouveau. Et lui chuchoter quelques mots, quelques mots qu'elle n'aimerait pas mais nécessaires.

-T'as une capote?
-C'est bon, je prends la pilule, dit-elle dans un sourire, la voix chaude du plaisir déjà ressenti et de celui à venir.
-Sonia... Tu l'oublies une fois sur deux.
-Mais Peter... Je veux avoir....
-T'as une capote oui ou non? il la coupa, espérant ainsi mettre fin à cette mascarade, car s'il avait fait en sorte qu'elle ne s'en rende pas compte, lui le savait.
-Dans la poche arrière de mon jeans.
-Merci, souffla-t-il.

Il se pencha à l'extérieur pour chercher le fameux morceau de latex, et elle constata soudain l'évidence.

-Tu ne bandes pas?

Il fit semblant de ne pas entendre et attrapa finalement le carré bleu métallisé qui renfermait le préservatif.

-Attends, je vais t'aider, proposa-t-elle alors qu'il se re-positionnait sur elle.
-Laisse-moi! Je sais quand même le faire tout seul, fit-il, énervé d'être mis à jour, et se soustrayant d'un coup de reins à ses mains exploratrices. Rallonge-toi, je m'occupe de tout.

Peter la vit obéir sans un mot, mais avec un regard légèrement inquiet. Il voulut fuir à toutes jambes. Ce n'était pas là qu'il avait envie d'être. Mais il ne pouvait rien faire sinon se soumettre, alors il l'embrassa encore une fois. Il oublia la texture du rouge à lèvres, et essaya de se rappeler de la sensation des lèvres de Mikaël, plus sèches, sur les siennes. Il cessa de respirer son parfum pour humer l'odeur plus masculine du cavalier. Il se boucha les oreilles pour entendre les intonations joyeuses d'une voix grave qu'il chérissait déjà. Il remplaça les lignes douces que sa langue suivait par des lignes plus brutes, plus fermes, les muscles saillant sous la peau. Enfin, il ferma les yeux pour effacer ce salon et ce canapé de son esprit. Pour être dans son deux pièces de New-York, dans la chambre, sur le lit, et sous lui son cavalier. Celui auquel il ne cessait de penser. Celui avec lequel il sortait. Celui qu'il voulait embrasser. Celui qu'il voulait caresser. Celui qu'il voulait entièrement. Celui qu'il voulait tout court. Et cela se vit.

Sonia, se relevant un peu sur les coudes, sourit avec envie devant cette vision. Elle attrapa prestement le préservatif qui reposait à côté de ses hanches, en déchira l'emballage et susurrant un "Enfin" rauque à l'oreille de Peter, le lui enfila. L'homme d'un coup ouvrit les yeux et sortit de sa rêverie. Il se raccrocha désespérément à ses souvenirs, à ses quelques sensations qui disparaissaient peu à peu, mais ce fut inutile: le vernis ornant les mains qui caressaient avec plaisir son sexe le fit retomber dans l'oppressante réalité. Au sens figuré comme au propre. Si cela continuait, il devrait prendre du viagra avant de rentrer chez lui, eut-il le temps de penser avant d'avoir les oreilles envahies des indignations de Sonia.



     Le lendemain, le scénario se répéta presque à l'identique. Sonia fut cette fois-ci un peu plus patiente avec Peter, tenta de le "stimuler" comme elle le disait elle-même, avant d'abandonner devant son manque de réaction et sa mauvaise volonté évidente. Elle voulut discuter avec lui, mais il ne répondit que par monosyllabes, n'ayant absolument pas envie de lui exposer ce qui le tracassait. Alors la dispute éclata et il finit par dormir dans le salon après quelques insultes bien senties de la part de sa compagne.

Mercredi, il envoya paître chacun de ses collègues au bureau tellement il était irritable. Seul Stefen réussit à l'approcher sans déclencher ses foudres. Il parvint même à le faire sourire. Un peu tristement certes, mais c'était un sourire avant tout. Le soir-même, alors qu'ils se quittaient sur le trottoir pour chacun rejoindre leur voiture et rentrer chez eux, Stefen osa une constatation.

-Y'a quelque chose qui ne va pas Peter avec toi aujourd'hui...

Il attendit avec appréhension le hurlement de colère qui devait s'abattre sur lui. A la place, ce fut une voix morne et sans joie qui lui parvint aux oreilles.

-Sonia me fait chier...

Il laissa passer quelques secondes à admirer ses chaussures avant de reprendre sur le même ton.

-J'ai envie de tout foutre en l'air.

Stefen esquissa un sourire, posa sa main sur l'épaule de son ami avant de lui murmurer un conseil à l'oreille.

-Dans ce cas, fais-le bien...

Puis il partit, laissant seul Peter, qui réalisa de longues secondes plus tard ce qu'il venait d'entendre. Perturbé par ces quelques mots, il se trompa deux fois de voiture avant de trouver la sienne, et lorsqu'il referma la porte sur lui, il eut l'agréable impression d'avoir laissé ses soucis dehors. Il avait soudain l'esprit plus clair et ce qu'il devait faire s'imposa à lui. Quitte à tout foutre en l'air, il fallait le faire bien, Stefen avait raison.

Il sortit son portable et tapota rapidement un numéro dessus. Chanceux, il tomba directement sur la messagerie.

-Allô Sonia? C'est moi Peter. Je rentre pas ce soir, je sors avec un pote. Je dormirai dans mon appart'. Je vais certainement éteindre mon portable, donc t'étonnes pas si t'arrives pas à me joindre.

Il raccrocha, le cœur léger et le sourire aux lèvres. Puis il tripota quelques touches et mit le numéro de Sonia dans les numéros indésirables. Il tripota encore quelques autres touches et tomba dans son répertoire, à la lettre M.
Par Skorpan - Publié dans : [Fic] Crampons et autres fantaisies hippiques - Communauté : Parlons d'amour
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